Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Neutralité : un rapport du Conseil d’Etat… pas très Net !

Fotolia_net neutrality                                                                                              ©hakandogu-Fotolia

Le Conseil d’Etat a publié un lourd rapport consacré au numérique et aux droits fondamentaux dans lequel il formule cinquante propositions pour « mettre le numérique au service des droits individuels comme de l’intérêt général ». Cette étude particulièrement attendue tombe à point nommé alors que vient d’être lancée la concertation en vue du grand projet de loi numérique prévu pour 2015. Parmi ces propositions, figure en deuxième place l’inscription du principe de neutralité du net dans la loi. Revendiquée depuis longtemps par l’UFC-Que Choisir, j’ai bien cru pouvoir me réjouir pendant un moment de ce pas en avant. Mais voilà, si le Conseil d’Etat indique considérer l’accès à Internet comme un droit fondamental qui nécessite dès lors de garantir un accès égal pour tous, l’institution mitige très largement son discours dès qu’on rentre dans le détail.

Le dossier est en effet actuellement débattu à Bruxelles dans le cadre du quatrième Paquet télécom, et les députés européens ont fait de la neutralité du Net leur cheval de bataille lors des débats dans l’hémicycle en avril dernier. Néanmoins, dans son rapport, le Conseil d’Etat semble vouloir vider de sa substance le principe de neutralité du Net en y ajoutant des exceptions réclamées par les opérateurs. Deux notions pourtant déterminantes à une véritable neutralité sont ainsi visées. Les services spécialisés tout d’abord : alors même que les eurodéputés ont opté pour une définition permettant d’éviter toute confusion avec les services d’accès à Internet en conditionnant la dénomination de service spécialisé à « une qualité supérieure de bout en bout » dudit service qui ne peut être proposé que si la capacité du réseau est suffisante pour les fournir en plus des services d’accès à Internet, le Conseil d’Etat soutient une définition beaucoup plus large qui ouvre la voie à une segmentation du marché.

Concernant la gestion du trafic ensuite, le Parlement européen a décidé que les fournisseurs d’accès ne soient autorisés à bloquer ou ralentir l’accès à Internet que dans des cas strictement définis : dans le cadre d’une décision de justice, pour prévenir la sûreté et l’intégrité du réseau ou pour prévenir les effets d’une congestion temporaire et exceptionnelle du réseau. Là encore, le Conseil d’Etat trouve cette définition des mesures de gestion du trafic trop restrictive et demande plus de souplesse dans les exceptions, ce qui ouvre potentiellement la voie à des discriminations pour des raisons purement commerciales. À travers ce rapport, le Conseil d’État se fait donc l’écho des positions du gouvernement, au détriment de l’instauration d’un véritable droit à un Internet neutre et ouvert. Alors que le dossier européen est maintenant entre les mains du Conseil des Ministre, et donc des Etats membres, il est à craindre que ce rapport ne serve les intérêts du gouvernement dans sa quête de détricotage du principe de Neutralité du Net.

Origine de la viande dans les produits transformés : à quand la rentrée de la transparence ?

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Voilà la rentrée effectuée. A cette occasion, à peine l’UFC-Que Choisir vient-elle de lancer avec les organisations de consommateurs européennes, la campagne pour un étiquetage de l’origine des viandes dans les produits transformés, que déjà se succèdent tweets et re-tweets. Et c’est de tous les horizons que proviennent les soutiens : éleveurs bovins, industriels de la viande, instituts de formation en agro-alimentaire, mais aussi membres de l’Assemblée Nationale tels que Danielle AUROI, Présidente de la Commission des Affaires Européennes, ou encore des Parlementaires Européens tels que Robert ROCHEFORT, Vice-président du Mouvement Démocrate…!

Comme moi, nombreux sont les consommateurs qui s’énervent de l’opacité entretenue par la majorité des industriels à la faveur d’une réglementation européenne laxiste…  Et ce, dans le seul but de diminuer le budget consacré aux ingrédients. Ils  complexifient sans fin leurs recettes à grand renfort d’additifs et lorsque cela ne suffit plus, ils s’ingénient à dénicher les ingrédients les moins chers sur le marché sans nous donner la moindre information sur leur origine ! On comprend ainsi la surprise et la colère de Régis qui, retournant l’emballage d’un banal sandwich ‘jambon-fromage’, trouve dans la liste des ingrédients pas moins de 34 composants et additifs … mais en revanche rien sur l’origine du porc dont est issu le jambon !

Et pourtant, un tel étiquetage de l’origine est possible, les photos que vous avez postées chers internautes le confirment et répondent par avance aux esprits chagrins qui voudraient attribuer cette soif d’information à un chauvinisme frileux. Nos consommateurs n’ont en effet rien contre cette moussaka mitonnée avec du bœuf français ou encore ce jambon d’Aoste transformé en Belgique, pourvu qu’on le leur dise. Encore faut-il que la Commission Européenne entende les 90 % de consommateurs qui réclament la transparence sur l’origine. Pour cela rejoignez notre mobilisation sur #meatorigin  afin qu’un jour je puisse enfin vous souhaiter ‘Bon appétit !’ sans la moindre réserve. En attendant, bonne rentrée à tous.

Pas de vacances pour la pollution publicitaire, à moins que…

sondage

A la lecture des résultats du sondage de ce blog sur les prospectus dans les boîtes aux lettres, je ne peux manquer de noter le contraste saisissant entre ceux-ci (75% de faible intérêt dont 53% pour qui ils ne présentent même aucun intérêt) et les résultats de l’étude de l’UFC-Que Choisir qui souligne une recrudescence de cette pression publicitaire non adressée. Le poids moyen sur un mois est passé de 2 kg par ménage en 2004 à 2,7 Kg en 2014, soit une augmentation colossale de 35 % en 10 ans ! Ce bourrage des boîtes est non seulement une gabegie environnementale, puisqu’en France à peine un papier sur deux est recyclé, mais aussi économique : non seulement les coûts publicitaires sont in fine supportés par tous les consommateurs (et cela peut représenter l’équivalent d’un charriot de courses pour une famille de 4 personnes), mais ceux liés à la gestion des déchets le sont aussi très largement par les contribuables…. Afin de stopper l’hémorragie, j’invite tous les consommateurs pour qui ces prospectus ne présentent qu’un très faible, voire aucun intérêt, à apposer la vignette « Stop Pub » qui a fait la preuve de son efficacité. En effet, l’enquête des bénévoles UFC-Que Choisir permet de constater que le stop pub fait chuter de 83 % le nombre de prospectus reçus. Où en trouver me direz-vous ? Eh bien, auprès des associations locales UFC-Que Choisir qui en ont fait éditer et les mettent gracieusement à votre disposition. N’hésitez pas à vous rapprocher d’elles dès la rentrée. D’ici là, bonnes vacances à chacune et chacun d’entre vous et rendez-vous en septembre.

Impact de la libéralisation de l’automédication : gare aux exclusivités trompe l’œil !

medicaments

Après l’UFC – Que Choisir en 2012, puis l’Autorité de la Concurrence en décembre dernier, c’est au tour de l’Inspection générale des finances de faire le constat du cruel manque de concurrence dont pâtit la distribution des médicaments sans ordonnance, et d’en appeler également à une libéralisation encadrée de l’automédication. L’idée serait de les rendre disponibles en parapharmacie et en espaces dédiés au sein des grandes surfaces, en présence impérative d’un pharmacien. A la clef, 10 % de points de vente supplémentaires, un gain de pouvoir d’achat atteignant 269 millions d’euros par an (- 16 % des dépenses d’automédication des consommateurs), et une sécurité sanitaire préservée puisque la dispensation se ferait sous le contrôle de docteurs en pharmacie.

Une perspective qui semble donner des ailes à Michel-Edouard Leclerc qui a publié sur son blog des données « nouvelles et exclusives » en faveur de cette libéralisation encadrée. Ainsi y apprend-on que, au cours des années 2000-2009, les dépenses de médicaments par personne ont davantage augmenté en France, pays soumis au monopole officinal sur l’automédication, que dans les pays européens qui ont libéralisé ces dernières années. Extrait :

tableau 1

Aucune source n’est citée. Bien entendu, toute ressemblance avec le tableau ci-dessous, issu de l’étude publiée en mars 2012 par l’UFC  – Que Choisir, serait purement fortuite, j’imagine, puisqu’on nous assure qu’il s’agit de chiffres inédits. Sans compter que l’ordre des lignes a été inversé !

Tableau 2

Il est d’autant plus regrettable de ne pas être allé « à la source » que les données OCDE sur ces dernières années (non disponibles quand nous avions réalisé notre étude, mais maintenant à jour) montrent qu’après 2009, la tendance s’est accentuée. Alors que les dépenses de médicaments par habitant ont diminué depuis de 0,6 % par an en France, cette baisse atteint 2,5 % en Norvège, 4,1 % en Italie, et même 5,7 % au Danemark et 5,9 % au Portugal. Libéralisation = surconsommation, l’équation sonne de plus en plus faux…

Bref, si vous voulez connaître en avant-première de prochaines informations « nouvelles et exclusives » sur la libéralisation de l’automédication, je ne peux que vous inciter à vous replonger dans notre étude de 2012. Visiblement, elle est plus que jamais toujours d’actualité !

 

NB: Réaction rapide de Leclerc, la note de blog est  été  actualisée et la source ajoutée. Dont acte !

Transparence, j’écris ton nom

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En entendant récemment la Ministre de la Santé annoncer la publication sur internet des liens d’intérêts entretenus par les médecins avec l’industrie pharmaceutique, un combat de longue date de l’UFC – Que Choisir, j’ai cru pouvoir me réjouir de ce pas en avant. Mais le discours par trop enjôleur de Marisol Touraine m’a donné envie d’y regarder de plus près.
Et je ressors circonspect de ce plongeon dans cet océan autoproclamé de transparence. La base de données est tout d’abord largement incomplète. Si le voile est levé sur les « avantages » matériels consentis aux médecins (repas, voyage pour un congrès, etc.), les véritables dépendances financières demeurent cachées. Ainsi des conventions passées entre laboratoires et professionnels de santé, pour une expertise ou un essai clinique par exemple, pour lesquelles on ne connaît toujours pas le montant de la rémunération du médecin !
Il faut en outre compter avec les œillères obtenues de haute lutte par les syndicats médicaux, qui n’aiment jamais tant la transparence que quand elle est loin d’eux. Des barrières techniques artificielles rendent en effet illusoire une utilisation ambitieuse de la base. Par exemple, si un journaliste, un chercheur ou – pourquoi pas ? – une association de consommateurs souhaitait connaître quelle spécialité médicale a le plus été courtisée par le groupe Sanofi sur les deux dernières années, ce ne sont pas moins de 45 000 fiches qu’il lui faudrait consulter une à une… de quoi décourager plus d’une bonne volonté, non ?
A croire que l’on a écrit partout le nom Transparence (jusque dans l’adresse du site, opportunément nommé www.transparence.sante.gouv.fr) pour chercher à masquer les criantes insuffisances de ce service, qui est bien loin de fournir les armes à même de lutter contre une expertise scientifique sous influence. J’ose vraiment espérer que les mesures sur l’ « open data » annoncées dans le projet de loi sur la santé en préparation, et qui répondent à l’appel de l’UFC-Que Choisir pour une vraie accessibilité des données publiques à la société civile, iront à leur terme, et alors le gouvernement sera fondé à dire « Transparence, j’écris ton nom ».