Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Sous le soleil exactement

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Pour beaucoup, les vacances sont là et le soleil avec, enfin je leur souhaite ! Et dans ce cas, pour ne garder que ses bienfaits, songer à se protéger, notamment les plus jeunes d’entre nous, n’est pas superflu. Mais à quelle crème se vouer ? Comme le révèle notre toute récente enquête, impossible de se fier ni aux étiquettes, ni à l’éventuelle notoriété des marques, et encore moins au prix.

L’UFC-Que Choisir a testé en laboratoire 17 produits de protection solaire d’indices les plus élevés (50 et 50+) destinés aux enfants. Le constat nous a stupéfié : pour près d’un produit sur trois, ces crèmes n’offraient pas la protection minimale contre les UVA, protection recommandée par les experts français et les autorités européennes. D’où notre décision d’agir contre plusieurs de ces laboratoires compte tenu des allégations figurant sur leurs produits. Cette action n’a pas manqué de faire réagir… Et comme souvent, c’est un classique, c’est notre méthodologie qui est attaquée, histoire de semer le doute, tenter de brouiller les esprits. En question, en l’occurrence, le fait que nos experts aient recouru à la méthode in vitro et non in vivo pour le calcul relatif aux UVA… Or, je rappellerai qu’il ne faut pas opposer les deux méthodes : la méthode in vitro est ainsi reconnue en France, par l’agence du médicament, l’ANSM, qui a d’ailleurs transmis un communiqué à l’AFP où elle indiquait qu’elle l’utilisait. En Europe aussi, Cosmetics Europe, le syndicat des fabricants de produits cosmétiques, recommande d’utiliser cette méthode. C’est pitoyable cette façon de réagir quand la santé de nos enfants se trouve au cœur de l’enjeu d’une protection efficace de leur peau.

Le combat de la prévention des cancers de la peau devrait être un combat partagé entre les associations de consommateurs et tous les fabricants de cosmétiques. Pourtant, en l’espèce, plusieurs fabricants semblent peu déterminés à accepter les résultats de nos tests. Pas question pour autant pour nous, de les laisser faire la pluie ou le beau temps dans l’information due aux consommateurs.

Bonnes vacances à tous, et indépendamment des produits cosmétiques, n’oublions pas que nos enfants ne sont jamais aussi bien protégés que quand ils ne s’exposent pas aux heures du plus fort ensoleillement.

 

 

 

Enquête de l’ARCEP sur la qualité des services mobiles : une transparence bas débit !

©Fotolia

 

L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) a publié ce matin son rapport annuel consacré à la qualité des services mobiles. Ce rapport, qui n’est pas sans intérêt, mérite à la fois d’être salué au regard des progrès méthodologiques accomplis, mais également d’être critiqué compte tenu des limites qu’il s’impose sans réelles justifications.

Lors de la publication de la mouture 2015 de l’enquête de l’ARCEP, je n’avais pu que regretter l’occasion manquée, notamment au regard des sommes investies pour la réaliser, d’élaborer un document réellement pertinent et éclairant pour le choix des consommateurs en raison d’une méthodologie inadaptée notamment en raison des critères retenus pour tester sur le terrain la qualité de l’internet mobile. Même si le nouveau protocole désormais retenu par l’ARCEP n’est pas totalement conforme à l’idée que je me fais d’un protocole et ne reprend pas l’ensemble des légitimes attentes des consommateurs, je tiens toutefois à saluer l’évolution positive de la méthodologie de contrôle de la qualité de service mobile qu’elle a mis en place.

De même, si l’édition 2015 avait été marquée par une erreur rédhibitoire du prestataire retenu par l’ARCEP qui avait abouti à considérablement restreindre l’analyse des comparaisons de la qualité de service selon la densité de population, cette analyse est aujourd’hui (enfin !) rendue pleinement possible.

Ces deux améliorations permettent, d’une part, de révéler des disparités importantes de qualité entre opérateurs mais aussi de mettre en lumière ce que des études de terrain menées par l’UFC-Que Choisir avaient déjà identifié et chiffré : l’existence de très fortes variations de qualité selon la densité de population. La discrimination géographique est saisissante : la qualité de service peut varier du simple au triple, selon que l’on s’intéresse aux zones rurales ou aux zones denses ! Et encore, uniquement lorsque l’on porte l’attention uniquement à la 3G. Concernant la 4G, cette fracture sur la qualité se mue en une cassure insupportable. C’est ainsi par exemple que le débit moyen constaté avec un terminal 4G est près de 6 fois supérieur dans les zones denses que dans les zones rurales ! Il est grand temps de ne plus accepter l’inacceptable. Des critères de qualité de service minimale, assurant à tous les consommateurs de pouvoir utiliser dans de bonnes conditions l’internet mobile, doivent enfin être mis en place !

Bien que cette version 2016 de l’enquête de l’ARCEP soit parvenue à évoluer dans sa méthodologie, il est en revanche une regrettable constante : la piètre qualité de service obtenue par Free Mobile ! L’opérateur collectionne les bonnets d’âne en termes de qualité. Pire pour l’opérateur, et ses abonnés, non seulement il ne parvient que très rarement à se hisser sur le podium, mais en plus la remise d’une médaille autre qu’en chocolat semble constituer pour lui un mirage tant il est décroché de ses compétiteurs sur la qualité des services de l’internet mobile !

Si au global Free Mobile est d’une piètre qualité, une analyse plus poussée des données permet de douter que les problèmes constatés sur l’itinérance Orange utilisée pour fournir du service 3G à ses abonnés se soient dissipés (problèmes, dois-je le rappeler, soulevés de longue date par l’UFC-Que Choisir). Notamment, les données font apparaitre certaines curiosités. A titre d’illustration, alors que dans les zones rurales (à priori celles qui font le plus appel à l’itinérance Orange) le taux de réussite de l’accès à un site internet en moins de 5 secondes est équivalent à celui des autres opérateurs (autour de 40 %), dès que l’on s’intéresse au test de services plus gourmands en bande passante (téléchargement de fichiers de 10 Mo ou lecture d’une vidéo en streaming sur YouTube), c’est la débandade : Free Mobile est à minima 10 points derrière les autres opérateurs.
Bien entendu, je ne me contente pas de dresser, à nouveau, ces constats. Il faut aller plus loin, plus vite. Il faut que le régulateur aille plus loin. Il faut que les institutions judiciaires aillent plus vite.

L’ARCEP tout d’abord. Il serait souhaitable qu’elle aille plus loin dans la fourniture au grand public des données collectées sur le terrain. C’est l’une des déceptions majeures de l’enquête présentée aujourd’hui. Alors que l’UFC-Que Choisir demande une ouverture poussée en open data des données détenues par l’ARCEP, les données qu’elle met aujourd’hui à la disposition du public en open data ne constituent majoritairement qu’une resucée de celles présentes dans le rapport ! Quid des différences de qualité selon que le trafic généré par les abonnés de Free Mobile passe par le réseau propre de l’opérateur ou en itinérance ? Quid des données sur le téléchargement de fichiers selon le type d’extension (pour déterminer si les fichiers multimédias sont victimes ou non de restrictions) ?

Il également indispensable que l’Autorité ne se cantonne pas à dresser des constats. Elle doit également en tirer le bilan. Ce bilan, elle ne le réalise pas alors qu’elle le devrait ; plus que jamais. En effet, personne ne peut feindre d’ignorer que l’environnement réglementaire a évolué depuis l’année dernière. Le règlement européen 2015/2120 consacré à la neutralité d’internet est directement applicable depuis le 30 avril 2016. Or ce règlement vise, sinon à empêcher, à rendre illégal la gestion des réseaux qui aboutiraient à procéder à une discrimination sur les flux. Si les données aujourd’hui dans les mains de l’ARCEP devaient traduire l’existence de telles discriminations, il serait intolérable qu’elle ne juge pas utile d’ouvrir une enquête approfondie sur les pratiques incriminées !

Ceci aurait qui plus est peut-être une vertu collatérale : permettre à la plainte déposée par l’UFC-Que Choisir en janvier 2013 contre Free Mobile d’enfin parvenir à un jugement. La justice, disais-je, doit également avancer plus vite. Cela fait maintenant plus de 3 ans que notre plainte pour pratiques commerciales trompeuse est instruite. Combien de temps encore les consommateurs devront-ils attendre que la lumière soit faite sur la nature des restrictions sur l’itinérance Orange utilisée par Free Mobile ?

Bref, je ne peux que constater les avancées très bas débit vers la transparence…

Fracture sanitaire : notre réponse à l’Assurance maladie

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Assurance maladie a la promptitude à géométrie variable ! Les données chiffrées sur les dépassements d’honoraires que nous avions demandées en vain pendant près d’un mois ont été rendues publiques dans un communiqué vengeur moins de 24 heures après la présentation par l’UFC-Que Choisir de son étude sur l’aggravation de la fracture sanitaire. Au-delà des querelles de chiffres, sur lesquelles je vais revenir, le cœur du sujet est finalement ici… Cette vieille conception de l’action publique, qui voudrait que qui contrôle les données contrôle l’information et, par conséquent, le débat public.

Comme en 2012, faute d’une mise à disposition de ces informations pourtant d’intérêt public, nous nous sommes trouvés contraints, pour mener à bien notre étude, d’aspirer à grands frais les informations sur les tarifs et la localisation des médecins présentes sur l’annuaire santé de l’assurance maladie. Cela nous a amené à travailler sur une base complète (tous les médecins libéraux sont pris en compte), mais à partir du tarif le plus fréquemment demandé par les médecins (le seul disponible). Rien d’étonnant dès lors à ce que les chiffres de l’Assurance maladie divergent en partie des nôtres, puisque nous ne parlons pas de la même chose ; notre étude s’intéresse aux tarifs le plus souvent rencontrés par les usagers, quand l’Assurance maladie communique sur des moyennes, qui amalgament des situations très variées (patients en CMU-C non soumis par la loi aux dépassements d’honoraires et patients classiques, par exemple). Cerbère des données exhaustives de tarification, l’Assurance maladie a beau jeu de critiquer notre méthodologie : c’est la seule accessible aux associations !

Comment admettre que l’Assurance maladie et le ministère de la Santé fassent ainsi du monopole dans l’accès à l’information une arme, a fortiori quand ils la pointent à la face des usagers ? Comment ne pas s’offusquer de voir ainsi foulé aux pieds le principe d’open data en santé, pourtant inscrit dans la loi Touraine depuis janvier ?

Plus largement, je ne peux pas accepter sans réagir que les autorités publiques tordent à ce point la réalité pour mieux masquer leur échec en termes d’inégalités de santé. Les dépassements d’honoraires ont augmenté de 200 millions d’euros depuis 2012, pour atteindre 2,53 milliards d’euros en 2015. Le nombre de spécialistes installés en secteur 2 augmente de 1,3 % par an depuis 2012, réduisant d’autant l’offre au tarif de la sécurité sociale. L’Ordre des médecins estime que la France aura perdu un généraliste sur quatre entre 2007 et 2025. Et d’après la ministre, nous serions porteurs de « contrevérités absolues » en faisant le constat de l’aggravation de la fracture sanitaire ?

Non, vraiment, nous ne nous résignons pas à ce que le débat sur l’accès de tous les usagers au système de santé vole aussi bas. De toute évidence, l’UFC – Que Choisir a touché un nerf sensible, en témoignent les réactions excessives des autorités et des syndicats de médecins. Cela ne nous conforte que davantage dans notre combat, et je vous invite à mesurer dès maintenant l’offre médicale disponible sur votre commune à partir de notre carte interactive.

Censure de la campagne sur le prix des médicaments : la pilule ne passe pas !

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A l’heure où les dépenses de la Sécurité Sociale ne cessent d’augmenter, les prix des médicaments continuent aussi de grimper. En mai dernier, l’UFC-Que Choisir s’insurgeait du prix exorbitant du traitement contre l’Hépatite C, favorisant les marchés parallèles. Est-il normal qu’un traitement pour soigner l’Hépatite C soit vendu 41 000 euros, alors que la production ne coûterait qu’une centaine d’euros ? Le conditionnel est de rigueur puisque le problème principal dénoncé par la campagne publicitaire de Médecins du Monde repose justement sur le manque de transparence dans la fixation des prix des médicaments, empêchant une estimation précise des coûts. Il est regrettable que les laboratoires pharmaceutiques décident, cavaliers seuls, du « prix de la vie », porte ouverte à toutes les dérives. Les arguments  avancés par les laboratoires (coût de la recherche – coût de production – bénéfices thérapeutiques à la hauteur des prix) ne justifient en rien ces écarts. Cette explosion des prix a des conséquences sur notre système de santé : des patients exclus de certains traitements…  Il est impensable que de nos jours les médicaments soient rationnés de cette sorte.

A travers ces messages forts (« Une épidémie de grippe en décembre c’est le bonus de fin d’année qui tombe »), l’ONG montre que les laboratoires s’en mettent plein les poches au détriment de la santé des citoyens.  Je me joins au combat de Médecins du Monde pour rappeler que les médicaments ne sont pas des biens de consommation comme les autres et qu’il est de la responsabilité de l’Etat d’assurer des prix plus bas, accessibles à tous. Il est encore plus regrettable d’en arriver là dans la mesure où l’Etat dispose des moyens nécessaires pour réguler ce marché.

Je regrette que la campagne publicitaire choc de Médecins du Monde ait été censurée sur fond d’arguments inopérants… L’explication la plus ridicule étant « des allégations chiffrées qui ne sont pas sourcées »! Combien d’allégations non sourcées dans des publicités passent chaque jour entre les mailles du filet ? Cette censure par l’Autorité professionnelle montre encore une fois, les limites du système de régulation publicitaire et l’influence et  le poids des lobbies pharmaceutiques.

Alors que les ministres de la Santé des Etats membres de l’UE réalisent tout juste que le système de santé européen est plombé par des prix du médicament toujours plus élevés, l’UFC-Que Choisir appelle la Ministre de la Santé à se pencher réellement sur ce problème de santé publique, et nous tous à relayer la campagne de Médecins du Monde sur nos relais de communication : réseaux sociaux, etc…

Electricité: de royales promesses… de soldats gascons !

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Sous couvert de protéger le pouvoir d’achat des ménages, Ségolène ROYAL avait d’autorité annulé la hausse de 5 % du tarif réglementé d’électricité prévue au 1er août 2014 avant d’annoncer une hausse plus faible de 2,5 % au 1er novembre. A l’époque, j’avais alerté sur le caractère trompe l’œil de cette bonne nouvelle dès lors, que cédant aux errements gouvernementaux passés, la Ministre avait préféré les effets d’annonces, les arbitrages politiques non bordés juridiquement aux véritables réformes… Les exemples d’invalidation par le Conseil d’Etat de gels ou hausses modérées des tarifs réglementés par les gouvernements de droite comme de gauche étaient en effet légion…  Et la liste s’est donc enrichie cette semaine avec l’annulation par le Conseil d’Etat, saisi par les fournisseurs alternatifs, des deux arrêtés de 2014, engendrant inévitablement des hausses rétroactives pour les millions de consommateurs au tarif réglementé… Si certains, dans une lecture hâtive, blâme la haute juridiction administrative pour cette douloureuse nouvelle pour notre porte-monnaie ou les fournisseurs alternatifs à l’origine de recours, il ne faut pas se tromper de responsable. C’est bel et bien parce que nos hommes et femmes politiques ne se sont pas attaqués suffisamment tôt à la réforme des modes de calculs des tarifs réglementés que les consommateurs trinquent aujourd’hui… Et le montant devrait atteindre en moyenne 30 euros par ménage.  Heureusement, dorénavant c’est la Commission de Régulation de l’Énergie qui doit avoir la main pour fixer le tarif réglementé  d’électricité, ce qui devrait nous protéger à l’avenir de ces yoyos tarifaires incompréhensibles et qui participent à l’illisibilité du tarif réglementé pour bon nombre de consommateurs… Pour autant, à mon étonnement, la Ministre vient d’annoncer que la hausse du tarif réglementé, au 1er août, serait « de moins de 1 %, peut-être aux alentours de 0,5 % »… Nouvelle promesse de soldat gascon ? L’UFC-Que Choisir refuse que les consommateurs continuent de subir des hausses inconsidérées du tarif réglementé, et va d’ailleurs prochainement passer à l’action pour une électricité moins chère.