mai
23

17 mois… Il aura fallu près de 17 mois à la France pour publier le texte mettant fin à l’opacité des liens d’intérêts entre médecins et labos pharmaceutiques. La loi sur la sécurité du médicament, votée en décembre 2011, prévoyait un décret imposant la transparence quant aux avantages accordés par l’industrie aux acteurs de santé. Il n’a été publié qu’hier. Le but n’est pas d’interdire tout rapport entre les uns et les autres, mais de faire connaître précisément les cadeaux (dès 10 euros) accordés aux médecins, même lorsqu’il s’agit d’un simple déjeuner. La mesure est rétroactive à janvier 2012, les informations seront publiées sur un site internet accessible à tous ; les contrevenants encourent 45000 euros d’amende.
Un traitement de choc ? Pas vraiment ! Si je me réjouis de cet effort de transparence, je regrette qu’il n’aille pas plus loin. La « culture de la transparence» voulue par Marisol Touraine connaît déjà un gros accroc puisque les rémunérations pour une prestation de service ou de conseil ne seront pas recensées dans les déclarations d’intérêt, alors que c’est un lien évident ! Il suffira donc à un labo de rémunérer un médecin pour son intervention lors d’un colloque à l’étranger, par exemple, pour contourner la question du cadeau et éviter d’avoir à le déclarer ! En oubliant une si large partie des liens entre médecins et industrie, le décret risque donc de susciter des effets pervers. Nul doute que les laboratoires sauront très vite faire contre mauvaise fortune… « bon cœur » et s’adapter à cette nouvelle donne, pas si rigoureuse qu’elle n’en a l’air.
Autre bémol : le site internet recensant les liens d’intérêt aura la mémoire courte. Il ne conservera les informations que pour les 10 dernières années, et seules les données relatives aux 5 dernières seront accessibles. Une restriction très regrettable puisque le Mediator, par exemple, a été prescrit pendant 30 ans ! Le traitement du Docteur Touraine est-il dès lors à la hauteur de l’enjeu ?
mai
15

Après les autorités de santé, c’est le gendarme de la concurrence qui défend les génériques. L’Autorité a en effet condamné Sanofi-Aventis pour avoir « dénigré » les génériques du Plavix. De septembre 2009 à janvier 2010, le laboratoire a conduit une campagne de dénigrement des génériques concurrents du Plavix, l’une de ses poules aux œufs d’or. Jouant d’ambiguïtés, le groupe pharmaceutique a cherché à accréditer l’idée que les concurrents du Plavix étaient moins efficaces, et mettaient donc en danger la vie des patients. Sans s’embarrasser, naturellement, d’en apporter la preuve scientifique ! Conséquence? Un surcoût pour l’Assurance maladie estimé, excusez du peu, à 38 millions d’euros pour la seule période de janvier 2010 à août 2011 ! Espérons que la décision aidera à mettre un coup d’arrêt aux politiques, aujourd’hui trop systématiques, de dénigrement des génériques.
Mais ce qui m’a le plus frappé dans l’avis de l’Autorité, c’est la description méticuleuse et documentée des moyens mis en œuvre par les laboratoires pour parvenir à leurs fins. Plus encore que la défense des génériques, c’est bel et bien la désinformation des médecins que pointe l’Autorité. Elle met en évidence le rôle joué par les visiteurs médicaux de l’industrie pharmaceutique, et plus largement par l’information biaisée dont celle-ci abreuve les médecins. L’UFC-Que Choisir a établi les tristes conséquences de ce bombardement promotionnel : risques pour la santé des Français, surcoûts massifs pour les finances publiques.
Souhaitons donc que cette mise au jour des pratiques insidieuses des labos soit l’occasion pour les pouvoirs publics de se remémorer l’une de nos propositions : la création d’un corps de visiteurs médicaux publics, placés sous l’égide de la Haute Autorité de Santé et chargés de contrer le discours biaisé des fabricants de médicaments… Avec cette décision, l’UFC-Que Choisir entend donc inviter les parlementaires à prescrire (enfin !) cette réforme.
mai
14

« Ouf ! » peuvent s´exclamer toutes les copropriétés de France à l´unisson (…du moins celles qui sont équipées d´ascenseurs). La ministre du Logement, Cécile Duflot, vient en effet d´annoncer le report d´un an de la tranche de travaux de mise aux normes des ascenseurs fixée à juillet 2013. Mieux : un moratoire sur les travaux liés à la précision d´arrêt (c´est-à-dire l´alignement entre le palier et la cage d´ascenseur) a été décidé, une nouvelle qui a de quoi soulager les copropriétaires et, surtout leurs porte-monnaie. L´étude de l´UFC-Que Choisir de 2008 sur les ascenseurs avait pointé du doigt le fait que ce dispositif était en tête de ceux qui font flamber les devis. En effet, pour la précision d’arrêt au palier inférieure à 2 cm (mesure la plus coûteuse et contestée), il est souvent proposé par les ascensoristes de remplacer l’armoire de commande. Or le prix de celle-ci peut varier, selon nos devis, de 7 000 à plus de 16 000 euros sans que l’examen des critères objectifs (notamment le nombre d’étages) n’apporte d’explication satisfaisante…
Les annonces du gouvernement sont donc indéniablement de nature à faciliter la mise en concurrence des différents acteurs par les copropriétés et permettront un allégement significatif et un étalement des coûts. Bien évidemment, les ascensoristes, eux, ne manquent pas de tirer la sonnette d´alarme en dénonçant une « décision démagogique et politique » et en usant, comme si cela ne suffisait pas, de l´argument tarte à la crème de l´emploi. Dois-je leur rappeler qu´en ce qui concerne la mesure de précision d’arrêt à l’étage inférieure à 2 cm, l´étude de l´UFC-Que Choisir avait souligné que les propositions de travaux superflus sont légion? La plupart du temps, un réglage régulier de l’appareil fait l’affaire! J´espère en avoir prochainement l´occasion puisqu´un groupe de travail a été annoncé. L´UFC-Que Choisir, qui dénonce depuis des années les abus à tous les étages s´agissant de la sécurisation des ascenseurs, entend bien ne pas voir les portes de ce groupe se refermer sur elle…
mai
6

Fin novembre, après la saisine de l’UFC-Que Choisir, l’Arcep avait annoncé le lancement d’une enquête administrative sur le conflit opposant Iliad et Google, sociétés mères de Free et YouTube. Le but était de comprendre les tenants et aboutissants des problèmes d’interconnexions persistant entre le fournisseur d’accès et le site de vidéos en streaming, et qui pénalisent surtout… l’internaute.
L’Arcep a alors adressé des questionnaires à Free, Google, mais aussi à trois opérateurs de transit impliqués dans la problématique de l’interconnexion. En fonction des réponses, l’Autorité devait décider des suites à donner début 2013. Mais le printemps (qui est lui-même en retard) est déjà bien entamé, et je ne vois toujours rien venir ! J’ai donc à nouveau saisi le président de l’Autorité de cette question afin de connaître l’état d’avancement des travaux sur cette question. En espérant que le régulateur des télécoms mettra bientôt fin à ce suspense insoutenable !
avr
30

Il n’y aura pas d’open débat sur l’open data ! Et d’ailleurs, pourquoi susciter la discussion quand c’est déjà tout vu pour la ministre de la Santé ? L’ouverture des données de santé, très peu pour elle ! La ministre a confié à Pierre-Louis Bras la tâche d’organiser des consultations sur le sujet. Or dans la lettre de mission de celui-ci, il n’est pas question d’un débat public ! Mais plutôt « d’étudier les conditions fiables et sécurisées de la mise en place d’un dispositif d’accès des bases de données médico-administratives adapté à la nature et aux besoins des différents acteurs » (en clair : l’open data, compte là-dessus et bois de l’eau).
La ministre a aussi mis fin de son propre chef aux réflexions sur le partage des données de santé organisées par le Comité stratégique des industries de santé, placé sous l’autorité du… Premier ministre ! Le même jour, le rendez-vous prévu entre son cabinet et l’Initiative transparence santé, dont fait partie l’UFC-Que Choisir, était encore repoussé.
Madame la ministre, les données de santé ne vous appartiennent pas, et il y a urgence à ouvrir un débat public sur cette question… au lieu de lui préparer un enterrement de première classe !