Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Construisons ensemble la consommation de demain

Les élections présidentielles et législatives sont une belle opportunité pour nous, consommateurs, de donner une vision de ce que nous souhaitons comme société de consommation demain. En 2012, l’UFC-Que Choisir avait ainsi proposé un Pacte consumériste pour le nouveau quinquennat. Nous pouvons aujourd’hui nous réjouir des avancées qui ont suivi cette initiative : instauration d’une action de groupe, allongement de la garantie effective légale à deux ans, dynamisation de la concurrence sur le marché de l’assurance emprunteur, adoption du principe d’un étiquetage nutritionnel simplifié…

A la veille des échéances de 2017, les enjeux pour les consommateurs sont encore nombreux. Sécurité et transparence du monde numérique, produits respectueux de la santé et de l’environnement, loyauté des échanges, qualité des services du quotidien, défense des droits acquis et implication dans les décisions nous concernant…de multiples questions méritent qu’on leur porte attention, afin d’avancer vers une société de consommation plus juste et plus responsable.

Pourtant, ces sujets essentiels, à la croisée de nombreux enjeux économiques, sociaux et sociétaux, nationaux comme européens, sont très largement absents des débats actuels ou alors sous le seul prisme du consommateur payeur, notamment à travers la TVA. Pourtant, il est de la responsabilité première des pouvoirs publics, notamment de l’Etat, de fixer un cadre pertinent. C’est pourquoi l’UFC-Que Choisir a décidé de mettre en place la plateforme Votez Pour Vous 2017. L’association souhaite donner à chacun la possibilité de s’exprimer sur nos propositions, mais aussi de soumettre ses propres idées. Cet espace est destiné à dessiner les contours d’une société de consommation mieux maîtrisée par vous, consommateurs, en esquissant, avec vous, les mesures consuméristes de demain, et ce avec l’apport, aussi, d’experts et de personnalités qualifiées. Cette agora permettra, nous l’espérons, à travers un vrai dialogue, d’interpeller la classe politique sur des propositions qui seront les nôtres car elles tiendront compte des vôtres. Vous l’aurez compris, l’objectif de cette plateforme est de nous permettre de faire entrer les réformes consuméristes dans les programmes… Bref, en un mot, de vous permettre de voter pour vous !

Financement participatif : l’illusion brisée des prêts aux entreprises

Vous rappelez vous ? Le 14 février 2014, Pierre Moscovici, ministre de l’économie, émettait le souhait de faire de la France « la start-up république de l’Europe » en permettant aux consommateurs de prêter facilement aux petites et moyennes entreprises grâce aux plateformes de financement participatif. Trois ans plus tard, l’étude de l’UFC-Que Choisir a montré que c’est souvent la douche froide pour les consommateurs qui y ont eu recours.

Les plateformes de prêts aux entreprises disposent, en effet, d’un modèle économique à hauts risques tant pour les consommateurs que pour les entreprises. Les plateformes, rémunérées uniquement à la commission, sont incitées à proposer le plus possible de projets, au mépris de leur qualité intrinsèque, à des taux d’intérêts élevés, qui rémunèrent les prêteurs mais fragilisent d’autant les entreprises. Suite à notre enquête, l’association professionnelle des plateformes n’a pas manqué d’astuces pour commenter nos conclusions. Revenons-y. L’association Finance participative soutient, tout d’abord, que les consommateurs sont parfaitement conscients du risque de perte en capital des prêts aux entreprises. Notre étude constate pourtant qu’alors que son président tablait dans la presse généraliste sur un taux de défaut de seulement « 1 à 2%» en 2014, ce dernier atteint, trois ans plus tard, 14,2% des montants financés chez Unilend, la plateforme leader du marché, soit un risque plus de 7 fois supérieur à celui annoncé.

Sans surprise, face à l’explosion du nombre d’entreprises qui ne remboursent plus leurs échéances aux consommateurs, le rendement de ces placements est quatre à vingt fois inférieur aux promesses. En effet, une fois pris en compte l’impact des défauts et de la fiscalité, il atteint seulement 1,6% pour l’ensemble des prêts effectués sur les principales plateformes et même 0,33% pour les prêts consentis depuis plus d’un an, sur lesquels nous disposons de davantage de recul. L’estimation de l’association Finance participative qui table sur un rendement de 3,7%, en ne prenant en compte l’impact du non-remboursement du capital uniquement lorsque celui-ci date depuis plus de 3 mois (!), nous semble pour le moins optimiste. Nous prenons date du rendez-vous fixé par les plateformes, c’est-à-dire à l’échéance des premières cohortes de prêts, avec inquiétude. En effet, au regard du faible nombre de prêts ayant été remboursés intégralement par les entreprises, moins de 10%, nos estimations pourraient s’avérer particulièrement prudentes !

Dans ces conditions, et alors que la grande majorité des plateformes ne respecte pas ses obligations légales, telle que celle de fournir aux consommateurs un outil permettant d’évaluer si ces placements correspondent bien à leur profil de risque, les déceptions sont déjà légion. Le forum de la plateforme Lendopolis offre à cet effet un verbatim très instructif de leurs plaintes, « Warning sur les taux annoncés », « Faiblesse du taux réel », « Taux de défaut trop importants !! », dont notre étude faisait l’écho face aux discours complaisants.

Au regard de ces graves défaillances, l’UFC-Que Choisir ne peut finalement que rejoindre la demande de l’association Finance participative de mieux contrôler et  sanctionner tous les excès du secteur…. Car contrairement à ce que le leader du marché voudrait nous faire croire en se concoctant des indicateurs « maison », ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre !

Energie moins chère ensemble : la dynamique concurrentielle enclenchée !

Si le résultat des enchères de la campagne « Energie moins chère ensemble » a été historique avec des offres lauréates on ne peut plus compétitives, l’impact de cette campagne sur les marchés aura également été retentissant comme vient de le souligner l’Observatoire de la Commission de Régulation de l’Energie. En effet, la publication des résultats du 4ème trimestre 2016 montre que le taux moyen de changement de fournisseur sur le secteur résidentiel de l’électricité a atteint 1,8%, ce qui peut apparaître faible mais qui constitue néanmoins le record historique sur 10 ans de libéralisation du marché…

Concrètement, sur le 4ème trimestre 2016, 335 000 ménages sont passés à une offre de marché chez des fournisseurs alternatifs contre 206 000 le trimestre précédent, soit une augmentation de 62,5% ! Comme le souligne l’autorité de Régulation dans son communiqué de presse, la campagne « Energie moins chère ensemble » aura donc bien, conformément à son objectif, éveillé les consciences quant à l’intérêt et la simplicité du changement de fournisseur et ainsi participé, en accompagnant et sécurisant la mobilité des consommateurs, à la création d’une dynamique concurrentielle… Reste à savoir si cette dynamique va se poursuivre… Comptez sur l’Association pour y veiller !

Diffusion des chaînes de la TNT par les FAI : pas de flouze, pas de flux… gare à ne pas flouer les consommateurs !

Bien que cette information n’ait pas fait la une du JT de TF1, différents articles de journaux parus la semaine dernière ont évoqué la volonté de la chaîne d’empêcher les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) de la diffuser via leurs boxs si une contrepartie financière ne lui était pas versée (alors qu’aujourd’hui les FAI ne payent pas les chaînes de la TNT pour diffuser leurs flux). Si les exigences prêtées à TF1 (mais aussi M6) devaient se concrétiser, au moins trois impacts néfastes pour les consommateurs pourraient se manifester.

Tout d’abord, les FAI pourraient refuser de payer les chaînes de télévision et renonceraient donc à diffuser leurs programmes de télévision de rattrapage et leurs plateformes de VOD. Dans cette hypothèse, les consommateurs ayant accompagné le développement spectaculaire de la consommation de contenus audiovisuels via les boxs, et ne disposant plus des moyens techniques permettant d’avoir un accès alternatif aux programmes de la TNT gratuite sur leurs téléviseurs, devraient alors investir soit dans un nouveau téléviseur, soit dans un boitier TNT. A défaut, ils se verraient privés d’accès à des chaînes centrales du paysage audiovisuel français.

Ensuite, il est parfaitement envisageable que les politiques des FAI ne soient pas coordonnées et que certains acceptent de payer certaines chaînes pour les diffuser, quand d’autres refuseraient de le faire. Dès lors, la concurrence par les infrastructures se verrait encore davantage qu’aujourd’hui damer le pion par la concurrence par le contenu. Il serait difficilement justifiable que la capacité à accéder aux chaînes de la TNT gratuite sur les boxs constitue un élément de différenciation entre FAI. Le consommateur pourrait qui plus est se trouver dans une situation où son choix d’un FAI entraîne une renonciation. Si par exemple, Bouygues Telecom était le seul FAI à diffuser TF1, et Orange le seul à diffuser M6, alors un consommateur voulant accéder aux deux chaînes via une box Internet ne pourrait pas techniquement le faire !

Enfin, il est possible que la nécessité pour les FAI de proposer aux consommateurs une offre audiovisuelle cohérente les pousse à acquérir les « droits » pour diffuser toutes les chaînes de la TNT gratuite. Pour ce faire, les FAI pourraient investir plusieurs centaines de millions d’euros. Or, ce coût serait très probablement répercuté sur les abonnements payés par les consommateurs ! Dans un contexte de hausse des prix de l’Internet fixe, cette nouvelle hausse des abonnements nuirait immanquablement à l’objectif d’un accès à Internet à un tarif raisonnable.

Au bout du compte, dans cette hypothèse l’accès aux chaînes gratuites de la TNT serait doublement « payé » par les consommateurs puisqu’à ce paiement via les abonnements, viendrait s’ajouter un « paiement » en tant que contribuable puisque les chaînes de la TNT exploitent gratuitement un patrimoine fréquentiel public qui a pourtant de la valeur (comme l’indique les prix de ventes des fréquences aux opérateurs mobiles).

Pour éviter ces risques, des mesures de régulation doivent impérativement être prises par le CSA, au besoin via le renforcement de ses prérogatives par le législateur.

Auto-école : pas d’écart de conduite de l’UFC-Que Choisir

Décidément, la demande de l’UFC-Que Choisir d’imposer aux auto-écoles d’informer par écrit les consommateurs de leurs taux de réussite aux examens du permis de conduire ne cesse de soulever une vague de protestation de la profession… Or, si je me réfère aux éléments objectifs appuyant cette demande, les auto-écoles n’ont pas à nous faire la « leçon » sur ce qu’il convient ou non de faire.

En premier lieu, les auto-écoles (ou tout au moins celles qui prétendent parler en leur nom sur les réseaux sociaux) omettent de préciser que c’est le comportement d’une immense majorité d’entre elles qui impose une évolution de la réglementation. Aurions-nous plaidé avec force la mise en place d’une information précontractuelle par écrit des taux de réussite par les auto-écoles si notre enquête de terrain avait montré qu’une très grande majorité des auto-écoles communiquaient aux consommateurs des taux exacts ? Pas nécessairement. Mais compte tenu de l’élément factuel selon lequel près de 70 % des auto-écoles enquêtées ne fournissent pas aux consommateurs des données fiables, il est indispensable de mobiliser la réglementation pour imposer aux auto-écoles la vertu.

En second lieu, les auto-écoles réfutent l’idée selon laquelle la comparaison des taux de réussite est pertinente pour les consommateurs. J’ai même lu que les taux ne voulaient rien dire car ce n’était pas la même chose de passer son permis à Paris que dans le Berry. Sans blague ! Nous n’avons évidemment jamais écrit ou dit une ineptie pareille. La réalité c’est que ceux voulant se former à la conduite compareront les auto-écoles proches de leur lieu de vie, pour lesquelles l’environnement de la formation et le lieu de passage de l’épreuve de la conduite sont les mêmes. La comparaison des taux a donc du sens. Qui plus est, il est vraisemblable que ces auto-écoles aient affaire à un même public socio-économique et qu’en conséquence une auto-école ne soit pas affectée par des candidats a priori moins bons.

Je trouve particulièrement curieux que les auto-écoles ne considèrent pas que l’affichage des taux puisse les inciter à prodiguer une formation davantage qualitative. Jugent-elles la qualité de l’enseignement comme étant une constante, en tout lieu et en tout temps ? Pourtant, le sérieux, l’implication ou les qualités pédagogiques des moniteurs, qui sont variables, ont nécessairement des effets sur la capacité des candidats à passer avec succès les examens du permis de conduire.

Est-ce à dire que les taux de réussite bruts caractérisent à eux-seuls toute la qualité de l’enseignement ? Non. Et l’UFC-Que Choisir est très claire sur ce point. Ces taux méritent d’être mis en perspective avec d’autres paramètres, et particulièrement le nombre d’heures consacrées en moyenne à la formation avant l’obtention du permis de conduire. Sur ce point, comme sur les modalités de l’information précontractuelle sur les taux, l’UFC-Que Choisir est toujours prête à discuter des modalités avec toutes les parties prenantes, mais le principe, lui, nous paraît, au vu des faits, indiscutable.