Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Pas de vacances pour la pollution publicitaire, à moins que…

sondage

A la lecture des résultats du sondage de ce blog sur les prospectus dans les boîtes aux lettres, je ne peux manquer de noter le contraste saisissant entre ceux-ci (75% de faible intérêt dont 53% pour qui ils ne présentent même aucun intérêt) et les résultats de l’étude de l’UFC-Que Choisir qui souligne une recrudescence de cette pression publicitaire non adressée. Le poids moyen sur un mois est passé de 2 kg par ménage en 2004 à 2,7 Kg en 2014, soit une augmentation colossale de 35 % en 10 ans ! Ce bourrage des boîtes est non seulement une gabegie environnementale, puisqu’en France à peine un papier sur deux est recyclé, mais aussi économique : non seulement les coûts publicitaires sont in fine supportés par tous les consommateurs (et cela peut représenter l’équivalent d’un charriot de courses pour une famille de 4 personnes), mais ceux liés à la gestion des déchets le sont aussi très largement par les contribuables…. Afin de stopper l’hémorragie, j’invite tous les consommateurs pour qui ces prospectus ne présentent qu’un très faible, voire aucun intérêt, à apposer la vignette « Stop Pub » qui a fait la preuve de son efficacité. En effet, l’enquête des bénévoles UFC-Que Choisir permet de constater que le stop pub fait chuter de 83 % le nombre de prospectus reçus. Où en trouver me direz-vous ? Eh bien, auprès des associations locales UFC-Que Choisir qui en ont fait éditer et les mettent gracieusement à votre disposition. N’hésitez pas à vous rapprocher d’elles dès la rentrée. D’ici là, bonnes vacances à chacune et chacun d’entre vous et rendez-vous en septembre.

Impact de la libéralisation de l’automédication : gare aux exclusivités trompe l’œil !

medicaments

Après l’UFC – Que Choisir en 2012, puis l’Autorité de la Concurrence en décembre dernier, c’est au tour de l’Inspection générale des finances de faire le constat du cruel manque de concurrence dont pâtit la distribution des médicaments sans ordonnance, et d’en appeler également à une libéralisation encadrée de l’automédication. L’idée serait de les rendre disponibles en parapharmacie et en espaces dédiés au sein des grandes surfaces, en présence impérative d’un pharmacien. A la clef, 10 % de points de vente supplémentaires, un gain de pouvoir d’achat atteignant 269 millions d’euros par an (- 16 % des dépenses d’automédication des consommateurs), et une sécurité sanitaire préservée puisque la dispensation se ferait sous le contrôle de docteurs en pharmacie.

Une perspective qui semble donner des ailes à Michel-Edouard Leclerc qui a publié sur son blog des données « nouvelles et exclusives » en faveur de cette libéralisation encadrée. Ainsi y apprend-on que, au cours des années 2000-2009, les dépenses de médicaments par personne ont davantage augmenté en France, pays soumis au monopole officinal sur l’automédication, que dans les pays européens qui ont libéralisé ces dernières années. Extrait :

tableau 1

Aucune source n’est citée. Bien entendu, toute ressemblance avec le tableau ci-dessous, issu de l’étude publiée en mars 2012 par l’UFC  – Que Choisir, serait purement fortuite, j’imagine, puisqu’on nous assure qu’il s’agit de chiffres inédits. Sans compter que l’ordre des lignes a été inversé !

Tableau 2

Il est d’autant plus regrettable de ne pas être allé « à la source » que les données OCDE sur ces dernières années (non disponibles quand nous avions réalisé notre étude, mais maintenant à jour) montrent qu’après 2009, la tendance s’est accentuée. Alors que les dépenses de médicaments par habitant ont diminué depuis de 0,6 % par an en France, cette baisse atteint 2,5 % en Norvège, 4,1 % en Italie, et même 5,7 % au Danemark et 5,9 % au Portugal. Libéralisation = surconsommation, l’équation sonne de plus en plus faux…

Bref, si vous voulez connaître en avant-première de prochaines informations « nouvelles et exclusives » sur la libéralisation de l’automédication, je ne peux que vous inciter à vous replonger dans notre étude de 2012. Visiblement, elle est plus que jamais toujours d’actualité !

 

NB: Réaction rapide de Leclerc, la note de blog est  été  actualisée et la source ajoutée. Dont acte !

Transparence, j’écris ton nom

mutetu

En entendant récemment la Ministre de la Santé annoncer la publication sur internet des liens d’intérêts entretenus par les médecins avec l’industrie pharmaceutique, un combat de longue date de l’UFC – Que Choisir, j’ai cru pouvoir me réjouir de ce pas en avant. Mais le discours par trop enjôleur de Marisol Touraine m’a donné envie d’y regarder de plus près.
Et je ressors circonspect de ce plongeon dans cet océan autoproclamé de transparence. La base de données est tout d’abord largement incomplète. Si le voile est levé sur les « avantages » matériels consentis aux médecins (repas, voyage pour un congrès, etc.), les véritables dépendances financières demeurent cachées. Ainsi des conventions passées entre laboratoires et professionnels de santé, pour une expertise ou un essai clinique par exemple, pour lesquelles on ne connaît toujours pas le montant de la rémunération du médecin !
Il faut en outre compter avec les œillères obtenues de haute lutte par les syndicats médicaux, qui n’aiment jamais tant la transparence que quand elle est loin d’eux. Des barrières techniques artificielles rendent en effet illusoire une utilisation ambitieuse de la base. Par exemple, si un journaliste, un chercheur ou – pourquoi pas ? – une association de consommateurs souhaitait connaître quelle spécialité médicale a le plus été courtisée par le groupe Sanofi sur les deux dernières années, ce ne sont pas moins de 45 000 fiches qu’il lui faudrait consulter une à une… de quoi décourager plus d’une bonne volonté, non ?
A croire que l’on a écrit partout le nom Transparence (jusque dans l’adresse du site, opportunément nommé www.transparence.sante.gouv.fr) pour chercher à masquer les criantes insuffisances de ce service, qui est bien loin de fournir les armes à même de lutter contre une expertise scientifique sous influence. J’ose vraiment espérer que les mesures sur l’ « open data » annoncées dans le projet de loi sur la santé en préparation, et qui répondent à l’appel de l’UFC-Que Choisir pour une vraie accessibilité des données publiques à la société civile, iront à leur terme, et alors le gouvernement sera fondé à dire « Transparence, j’écris ton nom ».

 

Guerre des prix : à qui profite-t-elle vraiment?

 

venteenligne

Jeudi après-midi à Bercy, alors que, convoqués par Stéphane LE FOLL et Arnaud MONTEBOURG, agriculteurs, industriels et distributeurs glosaient sur la guerre des prix, les consommateurs quant à eux n’étaient pas conviés. Dommage, car je me serais fait un plaisir de bousculer les idées reçues et l’ordre du jour bien réglé de cet exercice de communication.
En effet -comme d’habitude- industriels et agriculteurs ont chanté à l’unisson le refrain de la grande méchante distribution, cause de tous les malheurs. La distribution a -comme d’habitude- répliqué avec son couplet sur la défense du pouvoir d’achat. Et les Ministres ont -comme d’habitude- gentiment morigéné la distribution tout en se gardant d’imposer quoi que ce soit.
Car au-delà des admonestations habituelles, le bilan de cette réunion est en fait bien maigre : un vague agenda de soutien aux filières fragilisées, une étonnante mise en avant de l’origine France sur les produits bruts alors que cette indication est depuis longtemps obligatoire, une promesse d’améliorer les comparateurs de prix alors que leur usage est déjà encadré par la Loi, et surtout un vibrant engagement pour des relations responsables entre professionnels, orchestré sur le ton de l’autolabellisation et des bonnes pratiques, en clair rien d’obligatoire ni de contraignant !
Et pourtant, ce déséquilibre criant dans le rapport de force entre fournisseurs et distributeurs est la source de dérives indéniables : facturations de prestations fictives, droits d’entrée pour être référencé en magasin, sans parler de la pratique évoquée hier à l’Assemblée nationale par le député Michel PIRON consistant à moduler les loyers payés par les magasins en fonction de leur chiffre d’affaires … Or, ces pratiques qui n’ont d’autre objectif que de capter indument de la marge, lèsent bien-sûr les fournisseurs mais aussi –on l’oublie trop souvent- les consommateurs. Alors que les opérateurs ont eu tout loisir de plaider leur cause à Bercy, j’aimerais donc maintenant plaider celle des consommateurs.
On nous parle d’un effondrement des prix alimentaires « destructeur de valeur » ? En réalité, la baisse des prix très modeste que l’on observe depuis un an dans les rayons alimentaires, est sans commune mesure avec les augmentations considérables que nous avons subies une première fois en 2008, puis à nouveau en 2011. Quant à la répercussion des baisses des prix agricoles observée après ces hausses, on l’attend toujours en rayon ! L’origine de cette évaporation des baisses de prix ? Des marges brutes élevées sur certains produits (pas moins de 40% de marge brute pour la distribution sur le jambon !) ou des augmentations de marge injustifiées (celles-ci ont doublé en l’espace dix ans pour le lait de consommation, la côte de porc, le poulet …). On voit bien donc que cette guerre des prix –si jamais elle a eu lieu – n’a pas profité aux consommateurs. Une action déterminée de l’Etat est donc indispensable pour faire cesser ces pratiques inadmissibles. Or, faut-il le rappeler, celui-ci dispose déjà d’un dispositif législatif lui permettant de sanctionner ces dérives, encore récemment renforcé avec la Loi « Consommation ». Mais encore faut-il qu’il les contrôle sur le terrain …
Voilà donc le seul vrai sujet d’intérêt, et de ce point de vue encore, les consommateurs sont restés sur leur faim, le Ministre ayant déclaré que les contrôles de la DGCCRF menés ces dernières semaines « semblent indiquer l’existence d’abus et de pratiques en contradiction avec la loi depuis début 2014 » sans plus de détails sur les résultats et les sanctions prises… Bref, la réunion « guerre des prix » a plus tenu au simple battage médiatique qu’à la sortie de l’artillerie lourde pour lutter contre les abus !

Fraudes à la carte bancaire : SEPA terrible !

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L’Observatoire de la Sécurité des cartes de paiement, auquel l’UFC-Que Choisir participe depuis cette année, a publié mardi ses dernières statistiques de fraude à la carte bancaire. Et force est de constater que notre alerte, formulée depuis près de trois ans, reste toujours d’actualité : si le taux de fraude se stabilise, il reste à un niveau très élevé, le plus haut depuis 2003 ! C’est ainsi près de 600 millions d’euros dérobés aux consommateurs, remboursé en partie par les banques, et refacturé…à l’ensemble des consommateurs via les frais bancaires !
La principale cause de cet échec est connue : la faible volonté des commerçants en ligne, et surtout des plus gros, de s’équiper du « 3D Secure », ce dispositif qui permet de sécuriser le paiement en envoyant un sms au propriétaire de la carte bancaire. Même si le dispositif se développe, seulement 43% des sites marchands sont aujourd’hui équipés, et moins de 30% des paiements en ligne français sont aujourd’hui effectués de manière sécurisée !
De même, alors que l’UFC-Que Choisir a réitéré, ce mois-ci, son alerte sur les risques de fraude aux Prélèvements SEPA dus à l’incurie des banques, c’est encore sur ce SEPA que le bât blesse. Le point le plus inquiétant de la fraude à la carte bancaire reste sans conteste le déplacement de la fraude à distance du national vers la zone SEPA, avec une hausse de près de 16% en un an ! Il semble en effet que le secteur bancaire ait oublié qu’internet n’avait pas de frontière, et qu’un fraudeur (relativement) gêné en France pouvait utiliser les numéros de cartes fraudés chez nos voisins, proches ou plus lointains, européens ! Façon de rappeler que sur ce type de sujet, comme sur beaucoup d’autres (données personnelles, par exemple) la protection du consommateur ne peut plus se cantonner à l’échelon hexagonal. Réfléchir sur les paiements à l’échelle européenne, SEPA sorcier !