Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Obésité : un rapport qui reste sur sa faim

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Cela fait plus de 10 ans que nous l’affirmons : avec plus de 30% de personnes en surpoids et 15% en situation d’obésité en 2012, le fléau de l’obésité est un problème bien réel en France et ses conséquences sont dramatiques en termes de santé publique alors même que l’impact des politiques publiques successivement mises en place demeure bien mineur. Ce n’est pourtant pas les propositions ou rapports qui manquent, mais plutôt leurs traductions pratiques et leur efficacité.

Ce n’est pas le Ministère de la santé mais bien celui de l’économie, par le biais de la DG Trésor, qui vient de publier une note sur les conséquences de l’obésité pour l’économie et les moyens de limiter celles-ci, dont la presse s’est fait l’écho avant que les ministres ne la balayent d’un revers de main. La réaction de Michel Sapin ne s’est en effet pas fait attendre. Le Ministre de l’Economie a rapidement repoussé l’idée d’instaurer la mise en place d’une taxe proportionnelle au niveau des calories ou à la qualité nutritionnelle d’un aliment. J’y vois là le symbole de la difficulté qu’ont les institutions à se saisir du sujet.

Toujours est-il que cette lettre comporte plusieurs points intéressants parmi lesquels figurent plusieurs demandes de l’UFC-Que Choisir. Il est ainsi rappelé que l’exposition des jeunes enfants aux publicités vantant des produits peu sains augmente de facto la consommation de ces produits. Ce constat rejoint notre proposition visant à encadrer le marketing de l’industrie agroalimentaire. Dans le même esprit, réduire la visibilité des ingrédients les plus néfastes pour la santé, limiter la taille des portions ou encore réaliser des campagnes de prévention spécifiques en fonction des besoins alimentaires de chacun sont autant de recommandations que je ne peux que saluer tant nous les avons encouragées par le passé.

Aussi, s’il y a peu de chances d’observer une révolution dans la lutte contre l’obésité avant la fin du quinquennat de François Hollande, une chose est sûre, c’est que l’UFC-Que Choisir, elle, n’entend pas lâcher le morceau et continuera d’œuvrer afin que les consommateurs aient accès simplement aux informations nutritionnelles qui pourront leur permettre de s’alimenter plus sainement et afin d’encadrer le marketing dont les plus modestes et les plus jeunes restent souvent les premières victimes. En espérant que les débats relatifs à l’élection ne nous conduisent pas trop rapidement à l’indigestion, voici un hors d’œuvre qui pourrait laisser présager quelques propositions intéressantes…

Rentrée scolaire : la peur aux trousses

fournituresOn se souvient tous de nos jours de rentrée ! La fierté de vider son cartable pour montrer son nouveau stylo encre, sa gomme magique ou encore la boîte de crayons de couleurs multicolores qui était censée être la plus belle de la classe. Finalement, après quelques heures, vous vous mettiez à mordiller votre crayon papier ou de couleur en vous disant que vous étiez bien mieux en vacances. Si nos enfants nous imitent aujourd’hui, ils ne savent pas encore qu’ils ingèrent peut-être à ce moment précis plusieurs substances toxiques…

C’est en effet ce que révèlent les tests réalisés par nos ingénieurs sur 52 articles de fournitures scolaires couramment trouvées dans le cartable des écoliers. Plus de la moitié de ces produits contenaient des substances toxiques telles que des phtalates, perturbateurs endocriniens, dans les crayons de couleur et dans des crayons de papier, ou du formaldéhyde irritant dans un stick de colle. J’aurais aimé que l’objet de cet article soit un mode d’emploi afin de vous guider dans vos achats pour la rentrée. Mais malheureusement, ces résultats ne suivent aucune logique, et il est possible de trouver des produits indésirables dans des fournitures scolaires que celles-ci soient de marques françaises ou étrangères, de grandes marques ou de MDD…

Alors que l’on serait tenté de crier à l’illégalité, il n’en est malheureusement rien… Sur ce point, les fabricants profitent d’une législation aussi vague qu’imprécise, puisqu’aucun texte ne règlemente formellement les fournitures scolaires. Et sur ce point, j’appelle les autorités compétentes à agir pour mettre en place une règlementation similaire à celle des jouets ou des tétines afin que nos enfants ne puissent être exposés à une quantité trop élevée de produits cancérogènes ou allergènes lors de l’application d’une colle à paillette sur un cahier, ou lorsque le stylo-plume fuit malencontreusement sur leurs doigts.

Un des fabricants dont les produits ont été testés a d’ailleurs reconnu la dangerosité des parfums et des colles à paillettes dont la fabrication a été arrêtée. Et son directeur commercial France d’ajouter que les conservateurs de cartouches d’encre représentent bel et bien un problème auquel son groupe réfléchit actuellement. Comme d’habitude lors de la parution de ce genre d’étude, j’ose espérer que la plupart des fabricants préféreront privilégier le principe de précaution plutôt que de profiter de l’incurie des législateurs européens et français. J’attends également les réactions de la Commission européenne et de la Ministre de la consommation, que nous avons exhortées à mettre en place un cadre réglementaire cohérent en matière de substances indésirables, à même de prendre en compte la sensibilité de nos chères têtes blondes… auxquelles je souhaite une bonne rentrée, et des cartables remplis de bons bulletins et de produits sains !

Sous le soleil exactement

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Pour beaucoup, les vacances sont là et le soleil avec, enfin je leur souhaite ! Et dans ce cas, pour ne garder que ses bienfaits, songer à se protéger, notamment les plus jeunes d’entre nous, n’est pas superflu. Mais à quelle crème se vouer ? Comme le révèle notre toute récente enquête, impossible de se fier ni aux étiquettes, ni à l’éventuelle notoriété des marques, et encore moins au prix.

L’UFC-Que Choisir a testé en laboratoire 17 produits de protection solaire d’indices les plus élevés (50 et 50+) destinés aux enfants. Le constat nous a stupéfié : pour près d’un produit sur trois, ces crèmes n’offraient pas la protection minimale contre les UVA, protection recommandée par les experts français et les autorités européennes. D’où notre décision d’agir contre plusieurs de ces laboratoires compte tenu des allégations figurant sur leurs produits. Cette action n’a pas manqué de faire réagir… Et comme souvent, c’est un classique, c’est notre méthodologie qui est attaquée, histoire de semer le doute, tenter de brouiller les esprits. En question, en l’occurrence, le fait que nos experts aient recouru à la méthode in vitro et non in vivo pour le calcul relatif aux UVA… Or, je rappellerai qu’il ne faut pas opposer les deux méthodes : la méthode in vitro est ainsi reconnue en France, par l’agence du médicament, l’ANSM, qui a d’ailleurs transmis un communiqué à l’AFP où elle indiquait qu’elle l’utilisait. En Europe aussi, Cosmetics Europe, le syndicat des fabricants de produits cosmétiques, recommande d’utiliser cette méthode. C’est pitoyable cette façon de réagir quand la santé de nos enfants se trouve au cœur de l’enjeu d’une protection efficace de leur peau.

Le combat de la prévention des cancers de la peau devrait être un combat partagé entre les associations de consommateurs et tous les fabricants de cosmétiques. Pourtant, en l’espèce, plusieurs fabricants semblent peu déterminés à accepter les résultats de nos tests. Pas question pour autant pour nous, de les laisser faire la pluie ou le beau temps dans l’information due aux consommateurs.

Bonnes vacances à tous, et indépendamment des produits cosmétiques, n’oublions pas que nos enfants ne sont jamais aussi bien protégés que quand ils ne s’exposent pas aux heures du plus fort ensoleillement.

 

 

 

Enquête de l’ARCEP sur la qualité des services mobiles : une transparence bas débit !

©Fotolia

 

L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) a publié ce matin son rapport annuel consacré à la qualité des services mobiles. Ce rapport, qui n’est pas sans intérêt, mérite à la fois d’être salué au regard des progrès méthodologiques accomplis, mais également d’être critiqué compte tenu des limites qu’il s’impose sans réelles justifications.

Lors de la publication de la mouture 2015 de l’enquête de l’ARCEP, je n’avais pu que regretter l’occasion manquée, notamment au regard des sommes investies pour la réaliser, d’élaborer un document réellement pertinent et éclairant pour le choix des consommateurs en raison d’une méthodologie inadaptée notamment en raison des critères retenus pour tester sur le terrain la qualité de l’internet mobile. Même si le nouveau protocole désormais retenu par l’ARCEP n’est pas totalement conforme à l’idée que je me fais d’un protocole et ne reprend pas l’ensemble des légitimes attentes des consommateurs, je tiens toutefois à saluer l’évolution positive de la méthodologie de contrôle de la qualité de service mobile qu’elle a mis en place.

De même, si l’édition 2015 avait été marquée par une erreur rédhibitoire du prestataire retenu par l’ARCEP qui avait abouti à considérablement restreindre l’analyse des comparaisons de la qualité de service selon la densité de population, cette analyse est aujourd’hui (enfin !) rendue pleinement possible.

Ces deux améliorations permettent, d’une part, de révéler des disparités importantes de qualité entre opérateurs mais aussi de mettre en lumière ce que des études de terrain menées par l’UFC-Que Choisir avaient déjà identifié et chiffré : l’existence de très fortes variations de qualité selon la densité de population. La discrimination géographique est saisissante : la qualité de service peut varier du simple au triple, selon que l’on s’intéresse aux zones rurales ou aux zones denses ! Et encore, uniquement lorsque l’on porte l’attention uniquement à la 3G. Concernant la 4G, cette fracture sur la qualité se mue en une cassure insupportable. C’est ainsi par exemple que le débit moyen constaté avec un terminal 4G est près de 6 fois supérieur dans les zones denses que dans les zones rurales ! Il est grand temps de ne plus accepter l’inacceptable. Des critères de qualité de service minimale, assurant à tous les consommateurs de pouvoir utiliser dans de bonnes conditions l’internet mobile, doivent enfin être mis en place !

Bien que cette version 2016 de l’enquête de l’ARCEP soit parvenue à évoluer dans sa méthodologie, il est en revanche une regrettable constante : la piètre qualité de service obtenue par Free Mobile ! L’opérateur collectionne les bonnets d’âne en termes de qualité. Pire pour l’opérateur, et ses abonnés, non seulement il ne parvient que très rarement à se hisser sur le podium, mais en plus la remise d’une médaille autre qu’en chocolat semble constituer pour lui un mirage tant il est décroché de ses compétiteurs sur la qualité des services de l’internet mobile !

Si au global Free Mobile est d’une piètre qualité, une analyse plus poussée des données permet de douter que les problèmes constatés sur l’itinérance Orange utilisée pour fournir du service 3G à ses abonnés se soient dissipés (problèmes, dois-je le rappeler, soulevés de longue date par l’UFC-Que Choisir). Notamment, les données font apparaitre certaines curiosités. A titre d’illustration, alors que dans les zones rurales (à priori celles qui font le plus appel à l’itinérance Orange) le taux de réussite de l’accès à un site internet en moins de 5 secondes est équivalent à celui des autres opérateurs (autour de 40 %), dès que l’on s’intéresse au test de services plus gourmands en bande passante (téléchargement de fichiers de 10 Mo ou lecture d’une vidéo en streaming sur YouTube), c’est la débandade : Free Mobile est à minima 10 points derrière les autres opérateurs.
Bien entendu, je ne me contente pas de dresser, à nouveau, ces constats. Il faut aller plus loin, plus vite. Il faut que le régulateur aille plus loin. Il faut que les institutions judiciaires aillent plus vite.

L’ARCEP tout d’abord. Il serait souhaitable qu’elle aille plus loin dans la fourniture au grand public des données collectées sur le terrain. C’est l’une des déceptions majeures de l’enquête présentée aujourd’hui. Alors que l’UFC-Que Choisir demande une ouverture poussée en open data des données détenues par l’ARCEP, les données qu’elle met aujourd’hui à la disposition du public en open data ne constituent majoritairement qu’une resucée de celles présentes dans le rapport ! Quid des différences de qualité selon que le trafic généré par les abonnés de Free Mobile passe par le réseau propre de l’opérateur ou en itinérance ? Quid des données sur le téléchargement de fichiers selon le type d’extension (pour déterminer si les fichiers multimédias sont victimes ou non de restrictions) ?

Il également indispensable que l’Autorité ne se cantonne pas à dresser des constats. Elle doit également en tirer le bilan. Ce bilan, elle ne le réalise pas alors qu’elle le devrait ; plus que jamais. En effet, personne ne peut feindre d’ignorer que l’environnement réglementaire a évolué depuis l’année dernière. Le règlement européen 2015/2120 consacré à la neutralité d’internet est directement applicable depuis le 30 avril 2016. Or ce règlement vise, sinon à empêcher, à rendre illégal la gestion des réseaux qui aboutiraient à procéder à une discrimination sur les flux. Si les données aujourd’hui dans les mains de l’ARCEP devaient traduire l’existence de telles discriminations, il serait intolérable qu’elle ne juge pas utile d’ouvrir une enquête approfondie sur les pratiques incriminées !

Ceci aurait qui plus est peut-être une vertu collatérale : permettre à la plainte déposée par l’UFC-Que Choisir en janvier 2013 contre Free Mobile d’enfin parvenir à un jugement. La justice, disais-je, doit également avancer plus vite. Cela fait maintenant plus de 3 ans que notre plainte pour pratiques commerciales trompeuse est instruite. Combien de temps encore les consommateurs devront-ils attendre que la lumière soit faite sur la nature des restrictions sur l’itinérance Orange utilisée par Free Mobile ?

Bref, je ne peux que constater les avancées très bas débit vers la transparence…

Fracture sanitaire : notre réponse à l’Assurance maladie

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Assurance maladie a la promptitude à géométrie variable ! Les données chiffrées sur les dépassements d’honoraires que nous avions demandées en vain pendant près d’un mois ont été rendues publiques dans un communiqué vengeur moins de 24 heures après la présentation par l’UFC-Que Choisir de son étude sur l’aggravation de la fracture sanitaire. Au-delà des querelles de chiffres, sur lesquelles je vais revenir, le cœur du sujet est finalement ici… Cette vieille conception de l’action publique, qui voudrait que qui contrôle les données contrôle l’information et, par conséquent, le débat public.

Comme en 2012, faute d’une mise à disposition de ces informations pourtant d’intérêt public, nous nous sommes trouvés contraints, pour mener à bien notre étude, d’aspirer à grands frais les informations sur les tarifs et la localisation des médecins présentes sur l’annuaire santé de l’assurance maladie. Cela nous a amené à travailler sur une base complète (tous les médecins libéraux sont pris en compte), mais à partir du tarif le plus fréquemment demandé par les médecins (le seul disponible). Rien d’étonnant dès lors à ce que les chiffres de l’Assurance maladie divergent en partie des nôtres, puisque nous ne parlons pas de la même chose ; notre étude s’intéresse aux tarifs le plus souvent rencontrés par les usagers, quand l’Assurance maladie communique sur des moyennes, qui amalgament des situations très variées (patients en CMU-C non soumis par la loi aux dépassements d’honoraires et patients classiques, par exemple). Cerbère des données exhaustives de tarification, l’Assurance maladie a beau jeu de critiquer notre méthodologie : c’est la seule accessible aux associations !

Comment admettre que l’Assurance maladie et le ministère de la Santé fassent ainsi du monopole dans l’accès à l’information une arme, a fortiori quand ils la pointent à la face des usagers ? Comment ne pas s’offusquer de voir ainsi foulé aux pieds le principe d’open data en santé, pourtant inscrit dans la loi Touraine depuis janvier ?

Plus largement, je ne peux pas accepter sans réagir que les autorités publiques tordent à ce point la réalité pour mieux masquer leur échec en termes d’inégalités de santé. Les dépassements d’honoraires ont augmenté de 200 millions d’euros depuis 2012, pour atteindre 2,53 milliards d’euros en 2015. Le nombre de spécialistes installés en secteur 2 augmente de 1,3 % par an depuis 2012, réduisant d’autant l’offre au tarif de la sécurité sociale. L’Ordre des médecins estime que la France aura perdu un généraliste sur quatre entre 2007 et 2025. Et d’après la ministre, nous serions porteurs de « contrevérités absolues » en faisant le constat de l’aggravation de la fracture sanitaire ?

Non, vraiment, nous ne nous résignons pas à ce que le débat sur l’accès de tous les usagers au système de santé vole aussi bas. De toute évidence, l’UFC – Que Choisir a touché un nerf sensible, en témoignent les réactions excessives des autorités et des syndicats de médecins. Cela ne nous conforte que davantage dans notre combat, et je vous invite à mesurer dès maintenant l’offre médicale disponible sur votre commune à partir de notre carte interactive.