Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Electricité: de royales promesses… de soldats gascons !

nucléaire

Sous couvert de protéger le pouvoir d’achat des ménages, Ségolène ROYAL avait d’autorité annulé la hausse de 5 % du tarif réglementé d’électricité prévue au 1er août 2014 avant d’annoncer une hausse plus faible de 2,5 % au 1er novembre. A l’époque, j’avais alerté sur le caractère trompe l’œil de cette bonne nouvelle dès lors, que cédant aux errements gouvernementaux passés, la Ministre avait préféré les effets d’annonces, les arbitrages politiques non bordés juridiquement aux véritables réformes… Les exemples d’invalidation par le Conseil d’Etat de gels ou hausses modérées des tarifs réglementés par les gouvernements de droite comme de gauche étaient en effet légion…  Et la liste s’est donc enrichie cette semaine avec l’annulation par le Conseil d’Etat, saisi par les fournisseurs alternatifs, des deux arrêtés de 2014, engendrant inévitablement des hausses rétroactives pour les millions de consommateurs au tarif réglementé… Si certains, dans une lecture hâtive, blâme la haute juridiction administrative pour cette douloureuse nouvelle pour notre porte-monnaie ou les fournisseurs alternatifs à l’origine de recours, il ne faut pas se tromper de responsable. C’est bel et bien parce que nos hommes et femmes politiques ne se sont pas attaqués suffisamment tôt à la réforme des modes de calculs des tarifs réglementés que les consommateurs trinquent aujourd’hui… Et le montant devrait atteindre en moyenne 30 euros par ménage.  Heureusement, dorénavant c’est la Commission de Régulation de l’Énergie qui doit avoir la main pour fixer le tarif réglementé  d’électricité, ce qui devrait nous protéger à l’avenir de ces yoyos tarifaires incompréhensibles et qui participent à l’illisibilité du tarif réglementé pour bon nombre de consommateurs… Pour autant, à mon étonnement, la Ministre vient d’annoncer que la hausse du tarif réglementé, au 1er août, serait « de moins de 1 %, peut-être aux alentours de 0,5 % »… Nouvelle promesse de soldat gascon ? L’UFC-Que Choisir refuse que les consommateurs continuent de subir des hausses inconsidérées du tarif réglementé, et va d’ailleurs prochainement passer à l’action pour une électricité moins chère.

Accord Canal Plus / BeIN Sports : carton rouge ! A quand le prochain ?

foot

L’Autorité de la Concurrence a rejeté aujourd’hui le projet d’accord de distribution exclusive de BeIn Sports par le groupe Canal Plus qui lui avait été présenté. Je considère que c’est une bonne nouvelle pour les consommateurs tant les contours de cette accord laissaient présager des hausses de prix pour les abonnés de BeIn Sports, dont la stratégie tarifaire aurait été dans les mains de Canal Plus. En effet, en tant que distributeur exclusif, c’est Canal Plus qui aurait décidé du prix de vente de BeIN Sports aux consommateurs. Dès lors, rien n’aurait empêché Canal Plus de faire passer l’abonnement de 13€ à 20€, pour inciter les consommateurs à souscrire à une offre groupée Canal Plus/BeIN Sports… chère et probablement avec une période d’engagement ! Vous conviendrez avec moi de l’anomalie que constitue une situation ou un groupe de télévision est en charge de définir la politique tarifaire d’une autre chaine qui est qui plus est son concurrent direct dans l’acquisition des droits sportifs ! Or les garde-fous à cette situation hétérodoxe n’étaient aucunement mis en place par le groupe Canal Plus…

Au-delà de ce point, une problématique plus globale d’accessibilité aux contenus sportifs premium par les consommateurs se pose. En effet, SFR a acquis récemment les droits de diffusion de la Premier League anglaise et il est tout à fait envisageable que le fournisseur d’accès à internet ne réserve qu’à ses abonnés la capacité d’accéder à ce programme. Si demain Orange, Free ou encore Bouygues Telecom adoptait la même stratégie pour, par exemple, le Top 14 de rugby, un consommateur pourrait être dans l’incapacité technique d’accéder au Top 14 ET à la Premier League. Si le frein financier est un réel problème, le frein technique est quant à lui carrément inacceptable.

Si les craintes que l’on peut avoir sur la stratégie d’exclusivité de SFR devaient malheureusement se réaliser, alors je saisirais les pouvoirs publics pour que soit imposées des règles garantissant un accès non discriminatoire des consommateurs aux contenus sportifs !

Vous avez dit Enedis ?

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Un an à peine après l’onéreux changement de logo d’ERDF, accompagné par une grande opération de communication, voici donc que le distributeur national d’électricité change purement et simplement de nom pour devenir ENEDIS  ! Si ce changement était attendu, et réclamé par l’UFC-Que Choisir qui avait saisi à cette fin le comité de règlement des différends de la CRE, je ne peux néanmoins manquer de noter que cette refonte profite surtout à court terme aux agences de communication…. En effet, sitôt achevée la campagne de communication autour du nouveau logo de 30 millions d’euros, voici donc que va s’ouvrir une nouvelle campagne autour d’ENEDIS dont le coût va être de nouveau de plusieurs dizaines de millions d’euros !

Une multiplication inutile des dépenses de communication pour une mesure qui aurait dû être prise de longue date pour mettre fin à l’inadmissible confusion entre le distributeur d’électricité, au service de tous les acteurs,  et le fournisseur historique ! Faut-il d’ailleurs préciser qu’EDF, maison mère d’ERDF, détient la marque ENEDIS depuis… 2008 ?  Décidément, ERDF, qui rappelons-le est chargée du déploiement du compteur Linky, aime les communicants !

 

TTIP : un déshabillé consumériste en TAFTA !

TTIP

Qu’il semble loin le temps des promesses ! Le temps où pour répondre à ceux s’interrogeant sur les bienfaits et méfaits du TTIP, autrement appelé TAFTA, dont je fais partie, les défenseurs de l’accord libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis avançaient les bénéfices économiques de l’unification d’un marché de près de 820 millions de consommateurs : 100 milliards de dollars de retombées par an dans les deux régions. Mais si je m’en remets à l’étude partielle que la Commission européenne vient de publier, ce n’est pas aux consommateurs que ces retombées profiteront. Un gain de pouvoir d’achat ? Je vous laisse faire le calcul : selon ce rapport intérimaire, les prix augmenteraient en moyenne de 0,3% alors que les revenus par foyer augmenteront seulement entre 0,2 et 0,4%. Les plus téméraires m’opposeront que cette hausse n’est qu’infime, je leur répondrai qu’en plus de ne pas être négligeable, elle est révélatrice d’une balance risques/bénéfices pour les consommateurs qui penche du mauvais côté, seulement quelques jours après que l’ONG Greenpeace ait rendu publics plusieurs extraits de l’accord traduisant les difficultés de négociations du côté européen.

En effet, alors que le « blocus » outre-Atlantique à toute demande de transparence sur les positions américaines maintenait l’évolution des négociations dans l’opacité, les documents fuités n’ont fait que renforcer mes craintes. Notamment sur le volet « coopération réglementaire » entre les deux continents où l’ambition affichée des Américains sous l’objectif louable et inoffensif de « rendre plus transparent le processus de décision » est bel et bien de pouvoir s’opposer à toute réforme européenne qui irait à l’encontre des intérêts privés (comprenez barrière aux exportations américaines). Véritable porte d’entrée de pressions sur le législateur européen, cette « coopération » remettrait donc purement et simplement en cause la liberté de réguler de l’Union européenne et donc des Etats membres.

Si j’ajoute à cela les coups d’épées dans l’eau côté européen à tenter de réformer le système de règlement des différends investisseurs-Etats via une Cour permanente internationale (qui n’a selon moi, toujours pas d’utilité dans un tel contexte), on voit mal comment cet accord pourrait voir le jour d’ici la fin de l’année, n’en déplaise à Madame Merkel et Monsieur Obama.

Alors qu’à l’issue du 13ème round de négociations, le Président François Hollande a brandi la menace de l’arrêt des négociations en critiquant l’absence de réciprocité, je rappelle que le TTIP est négocié directement par la Commission européenne.  Je rejoins cependant cette position de fermeté puisque seul un accord équilibré et dont la démonstration aura été faite de son impact bénéfique pour les consommateurs français et européens pourra être ratifié par le Parlement européen et chacun des 28 Etats membres (France incluse). C’est pourquoi, il est impératif de maintenir la pression et suivre de près les évolutions, à l’instar des négociations en cours sur le Privacy Shield en matière de protection des données… Ce texte  fait en effet office de banc d’essai sur la capacité de la Commission européenne à ne pas lâcher prise (entendez défendre la protection des citoyens européens) face aux pressions américaines !

Apple nous aurait-il pris pour des pommes ? Arrêtons de croquer n’importe quoi…

obsolescence

Il y a quelques semaines, de nombreux médias se sont empressés de relayer la « preuve » qu’Apple reconnaissait l’obsolescence programmée de ses équipements… A l’origine notamment de cette affaire, des « questions et réponses » dans laquelle la firme de Cupertino détaille sa politique environnementale. Toutefois, en y regardant de plus près, point d’obsolescence avouée mais une information sur l’usage des utilisateurs… Voilà qui est fort différent. En effet, en détaillant le processus d’évaluation d’émission de gaz à effet de serre de ses produits, Apple explique qu’en regardant l’usage de ses utilisateurs elle estime la durée de vie de ses téléphones à trois ans, et celle de ses ordinateurs à quatre ans et ne manque pas de préciser que ses appareils durent souvent plus longtemps, et qu’ainsi, beaucoup d’utilisateurs les revendent après les avoir utilisés durant ces trois années. Voilà donc une affaire qui a fait pschitt…

Alors qu’en France, le débat se concentre actuellement sur la disponibilité des pièces détachées et les délais de garanties, ce n’est pas la première fois que les constructeurs d’appareils high-tech sont mêlés au spectre de l’obsolescence organisée. En janvier dernier aux Etats-Unis, une action de groupe a été initiée à l’encontre d’Apple, suspectée de ralentir volontairement les anciens appareils par le biais des mises à jour de logiciels (via l’installation de l’iOS 9 sur l’iphone 4S en l’espèce). De même, nos homologues hollandais de la Consumentenbond ont récemment assigné Samsung au motif que le constructeur n’informait pas suffisamment les consommateurs sur la disponibilité et compatibilité des dernières versions de mise à jour, 82% des appareils testés par nos confrères n’ayant pas reçu la dernière version d’Android durant les deux ans qui ont suivi l’achat.

C’est d’ailleurs bien pour cela que je préfère parler d’obsolescence « organisée » : car si nous ne pouvons rien ou si peu contre les « effets de mode »  exploités par Apple – et auxquels la firme participe à grands coups de marketing, un appareil rendu inutilisable faute de mise à jour possible, ou inversement lorsque la mise à jour handicape le fonctionnement de l’appareil est purement et simplement inacceptable! Si le comportement du consommateur, comprenez, sa volonté d’avoir le tout dernier modèle pèse certainement dans la balance de l’obsolescence high-tech, je ne peux néanmoins manquer d’appeler les professionnels du secteur à revoir la mise à jour de leurs systèmes d’exploitation pour des appareils réellement durables.