Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Assurance – Banque – Finance’

Financement participatif : l’illusion brisée des prêts aux entreprises

mercredi 22 mars 2017

Vous rappelez vous ? Le 14 février 2014, Pierre Moscovici, ministre de l’économie, émettait le souhait de faire de la France « la start-up république de l’Europe » en permettant aux consommateurs de prêter facilement aux petites et moyennes entreprises grâce aux plateformes de financement participatif. Trois ans plus tard, l’étude de l’UFC-Que Choisir a montré que c’est souvent la douche froide pour les consommateurs qui y ont eu recours.

Les plateformes de prêts aux entreprises disposent, en effet, d’un modèle économique à hauts risques tant pour les consommateurs que pour les entreprises. Les plateformes, rémunérées uniquement à la commission, sont incitées à proposer le plus possible de projets, au mépris de leur qualité intrinsèque, à des taux d’intérêts élevés, qui rémunèrent les prêteurs mais fragilisent d’autant les entreprises. Suite à notre enquête, l’association professionnelle des plateformes n’a pas manqué d’astuces pour commenter nos conclusions. Revenons-y. L’association Finance participative soutient, tout d’abord, que les consommateurs sont parfaitement conscients du risque de perte en capital des prêts aux entreprises. Notre étude constate pourtant qu’alors que son président tablait dans la presse généraliste sur un taux de défaut de seulement « 1 à 2%» en 2014, ce dernier atteint, trois ans plus tard, 14,2% des montants financés chez Unilend, la plateforme leader du marché, soit un risque plus de 7 fois supérieur à celui annoncé.

Sans surprise, face à l’explosion du nombre d’entreprises qui ne remboursent plus leurs échéances aux consommateurs, le rendement de ces placements est quatre à vingt fois inférieur aux promesses. En effet, une fois pris en compte l’impact des défauts et de la fiscalité, il atteint seulement 1,6% pour l’ensemble des prêts effectués sur les principales plateformes et même 0,33% pour les prêts consentis depuis plus d’un an, sur lesquels nous disposons de davantage de recul. L’estimation de l’association Finance participative qui table sur un rendement de 3,7%, en ne prenant en compte l’impact du non-remboursement du capital uniquement lorsque celui-ci date depuis plus de 3 mois (!), nous semble pour le moins optimiste. Nous prenons date du rendez-vous fixé par les plateformes, c’est-à-dire à l’échéance des premières cohortes de prêts, avec inquiétude. En effet, au regard du faible nombre de prêts ayant été remboursés intégralement par les entreprises, moins de 10%, nos estimations pourraient s’avérer particulièrement prudentes !

Dans ces conditions, et alors que la grande majorité des plateformes ne respecte pas ses obligations légales, telle que celle de fournir aux consommateurs un outil permettant d’évaluer si ces placements correspondent bien à leur profil de risque, les déceptions sont déjà légion. Le forum de la plateforme Lendopolis offre à cet effet un verbatim très instructif de leurs plaintes, « Warning sur les taux annoncés », « Faiblesse du taux réel », « Taux de défaut trop importants !! », dont notre étude faisait l’écho face aux discours complaisants.

Au regard de ces graves défaillances, l’UFC-Que Choisir ne peut finalement que rejoindre la demande de l’association Finance participative de mieux contrôler et  sanctionner tous les excès du secteur…. Car contrairement à ce que le leader du marché voudrait nous faire croire en se concoctant des indicateurs « maison », ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre !

Frais bancaires : des hausses effrayantes

mardi 3 janvier 2017

Ah, l’an nouveau est là ! Bonne année à toutes et tous. Que 2017 soit porteuse de joies et succès dans toutes vos démarches personnelles et professionnelles sans oublier de faire banquer votre vie de consommateur même si, de ce point de vue, l’année commence assez mal. En effet, outre l’augmentation des prix de l’énergie, les frais bancaires s’envolent ! Vous allez bientôt constater avec votre relevé annuel (qui arrive d’ici fin janvier) combien vous a coûté votre banque l’an dernier. Et pour 2017, la note s’annonce particulièrement salée puisque les tarifs vont augmenter de près de 2% ; après la hausse de l’an dernier, il s’agit d’une augmentation de plus de 4% en deux ans, soit plus de 6 fois l’inflation ! Avec la généralisation des frais de tenue de compte, le coût moyen annuel frôle les 200 euros ! Les banques se rattrapent d’une conjoncture qui leur est défavorable, notamment les taux d’intérêt bas… Bref le consommateur vache à lait est là pour compenser les manques à gagner. Et quand les taux d’intérêt vont remonter croyez-vous que les tarifs vont baisser ? évidemment non. Et il ne faut pas compter sur une action gouvernementale en la matière. En effet, dans le cadre de la remise du rapport de l’Observatoire des tarifs bancaires fin 2016, notamment sur la généralisation alarmante des frais de tenue de compte, le Ministre de l’Economie tout en indiquant qu’il était « attentif » à l’évolution des tarifs, a légitimé ces nouveaux frais (décidément, les banques ne manquent d’imagination pour en inventer) en indiquant que cela est dû aux « investissements et dépenses nouvelles liés à la tenue et à la sécurisation des comptes de dépôt, en particulier dans le cadre de l’adaptation à une digitalisation croissante du service rendu »… Voilà une explication guère convaincante dès lors que la dématérialisation de la relation bancaire (la plupart des opérations sont aujourd’hui gérées directement par les clients) permet des économies importantes aux banques… Non, pour que les banques reviennent à la raison, il faut que les consommateurs jouent leur rôle de régulateur et n’hésitent pas à faire jouer la concurrence et à changer de banque. Le service de mobilité bancaire simplifié pour lequel l’UFC-Que Choisir s’est battue et qui doit entrer en vigueur en février prochain est un outil à utiliser ! Si vous voulez arrêter les frais, comparez, et n’hésitez pas à changer, le jeu peut en valoir la chandelle !

L’économie collaborative ne doit pas se laisser abattre…

vendredi 11 décembre 2015

économie collaborative

Que celui qui n’a jamais emprunté sa perceuse à un voisin ou mis en vente un meuble dont il ne se sert plus sur un site en ligne me jette la première pierre… Oui, ce qu’il est de bon ton aujourd’hui d’appeler économie collaborative a existé de tout temps et l’échange, troc, don ou vente entre particuliers ne constitue pas à proprement parler une nouveauté. Pourtant, Internet et le monde numérique ont démultiplié les opportunités et possibilités d’échanges entre particuliers. S’il y a quelques années encore cette manière différente de produire, échanger, consommer n’était pas en mesure de bouleverser les équilibres économiques existants, tel n’est plus cas aujourd’hui. Cette « économie collaborative » en ligne suscite aujourd’hui un certain nombre de préoccupations, de par la taille de ce marché (3,5 milliards de dollars selon le magazine FORBES en 2013) et les changements structurels qu’il engendre face aux acteurs traditionnels de l’économie de marché.

La plateforme numérique constitue l’acteur central de cette économie qui regroupe différentes pratiques et dont le périmètre est parfois difficile à circonscrire. Alors, comment faire le tri pour le consommateur, alors même que ce dernier peut « changer de casquette » et devenir offreur d’un bien ou d’un service, qu’il peut répondre à une annonce sans vraiment savoir s’il s’agit d’un particulier ou d’un professionnel et que sa prestation sera jaugée par ses pairs via les systèmes de notation ?

Si ce mode collaboratif peut en effet souvent apparaître comme synonyme de Far West, les règles de droit existent pourtant bel et bien. Encore faut-il que les utilisateurs les connaissent. Ainsi, je ne peux que me féliciter des avancées récemment proposées en matière de loyauté des plateformes numériques, comprenez transparence et information des utilisateurs sur les dispositions applicables en matière civile (et oui, le particulier offreur a par exemple l’obligation de vendre un bien conforme à sa description) et fiscale notamment.

Car oui, la fiscalité ne fait pas exception à la règle. Contrairement à une idée reçue, les sommes perçues en louant ou vendant objets ou services doivent en principe être déclarées. C’est pourquoi je ne peux que m’étonner de la disposition adoptée au Sénat dans le cadre de l’examen du projet de loi finances 2016 qui propose un abattement fiscal unique de 5000€ pour les revenus tirés par les particuliers de leurs activités sur les plateformes en ligne. Ce seuil unique est en effet inadapté, puisqu’il créera par définition des situations fiscales différenciées pour une même activité (quid de la neutralité de la fiscalité ?) et parce qu’il n’est pas pertinent au vue de la pluralité de secteurs couverts par l’économie collaborative (en effet, comment comparer les revenus tirés de la location d’un appartement ou d’un véhicule et ceux tirés de la vente de biens d’occasion ?).

Si l’encadrement juridique existant apparaît ainsi adapté à l’économie collaborative à bien des égards, un vide juridique subsiste, auquel les pouvoirs publics ne semblent pourtant pas pressés de répondre : la nécessité de fixer des critères objectifs et univoques permettant de distinguer un vendeur professionnel d’un vendeur particulier. S’il ne s’agit pas ici de créer une catégorie juridique intermédiaire de l’« acteur collaboratif» source de confusion et de complexification, la frontière doit être étanche, sur la base notamment d’indicateurs de fréquence et du montant des revenus générés par secteur d’activité. Cette catégorisation est en effet centrale, puisque c’est elle qui déterminera sans ambiguïté les règles applicables.

Et ce n’est pas le Premier Ministre qui me contredira, alors qu’il a confié au député Pascal Terrasse une mission sur les enjeux et opportunités de l’économie collaborative. Dans un souci de collaboration, l’UFC-Que Choisir a d’ailleurs mis en ligne ses propositions dans une logique de protection et de transparence vis-à-vis du consommateur, tout en assurant une équité de traitement entre nouveaux entrants et acteurs existants, compte tenu du risque de perversion de la nature même de cette forme de consommation et plus largement du risque de détricotage des acquis consuméristes. Alors n’hésitez pas à les consulter, et à collaborer sur le collaboratif en contribuant et…partageant !

Frais de tenue de compte : nos très chères banques …

vendredi 27 novembre 2015

frais bancaires
La gratuité des comptes ne devrait bientôt plus être la norme en France… Alors que l’UFC-Que Choisir le révélait en 2013, le tour de passe-passe du développement des frais de tenue de compte connaît aujourd’hui une impressionnante généralisation.

En effet, suite à l’encadrement de nombreux frais bancaires et à l’obligation d’une plus grande transparence quant aux frais des 10 principales opérations (CB, virement, prélèvements, etc.) mise en œuvre en 2011, les banques se sont mises à facturer des frais de tenue de compte… Sur les 105 établissements étudiés par notre association en juin 2013, 61 pratiquaient ces frais, soit 56% de plus qu’en 2010…

Aujourd’hui c’est 105 sur 140 et la BNP vient d’annoncer à ses clients qu’elle y passe au 1er janvier 2016 et LCL y réfléchirait… Seules les banques en ligne semblent décidées à maintenir la gratuité. Aucun argument ne peut justifier sérieusement cette généralisation, d’autant qu’elle vise aussi à rendre artificiellement plus intéressants des packages pourtant inutiles, dans lesquels ce « service » est inclus. Les clients qui ne prennent pas les packages, eux, doivent payer la tenue de compte.

Le montant de ces frais de tenue de compte, qui varient d’une banque à l’autre, ne sont pas anodins (30 euros annuels pour la BNP), d’où l’importance de comparer les établissements bancaires. Pour ce faire, j’invite les consommateurs à utiliser le comparateur indépendant des tarifs bancaires de l’association !

Suppression des pièces de 1 et 2 centimes : ça donne la jaunisse !

lundi 26 octobre 2015

centimes euro

Alors que l’Irlande annonce la suppression des pièces de 1 et 2 centimes d’euros,  la question d’une éventuelle suppression de ces pièces en France a été posée par quelques journalistes…

Sous prétexte qu’elles restent au fond de nos poches, parfois de nos tiroirs, mais aussi qu’elles coûteraient plus chères à produire que leur valeur faciale – argument pourtant balayé par le Président de la Monnaie de Paris – des voix s’élèvent pour demander la suppression dans l’hexagone des pièces de 1 et 2 centimes d’euros…

En 2013, la Commission européenne avait d’ailleurs dit vouloir lancer une consultation sur le sujet avec les associations de consommateurs, idée restée a priori sans suite…

Des Etats membres comme la Belgique, la Finlande et les Pays bas et aujourd’hui l’Irlande n’ont pas attendu d’action européenne pour les supprimer purement et simplement de leur circulation (mais n’ont pas arrêté de les produire pour les autres pays européens, ce qui souligne bien qu’il y a une demande !)…

Alors bonne ou mauvaise idée la suppression de ces pièces en France ?  Immédiatement, tout consommateur, échaudé par la hausse des prix suite au passage à l’euro, craint, avec la fameuse pratique des arrondis, une inflation marquée sur certains produits comme la baguette, le timbre, le paquet de pâtes, etc. Et il a raison, d’autant que rien ne garantit que les économies tirées de leur suppression lui soit restituées d’une manière ou d’une autre…

Pour l’heure, les autorités françaises ne semblent pas enclines à imiter leurs voisins européens. Voilà donc une bonne nouvelle, et puis comme ça, les opérations pièces jaunes auront aussi encore de beaux jours devant elles…