Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Auto – Transport’

Auto-école : pas d’écart de conduite de l’UFC-Que Choisir

vendredi 10 février 2017

Décidément, la demande de l’UFC-Que Choisir d’imposer aux auto-écoles d’informer par écrit les consommateurs de leurs taux de réussite aux examens du permis de conduire ne cesse de soulever une vague de protestation de la profession… Or, si je me réfère aux éléments objectifs appuyant cette demande, les auto-écoles n’ont pas à nous faire la « leçon » sur ce qu’il convient ou non de faire.

En premier lieu, les auto-écoles (ou tout au moins celles qui prétendent parler en leur nom sur les réseaux sociaux) omettent de préciser que c’est le comportement d’une immense majorité d’entre elles qui impose une évolution de la réglementation. Aurions-nous plaidé avec force la mise en place d’une information précontractuelle par écrit des taux de réussite par les auto-écoles si notre enquête de terrain avait montré qu’une très grande majorité des auto-écoles communiquaient aux consommateurs des taux exacts ? Pas nécessairement. Mais compte tenu de l’élément factuel selon lequel près de 70 % des auto-écoles enquêtées ne fournissent pas aux consommateurs des données fiables, il est indispensable de mobiliser la réglementation pour imposer aux auto-écoles la vertu.

En second lieu, les auto-écoles réfutent l’idée selon laquelle la comparaison des taux de réussite est pertinente pour les consommateurs. J’ai même lu que les taux ne voulaient rien dire car ce n’était pas la même chose de passer son permis à Paris que dans le Berry. Sans blague ! Nous n’avons évidemment jamais écrit ou dit une ineptie pareille. La réalité c’est que ceux voulant se former à la conduite compareront les auto-écoles proches de leur lieu de vie, pour lesquelles l’environnement de la formation et le lieu de passage de l’épreuve de la conduite sont les mêmes. La comparaison des taux a donc du sens. Qui plus est, il est vraisemblable que ces auto-écoles aient affaire à un même public socio-économique et qu’en conséquence une auto-école ne soit pas affectée par des candidats a priori moins bons.

Je trouve particulièrement curieux que les auto-écoles ne considèrent pas que l’affichage des taux puisse les inciter à prodiguer une formation davantage qualitative. Jugent-elles la qualité de l’enseignement comme étant une constante, en tout lieu et en tout temps ? Pourtant, le sérieux, l’implication ou les qualités pédagogiques des moniteurs, qui sont variables, ont nécessairement des effets sur la capacité des candidats à passer avec succès les examens du permis de conduire.

Est-ce à dire que les taux de réussite bruts caractérisent à eux-seuls toute la qualité de l’enseignement ? Non. Et l’UFC-Que Choisir est très claire sur ce point. Ces taux méritent d’être mis en perspective avec d’autres paramètres, et particulièrement le nombre d’heures consacrées en moyenne à la formation avant l’obtention du permis de conduire. Sur ce point, comme sur les modalités de l’information précontractuelle sur les taux, l’UFC-Que Choisir est toujours prête à discuter des modalités avec toutes les parties prenantes, mais le principe, lui, nous paraît, au vu des faits, indiscutable.

 

Permis de conduire : après la mauvaise conduite, la mauvaise lecture…

mercredi 26 octobre 2016

auto-ecole

L’étude de l’UFC-Que Choisir sur le permis de conduire en général, et le comportement des auto-écoles en particulier, n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions. Si ces réactions émanent largement de consommateurs venant appuyer de leurs expériences personnelles nos constats, certains professionnels des auto-écoles, et parfois leurs représentants professionnels, ont cru bon de porter un regard désapprobateur sur ces constats, ainsi que sur les demandes que nous formulons aux pouvoirs publics.

L’une des choses que j’ai pu lire ou entendre est que nos critiques viseraient l’ensemble des professionnels des auto-écoles. C’est bien entendu faux. Cela étant, est-ce excessif d’adopter l’emploi du pluriel en dénonçant les mauvaises pratiques des auto-écoles quand elles maintiennent majoritairement des distances de sécurité avec la réalité dans leurs communications vis-à-vis des consommateurs, ou avec la loi dans leurs pratiques tarifaires ? Est-ce abusif d’adopter l’emploi du pluriel quand 60 % des auto-écoles fournissent des informations inexactes sur les taux de réussite de leurs candidats ? Est-ce abusif d’employer le pluriel quand plus de 50 % des auto-écoles surfacturent les frais d’accompagnement à l’examen du « code » ? Pour moi non.

Les abus, ce sont incontestablement les auto-écoles qui les pratiquent, et parfois sans limites. Notre étude met à cet égard l’accent sur quelques cas symptomatiques. Mais au-delà des comportements que nous mettons en lumière, j’ai été frappé par les exemples que des journalistes ont évoqués dans leurs articles ou chroniques relayant notre étude. Une journaliste d’une radio allant interviewer une gérante d’auto-école s’est par exemple entendu dire (et nous avons une preuve par le son) que cette auto-école annonçait à ses apprentis conducteurs un délai d’attente de 2 mois pour repasser l’examen de conduite, mais que ce délai pouvait être réduit à 15 jours… contre un paiement de 1 500 euros. Un scandale, ni plus, ni moins.

Même si cette pratique est minoritaire – je veux bien le croire –, qui peut sérieusement refuser qu’une mesure structurante (l’inscription directe des candidats auprès du centre d’examen) s’applique à l’ensemble de la profession pour empêcher ces intolérables dérives ?

J’évoquerai ici un dernier point qui a suscité des réactions : notre proposition d’ouvrir à la concurrence les heures de conduite supplémentaires au-delà d’un socle initial effectué en auto-écoles auprès de professionnels titulaires d’un diplôme d’Etat spécifique : le BEPECASER. Ce socle, tout d’abord, l’UFC-Que Choisir y est profondément attachée. Mais au-delà, nous souhaitons que de nouveaux acteurs – des « accompagnateurs professionnels certifiés » – puissent proposer sur un véhicule doté d’un dispositif à double commande des heures de conduite à des tarifs moins prohibitifs que les 43 euros en moyenne demandés. Cette certification permettrait de s’assurer de la capacité de ces professionnels à enseigner, et assurerait aux consommateurs que toutes les conditions de sécurité et d’assurance du véhicule sont remplies. Notre proposition ne peut donc en rien être considérée comme néfaste à la sécurité routière. Au contraire. Et j’ajoute que l’accès économique facilité à davantage d’heures de conduite ne peut que renforcer la qualité de la conduite des nouveaux conducteurs.

J’ai fait parvenir au Ministre de l’Intérieur un courrier lui précisant nos demandes de réformes. Ce courrier et la communication au grand public de notre étude viennent d’aboutir à ce que l’UFC-Que Choisir intègre certaines instances ayant trait à l’organisation du permis de conduire en France. Nous y réitérerons nos demandes et j’espère qu’in fine, la voix consumériste l’emportera sur celle portée par des professionnels peu enclins, sans surprise, à voir l’actuel et anachronique modèle d’organisation de l’apprentissage à la conduite évoluer au bénéfice des apprentis conducteurs.

La hausse du diesel fait le plein de partisans

vendredi 26 avril 2013

essence

Voilà un avis qui jette de l’huile sur le feu. La semaine dernière, le Comité pour la fiscalité écologique a rendu son avis sur la taxation du diesel, en préconisant une harmonisation de la fiscalité du diesel et de l’essence. Motifs : la santé publique –le diesel est considéré par l’Organisation mondiale de la santé comme un cancérogène certain depuis juin 2012-, mais aussi un manque à gagner pour les caisses de l’Etat, évalué par la Cour des comptes à 7 milliards d’euros. D’ailleurs, les Français s’y retrouvent-ils vraiment sur le plan financier ? Comme le montrait l’UFC-Que Choisir fin 2012, la plupart des propriétaires de véhicules diesel ne roulent pas suffisamment pour rentabiliser un investissement de départ et un entretien plus coûteux.

Pourtant, Arnaud Montebourg exclut une harmonisation à court terme. De mon côté, je crains surtout que les consommateurs, qui se ruinent déjà à la pompe, trinquent encore plus. C’est pourquoi, plutôt qu’un alignement préjudiciable au pouvoir d’achat, je propose un équilibrage de la fiscalité des deux carburants à un niveau intermédiaire, qui soit donc neutre pour la collectivité des consommateurs. Histoire d’éviter le coup de fusil à la pompe…

Louis Gallois et le diesel : faute avouée, à moitié pardonnée ?

jeudi 15 novembre 2012

essence

A la suite du rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises, son auteur a avoué un oubli : le coût du diesel. L’ancien patron d’EADS et de la SNCF reconnaît avoir « manqué de courage » pour évoquer dans son rapport la question des avantages fiscaux dont le diesel bénéficie. « À titre personnel, j’estime qu’on ne pourra pas s’exonérer d’un débat sur le prix du diesel » a-t-il ajouté.

Si je me réjouis de cet aveu, je regrette cependant qu’il intervienne aussi tard. Alors que le diesel est de loin le carburant le plus populaire (75 % des immatriculations de voitures neuves concernent des moteurs diesel), cette attirance est économiquement largement injustifiée. Comme le montre notre enquête récente, il n’est rentable que lorsqu’on roule plus de 20000, voire 30000 kilomètres (alors que le kilométrage moyen d’un véhicule est de 12800 km par an!). La faute à son prix d’achat et à un coût d’entretien plus onéreux. Quand on connaît l’impact environnemental et sanitaire de ce carburant, les avantages fiscaux coûteux dont il bénéficie posent donc vraiment question. Alors oui monsieur Gallois : quel dommage d’être tombé en panne sèche de « courage » si près du but !

Rapport du CESE sur les pièces auto : taillé sur mesure pour les constructeurs ?

vendredi 2 novembre 2012

piecesautoter

L’UFC-Que Choisir réclame depuis longtemps la fin du monopole des constructeurs sur les pièces détachées automobiles. Après l’avis favorable de l’Autorité de la concurrence, c’est le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a timidement pris position pour « un partage plus équilibré des droits de commercialisation des pièces couvertes par des droits de dessin et modèles entre les constructeurs et les équipementiers ». Le dernier épisode d’un feuilleton à rebondissements !

Acte 1 : dans sa première version, le rapport du CESE sur la filière auto s’arc-boute sur la protection des dessins et modèles et ne mentionne même pas le premier avis de l’Autorité de la concurrence. Acte 2 : une deuxième version du rapport entrouvre la porte en proposant de laisser les équipementiers accéder au marché, toujours sans mentionner le rapport de l’Autorité. Acte 3 : une nouvelle version cite enfin les avis du gendarme de la concurrence. L’UFC-Que Choisir a bataillé fermement pour faire reconnaitre ce travail et poser le débat de l’ouverture du marché à la concurrence. Mais les avancés sont ténues au regard de l’urgence d’agir.

Il est intéressant de noter que l’auteur du rapport du CESE est Patrick Bailly, accessoirement président du Conseil national des professions de l’automobile (vous avez dit « juge et partie » ?) ! Mais pourquoi ce revirement, alors que le CNPA a toujours défendu bec et ongles un monopole total des constructeurs ? Sommé de s’expliquer, le syndicat vient de fournir la réponse : non, sa position n’est pas différente de celle formulée dans le rapport par Patrick Bailly. Acculés par le concert de demandes favorables à l’ouverture du monopole, les constructeurs s’étaient déjà résignés à transiger en négociant eux-mêmes avec leurs sous-traitants. Ce qui confirme mon pressentiment que le rapport est depuis le début taillé sur mesure pour les constructeurs !

Mais je ne me contenterai pas de cette demi-mesure. Si les constructeurs discutent, c’est évidemment pour ne pas perdre complètement la maîtrise du dispositif. D’ailleurs, leur  proposition n’est en rien une avancée, un sous-traitant, qui se trouve dans une relation de dépendance vis-à-vis du constructeur pouvant facilement être discipliné. Je réclame donc au gouvernement de légiférer rapidement pour mettre définitivement à la casse le monopole !