Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Grand froid/saturation du réseau : les défaillances de la politique électrique française ne sont pas là Madame la Ministre

Alors que la France grelote depuis plusieurs jours et que notre système électrique en pleine surchauffe est à la limite de la rupture, certaines voix, à commencer par celle de Ségolène Royal hier, estiment que l’enjeu tourne autour du nucléaire. D’un côté, les partisans du nucléaire souhaitent la relance des investissements dans la filière française de l’atome, et de l’autre les opposants contestent sa fiabilité et demandent son arrêt. Comme lors des débats pour la loi transition énergétique pour une croissance verte – j’ai presque envie de dire comme depuis 40 ans – le mix énergétique polarise les discussions sur la politique énergétique de la France…. MAIS on aurait tort de croire que le problème que rencontre actuellement la France ne se résume qu’à une simple question d’offre, car avec 130 GW de puissance, la France est plutôt bien dotée pour répondre à la demande moyenne d’électricité de 55 GW. Non, le problème vient des grille-pain, je veux parler des radiateurs électriques !

En effet, nous avons une forte volatilité de la demande électrique en France qui peut dépasser les 100 GW durant les mois d’hiver. Cette pointe de consommation électrique a augmenté d’environ 3% chaque année et a enregistré une hausse de 28 % en 10 ans.  Et le principal responsable de ces pics de consommation hivernaux se trouve dans nos logements, juste accroché aux murs : le radiateur électrique ! Facile à installer et peu coûteux à l’achat, promu depuis les années soixante-dix, il a peu à peu colonisé nos logements pour atteindre 30% du parc de résidences principales. Résultat, notre consommation d’électricité est devenue très sensible à la température car en hiver pour chaque degré en moins au niveau national, la consommation augmente jusqu’à 2 400 MW, soit l’équivalent de la consommation de Paris intramuros. C’est 4,5 fois plus élevé que celle de nos voisins allemands et espagnols, et 6 fois plus élevé que celle de l’Italie.

L’étude sur le chauffage électrique de l’UFC-Que Choisir a montré que l’impossibilité de stocker de l’électricité, et la recherche constante de l’équilibre offre-demande qui en découle, oblige la France à maintenir d’importantes capacités de production insuffisamment utilisées et onéreuses (certaines centrales fonctionnent en cumulé moins d’un mois dans l’année). En effet, faute de rentabilité suffisante et sous couvert de sécurité d’approvisionnement, le législateur français a cédé sous la pression des producteurs d’énergie pour que les moyens de production ne soient pas uniquement rémunérés sur les kWh vendus mais aussi sur leurs disponibilités même s’ils ne fonctionnent pas. Clairement, nous sommes arrivés au bout d’un dispositif, qui, si l’on ne fait rien risque de coûter de plus en plus cher à l’ensemble des consommateurs.

La crise actuelle nous oblige donc à nous interroger sur la politique énergétique de la France, et pas uniquement en termes d’offre, comme on le fait depuis 40 ans, mais aussi de demande. Il y a nécessité de réduire les pics de consommation en limitant l’usage des radiateurs électriques comme mode de chauffage principal. En effet, alors que dans les constructions neuves la règlementation thermique (RT 2012) limite drastiquement l’usage des radiateurs électriques comme chauffage principal, dans l’existant, pourtant bien plus énergivore, rien n’est fait !  A ce propos, je dois dire que l’imagination des fabricants pour remettre au goût du jour des vieilles technologies inefficaces m’épate autant qu’elle m’indigne. En effet, l’ajout de quelques gadgets technologiques à un vieux radiateur, un test bien senti pour expliquer la baisse de consommation d’énergie, un nom plus tendance (« radiateur intelligent »)… et le marché est relancé. Cerise sur le gâteau, en septembre 2015, après le vote de la loi transition énergétique, ils obtiennent même le soutien inattendu de la ministre de l’Ecologie qui se fait la VRP du radiateur intelligent. Je crois que les fabricants n’en demandaient pas tant. Malheureusement, quand il fait très froid les radiateurs fonctionnent à pleine puissance qu’ils soient intelligents ou pas… ! S’ils sont très bons en communication, les fabricants aiment beaucoup moins la comparaison. En effet, en 2015, alors que la Commission européenne souhaitait élargir l’étiquette énergétique à tous les modes de chauffages, ils ont obtenu après un intense lobby que les radiateurs soient exclus de cette nouvelle disposition. A quand une réelle prise de conscience du problème par les pouvoirs publics ?

 

Déjà 12 commentaires, publiez le vôtre !

  1. Le 18 janvier 2017 à 22:18, par UFC-Que Choisir d'Albertville – Grand froid/saturation du réseau : les défaillances de la politique électrique française ne sont pas là Madame la Ministre

    […] Cliquer ici pour lire la suite sur le blog d’Alain BAZOT, Président de l’UFC-Que Choisir […]

  2. Le 19 janvier 2017 à 8:19, par Lujon

    Ne faudrait t-il pas mieux investir dans l’isolation des habitations,par des prets interessants,ou,des credits d’impots,destines aux proprietaires,plutot que d’investir dans d’autres sites de production?.
    Cordialement
    Lujon

  3. Le 19 janvier 2017 à 16:45, par Marigot

    le chauffage électrique équipe notre demeure puisqu’il était grandement vanté, il était propre, il était tout ce qu’il y a de meilleur, nous avons vite déchanté lorsque les factures EDF arrivaient. Nous avons toujours les radiateurs qui ne servent plus et nous avons investi dans le chauffage au bois avec des appareils très très haute performance et maintenant j’entends qu’à Paris il est question d’interdire le bois… moi je veux bien produire ma propre énergie mais ce n’est pas possible (je pense à l’arbre éolien), il faut monter une usine à gaz pour vendre son électricité produite pour après la racheter… évidemment si chacun avait le génie de produire sa propre énergie, plus de recettes pour l’état… alors c’est peut-être une des raisons pour monter des usines à gaz, interdire le bois et garder le chauffage électrique qui fera entrer de plus en plus de recette et taxes diverses.

  4. Le 20 janvier 2017 à 10:41, par Claupie13

    Bonjour,
    Certes vous avez raison sur le scandale des lobbys mais ce n’est pas parce que le radiateur aura une étoile ou une lettre signifiant son efficacité qu’on résoudra le problème! Ce qui est plus scandaleux, c’est de faire croire aux gens (je n’ose citer les fabricants) au travers de publicités écrites et orales que des radiateurs dit « intelligents » vendus quelquefois plus de 1000 € consomment moins d’énergie que les radiateurs de bas de gamme vendus 30 €. C’est totalement faux car certes le confort est amélioré car le radiateur, avant de chauffer la pièce, consomme la même énergie que celle rendue quand il est coupé par le thermostat. Cela est basé sur le be à ba de la formule de l’énergie consommée et donc produite W=U.I.t
    La vraie économie se situe dans le comportement des gens (les kWh les moins chers sont ceux qu’on n’a pas consommés).
    A force de tenter de rendre tout intelligent, on ne sait plus éteindre les lampes, fermer les portes, et donc ne plus faire attention!
    Le consommateur doit effectivement penser à l’avenir mais si le chauffage électrique à l’aide de radiateurs s’est tant développé il y a une quarantaine d’années et encore maintenant, c’est simplement parce que le prix de revient de l’investissement de ce moyen de chauffage et des frais d’exploitation (hormis la consommation « combustible » était et reste tellement plus faible que n’importe quel autre moyen de chauffage. Comparons les prix des équipements fournis et posés de chauffage type chaudière gaz + frais d’exploitation contrôles techniques annuels, ramonages, contrats d’entretien scandaleux, chauffe-eau thermodynamique à 3500 € mal installés et dont la cuve se perce aussi rapidement qu’un chauffe-eau traditionnel de 300 €, etc..
    Il ne faut donc pas condamner l’approche consumériste du client à la recherche du rapport qualité/prix en tenant compte de la durée d’amortissement.

  5. Le 20 janvier 2017 à 15:00, par UFC-Que Choisir de Charente Maritime – Grand froid/saturation du réseau : les défaillances de la politique électrique française ne sont pas là Madame la Ministre

    […] Cliquez sur ce lien pour lire l’article du Blog BAZOT […]

  6. Le 22 janvier 2017 à 12:46, par anbes

    Merci de votre « éclairage » avisé !

  7. Le 28 janvier 2017 à 9:44, par Vrai et faux

    Il est vrai que la communication des pouvoirs publics sur le chauffage est « approximative »..
    Ceci étant, vous semblez fermement opposée au chauffage électrique, mais vous ne dites pas par quel moyen le remplacer. Le charbon, le fuel, le gaz ou le bois émettent des GES. Quant aux pompes à chaleur, sous toutes leurs applications y compris le « puit canadien », leur consommation électrique augmente avec le froid, et leur performance (COP) diminue !
    Enfin les éoliennes ou les panneaux photovoltaïques, c’est du chauffage électrique ! et c’est peu performant au nord de la France (avez-vous remarqué que les grands froids d’hiver surviennent avec la présence de hautes pressions atmosphériques qui se caractérisent par l’absence de vent ?).
    Si la France consomme plus d’électricité qu’ailleurs en Europe (même en été !), c’est en raison de son coût bas. C’est pour la même raison que d’autres pays (Allemagne ou Italie) n’ont pas recours à l’électricité pour le chauffage. Son coût est presque 2 fois plus cher en Allemagne qu’en France pour les particuliers).
    Qu’en aux radiateurs électriques, on ne peut affirmer que « l’ajout de quelques gadgets technologiques à un vieux radiateur, un test bien senti pour expliquer la baisse de consommation d’énergie, un nom plus tendance (« radiateur intelligent »)… »
    Le type de radiateur électrique influe sur sa consommation contrairement à ce que vous dites. D’une part, sa régulation (thermostat intégré, programmation, détection d’ouverture de fenêtre ou de présence dans la pièce, etc.) le rendra plus ou moins gourmand. Par ailleurs, un radiateur électrique avec un bon pouvoir rayonnant (type des derniers modèles) apportera du confort (température ressentie plus élevée que la température de l’air de la pièce) et donc incite l’utilisateur à régler le thermostat sur une température plus basse.
    Enfin, vous n’évoquez pas le fait que l’Allemagne et l’Italie, mais pas seulement eux, voient leurs rejets de GES augmenter par grand froid.
    Finalement, vous répondez à une information « approximative » des pouvoirs publics par une information tendancieuse.
    Je ne suis pas sûr que le consommateur y voit plus clair après vous avoir lu.

    Bien cordialement

    N.B.:
    Votre argumentaire principal contre le chauffage électrique serait parfaitement recevable en Allemagne où, chauffer par l’électricité émet plus de GES que le chauffage domestique au charbon, au fuel ou au gaz du fait du rendement des centrales électriques à énergies fossiles.
    Contrairement à ce que l’on pourrait croire en me lisant, je me chauffe au gaz

  8. Le 1 février 2017 à 10:28, par Alain Bazot

    Bonjour, la note de blog, par son format, ne permet pas d’exposer l’ensemble des études de l’UFC-Que Choisir sur la question (exemple https://www.quechoisir.org/dossier-de-presse-couts-caches-du-chauffage-electrique-face-a-la-mise-sous-tension-de-la-facture-d-electricite-du-consommateur-une-veritable-transition-s-impose-n13461/). Sur le fond, effectivement l’objectif n’est pas de substituer une énergie par une autre car les conséquences environnementales mais aussi économiques seraient négatives (le report des usages ferait augmenter les émissions des gaz à effet de serre mais aussi les prix des autres énergies).
    L’enjeu est plutôt de réduire la consommation d’énergie des logements au chauffage électrique (et plus généralement de l’ensemble des logements). Il est important de savoir que 70% des logements au chauffage électrique ont une classe énergétique entre E et G (https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved=0ahUKEwjEjr_Txu7RAhWLtBoKHWt5AjwQFggiMAE&url=http%3A%2F%2Fwww.developpement-durable.gouv.fr%2FIMG%2Fpdf%2FCS534_cle099a94.pdf&usg=AFQjCNGoQn8UJeuUL1MwXm3pp3SXHmLMng&sig2=h8-OipVBxsoVNQFhlCr7lQ&bvm=bv.145822982,d.d2s&cad=rja). Vous conviendrez que le chauffage électrique n’a rien à faire dans ce type de logement (dont l’inertie thermique est faible) d’où notre critique du remplacement du convecteur électrique classique par un chauffage électrique intelligent pour réduire la pointe de consommation.
    L’enjeu est de rénover les logements de manière performante afin de réduire bien évidement la consommation d’énergie mais aussi de limiter la présence à la pointe des ménages au chauffage électrique. Malheureusement, la loi de transition énergétique n’a pas apporté les réponses suffisantes sur le sujet. Pire, elle a fait reculer les droits des consommateurs vis a vis des professionnels de la rénovation énergétique (Rge pas fiable, quasi retrait de la performance énergétique dans la décennale, etc). C’est en cela que nous critiquons la politique de la demande qui à nos yeux n’est pas suffisamment traité par les pouvoirs publics.

  9. Le 29 janvier 2017 à 22:50, par Francis L

    Tout à fait d’accord sur la consommation électrique quelle que soit la sophistication du radiateur W=U.I.t = R.I².t.
    Seule la régulation et programmation dans la journée peut faire économiser.

    Par ailleurs je serais intéressé par les pompes à chaleur par géo/aqua-thermie qui doivent réduire techniquement par 3 à 4 la consommation. Quel est votre point de vue ? Que Choisir a-t-il publié ou va-t-il publier sur ce type de chauffage ? Sinon où trouve-t-on l’information la plus pertinente ?

  10. Le 6 février 2017 à 11:18, par Alain Bazot

    Bonjour, nous n’avons pas fait de test sur ce type de pompe à chaleur. Elles ont cependant très bonne réputation (le rendement étant très bon), mais l’investissement est important. Cordialement

  11. Le 30 janvier 2017 à 11:12, par Richard Moos

    L’ingénierie complémentaire, l’augmentation de la dimension et du nombre de structures intermédiaires issues des nouvelles exigences sismiques accroissent le cout des façades de bâtiments (notamment ERP) disposant d’une isolation par l’extérieur efficace. Les investissements destinés à adapter nos façades neuves ou rénovées sont retardés en raison de la vigilance des bureaux de controle vis à vis des performances parasismiques des façades.
    Un nouveau zonage sismique et une nouvelle hiérarchie des bâtiments ont été en effet établis selon les décrets 2010-1255 et 2010-1254. Cette nouvelle carte exigée par la règlementation Européenne selon l’Eurocode 8 a été établie par le BRGM . Elle a pris en compte des incertitudes sur les données d’entrée qui datent parfois de 450 ans et sur le choix des experts. Le principe constitutionnel de précaution a été considéré pour interpréter les règles de l’Eurocode 8 . C’est ainsi que le zonage sismique a été beaucoup plus étendu en France que chez nos voisins Européens.
    .
    Pourtant la Communauté Scientifique mondiale est quasi unanime pour annoncer une météo apocalyptique (congrès de l’Organisation Météorologique Mondiale Montréal 2014 OMM) pour les prochaines décennies. Nous sommes face à des certitudes climatiques et à des catastrophes récurrentes et actuelles qui sont selon la climatologue Valérie MASSON DELMOTTE des risques REELS, alors que le risque sismique est selon cette même scientifique un risque POTENTIEL, car sa mesure résulte d’une succession d’interprétations. L’extension française du zonage sismique constitue un frein à l’adaptation indispensable de nos constructions publiques et de nos logements collectifs.

    Dans la région de Nantes la tempete Xyntia a annoncé les conséquences du réchauffement climatique en faisant 23 morts. En 450 ans aucun mort du à des tremblements de terre n’a été signalé dans cette région classée aujourd’hui zone sismique modérée. Voilà l’erreur

    Mme MASSON DELMOTT est co présidente du groupe N1 du GIEC ; C groupe est chargé de la connaissance du climat.

  12. Le 13 février 2017 à 10:51, par badoual

    On ne parle pas assez de formation.
    Il est navrant de constater le faible niveau de compétence des professionnels. Ils ont des diplômes (CAP, BAC…)mais souvent, pas de réelle compétence sur la puissance, l’énergie, les ponts thermiques etc.
    On peut effectivement gagner de l’énergie avec les radiateurs électriques « intelligents » ou plutôt programmables et à inertie, mais la solution de base, là où on doit faire des efforts « très professionnels » c’est l’isolation de l’habitat. Même dans le neuf, la compétence des professionnels est limitée. Les labels sont beaucoup trop « complaisants », ça s’achète, semble-t-il.

Publiez votre commentaire !

Vos coordonnées

(publié)

(non publié)

(publié, si indiqué)

* : Champ à remplir obligatoirement.

Votre commentaire

Tout commentaire publicitaire, abusif, hors-sujet (pas en rapport avec le billet) ou diffamatoire ne sera pas publié.

>>> Il ne m'est pas possible de répondre à vos questions et demandes via les commentaires du blog :

Pour toute question, utilisez la voie postale pour me contacter.

Et pour tout litige, contactez l'Association Locale UFC-Que Choisir la plus proche de votre domicile.

Illustrez vos propos avec ces binettes ! Placez-vous, dans le texte, à l'endroit où vous voulez l'insérer et cliquez sa représentation graphique ci-dessous.

N.B. : Pour mettre en forme votre commentaire, vous pouvez utiliser les balises XHTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>