Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Grande distribution dans les DOM, des prix outr…anciers

 caissiere

+ 55 % ! C’est le différentiel de prix qu’a observé l’Autorité de la concurrence dans les départements d’outre-mer sur plus de la moitié des produits échantillonnés, par rapport au niveau des prix en métropole. Tout le monde connaît (au moins de réputation) la réalité des prix dans la grande distribution en Guyane, Guadeloupe, Martinique et Réunion. Mais cette fois on dispose de chiffres. Après les grèves et manifestations qui ont secoué les Antilles début 2009, le gouvernement a demandé à l’Autorité de la concurrence d’analyser la situation. Le résultat est consternant : l’écart des prix excède largement le surplus de coût de transport qu’impliquent des distances accrues. Un niveau très exagéré, dans des départements où le pouvoir d’achat n’est déjà pas à la noce. Le taux de chômage s’établit à 21 % en Guyane, et dépasse même les 25 % à la Réunion…

Sans surprise, c’est du côté de la concurrence (à peu près inexistante) qu’il faut chercher des explications. Certains groupes de grande distribution détiennent des parts de marché énormes sur telle ou telle zone de chalandise. Le nombre d’importateurs-grossistes est par ailleurs limité, ce qui leur permet de prélever des marges commerciales plus que conséquentes (de 20 à 60 % pour un grand nombre de produits, et jusqu’à 100 % !). L’Autorité de la concurrence n’exclut pas de procéder à des sanctions face à d’éventuelles ententes.

Loin de me surprendre, les résultats de l’enquête de l’Autorité de la concurrence confirment le constat déjà fait par l’UFC-Que Choisir. Si l’association n’est pas encore implantée en Guadeloupe et Martinique, elle l’est en revanche à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie, et nous n’avons pas manqué de dénoncer le véritable enfer consumériste qu’est l’outre-mer. Ces deux associations locales sont en prise directe avec les dysfonctionnements des marchés, et participent aux diverses enquêtes prix réalisées régulièrement par l’UFC-Que Choisir. Or les chiffres dont nous disposions pour l’outre-mer étaient déjà sans appel : l’enquête sur les hyper et supermarchés, réalisée en 2008, révélait ainsi que les prix sont deux fois plus élevés en Nouvelle-Calédonie par rapport à la métropole, et à peine moins (+74 %) à la Réunion. S’agissant du hard-discount, les résultats de l’enquête sont assez analogues : le panier de base de 23 produits est deux fois plus cher à la Réunion et deux fois et demi plus cher en Nouvelle-Calédonie. Il y a en outre un monopole total de Leader Price en Nouvelle-Calédonie, et quasi total à la Réunion (9 points de vente sur 10).

Il y a donc urgence à améliorer la concurrence dans les DOM, à en finir avec les pratiques abusives des opérateurs locaux… et peut-être aussi avec certaines règles, comme l’octroi de mer, qui pèse sur la cherté de la vie. J’attends avec intérêt les réactions du gouvernement aux propositions de l’Autorité de la concurrence… en espérant que nos compatriotes ultra-marins pourront bientôt vivre moins cher sous les tropiques !

Déjà 3 commentaires, publiez le vôtre !

  1. Le 23 septembre 2009 à 21:48, par Desirade

    Enfin des chiffres.
    Merci pour ce billet que nous essayons de faire rebondir sur tous les réseaux sociaux.
    Pourriez-vous nous dire s’il existe une représentation d’UFC Que Choisir en Guadeloupe ?
    Merci encore mille fois (>^.^<)

  2. Le 23 septembre 2009 à 21:55, par Desirade

    Toutes nos excuses, votre article le précise, pas d’UFC-Que Choisir, en Guadeloupe, Martinique Guyane, contrairement à La Réunion et à la Nouvelle Calédonie.

    Notre question sera donc la suivante que faire pour remédier à cette situation ?

  3. Le 30 mars 2013 à 7:12, par Rob

    L’article date de 2009, mais il est toujours d’actualité, et le « bouclier qualité prix », ses 101 produits à maxi 365€ ne changeront pas grand chose dans cette république bananière (au sens où l’intérêt de quelques personnes pèse lourdement sur la vie de l’ensemble de l’île).

    Quelques exemples concrets :
    -Prix d’un alternateur pour une opel Corsa en Martinique (juste la pièce, sans main d’œuvre) = 1046€.
    Prix internet = 200€, coût moyen en métropole pour ce type de véhicule, pièce et main d’œuvre comprise : 400€.

    -Leclerc s’était implanté il y a 2-3 ans via un franchisé qui n’avait pas les reins assez solides et qui a très vite déposé le bilan.
    Peu aidé d’ailleurs par les problèmes rencontrés sur le port de commerce qui limitaient les possibilités d’approvisionnement, mais on ne va pas trop commenter ce point-là… (sic)
    Leclerc-maison-mère confirme sa volonté de s’implanter et ouvrir le marché de la concurrence en proposant le rachat des supermarchés pour revenir sur l’île, en son nom propre cette fois.
    Décision du tribunal de commerce : « nous souhaitons un repreneur local ». Bilan, les « magasins U » du Groupe Parfait reprennent tout ça et l’un des magasins flambe quelques mois plus tard.

    La concurrence en Martinique est une vue de l’esprit, toute initiative en ce sens est étouffée d’une manière ou d’une autre.

    -les petits vendeurs veulent imiter les grands et sur-tarifient leurs produits en prétextant la charge que représente l’octroi de mer.
    Sauf que. Pour compenser l’octroi de mer, la Martinique bénéficie d’un taux de TVA réduit. Sans oublier que c’est l’octroi de mer qui finance les institutions républicaines, et que le taux de l’octroi de mer est fixé localement.

    Il ne faut pas se leurrer sur le pouvoir de quelques groupes de pression. De là à imaginer la complicité des politiques, il y a un pas facile à franchir.
    Un réseau de transport en commun à peine embryonnaire malgré un projet de TCSP qui date de dizaines d’années et qui a vu quelques enveloppes budgétaires englouties on ne sait où – au profit d’on ne sait qui ; qui se traduit finalement par une option dont personne ne peut garantir la viabilité…

    Ce n’est pas un hasard non plus si la préfecture continue de donner des dérogations à l’épandage aérien, malgré le scandale de la chlordécone il y a quelques années et malgré les interdictions européennes.
    Il faut bien entretenir quelques riches propriétaires qui tirent un revenu juteux des aides accordées : la banane n’est pas rentable en Martinique et est tellement subventionnée qu’on la trouve parfois moins chère en métropole qu’en Martinique. C’est un marché qui n’est absolument pas concurrentiel face aux exportations équatoriennes par exemple.
    Le scandale sanitaire continue pourtant, dans l’indifférence générale, si ce n’est quelques grèves généralement squattées par des indépendantistes rétrogrades et récupérateurs.

    On ne peut que regretter d’ailleurs l’absence d’une entité comme UFC que choisir en Martinique. Elle ne serait décidément pas au chômage technique, nous avons nous aussi nos scandales locaux (produits sucrés, coût de la vie & entente des prix, non-concurrence, SAV non assurés…)

    Chiche, vous venez ?

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