[2008-02] Prix de l’alimentaire : s’attaquer au vrai problème ! # Métro
Par Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir
Les prix de l’alimentaire flambent et pour éteindre l’incendie, le gouvernement jette quelques seaux d’eau (réforme des marges arrières, enquête sur les raisons de la hausse des prix, surveillance des prix de 20 produits phare, négociabilité des tarifs) mais ne semble pas décidé à se servir rapidement de la lance à incendie que serait une « réforme de l’urbanisme commercial » permettant de dynamiser enfin la concurrence à l’intérieur de chaque zone de chalandise et en conséquence de favoriser une baisse des prix profitable aux consommateurs.
En effet, l’explosion du prix des matières premières ne saurait expliquer, à elle seule, l’ampleur des hausses des prix dont sont victimes les consommateurs. Véritable alibi, elle masque un problème bien plus profond : l’absence de concurrence entre enseignes dans les zones de chalandises. S’il existe 7 groupes de distribution en France (et 5 centrales d’achats), ils ne sont quasiment jamais tous présents dans la même ville et encore moins dans la même zone de chalandise. Il existe rarement trois enseignes différentes dans une même zone et si c’est le cas, elles appartiennent en réalité au même groupe…
Peu enclin à connaître l’arbre généalogique des enseignes, le consommateur croit à tort que la différence de noms emporte une concurrence qui lui est profitable. Surfant sur cette méconnaissance, les groupes n’hésitent pas à implanter plusieurs de leurs filiales dans une même zone, et, ce, afin de s’assurer du contrôle des prix sur cette même zone. Par exemple, à Antibes, il n’y a un qu’un Hyper au nord : un Carrefour. Est-il au moins concurrencé par d’autres formats ? Non, les Supers qui l’entourent, des Champion, appartiennent au groupe et le seul Maxi Discount à le concurrencer, un ED, également. Loin d’être un cas isolé, l’exemple d’Antibes est révélateur de la situation nationale. Dans la plupart des zones, le consommateur est victime d’une concurrence d’apparence.
Loin d’être une élucubration de l’UFC-Que Choisir, ce constat est partagé par bon nombre d’autorités, dont le Conseil de la Concurrence ou plus récemment Madame Hagelsteen, mandatée par le gouvernement pour rédiger un rapport sur la négociabilité des tarifs et des conditions générales de vente. Dans son rapport, elle se prononce sans ambigüité pour un développement de la concurrence dans le secteur de la distribution. Le gouvernement aurait-il sauté des lignes en lisant ses travaux?
Plus encore que l’opération « coup de poing » annoncée par le gouvernement, la réforme de l’urbanisme commercial est donc nécessaire pour les consommateurs qui ne supportent plus d’être les vaches à lait de la grande distribution…
:: Source : Article publié dans le quotidien Métro, le 27 février 2008
