[2008-06] Le Net donne la note # Libération
Par Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir.
Curieuse époque pour le monde de la musique. Alors que certaines majors se lamentent sur la baisse des ventes de CD et accusent Internet de tous les maux, d’autres vont de l’avant et tirent pleinement leur épingle du jeu. Le plus malin est bien sûr Live Nation qui, à coup de centaines de millions de dollars, parvient à attirer des artistes comme Madonna,Jay-Z ou U2, bref des machines à cash. L’innovation ? Présenter aux artistes une solution tout en un : le groupe s’occupe certes de toutes les activités relatives à la production et à l’édition de musique mais également des tournées, du merchandising, etc. C’est ce que l’on appelle le 360°. Les artistes, même s’ils doivent s’enfermer dans des contrats de dix ans, sont heureux de cette collaboration, et pour cause, ils toucheront la moitié des bénéfices, quand ils peinent avec les majors à obtenir 10 % sur la vente de CD !
Des artistes vont plus loin et utilisent Internet pour être en contact avec leur public. La première vraie initiative dans ce sens est celle de Radiohead. Or, non seulement ce dernier n’a pas offert aux maisons de disque l’opportunité de se gausser de ses tentatives «libertaires» mais encore son idée séduit-elle de plus en plus d’adeptes, notamment du fait de sa rentabilité ! NiN, qui est devenu le porte-drapeau de ce type de diffusion, a engrangé 1 million d’euros en une semaine en proposant son album Ghost I-IV selon une formule tarifaire allant de la gratuité au coffret de luxe à 190 euros. Cette démarche vient d’obtenir un soutien hautement symbolique du groupe Metallica. Ce dernier, qui avait par le passé livré bataille contre Napster, vient d’annoncer que son prochain album sera probablement le dernier signé chez une major. Le groupe a observé les démarches de Radiohead et de NiN et réfléchit aux possibilités qu’offre Internet ! Pendant ce temps-là, en France, sous la pression des ayants droit et les bons conseils de M. Olivennes, le gouvernement essaie d’imposer aux consommateurs français un arsenal répressif aussi archaïque que contre-productif. J’ai envie de dire au gouvernement de mettre l’innovation en musique plutôt que d’orchestrer la répression ! Car, si l’industrie traverse une phase de turbulences elle est loin d’être condamnée ; il lui est toujours possible de gagner de l’argent et de rémunérer à leur juste valeur les artistes. Ce chaos est en réalité une recomposition du secteur où seuls les acteurs capables de réactivité et d’inventivité subsisteront.
:: Source : Tribune parue dans le quotidien Libération du 24 juin 2008
