Agriculteurs/consommateurs : une équipe pour gagner le match de l’eau !

Alors que l’été s’approche, et avec lui les craintes d’une nouvelle sécheresse, l’UFC-Que Choisir est repartie dans les Régions de France à la rencontre des agriculteurs afin de débattre avec eux du parent pauvre du projet de loi sur l’eau, à savoir la politique agricole. En effet, la véritable coquille vide que constitue ce projet au niveau agroenvironnemental (cf note du 30 mai 2006) ne saurait faire taire la voix des consommateurs et leur volonté de trouver avec les agriculteurs les bases d’une véritable réforme. A cette fin, les conférences-débats organisées en Midi-Pyrénées et en Poitou-Charentes sur la base de notre proposition de réforme « eau-réconciliation 2015 » constituent plus qu’un encouragement, une espérance.
Géographiquement concentrée sur les zones les plus touchées par les questions de pénurie et/ou de pollution de l’eau, la campagne « eau-réconciliation 2015 » ne pouvait manquer de s’arrêter mardi en Midi-Pyrénées où la situation est préoccupante et en Poitou-Charentes mercredi où elle est alarmante. Les chiffres parlent d’eux mêmes : la superficie des surfaces irriguées dans la région Midi-Pyrénées est ainsi passée de 210 milliers d’hectares en 1988 à 286 milliers d’hectares en 2003 et de 98.5 milliers d’hectares en 1988 à 188 milliers d’hectares en 2003 en Poitou-Charentes. Pour l’été à venir, le ministère de l’Ecologie constate un déficit de pluies efficaces de plus de 50% relativement à la consommation d’eau régionale.
Le bilan de la pollution de l’eau est également très négatif : pour les seules eaux de surface, près de la moitié des points contrôlés en Poitou-Charentes font l’objet d’au moins un dépassement des seuils de potabilité en pesticides et 20 % des points observés présentent un taux de nitrates supérieur à la norme de potabilité de 50 mg par litre.
Grâce à la précieuse collaboration des associations locales dans l’organisation de cette campagne de terrain, j’ai pu visiter deux exploitations agricoles particulièrement intéressantes. La première, à dominante arboricole, à Vaissac près de Montauban m’a permis de vérifier les limites du stockage. En effet, les trois grandes réserves en eau du Tarn-et-Garonne s’assèchent… Certains agriculteurs, loin de limiter leur consommation d’eau, profitent de celles-ci pour l’accroître… Si, comme à Vaissac, la majorité des exploitations garonnaises ne font pas dans la monoproduction intensive
La seconde exploitation m’a conduit à Meuzé sur le Mignon, dans le marais poitevin, et m’a permis de nourrir de grands espoirs quant à une évolution des mentalités des agriculteurs. En effet, l’agriculteur rencontré cultivait depuis 1990 du maïs dans le marais et dans la plaine jusqu’à 90 % de la surface. Mais après avoir signé un Contrat territorial d’exploitation (CTE) proposant une diminution très sensible du maïs irrigué, celui-ci a abandonné aussi bien cette irrigation que la surabondance de cette culture. Je ne dis pas qu’il faille imiter cet exploitant et abandonner la culture du maïs. Le choix de cette culture n’est pas en soi condamnable, mais étant, comme d’autres cultures, particulièrement gourmande en eau, sa monoproduction intensive l’est incontestablement… Une prise de conscience sur ce point est indispensable à la véritable réforme de la politique agricole de l’eau, qui si elle n’a pas eu lieu à travers le projet de loi sur l’eau (faute de volonté politique), devrait appartenir aux principaux chantiers du prochain ministre de l’Environnement.
Certes, l’évolution des mentalités n’est pas simple… La sécheresse des propos de certains agriculteurs lors des Conférences-Débats, niant la réalité des chiffres, montrent que la logique productiviste des années 1970 est toujours ancrée dans de nombreux esprits qui cèdent en conséquence aux sirènes de l’affrontement catégoriel. Mais, comme l’a montré le débat poitevin, le dialogue permet de rassurer les plus craintifs. Comme je l’ai indiqué à la centaine d’irrigants présents dans la salle, notre combat n’est pas contre eux mais avec eux… L’UFC-Que Choisir a toujours soutenu les agriculteurs particulièrement lors des accords Sarkozy sur la distribution où elle été la seule à refuser de signer en dénonçant la « braderie » des produits agricoles. Aujourd’hui encore, l’UFC-Que Choisir cherche à préserver l’intérêt des agriculteurs en leur garantissant un milliard d’euros grâce à un cercle vertueux de financement… Mais surtout la proposition « eau-réconciliation 2015 » sert leur intérêt en ayant comme seul objectif la préservation de la ressource aquatique qui, faut-il le rappeler, est un intérêt partagé par les agriculteurs et les consommmateurs.
Alors que s’ouvre la nouvelle coupe du Monde, l’équipe de l’UFC-Que Choisir est mobilisée pour remporter avec l’appui des agriculteurs le match de l’eau. Après les débats toulousains et poitevins, je peux à mon tour dire que « la victoire est en nous » !



Déjà 3 commentaires, publiez le vôtre !
il est souhaitable que certains je dit bien certains agriculteurs manque d’eau ca évite la diffusion de nitrat et autre produits dangereux type pesticides dans les nappes et rivières.
Bonjour,
Merci et un grand bravo pour votre intervention sur France 3 Bretagne du 8 septembre 2006.
http://ouest.france3.fr/videojt
J’enrage et nous devons être des millions de constater que le projet de loi sur l’eau est une belle coquille vide !
J’entends de plus en plus de concitoyens soucieux de vouloir préserver cette précieuse ressource qu’est l’eau. Les mentalités changent, mais comment agir ?
Comment pouvons nous faire pression sur nos dirigeants pour qu’ils prennent conscience de ce besoin (inter)national de préserver notre planète et ses ressources ?
Est-ce que UFC QUE CHOISIR a un pouvoir suffisant pour peser dans une véritable réforme de la politique agricole de l’eau ?
Eau Rage
Bonjour
est-ce au nom de cette équipe UFC QUE CHOISIR que l’UFC 71 vote toujours favorablement aux extensions créations de porcheries industrielles en Saône et Loire ?
Bien cordialement