Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Alimentation - Agriculture’

La foire aux paniers

Vendredi 22 avril 2011

panier

Après le panier des essentiels, brandi par Frédéric Lefebvre début avril, et qui faisait suite lui-même à des initiatives du même acabit de MM. Breton et Chatel voilà quelques années, c’est au tour de Ségolène Royal de promouvoir ce qu’on pourrait appeler le « panier bloqué ». Sa proposition consiste à bloquer les prix de 50 produits du quotidien… Quelle ambition pour les consommateurs ! Le sujet du pouvoir d’achat mérite pourtant mieux que cela. Au cœur de la dernière campagne des élections présidentielles, ce dossier économique et social n’a jamais fait l’objet d’aucun traitement de fond. Nous voilà en période préélectorale. Il est inquiétant de voir que la classe politique va de nouveau s’offusquer du problème pour ne pas s’attaquer en profondeur aux causes du mal !

Avec son « cabas », Frédéric Lefebvre laisse toute liberté aux enseignes de décider des 10 produits minimum devant le composer. Rien ne permet donc de s’assurer que les paniers répondront vraiment aux besoins des ménages, ni aux exigences d’équilibre nutritionnel, ni à toutes les indications que le ministre a mises dans le même panier le jour de son lancement. Ségolène Royal quant à elle propose de bloquer les prix de 50 produits alimentaires, définis avec les associations de consommateurs… 10, 50… La démarche s’annonce plus volontariste, le choix n’est pas laissé aux seules enseignes, et les prix sont maitrisés… Mais sur un échantillon tout aussi maigre ! La classe politique entendrait-elle réduire la consommation des ménages ou, à tout le moins, l’action consumériste dans le domaine alimentaire à quelques dizaines de produits, alors qu’en réalité les achats alimentaires des Français se répartissent sur pas moins de 5000 références différentes ? Le consommateur n’a-t-il au final un droit au juste prix que pour 1 % d’entre elles ? Il y a donc au final un consensus pour entrer dans la logique du panier imposé. Certes pas cher, mais à  condition de renoncer au droit de choisir. Et il faudrait qu’étant associées au concept, ce soient les associations qui choisissent pour les consommateurs. Quel funeste rôle ! Et que pensez-vous qu’il se passe dans les rayons quand les projecteurs sont braqués sur le prix de quelques produits ? Les responsables politiques n’ont jamais entendu parler des prix d’appel ? La grande distribution se voit servir sur un plateau une occasion en or de communiquer tout en continuant, dans un cadre concurrentiel que nous ne cessons de dénoncer pour son manque de réalité, de pratiquer une politique tarifaire traumatisante pour le pouvoir d’achat.

Alors de grâce, mettons fin à cette foire aux paniers présentés comme l’alpha et l’oméga des problèmes de pouvoir d’achat, alors qu’ils ne font qu’amuser la galerie sans s’attaquer à l’essentiel, c’est-à-dire à la formation sans régulation de quelque nature que ce soit, des prix et des marges dans les secteurs clés de la consommation.

La CCEN refuse des repas équilibrés à nos enfants !

Vendredi 25 mars 2011

cantine

Décidément, il semble parfois que tout le monde s’est donné le mot pour ne surtout pas enrayer l’épidémie d’obésité qui atteint les jeunes Français (un sur six!). Le dernier rebondissement en date s’est déroulé à la Commission consultative d’évaluation des normes (CCEN, présidée par Alain Lambert et chargée d’émettre un avis sur l’impact financier des mesures réglementaires concernant les collectivités territoriales et leurs établissements). L’instance a donné en janvier un avis défavorable à une mesure essentielle de la loi de modernisation de l’agriculture. L’article premier crée en effet des règles obligeant les cantines scolaires à servir des repas équilibrés. Une mesure de bon sens, puisque nombre d’enfants prennent cinq repas par semaine à la cantine. N’en déplaise à tous les scientifiques, professionnels, fonctionnaires, parlementaires et représentants des collectivités territoriales qui ont émis des recommandations favorables sur ce sujet, la CCEN estime que non, vos enfants ne mangeront pas mieux demain à la cantine ! Une décision qui contredit toutes les études sur le sujet, et que je ne peux pas digérer !

Le panier de la ménagère en question sur fond d’envolée des cours agricoles

Mercredi 2 mars 2011

viendebovine

Est-ce un effet bénéfique du Salon de l’agriculture ? La semaine dernière, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a laissé entendre qu’il était loin d’être opposé à la proposition de la FNSEA d’instaurer une indexation des coûts de production sur les prix des matières premières agricoles. Cette proposition n’est pas sans rappeler le mécanisme de coefficient multiplicateur que l’UFC-Que Choisir réclame en vain depuis plusieurs années ! Bien entendu, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) crie au scandale, jugeant le dispositif « totalement anti-économique ». Il est certain qu’il retirerait à la distribution une grande part de sa marge de manœuvre, qui lui est particulièrement profitable ! Voilà qui me donne l’occasion de donner la réponse au dernier sondage sur la viande bovine. Les éleveurs bovins vendent depuis 2000 leurs animaux 8 % de plus, tandis que les consommateurs en magasin  achètent leur viande 40 % plus chère! Pas étonnant, dans ces circonstances, que les distributeurs ne veuillent surtout pas d’un mécanisme d’indexation qui les empêcherait d’entonner le désormais fameux refrain : marge à l’ombre !…

Réunion ministérielle : stupeur et tremblements

Vendredi 4 février 2011

supermarche

J’ai appris avec stupeur la tenue, mercredi matin, d’une réunion conviée par le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et par le secrétaire d’Etat Frédéric Lefèbvre. Les deux ministres y ont appelé les représentants du secteur agricole et agroalimentaire et ceux de la grande distribution à une hausse « juste et contrôlée » des prix alimentaires. Car sur les marchés agricoles, les prix flambent depuis six mois : + 68 % pour le blé, + 56 % pour le maïs, + 35 % pour les tourteaux de soja… Surprise, aucune association de consommateurs n’était présente !  Tremble, consommateur, car lorsque les décideurs débattent entre eux des prix alimentaires, c’est rarement bon pour ton porte-monnaie ! Le comble, c’est que les ministres ont bien insisté sur leur volonté de défendre le pouvoir d’achat des  Français ! « Il faut trouver un juste équilibre entre la nécessaire rémunération des producteurs agricoles et la défense du pouvoir d’achat des consommateurs », a estimé Bruno Le Maire. Mais alors comment expliquer que le consommateur soit le seul protagoniste exclu des discussions ?

De l’aveu même des professionnels, la réunion s’est d’ailleurs avérée décevante. Les appels incantatoires à une augmentation modérée n’ont été suivis d’aucune mesure concrète. A contrario, Bruno Le Maire prépare les esprits en annonçant des hausses inéluctables ! Des hausses, rien que des hausses… Il faut avoir la mémoire courte pour oublier que depuis deux ans, les baisses des prix agricoles ont été captées par les intermédiaires, qui ont profité de l’effet cliquet en ne baissant presque jamais leurs prix. Une astuce qui leur a rapporté par exemple 1,6 milliards d’euros pour le lait de consommation, et 7,7 milliards pour le poulet !

Je refuse catégoriquement que le consommateur supporte les hausses annoncées, alors qu’il n’a pas profité des baisses depuis deux ans ! De plus, il est grand temps que soit mis en place un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles peu ou pas transformés, seul outil susceptible d’éviter de nouveaux dérapages !

Viande bovine : ne prenons pas les Français pour des veaux !

Mardi 25 janvier 2011

veaux

Dans le quotidien d’un président de l’UFC-Que Choisir, il y a parfois des parodies de concertation qu’il faut dénoncer avec force. Mais il arrive aussi qu’il n’y ait pas de concertation du tout, et là les bras m’en tombent ! C’est pourtant ce qu’a fait Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire des prix et des marges, qui vient de réaliser l’exploit de rendre un rapport lénifiant sur le prix de la viande bovine… sans avoir entendu les principaux intéressés !

L’UFC-Que Choisir dénonce depuis longtemps l’existence de marges injustifiées, notamment sur les viandes. La création en 2007 de l’Observatoire des prix et des marges promettant de faire toute la lumière sur la formation des prix, et la nomination de l’UFC-Que Choisir comme membre de celui-ci, avait redonné un peu d’espoir… Mais les tarifs de la viande bovine en rayon continuent à progresser inexorablement, tandis que le prix payé aux éleveurs stagne à des niveaux désespérément bas. Qu’à cela ne tienne, Bruno Le Maire a mandaté l’Observatoire pour enquêter. Et eurêka, en moins de trois mois Philippe Chalmin livrait un rapport préliminaire stupéfiant. Surtout pour la filière agricole et les consommateurs qui, bien que membres de l’Observatoire, n’ont pas été entendus et n’ont pas eu connaissance du rapport avant sa publication… contrairement aux industriels et à la grande distribution, conviés dans le groupe de travail !

Malgré des annonces tonitruantes, le rapport est sans surprise : la marge brute des intermédiaires progresse de manière continue (un scoop… que nous avions démontré il y a deux ans !). Quant à pouvoir distinguer la marge de l’industrie de celle de la distribution, on n’y voit que pouic. Voilà qui n’a pas empêché M. Chalmin de foncer sur des conclusions aussi surprenantes que sa méthode : si la marge brute a augmenté, c’est la faute aux exigences des consommateurs ! Et Chalmin de dresser une liste de frais sans chiffrage : la traçabilité (mise en place il y a 10 ans !), les nouvelles normes environnementales, la date limite de consommation (qui n’est pas non plus une nouveauté), les emballages… sont seuls coupables ! «Il n’y a pas de vilain ni de méchant», déclare même le brillant économiste. Quelle démonstration percutante ! Bref comme Alice, on est au pays des merveilles, dormez tranquilles bonnes gens, puisque les industriels et la grande distribution veillent à vos intérêts !