Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Alimentation - Agriculture’

Une politique de l’eau qui se dilue

Mardi 2 mars 2010

eau

En 2006, dans le cadre de sa campagne « eau-réconciliation 2015 », l’UFC-Que Choisir tirait la sonnette d’alarme s’agissant de la politique agricole de l’eau, plus particulièrement à propos de l’absence d’une véritable politique de gestion et de préservation de la ressource aquatique… Quatre ans plus tard, la sonnette est à nouveau tirée par la Cour des Comptes. En effet, le rapport public de la Cour des Comptes souligne les nombreux manquements relatifs à la politique de l’eau… et aucune question n’est taboue :

Les pollutions agricoles ? Présentes ! Nitrates et pesticides polluent toujours les eaux. La faute à une volonté insuffisante des pouvoirs publics de remettre réellement en cause les pratiques agricoles.

Les eaux résiduaires urbaines ? Pas mieux ! Responsabilités atomisées, mauvaise coordination des services de l’Etat, répression insuffisante de la part de la police de l’eau…

Les agences de l’eau ? Trop de dysfonctionnements, trop d’attentisme ! Pour la Cour, elles « s’apparentent plus à des banques mutualistes chargées de faciliter des initiatives locales (…) qu’à des instruments d’une politique nationale soumise à des obligations de résultats ». Aïe.

Quant aux redevances, elles sont encore loin de constituer une véritable fiscalité environnementale –d’autant que les engrais échappent encore à la taxe ! Au final, il est plus que jamais permis d’émettre des doutes sur la capacité de la France à atteindre l’objectif européen de bon état écologique des eaux en 2015.

2006-2010 : en quatre ans, ce n’est pas l’eau mais la passivité des pouvoirs publics qui a coulé sous les ponts… Il ne reste plus que cinq ans pour atteindre l’objectif européen. Le temps presse… Si les engagements français s’évaporent, c’est une amende de 25 milliards d’euros qui nous guette. Bref, avec une volonté trop tiède, c’est la douche froide qui guette !

Grandes surfaces : pourquoi le bio est-il si cher ?

Mardi 9 février 2010

agribio

Quiconque a déjà comparé le prix d’un produit issu de l’agriculture biologique et d’un produit issu de l’agriculture conventionnelle en a fait l’expérience : pour manger bio, mieux vaut avoir les moyens ! L’enquête publiée fin janvier par l’UFC-Que Choisir le confirme : sur les 1624 grandes surfaces enquêtées, les résultats sont sidérants. Le panier de produits bio de marques de distributeurs (MDD) est 22 % plus cher que le panier de marques nationales conventionnelles… Et 57 % plus cher que le panier de MDD non bio ! Sans compter que le choix est réduit, les produits bio proposés n’étant pas légion…

Il n’est pas question pour moi de réclamer du bio au même prix que les autres produits. Avec une productivité inférieure à l’agriculture conventionnelle, le bio ne se bat pas avec les mêmes armes. Qui plus est, le système actuel d’attribution des aides agricoles privilégie le rendement, ce qui avantage les modes de production intensifs. Il serait peut-être temps de le revoir !

Le problème, c’est que ces explications ne suffisent pas à justifier une telle différence de prix. Alors que la marge est en moyenne de 0,50€ sur le kilo de pommes standard, elle atteint 1,09€ pour les pommes bio. Quant aux carottes, leur marge passe de 0,80€ à 1,33€ pour le bio ! La grande distribution profiterait-elle de la filière bio pour se sucrer un peu plus sur le dos des consommateurs ? Qu’est-ce qui fonde une telle discrimination ?

Il en va pourtant de la démocratisation du bio. C’est encore trop souvent un marché de niche, réservé aux ménages les plus aisés. L’objectif du Grenelle de tripler les surfaces cultivées en bio (2 % de la totalité des surfaces agricoles aujourd’hui !) est louable, mais doit s’accompagner d’une relance de la demande par les prix. Pour l’instant, on est loin du compte.

En attendant de voir du bio moins cher dans nos rayons, je vous invite à me donner votre avis, via le sondage ci-contre, sur le surcoût acceptable pour acheter bio !

Prix de l’alimentaire : marges à l’ombre !

Mercredi 23 décembre 2009

porc

Les résultats de la récente enquête menée par 102 associations locales UFC-Que Choisir n’ont pas laissé indifférentes les enseignes de la grande distribution, leur fédération allant jusqu’à qualifier celle-ci de « procès en sorcellerie »…  Si les résultats peuvent effectivement apparaître abracadabrantesques, aucune magie noire ne s’est glissée dans le protocole.

L’enquête de l’UFC-Que Choisir sur 1250 magasins a porté sur trois produits peu transformés, dont la matière première agricole constitue une part prépondérante : la volaille, le porc et le lait. Pour ces trois produits, les prix agricoles se situent respectivement à 2,11€/kg, 1,34€/kg et 0,29€/l. A l’arrivée, les prix moyens en rayon, selon notre enquête, ont explosé : 11,87€, 6,54€ et 0,75€. Le cœur du problème ? Certains industriels et distributeurs ne répercutent pas –ou mal– la baisse des prix agricoles sur les étiquettes. S’agissant du lait, entre septembre 2007 et septembre 2009, le prix payé à l’éleveur a baissé de 7 %, mais pour le consommateur le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 % ! La brique de marque distributeur a, elle, carrément pris 11 % !

Cette campagne permet donc de constater que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles, et notamment des baisses, pour accroître leurs marges, et ce de manière totalement opaque ! En effet, invitées à s’expliquer sur les différentiels constatés, seules 20 % des enseignes ont adressé… une réponse, et encore : une réponse-type rédigée par la tête de réseau, totalement évasive, voire fallacieuse! Refusant de s’expliquer sur la formation de ses prix, la grande distribution confirme qu’en matière d’alimentaire, l’opacité est la règle ! De qui se moque-t-on ? En ces temps de pouvoir d’achat en berne, cette situation est inadmissible…

Face à  ces abus, l’UFC-Que Choisir propose l’instauration d’un coefficient multiplicateur (que la Loi prévoit déjà pour les fruits et légumes) pour tous les produits bruts et peu transformés. Il s’agit de calculer le prix de vente maximal en multipliant le prix agricole par un coefficient défini conjointement avec les professionnels, sur la base de l’historique hors période de crise. Le coefficient multiplicateur préserverait enfin les intérêts des consommateurs, puisqu’il oblige à baisser les prix en rayon lors des baisses des cours agricoles.

Sur son blog, Michel-Edouard Leclerc a dit « chiche » avant de botter en touche en rappelant que seuls les pouvoirs publics peuvent l’imposer… Qu’à cela ne tienne, d’ores et déjà, des dizaines de parlementaires interrogent le gouvernement à ce sujet… Et il serait temps d’agir, ce n’est pas parce qu’on approche de Noël qu’il faut continuer de prendre les consommateurs pour… des dindes !

TVA : Très Vif Avertissement…

Vendredi 27 novembre 2009

tvrestauration

Un vent de révolte a soufflé sur le Sénat dans la nuit de lundi à mardi : la Chambre haute a bien failli remettre en cause le cadeau fiscal accordé aux restaurateurs cet été, et faire repasser la TVA à 19,6 % au lieu de 5,5 % !

Tout a commencé lundi, en commission des finances. A la surprise générale, les sénateurs adoptent alors un amendement au projet de budget 2010 qui remet la TVA à son niveau initial. Objectif : lancer un avertissement au secteur. « On n’en a pas eu pour notre argent », estime le rapporteur général des finances, Philippe Marini. C’est peu de dire, en effet, que le consommateur n’a quasiment pas vu l’addition baisser : à peine -1,5 % en moyenne selon l’Insee, au lieu des -3 % attendus. Or la TVA à 5,5 % coûte très cher aux finances publiques : près de trois milliards d’euros !

Pourtant la fronde sénatoriale s’est arrêtée aux portes de l’hémicycle, où l’amendement a été rejeté. Le 15 décembre, un Comité de suivi devra tirer un bilan de l’évolution des prix. Mais Nicolas Sarkozy a tué le suspense mardi : « Jamais je ne reviendrai sur la baisse de la TVA ». Visiblement les restaurateurs avaient un peu trop bien compris le message…

Plus c’est gros, plus ça marche

Jeudi 12 novembre 2009

inpes

La dernière enquête ObEpi (Roche/TNS Sofres), publiée mardi, révèle que la prévalence de l’obésité a augmenté de près de 6 % depuis 1997. Pourtant, en matière de prévention, les déceptions succèdent aux déceptions ! Alors que l’Elysée a récemment mis en place une instance afin de procéder à une énième réflexion sur le sujet, le projet de loi de modernisation agricole fournit une nouvelle raison de s’inquiéter. Il prévoit de donner au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation la cotutelle de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), organe de communication du ministère de la Santé ! Autrement dit, la santé des Français ne sera plus l’unique priorité des campagnes de prévention contre l’obésité : la bonne santé de l’agro-industrie ne sera plus oubliée !!

Car il ne faut pas sous-estimer le sens de cette nouvelle gouvernance : le rattachement pourra amener le Conseil national de l’alimentation à valider les communications de l’INPES, donnant à l’industrie un fort droit de regard sur les campagnes de prévention officielles ! Un autre fait confirme ce qu’il faut bien qualifier de démantèlement programmé de la politique de prévention ; début novembre, le Canard Enchaîné révélait une manœuvre dirigée contre la dernière campagne de l’INPES (incitant à modérer la consommation d’aliments trop riches). Sous la pression des annonceurs de l’agro-alimentaire, les régies publicitaires des chaînes de télévision auraient dans un premier temps refusé de diffuser la campagne, avant de se raviser! Malgré tout, cette tentative de boycott constitue une ingérence sans précédent de l’industrie pour bloquer une campagne d’information officielle. Et confirme la volonté de mettre au pas l’institut.

La note est donnée : dans le rapport de forces opposant la prévention aux industriels, ces derniers dominent. Et il ne faudra pas s’étonner si, au fil des années, le nombre d’enfants obèses continue de croître. En attendant j’appelle Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, à abandonner son projet de rattachement. Après tout, la reprise en main de la question de l’obésité était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. C’était il y a seulement deux ans et demi… Depuis, les Français ont pris près d’un kilo en moyenne.