Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Alimentation - Agriculture’

Cochon qui s’en dédit

Jeudi 2 septembre 2010

Elevage du cochon

Juste avant de partir en vacances, les parlementaires ont eu le temps de voter le projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche. Pourtant, le texte n’a pas fini de faire débat. Retour rapide sur cette polémique pré-estivale : Le 16 juin, le député UMP des Côtes d’Armor Marc Le Fur fait adopter par ses collègues de la Commission des affaires économiques un amendement qui vise à relever de 450 à 2000 places le seuil à partir duquel une porcherie est soumise à une autorisation ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). L’installation ou l’extension d’élevages porcins jusqu’à 2000 têtes serait dorénavant exonérée d’étude d’impact. L’amendement Le Fur équivaut donc à un allégement considérable des procédures visant les élevages porcins. En ces temps d’inquiétudes autour de la qualité de l’eau –toujours problématique en Bretagne–, le sang de nos amis bretons, et notamment des associations locales UFC-Que Choisir, n’a fait qu’un tour ! L’amendement a provoqué un véritable tollé.

De fait, le pire a été évité. Le 30 juin, le texte proposé par Marc Le Fur est rejeté au profit d’un compromis… qui est loin de faire l’unanimité. La nouvelle version prévoit « d’exonérer d’enquête publique et d’étude d’impact les regroupements ou modernisations d’élevage dès lors qu’ils ne s’accompagnent pas d’augmentation sensible de la capacité de ces élevages ou d’effet notable sur l’environnement ». Un décret viendra préciser, avant la fin 2010, les conditions de cet allègement –car il s’agit bien de maintenir un allègement des procédures. Il faudra donc rester vigilant quant au contenu de ce texte réglementaire. N’oublions pas que la Bretagne concentre, sur seulement 7 % de la surface agricole, plus de 60 % de l’élevage porcin français. Faciliter encore l’agrandissement des élevages n’est sûrement pas la meilleure manière de restaurer la qualité de l’environnement breton. Il faudrait vraiment être schizophrène pour vouloir faire de la Bretagne, destination estivale préférée de nombre de vacanciers, la porcherie de l’Hexagone…

Outox : marketing 1-consommateurs 0

Lundi 19 juillet 2010

vinblanc

Les patrons d’Outox ont bien choisi leur moment. En ce début d’été, où le beau temps et les vacances incitent à des comportements plus festifs, ils viennent de lancer un soda censé accélérer la chute du taux d’alcoolémie après une soirée arrosée. Trop beau pour être vrai ? Probable. Si les promoteurs arguent d’une étude prouvant le bénéfice d’Outox, les belles promesses ont disparu de sa communication et n’apparaissent pas sur les canettes. Bercy vient d’enjoindre à la société de se mettre en conformité avec la législation sur les allégations nutritionnelles, et l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation est pour le moins sceptique. Bref, les pouvoirs publics ne mangent pas de ce pain-là. Pourtant, pour la modique somme de 3,99 euros la canette (!), Outox contient fructose, acide ascorbique, acide malique, acide citrique : que du bon !

Plus grave : Outox risque de rassurer à tort les conducteurs, ce que dénoncent unanimement la Prévention routière et des associations anti-alcool. Alors de grâce, pas d’abus : le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles, c’est bien… mais avec modération.

TVA : les restaurateurs couchent sur le magot

Mercredi 2 juin 2010

resto

Un an après la signature du « contrat d’avenir » des restaurateurs avec l’Etat, qui formalisait notamment la baisse de la TVA et ses contreparties, le bilan est plus que mitigé ! Rappelons les termes du contrat : je te baisse la TVA sur la restauration à 5,5 % au lieu de 19,6 % (un petit cadeau -oh vraiment rien que de très modeste- de 3 milliards d’euros par an), et tu modères les prix, crées des emplois et effectues des investissements.

On nous avait un peu survendu le menu, mais à ce point-là ? L’assiette est quasi vide ! Selon l’Insee, entre juillet 2009 et mars 2010, les prix ont baissé de 1,17 %. Le contribuable appréciera la rentabilité du cadeau fiscal… En réalité, les restaurateurs auraient du baisser la note de 3 % environ (calcul complexe qui se basait sur une diminution de 11,8 % appliquée à au moins sept produits de la carte). Nos associations locales font le même constat. Sur les 1 544 restaurants visités, la moitié a maintenu ses tarifs inchangés entre juin 2009 et janvier 2010, certains ont consenti des baisses symboliques, mais un restaurateur sur dix a augmenté ses prix. Bref, c’est peu de dire que le compte n’y est pas  pour le consommateur!

Lutte contre l’obésité : un engagement de poids ?

Mardi 25 mai 2010

enfantobese

Suite au rapport remis par Anne de Danne, Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi un plan triennal de lutte contre l’obésité. Dans l’ensemble, les mesures sont tout à fait louables et prennent en compte le caractère multifactoriel de l’obésité : amélioration de l’alimentation scolaire et collective, encouragement de l’activité physique à l’école, dépistage et prise en charge de l’obésité infantile, lutte contre la discrimination des personnes concernées… Mais l’Elysée a totalement occulté les aspects consuméristes ! Rien sur les profils nutritionnels (des recettes moins grasses, moins sucrées, moins salées) ; le chef de l’Etat semble s’en tenir aux engagements volontaires pris par la filière. Or, alors que les enfants consomment actuellement de l’ordre de 100g de sucres par jour en moyenne (bien plus que les apports journaliers recommandés par l’OMS), les promesses des industriels feraient baisser ce chiffre de… seulement 1g ! Ridicule. Autre point faible du plan annoncé par le Président de la République : le marketing alimentaire. Le harcèlement nutritionnel reste massif durant les heures de grande écoute des enfants où se concentrent les spots pour les sodas, confiseries et fast-foods… L’Elysée ne semble pas décidé à mettre au régime la pression publicitaire !

Et puis, les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy restent très vagues. Rien n’est dit des modalités de réalisation effective de ces propositions ! Ainsi, comment sera mesurée la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants? Comment sera financée la prise en charge des personnes souffrant d’obésité ? On n’en sait rien ! Ce flou laisse planer de sérieux doutes sur une réelle volonté d’agir. Signe que tout ceci n’est pas la priorité des pouvoirs publics : les annonces de vendredi ont été faites par le biais d’un simple communiqué de presse… On est loin de la gesticulation médiatique autour de l’accord sur les marges. D’ailleurs, le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions ? En ces temps de crise et de restriction budgétaire, les sommes allouées à la lutte contre l’obésité risquent, hélas, d’être bien maigres !

Accord sur les marges: des mots, rien que des mots, toujours les mêmes maux !

Jeudi 20 mai 2010

supermarche

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre lundi la tenue d’une réunion à l’Elysée sur les marges alimentaires, dossier consumériste cher à l’UFC-Que Choisir, sans que les consommateurs ne soient bien évidemment invités ! Pire,  j’ai constaté  amèrement que Michel-Edouard Leclerc avait été « promu » porte-parole du gouvernement puisque c’est lui qui a évoqué les principes aux contours flous contenus de cet accord entre distributeurs et producteurs signé sous l’égide présidentielle. Comme par hasard, l’accord a été annoncé en fanfare à la veille de la discussion du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche au Sénat. On voudrait éviter une disposition contraignante pour lutter contre des prix alimentaires abusivement gonflés par des marges  injustifiées qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

En effet, cette gesticulation médiatique n’a qu’un but : parler à la marge du problème des marges alimentaires. En décembre dernier, l’UFC-Que Choisir démontrait qu’industriels et distributeurs profitent des évolutions intervenues ces dernières années sur les prix des denrées agricoles pour gonfler leurs marges. Cette enquête vient d’être actualisée, et les résultats confirment  l’accablant constat ! Concrètement, entre avril 2000 et avril 2010 :
- le prix du lait demi-écrémé a augmenté de 16 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
- le prix de la volaille a augmenté de 38 % alors que le prix de la matière première a baissé de 19 % ;
- le prix du rôti de porc a augmenté de 23 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
- le prix du bœuf a augmenté de 34 % alors que le prix de la matière première a baissé de 4 %.

Loin de freiner leurs pratiques de prix inadmissibles, les industriels et la distribution ont continué à se servir des évolutions des prix agricoles pour améliorer leur profitabilité, sur le dos du consommateur ! Alors vraiment, comment admettre qu’un accord sans valeur contraignante et de portée limitée, aux seuls fruits et légumes, puisse régler le problème? Au-delà de ces farces médiatiques, il importe que les parlementaires enrichissent la loi de modernisation agricole en instaurant un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles bruts ou peu transformés. Plus de 250 d’entre eux étaient intervenus auprès du gouvernement en ce sens après la campagne de dénonciation menée par nos associations locales à l’automne dernier. Faute d’action gouvernementale, à eux, aujourd’hui, de reprendre la main, pour que le règlement de la crise des prix alimentaires n’oublie pas que les producteurs ne sont pas les seules victimes des abus: il y aussi les consommateurs !