Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Alimentation - Agriculture’

Après le temps des semailles, celui des moissons ?

Jeudi 29 avril 2010

tracteur

Mardi, les tracteurs circulaient sous les fenêtres de l’UFC-Que Choisir ! Une vision quasi surréaliste en plein Paris… Et une stratégie maligne des agriculteurs : à trois semaines du début de la discussion au Sénat du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, ils n’ont pas manqué de rappeler aux Français et à leurs élus leurs revendications.

Le texte, dont les sénateurs s’empareront le 18 mai, donne notamment à l’État la mission de veiller à la confiance dans les relations commerciales concernant la répartition des marges. Ca tombe bien ! L’UFC-Que Choisir a une très bonne idée pour remettre un peu d’ordre en la matière ! Souvenez-vous : en décembre dernier, l’association alertait sur les abus constatés au niveau des marges des produits agricoles peu transformés. L’enquête a montré que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles pour accroître leurs marges. Face à ces dysfonctionnements, une solution : instaurer un coefficient multiplicateur pour tous les produits bruts et peu transformés. Espérons que l’UFC-Que Choisir n’aura pas besoin de sortir les tracteurs pour faire valoir cette proposition auprès des parlementaires !

Alicaments : l’Europe allège les arguments marketing !

Vendredi 23 avril 2010

alicaments

Coup de tonnerre sur le marché des produits laitiers : Danone vient de retirer ses demandes de labellisation santé, déposées sur les bureaux de l’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) pour ses produits Activia et Actimel. Et annonce qu’il renonce à toute allusion à un bénéfice sanitaire précis dans les publicités concernant les deux laitages. Or, les deux spécialités représentent ensemble près du quart du chiffre d’affaires du groupe ! Le motif invoqué par l’industriel français ? « Manque de visibilité dans l’application du règlement européen sur les allégations santé ». Ne s’agirait-il pas plutôt d’une grosse crainte de ne pas obtenir d’avis favorable de l’EFSA ? Depuis la mise en place du règlement, l’EFSA vérifie que les arguments santé présents sur l’emballage d’un produit sont avérés par des preuves scientifiques. Or, en 18 mois, un millier d’avis ont été rendus… négatifs pour les trois-quarts !

Le volontarisme européen tombe à pic. Depuis quelques années, les alicaments pullulent dans nos rayons. Tel yaourt, telle margarine vous promettent sans fondement une belle peau, moins de cholestérol, bref une meilleure santé. Difficile de rester insensible face à de telles promesses. Surtout quand, ruse ultime, on nous parle de la santé de nos enfants ! Parler santé aux consommateurs est devenu ces dernières années l’argument massue de l’industrie agroalimentaire. L’Union européenne a été bien avisée de mettre de l’ordre dans ce bazar hétéroclite d’allégations nutritionnelles. L’enjeu : non pas interdire un produit, mais en modifier la communication. Ainsi, Unilever ne pourra plus vous encourager à acheter ses boissons au thé Lipton pour « stimuler vos défenses antioxydantes »… Reste une question cruciale : comme ces fallacieuses allégations ont permis aux industriels de pratiquer des prix élevés, leur éviction des emballages et du marketing emportera-t-elle un amincissement des prix en rayon ?

Plutôt que de transformer nos assiettes en prétendus « institut de beauté » ou « clinique dernier cri », l’industrie agroalimentaire serait bien inspirée d’offrir aux consommateurs la seule chose qu’on lui demande : rééquilibrer l’offre alimentaire en diminuant les taux de sucre, de matières grasses ou de sel dans les aliments !

Une politique de l’eau qui se dilue

Mardi 2 mars 2010

eau

En 2006, dans le cadre de sa campagne « eau-réconciliation 2015 », l’UFC-Que Choisir tirait la sonnette d’alarme s’agissant de la politique agricole de l’eau, plus particulièrement à propos de l’absence d’une véritable politique de gestion et de préservation de la ressource aquatique… Quatre ans plus tard, la sonnette est à nouveau tirée par la Cour des Comptes. En effet, le rapport public de la Cour des Comptes souligne les nombreux manquements relatifs à la politique de l’eau… et aucune question n’est taboue :

Les pollutions agricoles ? Présentes ! Nitrates et pesticides polluent toujours les eaux. La faute à une volonté insuffisante des pouvoirs publics de remettre réellement en cause les pratiques agricoles.

Les eaux résiduaires urbaines ? Pas mieux ! Responsabilités atomisées, mauvaise coordination des services de l’Etat, répression insuffisante de la part de la police de l’eau…

Les agences de l’eau ? Trop de dysfonctionnements, trop d’attentisme ! Pour la Cour, elles « s’apparentent plus à des banques mutualistes chargées de faciliter des initiatives locales (…) qu’à des instruments d’une politique nationale soumise à des obligations de résultats ». Aïe.

Quant aux redevances, elles sont encore loin de constituer une véritable fiscalité environnementale –d’autant que les engrais échappent encore à la taxe ! Au final, il est plus que jamais permis d’émettre des doutes sur la capacité de la France à atteindre l’objectif européen de bon état écologique des eaux en 2015.

2006-2010 : en quatre ans, ce n’est pas l’eau mais la passivité des pouvoirs publics qui a coulé sous les ponts… Il ne reste plus que cinq ans pour atteindre l’objectif européen. Le temps presse… Si les engagements français s’évaporent, c’est une amende de 25 milliards d’euros qui nous guette. Bref, avec une volonté trop tiède, c’est la douche froide qui guette !

Grandes surfaces : pourquoi le bio est-il si cher ?

Mardi 9 février 2010

agribio

Quiconque a déjà comparé le prix d’un produit issu de l’agriculture biologique et d’un produit issu de l’agriculture conventionnelle en a fait l’expérience : pour manger bio, mieux vaut avoir les moyens ! L’enquête publiée fin janvier par l’UFC-Que Choisir le confirme : sur les 1624 grandes surfaces enquêtées, les résultats sont sidérants. Le panier de produits bio de marques de distributeurs (MDD) est 22 % plus cher que le panier de marques nationales conventionnelles… Et 57 % plus cher que le panier de MDD non bio ! Sans compter que le choix est réduit, les produits bio proposés n’étant pas légion…

Il n’est pas question pour moi de réclamer du bio au même prix que les autres produits. Avec une productivité inférieure à l’agriculture conventionnelle, le bio ne se bat pas avec les mêmes armes. Qui plus est, le système actuel d’attribution des aides agricoles privilégie le rendement, ce qui avantage les modes de production intensifs. Il serait peut-être temps de le revoir !

Le problème, c’est que ces explications ne suffisent pas à justifier une telle différence de prix. Alors que la marge est en moyenne de 0,50€ sur le kilo de pommes standard, elle atteint 1,09€ pour les pommes bio. Quant aux carottes, leur marge passe de 0,80€ à 1,33€ pour le bio ! La grande distribution profiterait-elle de la filière bio pour se sucrer un peu plus sur le dos des consommateurs ? Qu’est-ce qui fonde une telle discrimination ?

Il en va pourtant de la démocratisation du bio. C’est encore trop souvent un marché de niche, réservé aux ménages les plus aisés. L’objectif du Grenelle de tripler les surfaces cultivées en bio (2 % de la totalité des surfaces agricoles aujourd’hui !) est louable, mais doit s’accompagner d’une relance de la demande par les prix. Pour l’instant, on est loin du compte.

En attendant de voir du bio moins cher dans nos rayons, je vous invite à me donner votre avis, via le sondage ci-contre, sur le surcoût acceptable pour acheter bio !

Prix de l’alimentaire : marges à l’ombre !

Mercredi 23 décembre 2009

porc

Les résultats de la récente enquête menée par 102 associations locales UFC-Que Choisir n’ont pas laissé indifférentes les enseignes de la grande distribution, leur fédération allant jusqu’à qualifier celle-ci de « procès en sorcellerie »…  Si les résultats peuvent effectivement apparaître abracadabrantesques, aucune magie noire ne s’est glissée dans le protocole.

L’enquête de l’UFC-Que Choisir sur 1250 magasins a porté sur trois produits peu transformés, dont la matière première agricole constitue une part prépondérante : la volaille, le porc et le lait. Pour ces trois produits, les prix agricoles se situent respectivement à 2,11€/kg, 1,34€/kg et 0,29€/l. A l’arrivée, les prix moyens en rayon, selon notre enquête, ont explosé : 11,87€, 6,54€ et 0,75€. Le cœur du problème ? Certains industriels et distributeurs ne répercutent pas –ou mal– la baisse des prix agricoles sur les étiquettes. S’agissant du lait, entre septembre 2007 et septembre 2009, le prix payé à l’éleveur a baissé de 7 %, mais pour le consommateur le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 % ! La brique de marque distributeur a, elle, carrément pris 11 % !

Cette campagne permet donc de constater que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles, et notamment des baisses, pour accroître leurs marges, et ce de manière totalement opaque ! En effet, invitées à s’expliquer sur les différentiels constatés, seules 20 % des enseignes ont adressé… une réponse, et encore : une réponse-type rédigée par la tête de réseau, totalement évasive, voire fallacieuse! Refusant de s’expliquer sur la formation de ses prix, la grande distribution confirme qu’en matière d’alimentaire, l’opacité est la règle ! De qui se moque-t-on ? En ces temps de pouvoir d’achat en berne, cette situation est inadmissible…

Face à  ces abus, l’UFC-Que Choisir propose l’instauration d’un coefficient multiplicateur (que la Loi prévoit déjà pour les fruits et légumes) pour tous les produits bruts et peu transformés. Il s’agit de calculer le prix de vente maximal en multipliant le prix agricole par un coefficient défini conjointement avec les professionnels, sur la base de l’historique hors période de crise. Le coefficient multiplicateur préserverait enfin les intérêts des consommateurs, puisqu’il oblige à baisser les prix en rayon lors des baisses des cours agricoles.

Sur son blog, Michel-Edouard Leclerc a dit « chiche » avant de botter en touche en rappelant que seuls les pouvoirs publics peuvent l’imposer… Qu’à cela ne tienne, d’ores et déjà, des dizaines de parlementaires interrogent le gouvernement à ce sujet… Et il serait temps d’agir, ce n’est pas parce qu’on approche de Noël qu’il faut continuer de prendre les consommateurs pour… des dindes !