Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Commerce’

Grandes surfaces : pourquoi le bio est-il si cher ?

Mardi 9 février 2010

agribio

Quiconque a déjà comparé le prix d’un produit issu de l’agriculture biologique et d’un produit issu de l’agriculture conventionnelle en a fait l’expérience : pour manger bio, mieux vaut avoir les moyens ! L’enquête publiée fin janvier par l’UFC-Que Choisir le confirme : sur les 1624 grandes surfaces enquêtées, les résultats sont sidérants. Le panier de produits bio de marques de distributeurs (MDD) est 22 % plus cher que le panier de marques nationales conventionnelles… Et 57 % plus cher que le panier de MDD non bio ! Sans compter que le choix est réduit, les produits bio proposés n’étant pas légion…

Il n’est pas question pour moi de réclamer du bio au même prix que les autres produits. Avec une productivité inférieure à l’agriculture conventionnelle, le bio ne se bat pas avec les mêmes armes. Qui plus est, le système actuel d’attribution des aides agricoles privilégie le rendement, ce qui avantage les modes de production intensifs. Il serait peut-être temps de le revoir !

Le problème, c’est que ces explications ne suffisent pas à justifier une telle différence de prix. Alors que la marge est en moyenne de 0,50€ sur le kilo de pommes standard, elle atteint 1,09€ pour les pommes bio. Quant aux carottes, leur marge passe de 0,80€ à 1,33€ pour le bio ! La grande distribution profiterait-elle de la filière bio pour se sucrer un peu plus sur le dos des consommateurs ? Qu’est-ce qui fonde une telle discrimination ?

Il en va pourtant de la démocratisation du bio. C’est encore trop souvent un marché de niche, réservé aux ménages les plus aisés. L’objectif du Grenelle de tripler les surfaces cultivées en bio (2 % de la totalité des surfaces agricoles aujourd’hui !) est louable, mais doit s’accompagner d’une relance de la demande par les prix. Pour l’instant, on est loin du compte.

En attendant de voir du bio moins cher dans nos rayons, je vous invite à me donner votre avis, via le sondage ci-contre, sur le surcoût acceptable pour acheter bio !

Réunion Tupperware® à l’Assemblée

Samedi 6 février 2010

tupperware

Mercredi 20 janvier, les députés ont terminé en trois petites heures la discussion de la proposition de loi relative à la protection des consommateurs en matière de vente à distance. Sans faire avancer beaucoup les droits des consommateurs, voire en les faisant carrément reculer sur certains sujets. Une bonne nouvelle tout de même : le délai de remboursement d’un acheteur non livré ou ayant fait jouer son droit de rétractation a été diminué de moitié (15 jours contre un mois auparavant).

Surtout, les députés ont adopté un point pourtant hors sujet : ils ont tenu à ce que, lors des ventes en réunion dites « Tupperware® », les consommateurs paient immédiatement et repartent avec leurs achats. Cette réforme paraît au premier abord de bon sens. Mais ce n’est pas pour rien que le dispositif prévoyait auparavant un paiement et une livraison différés : en effet, le système de paiement et de livraison simultanés prive dorénavant le consommateur d’une partie de ses droits ! Après avoir effectué le règlement et emmené la marchandise, il est en effet beaucoup plus difficile de changer d’avis, d’autant qu’il n’y a pas de droit de rétractation pour certains produits (cosmétiques, sous-vêtements…) ! Et puis l’exercice du droit de rétractation (lorsqu’il existe) implique désormais des frais de renvoi de la marchandise, puisqu’elle est en possession de l’acheteur. Il va donc devenir plus lourd de conséquences de se repentir d’un achat impulsif, effectué dans le feu d’une vente en réunion, parfois sous la pression des amies et d’une vendeuse expérimentée… Ce qui a été adopté par les députés afin « d’assouplir » le droit est donc en fait une fausse bonne idée !

Autre mesure dommageable : l’adoption d’un amendement visant à créer une liste des motifs légitimes de résiliation sans frais d’un abonnement, y compris pendant une période d’engagement (décès, perte d’emploi, départ à l’étranger…). Cette liste étant définie par arrêté, le risque est grand que des consommateurs se voient refuser leur résiliation sans frais sous prétexte que leur cas particulier n’entre pas parfaitement dans les motifs recensés. Encore une révision à la baisse des droits du consommateur, alors que tant de sujets autrement plus intéressants méritaient d’être débattus ! Pourvu que les sénateurs ne laissent pas ce texte en l’état, et ne restent pas hermétiques à l’intérêt des consommateurs !

Prix de l’alimentaire : marges à l’ombre !

Mercredi 23 décembre 2009

porc

Les résultats de la récente enquête menée par 102 associations locales UFC-Que Choisir n’ont pas laissé indifférentes les enseignes de la grande distribution, leur fédération allant jusqu’à qualifier celle-ci de « procès en sorcellerie »…  Si les résultats peuvent effectivement apparaître abracadabrantesques, aucune magie noire ne s’est glissée dans le protocole.

L’enquête de l’UFC-Que Choisir sur 1250 magasins a porté sur trois produits peu transformés, dont la matière première agricole constitue une part prépondérante : la volaille, le porc et le lait. Pour ces trois produits, les prix agricoles se situent respectivement à 2,11€/kg, 1,34€/kg et 0,29€/l. A l’arrivée, les prix moyens en rayon, selon notre enquête, ont explosé : 11,87€, 6,54€ et 0,75€. Le cœur du problème ? Certains industriels et distributeurs ne répercutent pas –ou mal– la baisse des prix agricoles sur les étiquettes. S’agissant du lait, entre septembre 2007 et septembre 2009, le prix payé à l’éleveur a baissé de 7 %, mais pour le consommateur le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 % ! La brique de marque distributeur a, elle, carrément pris 11 % !

Cette campagne permet donc de constater que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles, et notamment des baisses, pour accroître leurs marges, et ce de manière totalement opaque ! En effet, invitées à s’expliquer sur les différentiels constatés, seules 20 % des enseignes ont adressé… une réponse, et encore : une réponse-type rédigée par la tête de réseau, totalement évasive, voire fallacieuse! Refusant de s’expliquer sur la formation de ses prix, la grande distribution confirme qu’en matière d’alimentaire, l’opacité est la règle ! De qui se moque-t-on ? En ces temps de pouvoir d’achat en berne, cette situation est inadmissible…

Face à  ces abus, l’UFC-Que Choisir propose l’instauration d’un coefficient multiplicateur (que la Loi prévoit déjà pour les fruits et légumes) pour tous les produits bruts et peu transformés. Il s’agit de calculer le prix de vente maximal en multipliant le prix agricole par un coefficient défini conjointement avec les professionnels, sur la base de l’historique hors période de crise. Le coefficient multiplicateur préserverait enfin les intérêts des consommateurs, puisqu’il oblige à baisser les prix en rayon lors des baisses des cours agricoles.

Sur son blog, Michel-Edouard Leclerc a dit « chiche » avant de botter en touche en rappelant que seuls les pouvoirs publics peuvent l’imposer… Qu’à cela ne tienne, d’ores et déjà, des dizaines de parlementaires interrogent le gouvernement à ce sujet… Et il serait temps d’agir, ce n’est pas parce qu’on approche de Noël qu’il faut continuer de prendre les consommateurs pour… des dindes !

TVA : Très Vif Avertissement…

Vendredi 27 novembre 2009

tvrestauration

Un vent de révolte a soufflé sur le Sénat dans la nuit de lundi à mardi : la Chambre haute a bien failli remettre en cause le cadeau fiscal accordé aux restaurateurs cet été, et faire repasser la TVA à 19,6 % au lieu de 5,5 % !

Tout a commencé lundi, en commission des finances. A la surprise générale, les sénateurs adoptent alors un amendement au projet de budget 2010 qui remet la TVA à son niveau initial. Objectif : lancer un avertissement au secteur. « On n’en a pas eu pour notre argent », estime le rapporteur général des finances, Philippe Marini. C’est peu de dire, en effet, que le consommateur n’a quasiment pas vu l’addition baisser : à peine -1,5 % en moyenne selon l’Insee, au lieu des -3 % attendus. Or la TVA à 5,5 % coûte très cher aux finances publiques : près de trois milliards d’euros !

Pourtant la fronde sénatoriale s’est arrêtée aux portes de l’hémicycle, où l’amendement a été rejeté. Le 15 décembre, un Comité de suivi devra tirer un bilan de l’évolution des prix. Mais Nicolas Sarkozy a tué le suspense mardi : « Jamais je ne reviendrai sur la baisse de la TVA ». Visiblement les restaurateurs avaient un peu trop bien compris le message…

Grande distribution dans les DOM, des prix outr…anciers

Lundi 21 septembre 2009

 caissiere

+ 55 % ! C’est le différentiel de prix qu’a observé l’Autorité de la concurrence dans les départements d’outre-mer sur plus de la moitié des produits échantillonnés, par rapport au niveau des prix en métropole. Tout le monde connaît (au moins de réputation) la réalité des prix dans la grande distribution en Guyane, Guadeloupe, Martinique et Réunion. Mais cette fois on dispose de chiffres. Après les grèves et manifestations qui ont secoué les Antilles début 2009, le gouvernement a demandé à l’Autorité de la concurrence d’analyser la situation. Le résultat est consternant : l’écart des prix excède largement le surplus de coût de transport qu’impliquent des distances accrues. Un niveau très exagéré, dans des départements où le pouvoir d’achat n’est déjà pas à la noce. Le taux de chômage s’établit à 21 % en Guyane, et dépasse même les 25 % à la Réunion…

Sans surprise, c’est du côté de la concurrence (à peu près inexistante) qu’il faut chercher des explications. Certains groupes de grande distribution détiennent des parts de marché énormes sur telle ou telle zone de chalandise. Le nombre d’importateurs-grossistes est par ailleurs limité, ce qui leur permet de prélever des marges commerciales plus que conséquentes (de 20 à 60 % pour un grand nombre de produits, et jusqu’à 100 % !). L’Autorité de la concurrence n’exclut pas de procéder à des sanctions face à d’éventuelles ententes.

Loin de me surprendre, les résultats de l’enquête de l’Autorité de la concurrence confirment le constat déjà fait par l’UFC-Que Choisir. Si l’association n’est pas encore implantée en Guadeloupe et Martinique, elle l’est en revanche à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie, et nous n’avons pas manqué de dénoncer le véritable enfer consumériste qu’est l’outre-mer. Ces deux associations locales sont en prise directe avec les dysfonctionnements des marchés, et participent aux diverses enquêtes prix réalisées régulièrement par l’UFC-Que Choisir. Or les chiffres dont nous disposions pour l’outre-mer étaient déjà sans appel : l’enquête sur les hyper et supermarchés, réalisée en 2008, révélait ainsi que les prix sont deux fois plus élevés en Nouvelle-Calédonie par rapport à la métropole, et à peine moins (+74 %) à la Réunion. S’agissant du hard-discount, les résultats de l’enquête sont assez analogues : le panier de base de 23 produits est deux fois plus cher à la Réunion et deux fois et demi plus cher en Nouvelle-Calédonie. Il y a en outre un monopole total de Leader Price en Nouvelle-Calédonie, et quasi total à la Réunion (9 points de vente sur 10).

Il y a donc urgence à améliorer la concurrence dans les DOM, à en finir avec les pratiques abusives des opérateurs locaux… et peut-être aussi avec certaines règles, comme l’octroi de mer, qui pèse sur la cherté de la vie. J’attends avec intérêt les réactions du gouvernement aux propositions de l’Autorité de la concurrence… en espérant que nos compatriotes ultra-marins pourront bientôt vivre moins cher sous les tropiques !