Compteurs « intelligents » : ils n’évitent pas les fuites… en avant !
Vendredi 10 septembre 2010
Si, cette semaine, le comptage des manifestants a fait comme toujours débat, un autre comptage ne manque pas de susciter actuellement la polémique : les compteurs électriques dits « intelligents » que le gouvernement vient d’imposer par décret alors même que l’expérimentation de ces appareils révèlent de nombreuses défaillances… En effet, une expérimentation a été lancée afin de tester le processus de déploiement, de dresser un bilan technique et de vérifier l’impact éventuel de Linky sur la maîtrise de la consommation d’électricité. Or, le planning de pose dérape ( tous les compteurs prévus n’ont pas été posés), les compteurs disjonctent un peu trop facilement et la transmission des données ne se fait pas… Bref, le test n’est pas concluant. Faisant fi de ces critiques, ainsi que des craintes de la CNIL sur un éventuel traçage des usagers, le gouvernement est passé en force en publiant en catimini un décret le 2 septembre… Ce décret raccourcit de 3 mois la période d’expérimentation et comme si cela ne suffisait pas il s’agit des 3 mois d’hiver où la consommation électrique augmente, et généralise ces compteurs communicants…
Pire, au-delà de l’expérimentation, c’est la conception du compteur lui-même qui est à revoir ; Les fonctionnalités du compteur Linky ont été pensées par et pour le distributeur ERDF et pas du tout au bénéfice du consommateur. En effet, s’il évite les surestimations de facture, il ne présente pas d’avantages décisifs pour les consommateurs. Plus particulièrement, contrairement à l’engagement pris dans la loi Grenelle 1, il ne leur permet pas de « mieux connaître leur consommation d’énergie en temps réel et ainsi de la maîtriser ». Surtout, son coût élevé est laissé à la seule charge du consommateur à la différence des options retenues par nos voisins européens (entre 120 euros et 240 euros par compteur en France contre 80 euros en Italie où le compteur est financé par le fournisseur Enel). Au final, les avantages du compteur sont avant tout pour le distributeur ERDF et pour les fournisseurs, qui vont ainsi pouvoir proposer des services payants au consommateur pour suivre sa consommation électrique et de nouvelles offres tarifaires…
Refusant cette inadmissible marche forcée, j’ai demandé à Jean Louis BORLOO de revoir sa copie en vue de prolonger l’expérimentation des compteurs Linky jusqu’au 30 juin 2011, de dresser un bilan économique et technique complet et transparent avant une éventuelle décision de généralisation, et enfin de garantir un financement partagé entre ERDF, les fournisseurs et le consommateur. En cette période de rentrée, il est bon de rappeler au gouvernement que ses engagements consuméristes n’ont pas à faire l’école buissonnière !





