Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Multimédia - Télécom’

La vie privée, un concept dépassé !

Vendredi 22 janvier 2010

facebook

Voilà quelques temps que Facebook, le réseau social le plus célèbre au monde (avec la bagatelle de 350 millions d’inscrits) fait polémique auprès des internautes. En cause : les atteintes à la vie privée engendrées par les nouveaux paramétrages de Facebook. Désormais, votre nom, votre photo de profil, sexe, ville de résidence, liste d’amis et pages dont vous êtes fan sont des données publiques. N’importe qui peut les rechercher et les consulter.

Cette petite révolution avait donné des doutes à nombre d’utilisateurs. Mais le doute n’est plus permis : Mark Zuckerberg, le fondateur du site, a donné il y a quelques jours une réponse on ne peut plus claire aux questions : oui, la protection de la vie privée est un concept dépassé ! A l’occasion d’une conférence, le tout jeune (25 ans) PDG de Facebook a asséné : « Les gens sont à l’aise, non seulement avec le fait de partager plus d’informations différentes, mais ils sont également plus ouverts, et à plus de personnes. La norme sociale a évolué ces dernières années. »

Les blogs, le succès de Twitter et Facebook le prouvent : maintenant, tout le monde se fiche éperdument de sa vie privée ! Puisqu’on vous le dit… Le problème c’est qu’on a la nette impression que Facebook impose une nouvelle norme, plutôt qu’il ne l’accompagne. Or, la firme avait tout intérêt à une telle réforme : en rendant publiques davantage d’informations, elle multiplie de façon exponentielle le nombre de pages lues, donc le montant des recettes publicitaires !

Dans ces conditions, une décision s’impose : Dédé ça-va-couper, le héraut de l’offensive anti-Hadopi, a le regret de vous annoncer son départ de Facebook. Comme moi, comme beaucoup d’entre vous, Dédé a sa pudeur, et entend garder pour lui et ses amis ses informations personnelles. Dans la mesure où Facebook ne lui offre plus cette possibilité, il s’en va ! Et tant pis si certains trouvent ça ringard…

Télévision numérique terrestre : gare au risque d’écran noir

Jeudi 14 janvier 2010

ecrannoir

Alors que la loi sur la fracture numérique vient d’être adoptée, j’aimerais attirer l’attention sur les risques que comporte le basculement à la télévision numérique terrestre (TNT) pour certains téléspectateurs. La transition doit en principe être achevée au 30 novembre 2011, mais se fera progressivement par région. D’ici moins de deux ans, des millions de Français pourraient donc apprendre à leurs dépens que la télévision n’est pas un acquis. La TNT va entraîner l’extinction pure et simple des pylônes qui étaient, jusqu’ici, en charge de diffuser la télé analogique dans tous les coins -ou presque- de l’Hexagone. Ils seront remplacés par des relais numériques, deux fois moins nombreux, et dont la puissance n’est pas encore connue précisément. Les habitations desservies uniquement par voie hertzienne (antenne râteau) pourraient dès lors se retrouver face à un écran noir lorsque le signal analogique s’éteindra.

Demain donc, un geste aussi simple et familier que regarder son émission favorite sur une chaîne hertzienne s’avérera impossible pour certains, à moins d’avoir pris ses dispositions. Le risque pèse essentiellement sur les zones montagneuses, mais pas seulement: des « poches d’ombre » situées en plaine et même en milieu urbain ont été recensées. Les avis divergent, mais de 0,5 à 1,3 millions de foyers risquent d’être privés de toute image !

La loi relative à la lutte contre la fracture numérique, votée le mois dernier, propose néanmoins quelques réponses. Pour les téléspectateurs habitant une zone blanche (non couverte par les relais TNT), la diffusion se fera par satellite. Encore faudra-t-il être équipé d’une parabole ! D’après la loi, ces foyers bénéficieront d’une aide de 250€ (sans condition de ressources) pour l’achat de la parabole et du décodeur… soit un investissement de 300 à 350€. Par ailleurs, le CSA sera tenu d’informer les élus des territoires qui risquent d’être concernés. Certaines communes bénéficieront d’aides afin de financer leur propre relais.

Reste à mettre ces mesures en musique, et à espérer qu’elles seront efficaces ! En attendant, mieux vaut être vigilant et vérifier que vous serez bien en mesure, le moment venu, de continuer à profiter de la petite lucarne. A ce jour, les cartes de déploiement de la TNT ne sont pas exhaustives. Seuls les élus locaux seront en mesure de vous donner une information fiable sur la couverture de votre habitation. Et méfiance, car au sein d’une même ville, tout le monde ne sera pas toujours logé à la même enseigne !

Une nouvelle réunion de la mission Zelnik sans les consommateurs… une réunion de trop ?

Mercredi 16 décembre 2009

zelnik

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que la mission Zelnik a tenu lundi une réunion avec « l ’ensemble » des parties concernées par l’amélioration de l’offre légale… à l’exception notable des consommateurs ! C’est donc la deuxième fois que se réunit cet aréopage (chargé de réfléchir à l’offre de contenus culturels sur Internet) sans en informer l’UFC-Que Choisir, ni même la plateforme Création, Public et Internet. La mission se targue de faire preuve d’ouverture, mais ce n’est qu’une façade : elle a auditionné l’UFC-Que Choisir et promis de réfléchir à toutes les solutions proposées. Mais le ministre de la Culture a rapidement verrouillé les travaux : pas question que la mission propose une solution de type contribution créative (payée par tous les consommateurs -environ 5€ par mois- contre un droit à télécharger).

Les dysfonctionnements du secteur semblent également absents de la feuille de route de la mission. Par exemple, le difficile accès aux catalogues des producteurs de disques ou de films par les détaillants ou les diffuseurs du web constitue un frein évident au développement de l’offre commerciale.

La mission s’arc-boute sur une seule question: où trouver de l’argent pour quelques industriels qui ne veulent pas se donner la peine de s’adapter à l’ère du numérique ? Et cela, sans jamais réclamer la moindre contrepartie ! Une fois de plus le consommateur, ignoré lorsqu’il s’agit de faire des propositions, sera sollicité lorsque se posera la question du financement de tous les petits cadeaux accordés aux industriels de la création. Que ce soit une taxe sur les abonnements, une participation directe (le « 1€ par mois » proposé par la SACEM et l’ADAMI) ou un système de défiscalisation des achats, c’est le consommateur in fine qui supportera le coût.

Cette position est d’autant plus paradoxale que le gouvernement et certains lobbies de la culture ont à plusieurs reprises critiqué la proposition de l’UFC-Que Choisir d’une contribution créative comme étant trop catégorique puisque impliquant une contribution de tous les consommateurs, même ceux qui ne téléchargent pas. Mais lorsqu’il s’agit de faire contribuer le consommateur sans la moindre contrepartie, le problème n’existe plus !

Je ne peux manquer de dénoncer à nouveau ce double discours, qui ne peut plus durer. La mission Zelnik est déjà un échec… Elle doit être suspendue pour faire place à une vraie réflexion de fond, avec des experts indépendants. Il faudrait par exemple envisager que l’Autorité de la concurrence soit saisie sur les problèmes d’accès au marché de gros des œuvres… Mais aujourd’hui, la mission Zelnik semble plus encline à faire parler les amitiés  qu’à réfléchir aux vrais problèmes…

Retour sur la bataille d’Hadopi

Mercredi 25 novembre 2009

hadopi

Comme vous l’aurez constaté, après plus de huit mois de deuil, ce blog est repassé à la couleur. Le 22 octobre, le Conseil constitutionnel avalisait, dans son immense majorité, la loi Hadopi deuxième version. Inutile de se voiler la face : pour les consommateurs, cette bataille-là est perdue. Mais elle est riche d’enseignements.

Les péripéties des deux textes Hadopi ont jalonné cette année politique. En juin, le Conseil constitutionnel donnait raison aux très nombreux opposants à Hadopi en censurant le texte. Pourtant, sourd à l’hostilité des internautes, aux failles évidentes sur le plan technique, et surtout aux graves atteintes aux droits fondamentaux qu’implique le dispositif, l’Elysée a immédiatement organisé une nouvelle offensive. Prêt à faire à nouveau passer la pilule aux parlementaires, de gré ou de force. Et quitte à user une ministre au passage. A force de fouetter le législateur, Hadopi 2 a été adoptée avant la fin de la session extraordinaire de septembre. Le Conseil constitutionnel a cette fois validé la quasi-totalité du texte.

Sur le fond, le dispositif Hadopi 2 va-t-il réellement tuer le partage d’œuvres sur internet ? Rien n’est moins sûr. Les moyens d’échapper au « flicage » des échanges de données sur internet sont déjà de notoriété publique ! Surtout, la censure du Conseil constitutionnel a imposé le recours au juge dans le système de « riposte graduée », ce qui devrait empêcher l’instauration d’une « usine à sanctions » distribuées aux contrevenants.

Cette année aura permis aux partisans (majoritaires) d’un internet libre et ouvert de se reconnaître, de se rassembler autour d’initiatives constructives. Et de fourbir leurs armes pour la prochaine bataille ! Mais sur le plan politique, n’est-ce pas du côté de Bruxelles qu’il faut espérer le salut ? Après tout, les députés européens n’ont cessé de s’opposer au principe de « riposte graduée ».

Mardi prochain, la plus jeune des eurodéputés va faire son entrée dans l’hémicycle. Elle s’appelle Amelia Andersdotter, est suédoise et n’a que 22 ans. Elle est surtout la deuxième élue issue du Parti pirate suédois. Espérons que nos politiques français seront influencés par ce vent de fraîcheur venu du Nord…

Navigateurs : Windows ouvrira-t-il enfin la porte à la concurrence ?

Vendredi 6 novembre 2009

navigateurs

Peut mieux faire ! C’est l’appréciation que je donne à Microsoft suite aux propositions faites par le géant américain pour restaurer un peu de concurrence dans le domaine des navigateurs internet. En liant, depuis des années, son navigateur Internet Explorer à ses systèmes d’exploitation Windows, Microsoft a fini par s’attirer les foudres de la Commission européenne. Début 2009, l’exécutif européen a communiqué ses griefs à la firme : ces pratiques portent préjudice à la concurrence entre les différents navigateurs web du marché, compromettant l’innovation en matière de produits et limitant, au final, le choix des consommateurs. Car grâce à cette vente liée, véritable arme de destruction massive de la concurrence, Internet Explorer équipe aujourd’hui 90 % des PC dans le monde !

Mais, pas folle la guêpe, les pistes avancées par Microsoft ne feraient que décoiffer à peine (et encore !) son monopole. Après d’âpres négociations, l’intéressé a accepté que les utilisateurs aient le choix du navigateur lors de la première installation de Windows via le « ballot screen », une fenêtre à choix multiple proposant des alternatives à Internet Explorer : Firefox, Opera, Chrome… Certes, mais le « ballot screen » s’ouvrirait dans le navigateur… Internet Explorer, ce qui risque d’influencer considérablement l’utilisateur, souvent pressé ! Pourquoi changer une équipe qui gagne ? De plus, l’internaute pourrait repousser à volonté son arbitrage ; rien ne le contraint donc à chercher les informations nécessaires à une utilisation optimale de sa machine ! Et surtout, le choix n’est proposé qu’au cours des mises à jour.

Sur les machines neuves, il devrait au contraire être imposé lors du tout premier démarrage, dans une fenêtre indépendante et non estampillée Internet Explorer afin de ne pas influencer le consommateur peu averti. Sur votre vieux PC, la sélection du navigateur pourrait s’effectuer via une mise à jour, mais avec une condition sine qua non : que l’utilisateur soit contraint de prendre une décision dans les jours suivants. Malheureusement, Microsoft ne semble pas mûr pour une telle révolution ! Le motif invoqué est d’une originalité folle : trop cher, trop long à réaliser.

Consommateurs et opérateurs du marché ont jusqu’à samedi pour donner leur avis sur les pistes avancées. Espérons que la Commission les écoutera, et ouvrira grand la porte à la concurrence.