Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Archive pour la catégorie ‘Santé - Bien être’

La CCEN refuse des repas équilibrés à nos enfants !

Vendredi 25 mars 2011

cantine

Décidément, il semble parfois que tout le monde s’est donné le mot pour ne surtout pas enrayer l’épidémie d’obésité qui atteint les jeunes Français (un sur six!). Le dernier rebondissement en date s’est déroulé à la Commission consultative d’évaluation des normes (CCEN, présidée par Alain Lambert et chargée d’émettre un avis sur l’impact financier des mesures réglementaires concernant les collectivités territoriales et leurs établissements). L’instance a donné en janvier un avis défavorable à une mesure essentielle de la loi de modernisation de l’agriculture. L’article premier crée en effet des règles obligeant les cantines scolaires à servir des repas équilibrés. Une mesure de bon sens, puisque nombre d’enfants prennent cinq repas par semaine à la cantine. N’en déplaise à tous les scientifiques, professionnels, fonctionnaires, parlementaires et représentants des collectivités territoriales qui ont émis des recommandations favorables sur ce sujet, la CCEN estime que non, vos enfants ne mangeront pas mieux demain à la cantine ! Une décision qui contredit toutes les études sur le sujet, et que je ne peux pas digérer !

La transparence tarifaire se casse les dents au Sénat

Lundi 21 mars 2011

protheses

Une grande déception. C’est ce que je ressens après que les sénateurs n’aient pas tenu bon, mercredi 9 mars, face à la volonté du gouvernement de supprimer la transparence apportée par la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) en matière de facturation des prothèses dentaires. Votée en 2009, la loi HPST obligeait les dentistes à indiquer dans leurs devis le prix d’achat des prothèses, ainsi que leur origine géographique. Une information pour le moins instructive pour le patient, puisque une prothèse dentaire coûte de 400 à 1000 euros, et qu’elle peut-être fabriquée en France comme… au Maroc ou en Chine (pour un coût et une qualité évidemment disparates) ! Les patients ont le droit d’avoir ces informations essentielles. Pourtant, le ver était dans la pomme. Les dentistes ont décidé dès le début d’avoir la peau de cette mesure, en refusant purement et simplement son application. Il y a un an, une ordonnance avait déjà supprimé l’obligation de fournir une copie de la déclaration de fabrication, qui indique l’origine de la prothèse. Avec l’appui de Xavier Bertrand, la mesure survivante (qui permettait au patient de connaître le prix d’achat de la prothèse) a été supprimée, sur amendement du sénateur Gilbert Barbier. Au motif que « si l’on impose aux dentistes de communiquer le prix d’achat des prothèses, alors il faudra bientôt le faire avec les opticiens, et au-delà avec tous les commerçants », dixit le ministre.

Dentiste/épicier, même combat, suggère donc le ministre de la Santé. Voilà qui ne sera pas pour rassurer les consommateurs ! Plus sérieusement, il ne faut pas sous-estimer les conséquences du vote des sénateurs. En refusant de maintenir la transparence sur le prix d’achat des prothèses, ils ont affiché une volonté claire de ne pas introduire plus de concurrence entre les dentistes, et de ne pas mettre de frein aux tarifs des actes de soins de prothèses !

Les patients, en particulier ceux à  revenus modestes (et notamment les cinq millions qui ne peuvent pas s’offrir une complémentaire), apprécieront à sa juste valeur cette complaisance sénatoriale très catégorielle…

La vérité sort… du cartable des enfants !

Mercredi 15 décembre 2010

obesiteinfantile

Consternants ! Les résultats que vient de dévoiler l’UFC-Que Choisir sur l’alimentation des plus jeunes sont édifiants. Un an et demi après l’échec de la loi de réforme de l’hôpital, au cours de laquelle nous avons demandé –en vain– l’insertion de mesures visant à lutter contre l’obésité infantile, nos associations locales ont cherché à savoir quels goûters se trouvent dans les cartables de nos enfants. Elles n’ont pas été déçues… 76 % des aliments apportés à l’école sont trop gras ou trop sucrés : il s’agit de confiseries pour un tiers d’entre eux, de viennoiseries et de gâteaux (un quart) ou de biscuits gras ou sucrés (16 %).

Alors que l’obésité infantile touche près d’un enfant sur six en France, l’enquête démontre que les produits déséquilibrés ont toujours la cote au petit-déjeuner et au goûter. Logique : dans les placards et les frigos, la proportion de produits gras et sucrés consommés au petit-déj progresse de 17 % par rapport à 2006, pour représenter désormais 55 % de l’ensemble des produits relevés ; c’est pire à l’heure du goûter, où les aliments déséquilibrés bondissent de 25 % pour atteindre 64 % de l’ensemble. Or les enfants dont l’alimentation est la plus déséquilibrée sont, comme par hasard, ceux qui regardent le plus les pubs ! Et les spots pour les aliments gras et sucrés constituent aujourd’hui 80 % des publicités alimentaires diffusées durant les programmes pour enfants… et même 93 % durant les écrans « tous publics », regardés par un nombre d’enfants bien supérieur !

Le cynisme de l’industrie agroalimentaire n’aurait-il plus de limites ? Début 2009 pourtant, afin de s’épargner une réglementation contraignante, la profession avait signé une charte par laquelle elle s’engageait à modérer son impact publicitaire sur les enfants. L’UFC-Que Choisir fait aujourd’hui la preuve que le harcèlement nutritionnel des plus jeunes s’est aggravé. Puisque la parole de l’industrie ne suffit pas, il faudra bien se résoudre à légiférer !

En 2010, boire ou conduire : il faut toujours choisir !

Vendredi 12 novembre 2010

outox

Il y a certaines choses pour lesquelles le progrès technique est très utile. Pour d’autres, il ne peut rien. En 2010, quand on est ivre, on est ivre, et Outox n’y changera vraiment rien. C’est ce que vient de confirmer l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) : ni l’étude fournie par le fabricant, ni les données scientifiques existantes ne permettent de conclure à un quelconque effet sur l’élimination de l’alcool.

La DGCCRF a donc demandé à la firme de retirer les messages vantant des qualités que le produit n’a pas. Mais Outox, qui joue la provocation depuis le début, persiste et signe, contestant l’avis de l’Anses !

Tout cela pourrait faire rire… si les conséquences n’étaient pas aussi effarantes. Avec son design branché, Outox cible les jeunes, la vie nocturne, bref l’éternelle et dramatique question de l’alcool au volant. Quels que soient les effets de ce type de boisson, l’argument marketing est fondamentalement critiquable : rassurer les conducteurs sur leur capacité à prendre le volant. Intox, évidemment.

Se soigner, bientôt un luxe ?

Jeudi 14 octobre 2010

complementaires

+ 52 % ! C’est l’augmentation moyenne, entre 2001 et 2008, de ce que nous a coûté notre santé (dépenses non remboursées –le « reste à charge »– et le cas échéant cotisation de complémentaire). D’après les résultats publiés par l’UFC-Que Choisir, le coût des soins a explosé pour le consommateur lambda : quand il fallait y consacrer 407 euros en 2001, c’est 618 euros qu’il faut débourser sept ans plus tard. Pourquoi ? Le désengagement chronique de l’Assurance maladie affecte les ménages, qui se retrouvent contraints de souscrire une complémentaire santé. Or, comparer différentes offres de complémentaires, c’est mission impossible ! La faute à la multiplicité de tarifs qui composent un contrat, et aux différents modes de calcul des prestations : en pourcentage du tarif de Sécu par ci, au forfait par là, au réel ailleurs… Bien malin qui peut s’y retrouver ! Pour couronner le tout, les primes des complémentaires ont connu une hausse spectaculaire sur la période 2001-2008 (+ 44 % par assuré). Pendant ce temps, les prestations de remboursement progressaient de… 27 % seulement. Cherchez l’erreur ! Résultat : les 20 % de ménages les plus modestes consacrent le dixième de leur budget à leur complémentaire.

Dans ce contexte, la perspective de voir les nouvelles mesures d’économie prévues pour 2011 renchérir les complémentaires de 10 % est tout simplement intolérable. Les sommes restant à la charge des ménages deviendront rédhibitoires pour un nombre croissant de consommateurs. Les cas de patients forcés de renoncer aux soins risquent de se multiplier. En 2008, la proportion de personnes ayant renoncé à se soigner pour des raisons budgétaires avait déjà progressé de 20 % par rapport à 2004 !

Face à ce constat effarant, l’UFC-Que Choisir demande la création d’un indice du taux de redistribution -montant redistribué aux assurés sur le total de la prime- de chaque organisme (voir aussi notre sondage ci-contre). Il permettrait au consommateur de connaître la part des primes prélevées consacrée aux remboursements. L’accessibilité des soins doit aussi être mieux prise en compte, en intégrant dans l’Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie l’ensemble des dépenses de santé qui restent à la charge des ménages. Au 21e siècle, une bonne santé ne doit pas devenir un signe extérieur de richesse !