Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Changer de banque : un vrai parcours du combattant !

Combien de fois avez vous pesté en recevant votre relevé de comptes bancaires sur lesquels figuraient des pénalités et des agios qui vous estimiez injustifiés ? Combien de fois, avez-vous eu envie de claquer la porte lors d’un rendez-vous avec votre banquier vous expliquant l’impossibilité de satisfaire votre demande ? Combien de fois vous êtes vous promis de changer de banque ? Et finalement, combien de fois avez-vous effectivement changé d’établissement bancaire ? Sans le moindre talent de divination, je présume que la plupart d’entre vous n’a jamais quitté sa banque et, ce, non pas en raison d’une grande satisfaction dans le prix de ses services, contrairement à ce que claironnent les établissements, mais plus vraisemblablement du fait de la méconnaissance du coût et des modalités d’un tel changement. Les statistiques, notamment le résultat, publié hier, de l’enquête menée par la Commission européenne sur la mobilité bancaire dans les Etats membres, soulignent ainsi que le taux d’attrition, taux de changement de banque, est particulièrement faible dans le milieu bancaire alors qu’il est de 45 % dans l’assurance automobile… Quoi qu’on en dise, nous sommes bien prisonniers de notre établissement bancaire…

Comme certains d’entre vous ont peut-être pu le remarquer, le client souhaitant changer d’établissement bancaire est confronté à deux problèmes majeurs : le manque d’information délivrée par les banques sur leurs tarifs rendant pratiquement impossible toute comparaison entre les offres, et donc les éventuelles opportunités, et le niveau exorbitant des coûts pour le client qui souhaite changer de banque.

La clôture de compte en elle-même est gratuite, notamment pour les comptes de dépôt et les comptes sur livret (Codevi, Livret A …). Cependant le transfert des contrats de type Plan d’épargne logement (PEL) ou plan d’épargne en actions (PEA) est extrêmement onéreux. Le LCL-Crédit Lyonnais, qui facture 68 € par PEL transféré et 77,5 € pour un plan d’épargne populaire…

Le coût de sortie est donc très élevé, la moyenne étant de 300 €, notamment du fait que les banques, à la différence des assurances, n’offrent pas le remboursement de certains produits (cartes bancaires, forfaits …) au prorata temporis, … Au final, le niveau de ce coût est tel que le gain économique à changer d’établissement est très faible. Les clients sont donc soumis à une fidélité forcée conférant aux banques un pouvoir de monopole dont elles peuvent abuser notamment en augmentant leurs prix.

Alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer ce constat et réclamer davantage de transparence, notamment le rapport sur « les coûts de sortie » du Vice Président du Conseil de la Concurrence, Philippe Nasse, le gouvernement ne doit pas rester sourd à cet appel. Nos partenaires européens, particulièrement la Grande Bretagne, ont d’ailleurs mis en place un service régulé chargé de faciliter les transferts de banque.

Refusant le statu quo, j’ai décidé mardi d’écrire au ministre de l’Economie et des Finances, pour réclamer à nouveau des mesures très concrètes pour améliorer l’information des consommateurs, comme notamment la mise en place d’une facture des sommes prélevées par la banque à son client, et que celui-ci décide d’engager une expertise plus spécifique sur le transfert de compte.

Ce n’est pas parce l’argent est le nerf de la guerre, qu’il faut accepter que la procédure de changement d’établissement bancaire soit un véritable parcours du combattant !

Déjà 3 commentaires, publiez le vôtre !

  1. Le 16 août 2006 à 22:24, par Ethevenaux David

    Il est effectivement très difficile de changer de banque. Ancien client du Crédit Lyonnais, je possède actuellement plusieurs comptes au CIC que je souhaiterais quitter depuis quelques temps. (mon choix de quitter ma banque s’est précisé depuis l’appel d’UFC le mois dernier) Mais pour me tourner vers quelle autre banque ? Toutes proposent les mêmes « services » pour des tarifs équivalents. Les banquiers sont forts de leur position (alors qu’ils vivent avec notre argent) et il est alors impossible de discuter leurs contrats pré faits. Pourtant je pensais qu’un contrat était la finalité d’un accord commun entre deux partis, mais ce n’est pas le cas puisque seulement deux choix s’offrent à nous: soit on signe et on accepte toutes les conditions qui ont fait que l’on a quitté son ancienne banque, soit on ne peut pas ouvrir de compte… Quant aux démarches pour quitter sa banque je préfère ne pas aborder le sujet.
    Quand est ce que le client retrouvera son statut d’antan? Le concept initial de la banque était de rémunérer le client, de proposer des placements attractifs, et non pas de le détrousser de ses biens. Il nous faut retrouver notre position et inverser les rôles à nouveau. Seules des actions collectives peuvent prétendre détenir ce pouvoir et c’est pourquoi je m’efforce de suivre vos conseils.
    En vous remercient.

  2. Le 12 septembre 2006 à 21:52, par Almendralejo

    Je suis tout à fait d’accord avec vous, je suis stupéfié de voir à quel point els banques frnaçaises n’ont pas le sens du service commercial. Etudiant, j’en souffre et me sens bien démuni. Probablement les banques étrangères sont moins scandaleusement outrancières.

    Cordialement

  3. Le 15 août 2010 à 15:50, par IB

    Bonjour,

    Dans le même sens que cet article face aux problèmes de la banque de détail en France, il existe le rapport Pauget.
    Commandé en mars 2010 par Christine Lagarde, ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi à Georges Pauget et Emmanuel Constans,il vient d’être publié. Il fait l’état d’un secteur de la banque de détail en France qui nécessiterait une poursuite des réformes pour offrir des tarifs plus équilibrés, une comparaison des banques plus facile.

    La mission propose six objectifs :
    - « accroître la lisibilité, la transparence et la comparabilité des tarifs bancaires ».
    - « renforcer la formation des réseaux bancaires et l’éducation financière ».
    - « développer des moyens de paiement mieux adaptés aux besoins des clients et aux évolutions technologiques dans un cadre européen ».
    - « mettre en place une nouvelle génération de forfaits de services bancaires ( »packages »). »
    - « améliorer le traitement des incidents de paiement, notamment pour les clientèles fragiles, afin de réduire les frais associés ».
    - « favoriser le rééquilibrage des revenus de la banque de détail pouvant entraîner une diminution ou une modération durable des tarifs bancaires ».

    En conclusion, la prise en compte de tout ou partie de ces recommandations, favorisera notamment la lisibilité des offres, permettra donc aux consommateurs de comparer les banques, permettra aux banques qui auront su s’adapter de prendre un avantage concurrentiel et aura donc pour conséquence un accroissement de la mobilité bancaire des clients car ces derniers auront les moyens de trouver une banque dont la qualité de service correspond à leurs critères tant en terme de prix, que de qualité de service ou de praticité.

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