Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Le placement de produit ou la légalisation de la publicité clandestine !

placementproduit

Aujourd’hui, pour les téléspectateurs allergiques à la pub, il suffit de changer de chaîne ou de sortir de la pièce. Cantonnés aux tunnels publicitaires, les spots sont faciles à identifier : si on ignore quand ils se terminent, on sait du moins à coup sûr quand ils commencent. Demain, se prémunir de la publicité sera nettement moins aisé.

La loi du 5 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision est surtout célèbre pour la restriction de publicité qu’elle a imposée aux télévisions publiques. Bien moins connu est le placement de produits, qu’elle introduit en douce dans un pays où cette forme de publicité était interdite depuis 1992. Qu’est-ce que le placement de produits ? Il s’agit d’une technique publicitaire qui consiste à mettre en avant un produit ou un service au cours d’un programme (clip, fiction, émission de divertissement, programme sportif, etc.), en l’incorporant à la trame narrative contre rémunération ou avantages matériels.

D’où la sournoiserie du procédé : avec le placement de produits, il va devenir très difficile d’échapper à la publicité, puisqu’elle sera présente au cœur même des programmes. Cette manne dont se réjouissent les annonceurs donne déjà lieu à des tractations. Le site d’Acrimed explique ainsi comment un syndicat fromager de Franche-Comté s’est vu proposer, pour la modique somme de 9000€, un placement de produit dans le prochain téléfilm catastrophe de TF1, « Blackout ». La proposition comprenait l’écriture d’un dialogue destiné à valoriser le produit. On imagine la joie des acteurs, transformés en hommes-sandwiches, et la liberté laissée à la création artistique (scénariste, réalisateur) dans ce contexte… Au-delà de cette atteinte à la liberté de création, à l’indépendance artistique ou éditoriale et, par là même, à l’intégrité des œuvres, le placement de produits réduit considérablement la liberté de choix du consommateur car il ne peut se soustraire au message publicitaire. Au cinéma, James Bond n’est plus au seul service de sa Majesté puisqu’il roule en voiture X, porte une montre Y et boit du champagne Z. Sur le petit écran, va-t-on devoir supporter l’instrumentalisation commerciale de nos policiers du jeudi soir ou, pis, des animateurs des émissions de variété ?

Rien n’oblige la France à faire autant de zèle ! La directive européenne 2007/65/CE, transposée par la loi du 5 mars 2009, n’empêche  pas la France d’adopter un cadre plus restrictif à l’égard du placement de produits. Le CSA a jusqu’au 19 décembre pour rendre ses propositions sur la réglementation de cette pratique et d’après les premières annonces : les vannes publicitaires vont s’ouvrir même si les émissions d’information ou enfantines devraient être protégées de toute intrusion. C’est quand même un comble d’avoir rendu illégale la publicité traditionnelle pour légaliser la publicité clandestine !

Déjà 9 commentaires, publiez le vôtre !

  1. Le 3 octobre 2009 à 22:13, par thegooddoublec

    Le placement de produit engage un accord entre la marque et le producteur, fait avant, pendant ou après la production. Cela dit, la placement du produit peut être aussi subtile qu’un logo sur une cannette en arrière-plan du scène, ou même un produit placé sur la scène pendant la période du « post production », donc, le placement du produit n’a pas toujours un effet direct sur l’oeuvre artistique… si on peut qualifier un émission de télé étant qu’un « oeuvre » artistique…

  2. Le 6 octobre 2009 à 15:47, par Hubert KESSLER

    Si l’invasion actuelle de la publicité se renforcera encore, je pense que je me bouderai toutes ces chaînes qui en feront de trop…

    Encore heureux que la pub sur les chaînes publiques ont été supprimées après 20h, même si elles ont été mises en difficultés financières. Pour ces chaînes publiques, la publicité aurait pu rester en place entre 2 émissions sans que celles-ci ne soient interrompues pendant leur diffusion.

    Je ne regarde déjà plus les chaînes qui interrompent un film 2 fois…

  3. Le 6 octobre 2009 à 15:55, par Hubert KESSLER

    En ce qui concerne le zèle français, il est certain que Nicolas SARKOZY veut être le champion européen toute catégorie, surtout si cela lui fait de la publicité, c’est le cas de le dire….

    Je pense qu’il doit être un inconditionnel de la publicité! Cela se passe à son rythme de vie infernal : de courts messages de réclame pendant 10 minutes, cela doit le détendre quelque peu.

  4. Le 6 octobre 2009 à 19:23, par Philippe PAPON/PHILIPPE78

    C’est l’exemple même de la financiérisation de la société que dénonce quelques uns.

  5. Le 6 octobre 2009 à 22:59, par Michel

    La publicité est supprimée aprés 20h sur les chaînes publiques, mensonge ( exemple sur FR2 ) une compagnie d’ assurances, un laboratoire de médicaments génériques et une grande enseigne de l’ électroménager présentent des tous les soirs un spot, et la météo, pourquoi ces publicités déguisées!!.
    Sincères salutations M. le PRESIDENT.
    PINJON M. trésorier UFCVY (914)

  6. Le 9 octobre 2009 à 18:19, par Olivier Bouthillier

    Cher Monsieur,

    Faisant suite à votre article sur “Le placement de produits ou la légalisation de la publicité clandestine”, je reviens vers vous pour vous apporter certaines précisions qui vous permettront d’avoir un point de vue moins pessimiste des conséquences du changement prochain de la législation.

    Le “placement de produits et de marques” consiste à remplacer ou à placer une marque dans une scène – scénarisée – en s’appuyant sur la narration existante. Notre liberté d’action reste très limitée car nous ne pouvons pas sortir du cadre narratif.
    Je vous rappelle que le metteur en scène est un auteur, que le droit d’auteur en France préserve les droits du réalisateur, et que les auteurs étrangers sont tous envieux des droits des réalisateurs français.
    A partir de ce constat, il est difficile d’imaginer que nous pourrions placer un produit uniquement pour faire de la publicité et transformer ainsi la narration.
    Aucun réalisateur, aucun acteur n’accepterait d’être transformer ainsi en “homme-sandwiche” !

    Un scénario contemporain est un reflet de la vie. Les équipes qui tournent une telle fiction sont obligées de “reconstruire” un univers.
    Aujourd’hui et plus fortement depuis une vingtaine d’années, les marques sont présentes partout. Il est difficile de recréer un univers en les mettant de côté.
    Prenons l’exemple d’un repas souvent scénarisé : le petit-déjeuner. Ce repas est aujourd’hui constitué de produits spécifiques et manufacturés (les céréales, le lait, le chocolat en poudre, les biscottes…). Retrouver ces marques à l’écran est parfaitement naturel et normal.
    Avec la législation actuelle, ces produits sont absents des téléfilms français, ils sont remplacés par un panier dans lequel se trouvent des croissants et rien d’autre sur la table ! Bref on très loin de la réalité vécue par le commun des mortels.

    Par contre, le spectateur qui est devant sa télé et qui regarde un film de cinéma ou une série étrangère retrouvera ces produits et ces marques, car ces 2 types de fictions ont droit de placer des marques à l’écran. Pourquoi un tel déséquilibre existe ?

    Pour revenir sur le téléfilm de TF1 “Blackout”, si notre agence a proposé un placement au collectif des fromages de Franche-Comté, c’est avant tout parce que l’histoire se passe dans la région et parce qu’il existe dans le texte une belle séquence de consommation qui met en scène un fermier heureux d’avoir préparé un bon déjeuner avec des produits de la région, repas fait de fromages et de charcuterie. Dialogue et citation orale des produits sont au scénario. Nous n’avons rien inventé, simplement suivi la narration.

    Les journalistes d’Acrimed ont sorti du scénario une séquence écrite naturellement par les auteurs dans laquelle ces produits sont présents. Alors, bien entendu, si on sort du contexte sans expliquer la teneur de cette séquence et de ce que les personnages sont sensés faire, cela peut être interprété comme une réelle ingérence .

    Pourquoi ne pas s’appuyer sur ces présences naturelles et valorisantes dans les scénarios pour apporter aux producteurs certains financements complémentaires dont ils ont réellement besoin ?

    Je conclurai en vous demandant de ne pas utiliser le terme de “publicité clandestine” qui est un terme ancien qui ne correspond plus à notre époque. Les marques sont présentes dans notre vie et sachez également qu’elles sont souvent présentes à l’écran et gracieusement ! A la seule volonté du réalisateur ou de son équipe déco. Voici quelques exemples qui ont été souvent assimilés à des placements financiers, alors que ces marques sont à l’image gracieusement et surtout naturellement :

    la bouteille de COCA dans LES DIEUX SONT TOMBES SUR LE TETE
    L’ordinateur APPLE dans SEX & THE CITY
    LA POSTE dans le CHT’IS
    GRANOLA dans LE PROPHETE
    NOKIA & APPLE dans BRICE THE NICE
    SONY dans DE BATTRE MON CŒUR S’EST ARRETE
    PICARD SURGELES dans LE CODE A CHANGE
    LU dans UN DERNIER POUR LA ROUTE
    ADIDAS dans PODIUM
    …/….

    Terminons en imaginant retirer toutes les marques d’une fiction ou en les remplaçant par des marques qui seraient inventées par les équipes du film. Le réalisme voulu par tous les réalisateurs serait alors anéanti. Que dire du spectateur ?

    Souhaitant vivement avoir pu dissiper votre inquiétude, je vous prie de croire à l’assurance de mes sentiments distingués.

  7. Le 10 octobre 2009 à 10:43, par pavlova

    il me semble que cela a toujours été le cas dans les films et cigarettes et voitures n’en sont que le splus gros exemples.
    C qui me choque le plus, c’est une émission de nuit sur la TNT (idf24 me semble-t-il) qui permet de jouer au casino en achetant des jetons par téléphone et en misant par téléphone.
    Je croyais que ce type de jeux d’agent était interdit. Le CSA ne répond pas à cette question
    cordialement

  8. Le 16 octobre 2009 à 16:46, par Groupe 25 Images

    Pour info, protestation de l’ Association de Réalisateurs de films de télévision contre le placement de produits en date du 4 décembre 2008.
    Cordialement

    Communiqué du Groupe 25 Images

    PUBLICITE CLANDESTINE

    A l’intérieur de la future loi sur l’audiovisuel, figure pour France Télévisions une disposition qui semble à première vue indolore et sans odeur pour améliorer le financement du programme : le « placement de produit ».

    La pratique du « placement de produits » pour aider au financement de la création sur les chaînes de télévision va créer des contraintes d’audience équivalentes à celles de l’audimat avec, en plus, un effet pernicieux et hypocrite d’une publicité clandestine.
    Jusqu’ici, la publicité est le plus souvent encadrée dans des « écrans pub », dans des plages de programmations clairement désignées comme publicitaires par des jingles et l’habillage d’antenne.
    Or le « placement de produits » à l’intérieur des œuvres, au détour d’un dialogue ou d’une image, c’est de la publicité qui ne dit pas son nom. Un acteur va vanter les mérites d’une boisson ou les performances d’une voiture dans le flot de la conversation. Personne ne soupçonnera que c’est un annonceur qui a exigé ces paroles, ces images, ces attitudes, qui impressionneront d’autant plus le consommateur qu’elles semblent faire corps avec le récit et refléter les goûts du personnage. Efficacité garantie : imiter les goûts d’un acteur aimé, c’est une façon de lui ressembler.
    L’annonceur, qui paye cher sa présence bien visible dans une œuvre de fiction, attendra des auteurs, à l’intérieur du scénario et de la réalisation, la mise en valeur de sa marque. Un dialogue plus ou moins explicite pour vanter le produit, et des images qui s’attardent sur les logos…
    Comme toute entreprise, la publicité exige un retour sur investissement et les garanties correspondantes. Le « placeur de produit » va donc vouloir investir dans des œuvres qui s’adressent à un vaste public. L’audimat a encore des beaux jours devant lui car pour un diffuseur la recherche légitime de financement ne manque pas d’influencer ses choix et sa « ligne éditoriale ».

    Tant qu’on refusera d’assurer l’essentiel du financement de France Télévisions directement par ses usagers au travers d’une Redevance revalorisée, la réforme de l’Audiovisuel Public conduira à une impasse. On la condamne à choisir entre la gestion de la pénurie et un financement complémentaire fait de combines et de perceptions opaques.

  9. Le 17 octobre 2009 à 12:17, par Hubert KESSLER

    Personne n’avait rien demandé à ce que l’ont supprime la publicité sur les chaînes de France Télévisions. Une lubie de Nicolas Sarkozy a fallu mettre tout en branle…

    Maintenant, comme au niveau des chaînes publiques allemandes que je capte (ARD, ZDF et BW), les publicités cachées existent en quantité… Je me demande comment les scénaristes fond comme élucubrations pour insérer du Coca par là, du BMW par ci, du Nutella par ailleurs… il suffit d’être à paine quelque peut attentif.

    C’est ce qui nous attend En France !! La création culturelle va en souffrir car ce sera de la perversion de l’œuvre originale. Et qui nous dit qu’il n’y aura pas de pub subliminale?

    Nous nous trouvons devant des dérives sans limites, monter un téléfilm coûte cher, le Président Sarkozy a voulu se faire de la pub pour lui-même avec cet effet d’annonce, c’est nous, les téléspectateurs qui allons trinquer du Coca à tire larigot en plus de la redevance….

    Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Monsieur Sarkozy a un besoin inné qu’on parle de lui, c’est là aussi une manière de préparer 2012.

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