Le Président de l’UFC-Que Choisir « Régulateur de l’année 2006 »: un honneur qui conforte une certaine conception du consumérisme

« Bon courage pour la suite… » Voilà les mots prononcés par Michelle Cotta, éditorialiste du Nouvel économiste, juste avant que Jean Louis Debré, Président de l’Assemblée nationale, et Jean François Copé, Ministre du Budget, me remettent le prix du Régulateur de l’année 2006. Succédant en qualité de président de l’UCF-Que Choisir à d’éminents « régulateurs » comme Mario Monti, ancien Commissaire européen en charge de la concurrence, ou Philippe Seguin, Premier Président de la Cour des Comptes, c’est le rôle des 170 associations locales, 3 000 bénévoles, 130 000 adhérents et 120 salariés de l’UFC-Que Choisir qui est ainsi valorisé. Son pouvoir de régulation, trop longtemps méconnu ou contesté, est aujourd’hui consacré par les journalistes. Le chemin d’une véritable reconnaissance par les pouvoirs publics de cette mission des associations de consommateurs sera t-il encore long ?
En effet, les entreprises comme les responsables politiques oscillent souvent entre deux visions archaïques du rôle des associations de consommateurs. Tantôt ils tendent à les cantonner à un simple rôle de médiateur dans les litiges individuels. S’il convient de rappeler qu’à travers son réseau l’UFC-Que Choisir traite plus de 120 000 litiges par an, nous ne saurions pour autant considérer que c’est notre seule mission. Tantôt, les associations de consommateurs sont perçues comme des activistes anti-économiques souhaitant mettre en péril les entreprises… Loin de cette vision diabolisante, le rôle de l’UFC-Que Choisir, conformément au rôle d’une association de consommateurs authentique, est de traquer les excès, les déséquilibres et d’œuvrer pour les réduire. Dans une société d’économie libérale, l’équilibre ne s’instaure pas spontanément, le « plus de libertés » réclamé par les entreprises n’est pas naturellement compensé par un « plus de responsabilités ». Quand l’UFC-Que Choisir dénonce la présence de substances chimiques cancérigènes dans les désodorisants, elle n’est pas anti-économique. Elle pointe l’excès de liberté des entreprises, l’absence de responsabilités et appelle, au nom d’un intérêt supérieur qu’est la santé publique, à une évaluation systématique de ces substances et à leur interdiction en cas de danger. Lorsque l’UFC-Que Choisir constate que les produits promus par l’agroalimentaire dans les publicités à destination des enfants sont à 89 % les produits les plus gras ou sucrés, peut-on encore avancer l’argument économique et laisser faire sans se soucier de l’enjeu de santé publique qu’est l’obésité des enfants en France et en Europe ?
L’UFC-Que Choisir est un corps intermédiaire œuvrant pour que les consommateurs exercent effectivement un pouvoir de régulation qui est aujourd’hui largement fictif. Le consommateur est rarement en situation d’effectuer librement un choix éclairé. Il est trop souvent captif… Peut-il changer d’établissement bancaire facilement ? L’offre de transports en commun est-elle suffisante pour lui donner une alternative à la voiture individuelle ? Le consommateur a besoin d’informations crédibles et indépendantes et l’UFC-Que Choisir les lui apporte. Par ailleurs, si d’aucuns reconnaît que le consommateur doit bénéficier de la concurrence, encore faut-il qu’elle s’exerce. Que peut faire le consommateur victime de l’entente entre les trois opérateurs de téléphonie mobile ou des dérives des prix de l’eau, à part subir ? Faute d’une réelle reconnaissance par les pouvoirs publics, le rôle de régulateur joué par les associations de consommateurs à des limites…
Si le 14 décembre, l’UFC-Que Choisir a été primée par les journalistes, elle fut évincée du débat essentiel que tenait le même jour le gouvernement sur le pouvoir d’achat lors de la Conférence sur l’emploi et les revenus. Par son expertise et ses connaissances du terrain, elle avait pourtant toute sa place pour apporter des éléments sur les prix de certains secteurs anticoncurrentiels (carburant, banques, eau, etc…). Les pouvoirs publics ont plongé et maintiennent le mouvement consumériste dans un état de faiblesse, notamment en ayant transplanté le morcellement syndical en son sein. Dans une démocratie, pour forger l’opinion publique et créer des rapports de force équilibrés il faut des partis politiques forts, des syndicats forts et des associations de consommateurs fortes. Reconnaître et subventionner une myriade d’associations de consommateurs, c’est hypothéquer l’émergence d’un consumérisme en situation de peser. La cause environnementale s’invite aujourd’hui au cœur des discours politiques. Elle a souvent devancé celle des consommateurs : le premier Ministère de l’Environnement date de 1972, celui de la Consommation de 1978. Pourtant dès aujourd’hui l’heure du consumérisme n’a t-elle pas sonné ?



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Sincères félicitations
Meilleurs voeux pour l’année 2007