Loi Création et Internet : le silence complice des artistes français !

Madame Albanel a raison : il faut regarder ce qui se passe dans les autres pays d’Europe pour prendre la mesure de la pertinence du projet de loi Création et Internet. La comparaison est très instructive… Elle ferait ainsi même mentir Talleyrand qui affirmait « Quand je m’observe, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure ».
Les autorités britanniques, en reniant la pertinence de la coupure de la connexion Internet, avaient déjà porté un coup d’arrêt violent à l’argumentaire de madame Albanel qui citait régulièrement l’empire britannique comme une référence s’agissant de l’instauration d’une riposte graduée. Une nouvelle estocade arrive de l’outre manche et ce geste hautement symbolique ne vient pas du gouvernement mais des artistes eux-mêmes… ceux-là même que madame Albanel prétend protéger avec son projet de loi !
Ces derniers vont même plus loin en développant un certain nombre de revendications qui prouve à quel point l’artiste est le grand oublié lorsque l’on discute de l’économie de la musique. A l’instar du rappeur Eminem, qui a attaqué Universal Music au sujet de ces émoluments pour l’usage de ses œuvres dans l’univers du numérique, ils mettent ainsi en évidence les déséquilibres dans les rémunérations des artistes qu’ils soient l’interprète principal ou un musicien d’accompagnement.
Et certaines de leurs demandes ne sont pas sans rappeler des demandes qu’a pu formuler l’UFC-Que Choisir dans le rapport soumis à M. Olivennes. Par exemple, ils proposent que les détenteurs de copyright soient obligés d’appliquer la règle dite du « utilisez-le ou perdez-le », en d’autres termes une maison de disque qui n’exploite pas le catalogue d’un artiste perd ses droits dessus.
Les artistes anglais ne sont pas un cas isolé… En 2006, des artistes canadiens tels que Sum 41, Avril Lavigne ou Sarah McLachlan avaient formé une alliance contre les lobbys des majors qui parlaient en leur nom. Ils précisaient d’ailleurs que poursuivre leurs fans était destructeur et hypocrite et que les maisons de disques agissaient contre leur gré.
A ne pas en douter, tous ces artistes ont conscience que les consommateurs, « ces pirates », sont aussi ceux qui les plébiscitent et paient leurs places de concerts et autres produits dérivés qui font l’essentiel de leurs revenus (En effet, seuls 5% des artistes vivraient réellement de la vente de CDs).
Cette prise de conscience n’est pas encore à l’ordre du jour en France… Les artistes français restent dans un silence, complice, qui ne peut être toléré. Certes, on pourrait se réjouir qu’ils ne se bousculent pas pour défendre le projet de loi « Création et Internet ». On se rappelle d’ailleurs que Monsieur Copé a fustigé l’absence de soutien des artistes au projet de loi lors des dernières victoires de la musique. Depuis certains se sont exprimé, mais on se rend vite compte que ceux qui donnent de la voix ne semblent pas vraiment maîtriser les enjeux de ce projet de loi.
C’est pour cela que j’invite tous les artistes, par respect pour leur public qui dépense toujours plus pour soutenir les artistes qu’ils aiment, à s’exprimer. Je me permets également de leur dire qu’ils ne peuvent admettre qu’en leur nom soit votée une loi qui traite leurs fans comme de vulgaires voleurs à la tire, qui bafoue des droits fondamentaux comme la présomption d’innocence mais surtout l’accès à la culture…
S’ils s’enferment dans leur mutisme actuel, ils seront les premières victimes de la guerre déclarée aux consommateurs de musique. Et là, ils ne pourront pas dire qu’ils ne connaissaient pas la chanson !

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Effectivement, où sont les artistes? Les vrais pas les pantins!
…la règle dite du « utilisez-le ou perdez-le »… n’est-elle pas prévue par le Code de la Propriété Intellectuelle dans sa définition du « contrat d’édition » ?
N’est-ce pas applicable au droit de la musique ?
Le « deal » c’est quand même « tu me cède tes droits et en échange je te publie ». Si il n’y a plus de publication, l’auteur peut reprendre ses droits, non ?
Je ne comprends pas les artistes, ils sont les grands perdants du système et prennent les armes pour défendre ceux qui les exploitent. Tout cela n’a aucun sens!
On se moque souvent de la capacité à raisonner des sportifs mais que dire des artistes!
Une forte communauté d’artistes existe en France qui sont favorables à la libre diffusion des oeuvres, sous les licences Creative Commons et Licence Art Libre en particulier.
Leur exposition médiatique par les média traditionnels est encore malheureusement assez faible, alors qu’elle serait cruciale pour ouvrir les yeux à tout le monde sur le fait qu’une autre approche de l’art est possible.
Je vous conseille ces liens :
http://www.libreacces.org/
http://www.dogmazic.org
http://fr.creativecommons.org/
http://blog.dogmazic.net/
http://www.binarymind.org/index.php?option=com_content&task=view&id=93&Itemid=49&lang=fr
Ces artistes connus qui se font la voix de leur maître pénalisent durement tous ceux qui ne gagnent que des cailloux de la part de la SACEM. Un autre modèle va s’imposer, qui placera en premier la liberté de diffuser les oeuvres. En effet, les droits de la SACEM et des majors ne concernent que leurs sociétaires. Les gens PEUVENT aujourd’hui boycotter cette musique sous cadenas.
Tous les artistes ne sont pas muet sur le sujet : Le point de vu d’un des MC de Massilia Sound System
Je ne sais pas comment les artistes osent ne pas s’exprimer sur ce projet de loi, alors que ça les concerne directement. J’écoute les débats à l’AN depuis le début, et c’est une catastrophe pour nos droits et nos « libertés ». C’est simple, on ne saura même pas directement pour quel oeuvre soit disant téléchargée on est accusé ! L’HADOPI nous enverra un mail disant qu’on a téléchargé tel jour à telle heure, et c’est tout. Ensuite le recommandé et la cupre. Pour se défendre, c’est le flou total. Le pire, c’est qu’on ne sera pas accusé d’avoir téléchargé mais bien de ne pas avoir su sécuriser son adresse IP. Vous croyez que Mamie va savoir le faire ? Non parce que PERSONNE ne peut réellement le prétendre.On nage dans le rocambolesque, dans l’arbitraire, dans l’évasif et même dans le hasard. Tout les pires amendements passent, et tous les bons amendements (logiques et honnêtement bons) sont rejetés. J’ai honte d’être gouverné par ces gens incompétents au service de puissants et des riches. Je croyais que le rôle de l’état était autre… Cette loi apparait juste techniquement hors du temps et entièrement vide de sens, sauf celui de commencer le contrôle du net,à la chinoise. Il y en a encore plein à dire, tellement c’est hallucinant de conneries. Je veux bien défendre les artistes mais là, il va falloir qu’ils se réveillent parce que leur public ne leur pardonera pas. N’oublions pas Cali qui dénonce les majors comme étant des voleurs…
Artiste professionnel depuis 1999, je souscris pleinement à la campagne de « Que choisir » contre la Loi « Création et internet », et je regrette comme Alain Bazot le silence complice de nombre d’artistes de premier plan.
Avez-vous pris connaissance de ce manifeste ainsi que du blog qui y est attaché? http://pourlecinema.over-blog.fr/article-30053660-6.html#comment40257650
Lettre ouverte aux spectateurs citoyens
Par Chantal Akerman, Christophe Honoré, Jean-Pierre Limosin, Zina Modiano, Gaël Morel, Victoria Abril, Catherine Deneuve, Louis Garrel, Yann Gonzalez, Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni, Agathe Berman et Paulo Branco.
« Artistes et producteurs engagés, nous nous sommes dévoués tout au long de notre carrière à la promotion d’un cinéma différent, un cinéma ouvert et exigeant.
Vous avez fait vivre nos œuvres, les portant, les reconnaissant ou les rejetant. Tout au long de notre carrière, nous avons poursuivi la même ambition : diffuser notre travail et le partager avec vous. Tout au long de notre carrière, mille obstacles se sont présentés à nous, qu’ils aient été techniques, matériels ou économiques.
Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une révolution numérique qui nous permettra, dans un futur très proche, de lever nombre de ces obstacles et d’ouvrir notre cinéma à toutes et à tous.
Aujourd’hui, certains craignent cette révolution et craignent pour leur monopole. La loi Création et Internet répond à une angoisse légitime, que nous partageons : celle de voir les œuvres dévalorisées et ¬dégradées par leur diffusion piratée sur ¬Internet.
Pourtant, cette loi, qui prétend se poser en défenseur de la création, ne fait qu’instaurer un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux.
Fruit d’un lobbying massif, fondée sur la présomption de culpabilité, la loi Création et Internet crée l’Hadopi, une haute autorité contrôlée par l’exécutif et qui pourra, sans qu’aucune preuve fiable ne soit apportée et sans qu’aucun recours gracieux ne soit possible, couper durant une durée extensible à l’infini la connexion Internet d’un usager.
Pis, et contrairement à ce qui a été écrit ici et là, aucune disposition législative ne prévoit que cette procédure se substitue aux pour¬suites pénales et civiles, faisant de la double peine une réalité envisageable.
Alors que le Parlement européen vient, pour la troisième fois en quelques mois et à la quasi-unanimité, de qualifier l’accès à Internet de droit fondamental, alors qu’aux Etats-Unis le modèle de riposte « graduée » se fissure et que le reste du monde met l’accent sur la poursuite de ceux qui font commerce du piratage, le gouvernement français s’obstine à voir dans les utilisateurs, dans les spectateurs, des enfants immatures à l’origine de tous les maux de l’industrie ¬cinématographique.
Démagogique, techniquement inappli¬cable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive, cette loi est aussi un rendez-vous manqué. Ne prévoyant aucune forme de rétribution nouvelle pour les ayants droit, la loi Création et Internet ne s’adresse ni au cinéma dans sa diversité, ni aux spectateurs. Ne constituant qu’une ultime et vaine tentative d’éradiquer le piratage par la sanction, sans se soucier de créer une offre de téléchargement légale, abordable et ouverte sur Internet, elle ne répond à aucun des défis aujourd’hui posés par les nouvelles technologies, alors même qu’une réaction créative et forte de l’industrie cinématographique et des autorités de tutelle dans leur ensemble s’imposait.
Nous ne nous reconnaissons pas dans cette démarche, et appelons à un changement des mentalités. Craindre Internet est une erreur que nous ne nous pouvons plus nous permettre de faire. Il est temps d’accepter et de nous adapter à ce « nouveau monde » où l’accès à la culture perd son caractère discriminatoire et cesser de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué.
Que ce soit par un système de licence globale ou par le développement d’une plateforme unifiée de téléchargement des œuvres à prix accessibles et sans DRM, il faut dès aujourd’hui des réponses posi¬tives à ce nouveau défi, et se montrer à la hauteur des attentes des spectateurs. L’heure est à la réinvention et à l’émerveillement, et non pas à l’instauration d’un énième dispositif répressif.
Conscients de la nécessité qu’éprouvent les ayants droit, dont nous sommes, à trouver de nouveaux modes de rétribution et d’en finir avec le piratage.
Confrontés à un dispositif essentiellement conservateur, ¬liberticide et démagogique qui ne s’attaque à aucun des enjeux réels de la révolution numérique et ignore ¬volontairement les intérêts du cinéma d’auteur. Et en réaction aux nombreuses tribunes rédigées par des institutions et des lobbies s’exprimant au nom d’une profession qu’ils ne représentent que partiellement.
Nous, cinéastes, producteurs et acteurs, marquons avec cette adresse notre refus du dispositif Hadopi et de la loi création et Internet.
Nous appelons tous les amoureux du ¬cinéma et des libertés, de la création et de la diversité à faire entendre leur voix auprès de leurs représentants afin d’abandonner tant qu’il est encore temps le dispositif Hadopi et de mettre en place un système plus juste, équilibré et prenant en compte les intérêts de tous. »
Pourquoi voudriez-vous impliquer les artistes ?
Les « moutons » continueront à être tondus, pour les « anti » rien ne sera changé, et cela, que la loi passe ou non.
Ce qui est navrant dans tout cela, c’est que l’on se serve de la culture aux fins de nous espionner un peu plus et c’est ça qui est grave. Le reste n’est que poudre aux yeux.
Depuis une dizaine de jourla troisième voie est regardée du côté du mécénat global (http://mecenat-global.org/). Une piste à explorer, elle serait bien plus généreuse pour l’artiste et non pour les actionnaires des éditeurs/distributeurs de « musique ».
[...] important de ne pas acheter du libre. Et dire qu’à quelques exceptions près, les artistes français ne régissent même pas ! AKPC_IDS += [...]