Projet de loi sur l’eau : l’Assemblée noie toute réforme et assèche les espoirs « d’une révolution environnementale » dans le monde agricole

Tout ça pour ça ! Dix ans de controverses sur la politique agricole de l’eau et deux ans de débats parlementaires pour aboutir, au terme de la première lecture dans les deux Chambres du Parlement, après le vote de ce jour des députés, à un projet de loi consacrant le statu quo. Les députés ne semblent décidément pas prendre la mesure des problèmes dus à l’incohérence de l’actuelle politique de l’eau. Plus que jamais, l’UFC-Que Choisir refuse que les consommateurs soient sacrifiés sur l’autel d’une politique agricole totalement inique et dangereuse.
Loin d’être égaux devant la politique de l’eau, bien commun vitale mais aussi ressource indispensable à l’exercice de certaines activités, les différentes catégories d’usagers ont vu croître leurs contributions financières de manière inversement proportionnelle à leur consommation de la ressource. Durant la période estivale, les agriculteurs utilisent ainsi 79 % de l’eau consommée en France contre 10 % pour les particuliers. Or, le budget des agences de traitement de l’eau est financé à hauteur de 85 % par les particuliers contre 1 % pour les agriculteurs et 15 % pour les industriels. Les consommateurs n’accepteront guère longtemps l’inéquité des dispositifs actuels aboutissant à une surinflation de leurs factures et au risque de privation d’un bien commun vital.
La météo pluvieuse de ces dernières semaines ne devrait pas être mise en avant afin de masquer la raréfaction de l’eau due notamment à des politiques publiques ayant orienté les agriculteurs vers des choix de productions peu favorables à la protection de la ressource. Par ailleurs, malgré une dégradation de l’état des eaux, les députés ont fait l’économie de la mise en place d’une écotaxe significative sur l’emploi des pesticides en ne multipliant par quatre ou cinq le montant prévu par la petite loi. Cette mesure avait pourtant été puissamment argumentée par un récent rapport de 800 pages de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui s’appuie sur le succès des écotaxes pesticides et nitrates dans plusieurs pays européens (Hollande, Danemark, Autriche). Cette mesure est recommandée par la Cour des Comptes, l’OCDE, les associations de consommateurs, de pêcheurs et de défenseurs de l’environnement. La classe politique ne doit pas continuer de tourner le dos à la société civile sur un sujet de santé publique.
En refusant d’appliquer le principe pollueur-payeur aux agriculteurs, les députés pérennisent l’actuelle prime aux activités polluantes et retardent une réforme, qu’ils jugeaient pourtant hier, comme indispensable. Comme le note un récent rapport parlementaire, l’agriculture reste le seul secteur à ne pas avoir entamé sa « révolution environnementale » …
Que la ministre de l’Environnement ne croit pas que son projet de loi, véritable coquille vide en matière agroenvironnementale, fasse taire la voix des consommateurs… Qu’elle ne vende pas trop vite la peau de l’ours… Décidée à faire avancer une vraie réforme de la politique agricole de l’eau, l’UFC-Que Choisir, dans la cadre de la campagne « eau-réconciliation 2015 », repart dès la semaine prochaine dans les régions de France à la rencontre des agriculteurs et des élus locaux pour un dialogue direct, ouvert, et, bien-évidemment, constructif…



Déjà 1 commentaire, publiez le vôtre !
Bravo pour votre intervention récente à la télévision.
Je suis trés impréssionné par la Taxe sur la pollution de l’eau (un extrait du texte se trouve sur le site de l’agence Loire Bretagne ,notre Bassin de rattachement,la vallée de la Vienne et rattaché à ce Bassin?).Sur ce texte,on peu facilement s’apercevoir de la tromperie,en effet,les gros pollueurs sont indemnisés et la facture et supporté principalement par le contribuable.Je ne vous apprend rien mais je souhaite avoir votre opinion sur ce texte.
Bravo pour votre lutte et sincères salutations.