Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘banques’

L’Autorité de la concurrence n’est pas encore en vacances !

Vendredi 22 juillet 2011

rapplagarde

Si la plupart d’entre nous a enclenché le mode « vacances », à l’Autorité de la concurrence juillet rime avec productivité ! L’Autorité s’est en effet particulièrement illustrée ces dernières semaines, tout d’abord en annonçant deux auto-saisines (l’une sur l’entretien et la réparation automobile, et l’autre sur le commerce électronique) avant d’officialiser l’accord obtenu avec les banques s’agissant des commissions interbancaires sur les cartes bancaires.

S’agissant de l’auto-saisine sur l’entretien et la réparation automobile, je ne peux que me féliciter de cette initiative qui prolonge le constat fait par l’UFC-Que Choisir. La captivité des consommateurs dans ces deux secteurs nuit gravement à leur pouvoir d’achat ! L’UFC-Que Choisir a d’ailleurs engagé une action contre les constructeurs français au sujet des clause d’exclusivité totalement inadmissibles obligeant, à l’encontre de la réglementation, les consommateurs à faire entretenir leur véhicule dans le réseau constructeur. Alors que cela coute 35 % moins cher de le faire chez un indépendant! De même, sur les pièces détachées l’UFC-Que Choisir a constaté que le monopole des constructeurs est un privilège payé plein pot par les consommateurs. En Allemagne, Belgique ou Espagne, l’ouverture à la concurrence a permis de faire baisser le prix des pièces détachées de 30 % en moyenne, selon l’étude de l’UFC-Que Choisir. Il faut souhaiter que les recommandations de l’Autorité débouchent sur une révision du monopole dont bénéficient les constructeurs pour la fabrication et la commercialisation des pièces visibles (ailes, portières, vitres, etc.). Ce serait un vrai soulagement pour notre porte-monnaie !

S’agissant des banques, l’accord obtenu par l’Autorité prévoit pour octobre une baisse significative des commissions interbancaires sur les retraits et les paiements. Bonne nouvelle, me direz-vous ! Pour les commerçants, c’est indéniable, mais pour les consommateurs, encore faut-il que banques et commerçants répercutent les économies sur le prix final ! Or, la tentation peut être forte pour les banques de compenser la perte de revenus par une hausse des autres postes sur la carte bancaire, la cotisation annuelle par exemple. Pour les commerçants, il n’est pas à exclure qu’ils ne répercutent pas les économies sur les prix de vente, comme l’ont montré les résultats plus que mitigés de la baisse de la TVA dans la restauration ou encore celle des prix de gros dans le secteur de la téléphonie mobile. L’organisation professionnelle représentant les commerçants et celle des banques ont juré la main sur le cœur qu’elles joueraient le jeu au bénéfice des consommateurs… L’UFC-Que Choisir ne manquera pas d’être vigilant pour que cette promesse de l’été n’ait pas disparu quand la bise sera venue !

Carte bancaire : les banques prises en flagrants débits

Lundi 6 juin 2011

surendettement

La carte bancaire : un système juteux pour les banques, coûteux pour vous. L’UFC-Que Choisir vient de quantifier ce ressenti grâce à une étude sur l’économie de la carte bancaire. Et accrochez-vous, ça secoue ! Les Français dépensent 2,8 milliards d’euros par an rien que pour leurs cotisations de carte bleue. Des frais totalement opaques : sur les 36,3 euros payés pour une cotisation de carte « classique » 15,3 euros ne trouvent aucune justification claire, soit 42 % de marge potentielle pour les banques ! Mais cette manne n’est rien à côté de celle que rapportent les consommateurs confrontés à des incidents de paiement. Ils paient un tribut de 2,7 milliards d’euros en incidents de paiement, soit presque autant que le total des cotisations de carte bleue ! Or, et l’UFC-Que Choisir le dénonce depuis longtemps, les frais d’incidents de paiement sont sans rapport avec leur coût réel de traitement par les banques (estimé à 459 millions d’euros). Autrement dit : une marge de 83 % réalisée sur le dos des clients en difficulté !

Mais comment s’étonner de la multiplication des incidents de paiement, vu la surenchère à la carte la plus bling ? Les banques n’ont de cesse de vous vendre la carte la plus luxueuse, alors que les Français utilisent, en moyenne, moins de 16 %  de leurs capacités de paiement ! Résultat : nombre de ménages fragiles se retrouvent équipés de cartes sans vérification de solde, véritables « pousse au crime ». Une poule aux œufs d’or pour les banques : plus une carte est haut de gamme, plus elle rapporte ! Facteur aggravant : la France utilise un système monétique « semi-offline » (à vérification aléatoire) ; seules 36 % des transactions par carte bancaire font l’objet d’une vérification de solde. Alors que chez nos voisins européens (Royaume-Uni, Italie, Espagne…), la quasi-totalité des opérations est contrôlée et les incidents de paiement liés à la carte sont inexistants. Il y a donc urgence à voir la France passer à un système online ! Le gouvernement doit aussi se préoccuper, de toute urgence, de la régulation du système bancaire (information des consommateurs, carte bancaire adaptée aux besoins, suppression de la commission d’intervention…). A défaut, les consommateurs français en difficulté continueront de faire la fortune de leurs banques !

Timides avancées sur le front de la mobilité bancaire

Lundi 9 novembre 2009

mobilitebancaire

Vous avez remarqué ? Les banquiers détestent se voir délaisser au profit d’un concurrent. Tels Harpagon, jaloux de sa chère cassette, ils agissent souvent comme s’ils étaient propriétaires… de leurs clients ! Du coup, changer d’établissement s’avère souvent un parcours du combattant.

Mais depuis le début du mois, les banques se targuent d’avoir levé tous les obstacles de ce parcours. En effet, répondant à une invitation appuyée de la Commission européenne, les banques françaises se sont engagées, comme leurs homologues européennes, à mettre en place un service d’aide au changement de compte en principe effectif depuis le 1er novembre : la nouvelle banque effectue à la place du client les démarches liées aux prélèvements et virements en cours, et active le nouveau compte en quelques jours.

Ce « progrès » ne doit néanmoins pas faire oublier l’interrogation essentielle : ai-je intérêt à changer de banque ? Or, faute de réelle information sur les coûts, la réponse à cette question n’est pas évidente ! L’impact du nouveau service dépendra donc avant tout de l’amélioration de la transparence tarifaire. D’ailleurs, quelle plus belle illustration de cette opacité que l’absence d’indication quant aux coûts liés au changement de compte ? Un encadrement législatif serait sans doute plus opportun que de belles promesses pour aider Harpagon à relâcher son étreinte…

Les banques françaises, championnes européennes… des frais aussi chers qu’opaques!

Jeudi 24 septembre 2009

fraisbancaires

On ne peut pas dire que je sois surpris, et vous non plus sans doute… Selon un rapport présenté avant-hier par la commissaire Meglena Kuneva (en charge de la protection des consommateurs), les banques françaises sont parmi les plus chères de l’Union européenne ! Des frais cachés et incompréhensibles, voilà ce que la Commission reproche aux banquiers de l’Hexagone (et à ceux d’Autriche, d’Espagne et d’Italie), ainsi qu’un manque d’informations délivrées aux clients…

Et pour cause : il n’est pas facile, en France, de connaître le coût exact facturé par sa banque, et de comprendre à quoi ces prix correspondent. Les frais bancaires constituent depuis belle lurette le nœud gordien de la relation banque-clients, surtout en France. Le problème réside essentiellement dans une structuration opaque et illisible qui ne permet pas au consommateur de comprendre ce qu’il paie exactement. Au contraire de la Belgique, où le prix est convenu et réglé une fois pour toutes, chaque année, par le client.

La Commission a dressé un diagnostic parfait des dysfonctionnements symptomatiques d’un échec : il n’y a pas de marché européen de la banque de détail. La pression concurrentielle européenne, qui devrait orienter les prix à la baisse, ne joue pas. Mais alors docteur, quel traitement ? La Commission devrait sommer les autorités nationales de prendre des mesures pour remédier à cette situation… La réglementation existante sur les pratiques commerciales déloyales doit être respectée, mais elle ne suffira pas. Une vraie réforme sera nécessaire pour faire baisser les tarifs et les rendre plus transparents, à l’image des banquiers néerlandais, premiers de la classe.

Pour l’instant, leurs homologues français semblent au contraire très contents d’eux-mêmes ! Le site de la Fédération bancaire française a opportunément mis en ligne lundi des chiffres avantageux : le prix moyen des services bancaires français se situerait autour de 66€ en moyenne, contre 71€ pour la zone euro. Voilà qui ne pèse pas lourd face au rapport accablant de la Commission mais qui montre bien que  la banque de détail française doit sérieusement revoir sa copie !