Le placement de produit ou la légalisation de la publicité clandestine !
Jeudi 1 octobre 2009
Aujourd’hui, pour les téléspectateurs allergiques à la pub, il suffit de changer de chaîne ou de sortir de la pièce. Cantonnés aux tunnels publicitaires, les spots sont faciles à identifier : si on ignore quand ils se terminent, on sait du moins à coup sûr quand ils commencent. Demain, se prémunir de la publicité sera nettement moins aisé.
La loi du 5 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision est surtout célèbre pour la restriction de publicité qu’elle a imposée aux télévisions publiques. Bien moins connu est le placement de produits, qu’elle introduit en douce dans un pays où cette forme de publicité était interdite depuis 1992. Qu’est-ce que le placement de produits ? Il s’agit d’une technique publicitaire qui consiste à mettre en avant un produit ou un service au cours d’un programme (clip, fiction, émission de divertissement, programme sportif, etc.), en l’incorporant à la trame narrative contre rémunération ou avantages matériels.
D’où la sournoiserie du procédé : avec le placement de produits, il va devenir très difficile d’échapper à la publicité, puisqu’elle sera présente au cœur même des programmes. Cette manne dont se réjouissent les annonceurs donne déjà lieu à des tractations. Le site d’Acrimed explique ainsi comment un syndicat fromager de Franche-Comté s’est vu proposer, pour la modique somme de 9000€, un placement de produit dans le prochain téléfilm catastrophe de TF1, « Blackout ». La proposition comprenait l’écriture d’un dialogue destiné à valoriser le produit. On imagine la joie des acteurs, transformés en hommes-sandwiches, et la liberté laissée à la création artistique (scénariste, réalisateur) dans ce contexte… Au-delà de cette atteinte à la liberté de création, à l’indépendance artistique ou éditoriale et, par là même, à l’intégrité des œuvres, le placement de produits réduit considérablement la liberté de choix du consommateur car il ne peut se soustraire au message publicitaire. Au cinéma, James Bond n’est plus au seul service de sa Majesté puisqu’il roule en voiture X, porte une montre Y et boit du champagne Z. Sur le petit écran, va-t-on devoir supporter l’instrumentalisation commerciale de nos policiers du jeudi soir ou, pis, des animateurs des émissions de variété ?
Rien n’oblige la France à faire autant de zèle ! La directive européenne 2007/65/CE, transposée par la loi du 5 mars 2009, n’empêche pas la France d’adopter un cadre plus restrictif à l’égard du placement de produits. Le CSA a jusqu’au 19 décembre pour rendre ses propositions sur la réglementation de cette pratique et d’après les premières annonces : les vannes publicitaires vont s’ouvrir même si les émissions d’information ou enfantines devraient être protégées de toute intrusion. C’est quand même un comble d’avoir rendu illégale la publicité traditionnelle pour légaliser la publicité clandestine !


