Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘distribution’

Le panier de la ménagère en question sur fond d’envolée des cours agricoles

Mercredi 2 mars 2011

viendebovine

Est-ce un effet bénéfique du Salon de l’agriculture ? La semaine dernière, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a laissé entendre qu’il était loin d’être opposé à la proposition de la FNSEA d’instaurer une indexation des coûts de production sur les prix des matières premières agricoles. Cette proposition n’est pas sans rappeler le mécanisme de coefficient multiplicateur que l’UFC-Que Choisir réclame en vain depuis plusieurs années ! Bien entendu, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) crie au scandale, jugeant le dispositif « totalement anti-économique ». Il est certain qu’il retirerait à la distribution une grande part de sa marge de manœuvre, qui lui est particulièrement profitable ! Voilà qui me donne l’occasion de donner la réponse au dernier sondage sur la viande bovine. Les éleveurs bovins vendent depuis 2000 leurs animaux 8 % de plus, tandis que les consommateurs en magasin  achètent leur viande 40 % plus chère! Pas étonnant, dans ces circonstances, que les distributeurs ne veuillent surtout pas d’un mécanisme d’indexation qui les empêcherait d’entonner le désormais fameux refrain : marge à l’ombre !…

Réunion ministérielle : stupeur et tremblements

Vendredi 4 février 2011

supermarche

J’ai appris avec stupeur la tenue, mercredi matin, d’une réunion conviée par le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et par le secrétaire d’Etat Frédéric Lefèbvre. Les deux ministres y ont appelé les représentants du secteur agricole et agroalimentaire et ceux de la grande distribution à une hausse « juste et contrôlée » des prix alimentaires. Car sur les marchés agricoles, les prix flambent depuis six mois : + 68 % pour le blé, + 56 % pour le maïs, + 35 % pour les tourteaux de soja… Surprise, aucune association de consommateurs n’était présente !  Tremble, consommateur, car lorsque les décideurs débattent entre eux des prix alimentaires, c’est rarement bon pour ton porte-monnaie ! Le comble, c’est que les ministres ont bien insisté sur leur volonté de défendre le pouvoir d’achat des  Français ! « Il faut trouver un juste équilibre entre la nécessaire rémunération des producteurs agricoles et la défense du pouvoir d’achat des consommateurs », a estimé Bruno Le Maire. Mais alors comment expliquer que le consommateur soit le seul protagoniste exclu des discussions ?

De l’aveu même des professionnels, la réunion s’est d’ailleurs avérée décevante. Les appels incantatoires à une augmentation modérée n’ont été suivis d’aucune mesure concrète. A contrario, Bruno Le Maire prépare les esprits en annonçant des hausses inéluctables ! Des hausses, rien que des hausses… Il faut avoir la mémoire courte pour oublier que depuis deux ans, les baisses des prix agricoles ont été captées par les intermédiaires, qui ont profité de l’effet cliquet en ne baissant presque jamais leurs prix. Une astuce qui leur a rapporté par exemple 1,6 milliards d’euros pour le lait de consommation, et 7,7 milliards pour le poulet !

Je refuse catégoriquement que le consommateur supporte les hausses annoncées, alors qu’il n’a pas profité des baisses depuis deux ans ! De plus, il est grand temps que soit mis en place un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles peu ou pas transformés, seul outil susceptible d’éviter de nouveaux dérapages !

Leclerc fait miroiter à tous des ristournes réservées à certains!

Mardi 22 juin 2010

caissiere

Les ruses des pros du marketing n’en finissent pas de m’étonner ! Le tribunal correctionnel de Créteil vient de condamner Leclerc à 150 000 euros d’amende pour publicité trompeuse, plus 5000 euros de dommages et intérêts au profit des parties civiles, dont l’UFC-Que Choisir. En cause : des catalogues diffusés à 141 millions d’exemplaires et indiquant en gras des prix nettement moins élevés que la facture présentée en caisse ! Le prix réellement payé était inscrit en plus petit. L’astuce ? La promotion n’était destinée qu’aux porteurs de carte fidélité, et tant pis pour les autres. Encore que pour les heureux bénéficiaires, la ristourne était seulement créditée sur le ticket Leclerc, forçant le client à revenir ultérieurement dans un magasin Leclerc pour dépenser son avoir !

Evidemment je me réjouis de cette condamnation, bien que les dommages et intérêts de 5000 euros me paraissent faibles au regard du préjudice subi. Quant à l’amende (150 000 euros), elle ne va pas empêcher Michel-Edouard Leclerc de dormir ! Le procureur avait pourtant requis un million d’euros… Mais pour le géant de la distribution, une telle somme risque d’être bien peu dissuasive. Avec 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2009, cette modeste amende doit lui faire l’effet d’une piqûre de moustique et ne risque pas de brider l’imagination des publicitaires de l’enseigne ! Dommage, car il ne faut pas sous-estimer le problème. Ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est la lisibilité des prix -essentielle à la concurrence que monsieur Leclerc dit pourtant défendre avec acharnement-, et la prise en otage des consommateurs, forcés de revenir dans un magasin de l’enseigne pour dépenser leur ticket Leclerc.

La décision du tribunal de Créteil n’est pourtant pas la première du genre. En octobre 2009, Carrefour se voyait infliger une amende de 192 000 euros par le tribunal correctionnel d’Evry. En mars dernier, la même juridiction punissait Intermarché d’une amende globale de 40 000 euros. Pour une fois que ce n’est pas le consommateur qui passe à la caisse… !

Longe, côte, rôti de porc : l’Observatoire met sur le grill les abus de la grande distribution !

Lundi 6 juillet 2009

 

Enfin ! Voilà des mois que l’UFC-Que Choisir dénonce le caractère injustifié des marges alimentaires notamment sur les viandes -ce qui lui a d’ailleurs valu quelques cinglantes remarques de la part des distributeurs-, et une source officielle confirme enfin l’existence d’abus.

Mandaté par les Ministres des Finances et de l’Agriculture pour tirer au clair les prix de la filière porcine, l’Observatoire des prix et des marges vient de rendre publics ses travaux. Les résultats sont accablants : la marge brute de la distribution sur la viande de porc est à la hausse depuis dix ans, renchérissant d’au moins 0,50€ au kilo le prix de la longe, de la côte et du rôti de porc.

Bien qu’appelée à plusieurs reprises par l’UFC-Que Choisir à s’expliquer sur ces marges, la Fédération du commerce et de la distribution n’a donné aucune explication valable. En raison de ce mutisme, comment ne pas considérer que ces marges sont parfaitement injustifiées et exiger une baisse immédiate des prix de la part de la grande distribution ?

En dégraissant ces marges indues, la grande distribution pourrait tout à la fois offrir aux producteurs des prix plus décents et réduire significativement les prix en rayon. 0,50€ de moins au kilo permettrait une baisse du prix de vente sur le rôti de 7 %, sur la longe de 8 % et sur la côte de porc de 9 %…

Reste donc à savoir si cette officialisation des abus sur les marges en matière porcine sera suivie d’effet, ou si la grande distribution continuera de faire sa « tête de cochon » !