
Outre les vœux, le mois de janvier est traditionnellement marqué, les mélomanes ne l’ignorent pas, par le MIDEM de Cannes, le plus important rendez-vous du marché mondial du disque. Mais cette année, les oreilles prêtent moins attention aux performances vocales et commerciales des artistes qu’à la polémique relative aux DRM, Digital Rights Management, verrous installés sur les fichiers numériques. En effet, de nombreux débats ont été organisés sur le sujet notamment au lendemain de l’annonce par Virginmega et Fnacmusic de la mise en vente de quelque 200 000 titres en MP3 sans DRM… Officiellement, les DRM servent à lutter contre le piratage en vérifiant que le consommateur a le droit d’écouter un morceau acheté sur Internet. Mais en limitant le nombre de copies, en rendant impossible l’écoute sur plusieurs appareils de fichiers pourtant achetés légalement, ces DRM, frein à l’interopérabilité, atteignent fondamentalement la liberté et les droits des consommateurs… Après la Fnac et Virgin, eMusic annonce que son service de téléchargement de musique compte désormais 250 000 abonnés payants, qui profitent d’un système de distribution basé sur des morceaux au format MP3, dépourvus de toute mesure technique de protection contre la copie. L’heure de la libération aurait-elle sonné ?
Il faudra encore patienter… En effet, les majors ne sont absolument pas disposés à abandonner ces verrous qui constituent pour elles une main mise sur le marché, un véritable contrôle… Et ce que major veut, gouvernement veut ! En effet, il convient de rappeler qu’avec la loi sur le droit d’auteur d’août 2006, plus connue sous le nom de loi DADVSI, le gouvernement a consacré les DRM et a vidé de toute substance le principe d’interopérabilité selon lequel un fichier acquis légalement doit pouvoir être lu sur tout support. Le Conseil Constitutionnel, qui avait censuré les articles 22 et 23 du projet de loi avaient en outre rogné encore davantage le peu d’interopérabilité permise par la loi. Les articles censurés exonéraient de sanctions ceux qui auraient contourné les protections électroniques des fichiers, DRM, pour pouvoir les lire sur différents supports. La logique des majors selon laquelle une plate-forme de vente en ligne est associée à une seule marque de lecteurs risque donc de perdurer, et avec elle la captivité des consommateurs.
Les premières notes du requiem des DRM ont donc été jouées. Pour que les consommateurs puissent pleinement en profiter, souhaitons que d’autres producteurs poursuivent la partition…