Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

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Mobilité bancaire : un audit pour réveiller les banques ?

Jeudi 6 janvier 2011

mobilitebancaire

Suite à l’enquête des associations locales UFC-Que Choisir, Christine Lagarde a réclamé le mois dernier un audit du respect par les banques de la mobilité bancaire. Les résultats de notre étude démontraient que la mobilité est l’énième promesse non tenue des banquiers… Longueurs, opacité et blocages caractérisent en effet le système de changement de banque tel que le connaissent aujourd’hui les consommateurs. Les banques s’étaient alors indignées, arguant de l’effectivité de leur dispositif … Lors d’une réunion au Comité consultatif du secteur financier sur la mise en place effective ou non du service d’aide à la mobilité bancaire promis en 2008, il est clairement ressorti qu’associations de consommateurs et banquiers n’avaient pas la même analyse !

Face à ce clivage, la ministre de l’Economie a donc saisi l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) pour s’assurer du respect des engagements des banques. Un rapport lui sera rendu en juillet, qui montrera, engagement par engagement, la proportion des banques qui sont rentrées dans le rang. Bonne nouvelle me direz vous ? Sur le papier effectivement, mais l’ACP enquêtera-t-elle dans les conditions auxquelles est réellement confronté le consommateur, ou se contentera-t-elle d’un système déclaratif forcément peu fiable de la part des banques ? Si l’enquête a été annoncée, les modalités en sont méconnues. C’est pourtant elles qui conditionneront la fiabilité et la crédibilité du résultat…

En tout cas, si 2010 a été l’année des « engagements » pris par les banques, souhaitons que 2011 soit celle de la surveillance étroite et efficace de celles-ci… Bonne année à tous !

Les consommateurs paient au prix fort l’immobilisme des banques!

Jeudi 28 octobre 2010

dab

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre ce matin, au milieu d’une interview sur la réforme des retraites, Christine Lagarde commenter les résultats de l’enquête des associations locales de l’UFC-Que Choisir sur la mobilité bancaire, menée auprès de 1746 agences de 110 banques, en soulignant la « compétence » de notre association ! Il faut dire que si, grâce à l’énergie de notre réseau d’enquêteurs, l’échantillon est impressionnant, les résultats eux sont accablants ! Quoi qu’en dise madame la ministre et malgré l’engagement pris par les banques de mettre en place, à compter de novembre 2009, une procédure simplifiée de changement de banque (concrètement, la banque s’occupe de tout), cette procédure est aujourd’hui comme hier un vrai parcours du combattant. 86 % des agences ne communiquent pas sur ce service, et 65 % des conseillers n’en parlent pas spontanément à un client qui vient pourtant changer de banque. Seuls 39 % des conseillers acceptent d’effectuer les changements de domiciliation bancaire… et 60 % refusent de récupérer la liste des prélèvements auprès de l’ancienne banque !

Enfin, les banques s’étaient engagées à effectuer les changements de domiciliation en cinq jours ouvrés. Mais dans la réalité, 27 % des conseillers disent que cela pendra plus de deux semaines, et 41 % plus d’un mois ! La mobilité s’ajoute donc à la liste, déjà bien longue, des promesses non tenues par les banques (gratuité des retraits d’espèces au guichet, information sur le droit au compte, etc.)… Bref, les banques continuent de faire tourner la machine à fausses promesses pour éviter tout cadre législatif… Combien de temps devrons-nous encore attendre pour qu’elles soient enfin soumises au droit ? Plus qu’à l’enquête, c’est aux propositions simples et concrètes de réforme que les pouvoirs publics devraient prêter attention… En la matière aussi, l’UFC-Que Choisir est « compétente » !

Les lieux de vie des parlementaires : chambres… à air pollué !

Mardi 24 août 2010

airinterieur

Il y un an, à l’appui d’un test accablant sur les moquettes, je vous avais parlé de la pollution de l’air intérieur. L’UFC-Que Choisir s’attaque à nouveau à cette question, en publiant aujourd’hui les résultats d’une enquête exclusive sur la pollution des lieux de vie des personnalités politiques ! La secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, ainsi que 35 députés et sénateurs, ont accepté de prêter leurs logements ou leurs bureaux à l’analyse.

Et comme pour les électeurs, le résultat de nos élus n’est guère brillant : chez les décideurs français aussi, la pollution de l’air intérieur est généralisée ! Pas de jaloux : sur les 36 analyses effectuées, 29 révèlent une qualité de l’air mauvaise (dont 9 très mauvaise), 7 une qualité de l’air moyenne, et aucune ne peut prétendre à la mention « bonne » ! La totalité des prélèvements présente de trois à quatre substances cancérigènes, parmi lesquelles du benzène et du formaldéhyde, classé polluant prioritaire par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur. 78 % dépassent la norme maximale recommandée pour le formaldéhyde! Quant au benzène, si les députés André Flajolet et Jérôme Lambert obtiennent ex-æquo la contamination la plus faible en conformité avec les recommandations, on relève dans l’échantillon du député Georges Colombier la teneur la plus élevée, équivalant à quatre fois la valeur repère fixée par la réglementation !

Mais mon propos n’est pas de stigmatiser les personnalités politiques, d’autant qu’elles ont aimablement prêté leur concours à cette enquête. Si les comportements individuels ont une influence (manque d’aération des logements, tabagie…), ce sont avant tout les produits de consommation (meubles, nettoyants ménagers, revêtements de sols, désodorisants…) qui sont à l’origine de ce cocktail chimique dont la dangerosité est encore accrue par le confinement des lieux où nous passons 85 % de notre vie. Et ces émanations sont loin d’être anodines : elles peuvent être responsables de cancers, de problèmes de fertilité ou d’allergies, qui affectent d’abord les plus fragiles. Comme tous les Français, les politiques sont exposés à la pollution de l’air intérieur, mais eux seuls peuvent agir en adoptant un texte volontariste pour lutter contre ce fléau sanitaire ! A bon entendeur…

Bonus-malus : l’électroménager aussi !

Jeudi 27 mai 2010

etiquetage

En matière d’électroménager, les Français doivent souvent payer cher pour consommer moins d’électricité. En d’autres termes : les appareils sobres en énergie sont souvent les plus coûteux à l’achat. C’est le principal enseignement de l’enquête qu’ont menée les associations locales de l’UFC-Que Choisir au mois de mars, en relevant les prix de plus de 7000 appareils (réfrigérateur-congélateur et sèche-linge) dans près de 1500 points de vente. Premier constat : l’étiquetage énergétique est à revoir. Comme les appareils sont classés de A à G, le consommateur croit bien faire en achetant un appareil noté A. Or, si un sèche-linge A est effectivement le moins gourmand en électricité, un réfrigérateur A est au contraire le plus énergivore ! Dans cette catégorie, il n’y a plus que du A, A+ et A++. Sauf qu’un frigo A++ ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval : les A++ ne représentent que 5 % du marché !

Et d’ailleurs, pourquoi se donner tout ce mal ? L’autre grand enseignement de notre enquête, c’est que l’investissement dans un appareil économe est non seulement coûteux, mais en prime pas toujours rentabilisé sur le long terme ! Pour un réfrigérateur, il faut dépenser en moyenne 85 euros de plus pour accéder à la classe A+, et 282 euros pour du A++. Pour un sèche-linge, c’est pire : plus 220 euros entre une classe C et une classe B ; et carrément 532 euros de plus pour passer de la C à la A. On aimerait alors croire que le consommateur éco-responsable rentabilisera cet achat en économisant sur ses factures d’électricité ultérieures. Que nenni ! Pour un frigo de catégorie A+, le surcoût sera rentabilisé au bout de dix ans. L’investissement permettant d’accéder à du A++ n’est, lui, jamais rentabilisé…

Pas étonnant alors que les consommateurs délaissent les appareils les plus économes. Il est grand temps que les pouvoirs publics prennent conscience de cette réalité : le combat écologique ne se gagnera pas contre les consommateurs, mais avec eux ! Pour cela, il est urgent de réactualiser l’étiquetage énergétique et de l’étendre à tous les appareils électriques. Et surtout, de créer un dispositif de bonus-malus pour l’électroménager, comparable à celui qui a déjà fait ses preuves dans l’automobile. Afin que la consommation verte ne fasse plus plonger nos finances dans le rouge !

Accord sur les marges: des mots, rien que des mots, toujours les mêmes maux !

Jeudi 20 mai 2010

supermarche

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre lundi la tenue d’une réunion à l’Elysée sur les marges alimentaires, dossier consumériste cher à l’UFC-Que Choisir, sans que les consommateurs ne soient bien évidemment invités ! Pire,  j’ai constaté  amèrement que Michel-Edouard Leclerc avait été « promu » porte-parole du gouvernement puisque c’est lui qui a évoqué les principes aux contours flous contenus de cet accord entre distributeurs et producteurs signé sous l’égide présidentielle. Comme par hasard, l’accord a été annoncé en fanfare à la veille de la discussion du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche au Sénat. On voudrait éviter une disposition contraignante pour lutter contre des prix alimentaires abusivement gonflés par des marges  injustifiées qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

En effet, cette gesticulation médiatique n’a qu’un but : parler à la marge du problème des marges alimentaires. En décembre dernier, l’UFC-Que Choisir démontrait qu’industriels et distributeurs profitent des évolutions intervenues ces dernières années sur les prix des denrées agricoles pour gonfler leurs marges. Cette enquête vient d’être actualisée, et les résultats confirment  l’accablant constat ! Concrètement, entre avril 2000 et avril 2010 :
- le prix du lait demi-écrémé a augmenté de 16 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
- le prix de la volaille a augmenté de 38 % alors que le prix de la matière première a baissé de 19 % ;
- le prix du rôti de porc a augmenté de 23 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
- le prix du bœuf a augmenté de 34 % alors que le prix de la matière première a baissé de 4 %.

Loin de freiner leurs pratiques de prix inadmissibles, les industriels et la distribution ont continué à se servir des évolutions des prix agricoles pour améliorer leur profitabilité, sur le dos du consommateur ! Alors vraiment, comment admettre qu’un accord sans valeur contraignante et de portée limitée, aux seuls fruits et légumes, puisse régler le problème? Au-delà de ces farces médiatiques, il importe que les parlementaires enrichissent la loi de modernisation agricole en instaurant un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles bruts ou peu transformés. Plus de 250 d’entre eux étaient intervenus auprès du gouvernement en ce sens après la campagne de dénonciation menée par nos associations locales à l’automne dernier. Faute d’action gouvernementale, à eux, aujourd’hui, de reprendre la main, pour que le règlement de la crise des prix alimentaires n’oublie pas que les producteurs ne sont pas les seules victimes des abus: il y aussi les consommateurs !