Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

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Lutte contre l’obésité : un engagement de poids ?

Mardi 25 mai 2010

enfantobese

Suite au rapport remis par Anne de Danne, Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi un plan triennal de lutte contre l’obésité. Dans l’ensemble, les mesures sont tout à fait louables et prennent en compte le caractère multifactoriel de l’obésité : amélioration de l’alimentation scolaire et collective, encouragement de l’activité physique à l’école, dépistage et prise en charge de l’obésité infantile, lutte contre la discrimination des personnes concernées… Mais l’Elysée a totalement occulté les aspects consuméristes ! Rien sur les profils nutritionnels (des recettes moins grasses, moins sucrées, moins salées) ; le chef de l’Etat semble s’en tenir aux engagements volontaires pris par la filière. Or, alors que les enfants consomment actuellement de l’ordre de 100g de sucres par jour en moyenne (bien plus que les apports journaliers recommandés par l’OMS), les promesses des industriels feraient baisser ce chiffre de… seulement 1g ! Ridicule. Autre point faible du plan annoncé par le Président de la République : le marketing alimentaire. Le harcèlement nutritionnel reste massif durant les heures de grande écoute des enfants où se concentrent les spots pour les sodas, confiseries et fast-foods… L’Elysée ne semble pas décidé à mettre au régime la pression publicitaire !

Et puis, les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy restent très vagues. Rien n’est dit des modalités de réalisation effective de ces propositions ! Ainsi, comment sera mesurée la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants? Comment sera financée la prise en charge des personnes souffrant d’obésité ? On n’en sait rien ! Ce flou laisse planer de sérieux doutes sur une réelle volonté d’agir. Signe que tout ceci n’est pas la priorité des pouvoirs publics : les annonces de vendredi ont été faites par le biais d’un simple communiqué de presse… On est loin de la gesticulation médiatique autour de l’accord sur les marges. D’ailleurs, le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions ? En ces temps de crise et de restriction budgétaire, les sommes allouées à la lutte contre l’obésité risquent, hélas, d’être bien maigres !

Accord sur les marges: des mots, rien que des mots, toujours les mêmes maux !

Jeudi 20 mai 2010

supermarche

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre lundi la tenue d’une réunion à l’Elysée sur les marges alimentaires, dossier consumériste cher à l’UFC-Que Choisir, sans que les consommateurs ne soient bien évidemment invités ! Pire,  j’ai constaté  amèrement que Michel-Edouard Leclerc avait été « promu » porte-parole du gouvernement puisque c’est lui qui a évoqué les principes aux contours flous contenus de cet accord entre distributeurs et producteurs signé sous l’égide présidentielle. Comme par hasard, l’accord a été annoncé en fanfare à la veille de la discussion du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche au Sénat. On voudrait éviter une disposition contraignante pour lutter contre des prix alimentaires abusivement gonflés par des marges  injustifiées qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

En effet, cette gesticulation médiatique n’a qu’un but : parler à la marge du problème des marges alimentaires. En décembre dernier, l’UFC-Que Choisir démontrait qu’industriels et distributeurs profitent des évolutions intervenues ces dernières années sur les prix des denrées agricoles pour gonfler leurs marges. Cette enquête vient d’être actualisée, et les résultats confirment  l’accablant constat ! Concrètement, entre avril 2000 et avril 2010 :
- le prix du lait demi-écrémé a augmenté de 16 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
- le prix de la volaille a augmenté de 38 % alors que le prix de la matière première a baissé de 19 % ;
- le prix du rôti de porc a augmenté de 23 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
- le prix du bœuf a augmenté de 34 % alors que le prix de la matière première a baissé de 4 %.

Loin de freiner leurs pratiques de prix inadmissibles, les industriels et la distribution ont continué à se servir des évolutions des prix agricoles pour améliorer leur profitabilité, sur le dos du consommateur ! Alors vraiment, comment admettre qu’un accord sans valeur contraignante et de portée limitée, aux seuls fruits et légumes, puisse régler le problème? Au-delà de ces farces médiatiques, il importe que les parlementaires enrichissent la loi de modernisation agricole en instaurant un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles bruts ou peu transformés. Plus de 250 d’entre eux étaient intervenus auprès du gouvernement en ce sens après la campagne de dénonciation menée par nos associations locales à l’automne dernier. Faute d’action gouvernementale, à eux, aujourd’hui, de reprendre la main, pour que le règlement de la crise des prix alimentaires n’oublie pas que les producteurs ne sont pas les seules victimes des abus: il y aussi les consommateurs !