Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘intermédiaires’

Réunion ministérielle : stupeur et tremblements

Vendredi 4 février 2011

supermarche

J’ai appris avec stupeur la tenue, mercredi matin, d’une réunion conviée par le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et par le secrétaire d’Etat Frédéric Lefèbvre. Les deux ministres y ont appelé les représentants du secteur agricole et agroalimentaire et ceux de la grande distribution à une hausse « juste et contrôlée » des prix alimentaires. Car sur les marchés agricoles, les prix flambent depuis six mois : + 68 % pour le blé, + 56 % pour le maïs, + 35 % pour les tourteaux de soja… Surprise, aucune association de consommateurs n’était présente !  Tremble, consommateur, car lorsque les décideurs débattent entre eux des prix alimentaires, c’est rarement bon pour ton porte-monnaie ! Le comble, c’est que les ministres ont bien insisté sur leur volonté de défendre le pouvoir d’achat des  Français ! « Il faut trouver un juste équilibre entre la nécessaire rémunération des producteurs agricoles et la défense du pouvoir d’achat des consommateurs », a estimé Bruno Le Maire. Mais alors comment expliquer que le consommateur soit le seul protagoniste exclu des discussions ?

De l’aveu même des professionnels, la réunion s’est d’ailleurs avérée décevante. Les appels incantatoires à une augmentation modérée n’ont été suivis d’aucune mesure concrète. A contrario, Bruno Le Maire prépare les esprits en annonçant des hausses inéluctables ! Des hausses, rien que des hausses… Il faut avoir la mémoire courte pour oublier que depuis deux ans, les baisses des prix agricoles ont été captées par les intermédiaires, qui ont profité de l’effet cliquet en ne baissant presque jamais leurs prix. Une astuce qui leur a rapporté par exemple 1,6 milliards d’euros pour le lait de consommation, et 7,7 milliards pour le poulet !

Je refuse catégoriquement que le consommateur supporte les hausses annoncées, alors qu’il n’a pas profité des baisses depuis deux ans ! De plus, il est grand temps que soit mis en place un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles peu ou pas transformés, seul outil susceptible d’éviter de nouveaux dérapages !

Viande bovine : ne prenons pas les Français pour des veaux !

Mardi 25 janvier 2011

veaux

Dans le quotidien d’un président de l’UFC-Que Choisir, il y a parfois des parodies de concertation qu’il faut dénoncer avec force. Mais il arrive aussi qu’il n’y ait pas de concertation du tout, et là les bras m’en tombent ! C’est pourtant ce qu’a fait Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire des prix et des marges, qui vient de réaliser l’exploit de rendre un rapport lénifiant sur le prix de la viande bovine… sans avoir entendu les principaux intéressés !

L’UFC-Que Choisir dénonce depuis longtemps l’existence de marges injustifiées, notamment sur les viandes. La création en 2007 de l’Observatoire des prix et des marges promettant de faire toute la lumière sur la formation des prix, et la nomination de l’UFC-Que Choisir comme membre de celui-ci, avait redonné un peu d’espoir… Mais les tarifs de la viande bovine en rayon continuent à progresser inexorablement, tandis que le prix payé aux éleveurs stagne à des niveaux désespérément bas. Qu’à cela ne tienne, Bruno Le Maire a mandaté l’Observatoire pour enquêter. Et eurêka, en moins de trois mois Philippe Chalmin livrait un rapport préliminaire stupéfiant. Surtout pour la filière agricole et les consommateurs qui, bien que membres de l’Observatoire, n’ont pas été entendus et n’ont pas eu connaissance du rapport avant sa publication… contrairement aux industriels et à la grande distribution, conviés dans le groupe de travail !

Malgré des annonces tonitruantes, le rapport est sans surprise : la marge brute des intermédiaires progresse de manière continue (un scoop… que nous avions démontré il y a deux ans !). Quant à pouvoir distinguer la marge de l’industrie de celle de la distribution, on n’y voit que pouic. Voilà qui n’a pas empêché M. Chalmin de foncer sur des conclusions aussi surprenantes que sa méthode : si la marge brute a augmenté, c’est la faute aux exigences des consommateurs ! Et Chalmin de dresser une liste de frais sans chiffrage : la traçabilité (mise en place il y a 10 ans !), les nouvelles normes environnementales, la date limite de consommation (qui n’est pas non plus une nouveauté), les emballages… sont seuls coupables ! «Il n’y a pas de vilain ni de méchant», déclare même le brillant économiste. Quelle démonstration percutante ! Bref comme Alice, on est au pays des merveilles, dormez tranquilles bonnes gens, puisque les industriels et la grande distribution veillent à vos intérêts !

Après le temps des semailles, celui des moissons ?

Jeudi 29 avril 2010

tracteur

Mardi, les tracteurs circulaient sous les fenêtres de l’UFC-Que Choisir ! Une vision quasi surréaliste en plein Paris… Et une stratégie maligne des agriculteurs : à trois semaines du début de la discussion au Sénat du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, ils n’ont pas manqué de rappeler aux Français et à leurs élus leurs revendications.

Le texte, dont les sénateurs s’empareront le 18 mai, donne notamment à l’État la mission de veiller à la confiance dans les relations commerciales concernant la répartition des marges. Ca tombe bien ! L’UFC-Que Choisir a une très bonne idée pour remettre un peu d’ordre en la matière ! Souvenez-vous : en décembre dernier, l’association alertait sur les abus constatés au niveau des marges des produits agricoles peu transformés. L’enquête a montré que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles pour accroître leurs marges. Face à ces dysfonctionnements, une solution : instaurer un coefficient multiplicateur pour tous les produits bruts et peu transformés. Espérons que l’UFC-Que Choisir n’aura pas besoin de sortir les tracteurs pour faire valoir cette proposition auprès des parlementaires !