Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘internet’

Une nouvelle réunion de la mission Zelnik sans les consommateurs… une réunion de trop ?

Mercredi 16 décembre 2009

zelnik

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que la mission Zelnik a tenu lundi une réunion avec « l ’ensemble » des parties concernées par l’amélioration de l’offre légale… à l’exception notable des consommateurs ! C’est donc la deuxième fois que se réunit cet aréopage (chargé de réfléchir à l’offre de contenus culturels sur Internet) sans en informer l’UFC-Que Choisir, ni même la plateforme Création, Public et Internet. La mission se targue de faire preuve d’ouverture, mais ce n’est qu’une façade : elle a auditionné l’UFC-Que Choisir et promis de réfléchir à toutes les solutions proposées. Mais le ministre de la Culture a rapidement verrouillé les travaux : pas question que la mission propose une solution de type contribution créative (payée par tous les consommateurs -environ 5€ par mois- contre un droit à télécharger).

Les dysfonctionnements du secteur semblent également absents de la feuille de route de la mission. Par exemple, le difficile accès aux catalogues des producteurs de disques ou de films par les détaillants ou les diffuseurs du web constitue un frein évident au développement de l’offre commerciale.

La mission s’arc-boute sur une seule question: où trouver de l’argent pour quelques industriels qui ne veulent pas se donner la peine de s’adapter à l’ère du numérique ? Et cela, sans jamais réclamer la moindre contrepartie ! Une fois de plus le consommateur, ignoré lorsqu’il s’agit de faire des propositions, sera sollicité lorsque se posera la question du financement de tous les petits cadeaux accordés aux industriels de la création. Que ce soit une taxe sur les abonnements, une participation directe (le « 1€ par mois » proposé par la SACEM et l’ADAMI) ou un système de défiscalisation des achats, c’est le consommateur in fine qui supportera le coût.

Cette position est d’autant plus paradoxale que le gouvernement et certains lobbies de la culture ont à plusieurs reprises critiqué la proposition de l’UFC-Que Choisir d’une contribution créative comme étant trop catégorique puisque impliquant une contribution de tous les consommateurs, même ceux qui ne téléchargent pas. Mais lorsqu’il s’agit de faire contribuer le consommateur sans la moindre contrepartie, le problème n’existe plus !

Je ne peux manquer de dénoncer à nouveau ce double discours, qui ne peut plus durer. La mission Zelnik est déjà un échec… Elle doit être suspendue pour faire place à une vraie réflexion de fond, avec des experts indépendants. Il faudrait par exemple envisager que l’Autorité de la concurrence soit saisie sur les problèmes d’accès au marché de gros des œuvres… Mais aujourd’hui, la mission Zelnik semble plus encline à faire parler les amitiés  qu’à réfléchir aux vrais problèmes…

Navigateurs : Windows ouvrira-t-il enfin la porte à la concurrence ?

Vendredi 6 novembre 2009

navigateurs

Peut mieux faire ! C’est l’appréciation que je donne à Microsoft suite aux propositions faites par le géant américain pour restaurer un peu de concurrence dans le domaine des navigateurs internet. En liant, depuis des années, son navigateur Internet Explorer à ses systèmes d’exploitation Windows, Microsoft a fini par s’attirer les foudres de la Commission européenne. Début 2009, l’exécutif européen a communiqué ses griefs à la firme : ces pratiques portent préjudice à la concurrence entre les différents navigateurs web du marché, compromettant l’innovation en matière de produits et limitant, au final, le choix des consommateurs. Car grâce à cette vente liée, véritable arme de destruction massive de la concurrence, Internet Explorer équipe aujourd’hui 90 % des PC dans le monde !

Mais, pas folle la guêpe, les pistes avancées par Microsoft ne feraient que décoiffer à peine (et encore !) son monopole. Après d’âpres négociations, l’intéressé a accepté que les utilisateurs aient le choix du navigateur lors de la première installation de Windows via le « ballot screen », une fenêtre à choix multiple proposant des alternatives à Internet Explorer : Firefox, Opera, Chrome… Certes, mais le « ballot screen » s’ouvrirait dans le navigateur… Internet Explorer, ce qui risque d’influencer considérablement l’utilisateur, souvent pressé ! Pourquoi changer une équipe qui gagne ? De plus, l’internaute pourrait repousser à volonté son arbitrage ; rien ne le contraint donc à chercher les informations nécessaires à une utilisation optimale de sa machine ! Et surtout, le choix n’est proposé qu’au cours des mises à jour.

Sur les machines neuves, il devrait au contraire être imposé lors du tout premier démarrage, dans une fenêtre indépendante et non estampillée Internet Explorer afin de ne pas influencer le consommateur peu averti. Sur votre vieux PC, la sélection du navigateur pourrait s’effectuer via une mise à jour, mais avec une condition sine qua non : que l’utilisateur soit contraint de prendre une décision dans les jours suivants. Malheureusement, Microsoft ne semble pas mûr pour une telle révolution ! Le motif invoqué est d’une originalité folle : trop cher, trop long à réaliser.

Consommateurs et opérateurs du marché ont jusqu’à samedi pour donner leur avis sur les pistes avancées. Espérons que la Commission les écoutera, et ouvrira grand la porte à la concurrence.

Mettons la pression sur la question du débit !

Vendredi 9 octobre 2009

netsousinfluence

Avez-vous déjà été vécu cette étrange malédiction, votre navigateur « ramant » désespérément sur l’un de vos sites préférés ? Et bien vous avez peut-être été victime d’une atteinte à la neutralité du net. Un exemple ? Lorsque Dailymotion a proposé une rémunération jugée trop basse par Neuf pour l’utilisation de son réseau, le fournisseur d’accès a carrément diminué la bande passante du site ! Dailymotion a préféré se fermer aux internautes utilisant Neuf plutôt que d’offrir un service dégradé.

Le principe de la neutralité du net est menacé par le Paquet Télécom, une série de directives qui fait en ce moment l’objet d’une difficile conciliation entre le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Un internet neutre ne tolère aucune barrière liée à la source, la destination ou le contenu de l’information transmise via le réseau. La remise en cause de ce principe pourrait avoir de graves conséquences (internet à deux vitesses en fonction de votre abonnement, etc.).

Le vote du Paquet Télécom en l’état pourrait donc engendrer la multiplication des incidents de type Dailymotion. Pourtant, les rapporteurs du texte (dont l’ancienne ministre de la culture Catherine Trautmann) n’ont pas voulu rouvrir le débat sur la neutralité du net. Tout l’enjeu se concentre aujourd’hui sur un seul amendement encore ouvert à la discussion, l’amendement 138. Originellement prévu pour barrer le passage à la loi Hadopi, il prévoit qu’« aucune restriction ne peut être imposée aux droits et libertés fondamentaux des utilisateurs finaux sans décision préalable des autorités judiciaires ». Or le Conseil s’y oppose ! Pourtant, cette petite phrase en apparence anodine est le dernier rempart protégeant les citoyens européens contre des blocages ou des limitations de l’accès au net. Le Parlement doit tenir bon : allez Catherine, courage !!

Internet à l’étranger, gare à la facture !

Vendredi 18 septembre 2009

roaming

Après avoir laissé pendant un temps les smartphones à une clientèle d’hommes d’affaires et de professionnels, les Français sont en train de s’approprier ces terminaux téléphoniques. Ils connaissent un succès croissant, séduisent de plus en plus d’ados et sont même devenus des accessoires de mode à part entière… Au point qu’on en deviendrait presque honteux de sortir son vieux portable !

Le problème c’est que cette technophilie peut coûter cher. En France, passe encore, les tarifs sont élevés mais connus, et les opérateurs rivalisent de forfaits « illimités » pour convaincre leurs abonnés. C’est à l’étranger que ça se gâte : une fois qu’on a pris goût à la connexion partout et tout le temps, pas question de renoncer à internet en voyage. D’autant que loin de la maison, l’internet mobile est encore plus utile. Malheureusement, se connecter depuis l’étranger s’avère ruineux. Bien plus onéreux encore qu’appeler ou envoyer des SMS : les opérateurs français facturent leurs clients de 5 à 9€ le mégabit (5€ chez Bouygues, 7€ chez SFR et jusqu’à 9€ chez Orange, en dehors des offres spécifiques). Or le simple transfert d’une photo de qualité moyenne nécessite plus de 1 Mo. Envoyer une photo de vacances à sa famille ou à ses amis en guise de carte postale revient donc très, très cher !

Une situation d’autant moins acceptable qu’à l’intérieur de l’Union européenne, l’encadrement des prix de gros permet aux opérateurs de payer au plus 1€ le mégabit. Las : les connexions internet en roaming sont devenues le nouvel eldorado des opérateurs, qui se sucrent d’autant plus largement au passage qu’ils ne peuvent plus le faire sur les communications téléphoniques et SMS. Pourtant, certains opérateurs étrangers jouent le jeu : l’italien 3 facture 2,10€ le mégabit, et le britannique T-Mobile 1,79€. Mais en France ou en Espagne, l’encadrement des prix de gros a eu pour seule conséquence de faire exploser les marges des opérateurs sur ces services. Il y a urgence à encadrer les tarifs au détail, comme pour les appels et SMS échangés à l’intérieur de l’Union européenne, pour lesquels une nouvelle baisse est entrée en vigueur le 1er juillet (voir ma note du 15 juillet). En attendant, mieux vaut privilégier le bon vieux cybercafé !

Hadopi : le point Godwin est atteint

Vendredi 11 septembre 2009

pirates

Mercredi, le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique –un nom délicieusement désuet à l’ère du MP3) a dévoilé les chiffres du marché du disque. Et les temps sont durs : le marché de la musique enregistrée a une nouvelle fois marqué le pas (–17,8 %) au premier semestre 2009. Dans un contexte de crise, la progression continue du marché numérique sauve quand même les meubles (+3 %, alors que le disque physique lâche 21 %), et devrait amener les majors à s’interroger sur leur modèle économique. Mais le Snep préfère estimer que la trop faible augmentation du marché numérique est due à la « malhonnêteté intellectuelle » et à la « démagogie » des opposants à Hadopi. Christophe Lameignère, le président du Snep et patron de Sony Music France, en a même perdu ses nerfs. D’après le quotidien Métro, il aurait mené mercredi une nouvelle charge contre les opposants à la loi, n’hésitant pas à asséner cette phrase dont je vous laisse mesurer toute la pertinence dans le débat qui nous occupe : « Ces gens-là, ils auraient vendu du beurre aux Allemands pendant la guerre ! »

Je tiens à féliciter Christophe Lameignère, qui a donc atteint le « point Godwin ». Il s’agit du recours, lors d’une discussion, à une comparaison impliquant les nazis ou Hitler. Ici, les collaborateurs pendant la seconde guerre mondiale. Le point Godwin signifie l’échec du débat. Non content de traiter les opposants à Hadopi de collabos, Christophe Lameignère a également estimé que les pirates manifestent « une attitude totalitaire en stigmatisant une opinion » (celle des pro-Hadopi). « Ces gens-là sont planqués derrière leurs ordinateurs, ils prennent des pseudonymes parce que ce sont des voleurs à la petite semaine qui n’ont aucun courage. On ne peut pas avoir confiance dans des gens qui dénoncent ». La dernière phrase ne manque pas de sel quand on connaît le contenu de la loi que le gouvernement s’acharne à faire voter…

Chers internautes défavorables à la loi Hadopi, je vous laisse apprécier ces insultes. Je suis consterné par la vision manichéenne que Christophe Lameignère, et avec lui une partie de l’industrie musicale, se fait du monde : d’un côté les honnêtes citoyens et les artistes talentueux, fervents partisans de la loi. De l’autre les opposants, des pirates, des « voleurs », des bons à rien « qui n’ont rien fait pour la création » (sic). Cette vision binaire arrange évidemment les tenants d’Hadopi. Mais un tel mépris pour le public, une telle obstination dans la volonté implacable de faire voter la loi n’apportera rien de bon. Et explique sans doute l’absence de représentant des consommateurs dans la commission Zelnik, installée la semaine dernière par Frédéric Mitterrand et chargée d’engager une réflexion sur l’offre de contenus sur internet et sur la rémunération de la création. Présidée par le producteur Patrick Zelnik, la commission se compose de Jacques Toubon et de Guillaume Cerutti ; mais aucun représentant des internautes n’a été convié. En l’absence des consommateurs, on voit mal quelle pertinence auront les conclusions de cet aréopage.