Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘médicament’

Tous au Tamiflu® ! (y’en aura pour tout le monde…)

Mercredi 3 février 2010

tamiflu

Depuis un mois et demi, la Direction générale de la santé demande aux médecins de prescrire du Tamiflu® dans tous les cas de grippe A présumée. Une recommandation qui se fonde « sur [des] propositions des experts ». Après les 94 millions de vaccins commandés qu’il faut désormais écouler à toute force, voilà que le gouvernement, en VRP de luxe, s’attaque aux 24 millions de traitements Tamiflu® -la France concentrerait à elle seule le tiers des stocks mondiaux !

Problème : personne n’arrive à savoir qui sont les « experts » en question. Et pour cause : à ce jour, aucune étude scientifique n’étaie une telle recommandation ! Elles existent bien concernant l’efficacité du Tamiflu® dans le traitement de la grippe saisonnière, oui, mais rien sur la grippe A. Sans compter que les études sur la grippe saisonnière ont montré les limites de ce médicament chez certains groupes de patients…

Des syndicats et des associations de médecins se sont ouvertement émus de ce manque de transparence. Mais les données scientifiques fiables se font toujours attendre ! Voilà qui fait désordre, quand on sait que le Tamiflu® a coûté 247 millions d’euros à la collectivité. Je demande donc instamment au gouvernement de divulguer les preuves de l’efficacité du Tamiflu® contre la grippe A ainsi que les noms des experts et leurs éventuels liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.

Directive médicament : bonne année, bonne santé ?

Jeudi 4 janvier 2007

L’année 2007 débute par un cadeau gouvernemental… à l’industrie pharmaceutique. Sous couvert de la transposition de la Directive médicament, le gouvernement légifère dans le domaine sensible de la publicité relative aux médicaments prescrits. Comble de la sémantique, le gouvernement qui veut encourager l’automédication, passe par les ordonnances… pour mieux contourner le débat démocratique. Le projet de loi portant transposition de diverses dispositions d’ordre communautaire constitue ainsi une loi d’habilitation aux fins de permettre au gouvernement de lever tout obstacle à une communication directe des firmes vers les patients. Rédigée de manière aussi claire que la composition des médicaments, l’article d’habilitation dispose que le gouvernement peut prendre les mesures pour « régir les actions d’accompagnement des patients soumis à des traitements médicamenteux, conduites par les établissements pharmaceutiques, et définir les conditions de leur contrôle par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé »… Comment considérer que ces programmes puissent n’avoir d’autres visées que l’aspect financier avec comme seul objectif la fidélisation de la clientèle et l’augmentation de la quantité consommée ? Par définition, une firme pharmaceutique ne peut parler objectivement de ses médicaments, elle les présentera toujours de manière à les faire vendre… Le gouvernement craindrait-il qu’à l’instar de la discussion intervenue au niveau européen, les députés rejettent toute publicité relative aux médicaments ? Comment peut-il, après les désastreuses expériences américaines et néozélandaises, admettre en France ce type de pratique, qui loin d’accroître l’information des patients concernant les problèmes de santé ne vise qu’à stimuler la vente de leurs produits ? Sacrifiera-t-il la santé des consommateurs sur l’autel des intérêts des groupes pharmaceutiques ? Autant de questions qui ne sauraient se dissoudre tel un comprimé effervescent…

A ce jour, seuls les États-Unis d’Amérique et la Nouvelle-Zélande ont admis la publicité directe au public pour les médicaments sur prescription … Les différentes analyses relatives à l’impact de cette légalisation convergent pour souligner les conséquences dramatiques pour les consommateurs… En effet, loin d’être bénin, l’investissement publicitaire a représenté aux Etats-Unis plus de 4 milliards de dollars en 2004 ce qui a évidemment eu un effet sur les ventes. En effet 48 % des médicaments vendus correspondent aux médicaments promus par la publicité. Plus grave, les études sur le service médical rendu des médicaments promus à la télévision sont souvent postérieures à leur promotion, ce qui n’est pas sans risques pour la santé du public. Faut-il ici rappeler l’affaire du Vioxx ? Les premières données publiées sur les risques cardiaques sont apparues en 2000, soit un an après la mise sur le marché. Le Vioxx a fait l’objet d’une publicité directe extraordinaire, représentant cinq cents millions de dollars en cinq ans, soit plus que Pepsi-Cola ! En 2005, David Graham, de la FDA (Food and Drug Administration (FDA)) , a estimé que ce produit avait provoqué entre 88 000 et 139 000 crises cardiaques supplémentaires. Ce précédent aurait du constituer un frein à la légalisation de la publicité des médicaments mais le lobby pharmaceutique a œuvré et en 2001, la Commission européenne proposait d’admettre à dose homéopathique la publicité relative aux médicaments, en la limitant à ceux pour l’asthme, le diabète et l’infection par le HIV. Garant des intérêts des citoyens, les députés européens n’ont pas été sensibles à l’appel sirupeux des firmes pharmaceutiques et ont refusé par 494 voix contre et 42 cette proposition.

Après avoir été sortie par la porte européenne, la publicité pour les médicaments prescrits tentent donc d’entrer par le fenêtre nationale… sans réel débat démocratique et sans véritable contrôle du parlement sur l’action gouvernementale… En cette période de vœux, on ne peut que souhaiter que les députés refusent cette instrumentalisation de la santé à des fins commerciales… Bonne année et bonne santé à tous !