Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

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Hadopi : la répression en marche forcée, l’offre légale toujours au bord du chemin !

Mercredi 22 septembre 2010

loi-creation-internet-artistes

Ca y est ! Après le bourbier législatif que constitua la discussion du ou plutôt des projets de loi Hadopi, le bourbier juridique des différents recours auprès du Conseil d’Etat sur ces textes à la vision liberticide et réductrice de l’Internet, la marche forcée vers la répression massive du téléchargement a été entamée hier… En effet, l’Hadopi vient de confirmer qu’elle venait d’envoyer les premières demandes d’identification des adresses IP procédant à des téléchargements aux fournisseurs d’accès à Internet… Le gouvernement s’est bien gardé d’officialiser cette nouvelle.

Il faut dire que l’Hadopi fait la preuve de son désengagement sur un sujet attendu par tous, à savoir le développement de l’offre légale. Rappelons en effet que, fraîchement nommé ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand avait indiqué que la répression du téléchargement s’accompagnerait du développement de l’offre légale. Le rapport Zelnik commandé dans ce cadre et rendu en janvier dernier, reprenait d’ailleurs une proposition de l’UFC-Que Choisir sur la gestion collective, qui aurait permis de développer l’offre légale. Mais le lobby de l’industrie culturelle s’y est opposé et un médiateur a été nommé -Emmanuel Hoog. Mais rien n’a été fait depuis… Emmanuel Hoog a été nommé à l’AFP et le développement de l’offre légale est resté dans les cartons ! Loin de se développer, l’offre légale est même en repli comme l’illustre la disparition du site Jiwa. Bref, avec l’amorce du système Hadopi hier, le gouvernement semble bel et bien décidé à fermer le robinet de la culture via le téléchargement, sans pour autant ouvrir les vannes des alternatives légales… C’est quand même un comble qu’en matière numérique, l’accès à la culture se fasse en très bas débit !

Hadopi : le point Godwin est atteint

Vendredi 11 septembre 2009

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Mercredi, le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique –un nom délicieusement désuet à l’ère du MP3) a dévoilé les chiffres du marché du disque. Et les temps sont durs : le marché de la musique enregistrée a une nouvelle fois marqué le pas (–17,8 %) au premier semestre 2009. Dans un contexte de crise, la progression continue du marché numérique sauve quand même les meubles (+3 %, alors que le disque physique lâche 21 %), et devrait amener les majors à s’interroger sur leur modèle économique. Mais le Snep préfère estimer que la trop faible augmentation du marché numérique est due à la « malhonnêteté intellectuelle » et à la « démagogie » des opposants à Hadopi. Christophe Lameignère, le président du Snep et patron de Sony Music France, en a même perdu ses nerfs. D’après le quotidien Métro, il aurait mené mercredi une nouvelle charge contre les opposants à la loi, n’hésitant pas à asséner cette phrase dont je vous laisse mesurer toute la pertinence dans le débat qui nous occupe : « Ces gens-là, ils auraient vendu du beurre aux Allemands pendant la guerre ! »

Je tiens à féliciter Christophe Lameignère, qui a donc atteint le « point Godwin ». Il s’agit du recours, lors d’une discussion, à une comparaison impliquant les nazis ou Hitler. Ici, les collaborateurs pendant la seconde guerre mondiale. Le point Godwin signifie l’échec du débat. Non content de traiter les opposants à Hadopi de collabos, Christophe Lameignère a également estimé que les pirates manifestent « une attitude totalitaire en stigmatisant une opinion » (celle des pro-Hadopi). « Ces gens-là sont planqués derrière leurs ordinateurs, ils prennent des pseudonymes parce que ce sont des voleurs à la petite semaine qui n’ont aucun courage. On ne peut pas avoir confiance dans des gens qui dénoncent ». La dernière phrase ne manque pas de sel quand on connaît le contenu de la loi que le gouvernement s’acharne à faire voter…

Chers internautes défavorables à la loi Hadopi, je vous laisse apprécier ces insultes. Je suis consterné par la vision manichéenne que Christophe Lameignère, et avec lui une partie de l’industrie musicale, se fait du monde : d’un côté les honnêtes citoyens et les artistes talentueux, fervents partisans de la loi. De l’autre les opposants, des pirates, des « voleurs », des bons à rien « qui n’ont rien fait pour la création » (sic). Cette vision binaire arrange évidemment les tenants d’Hadopi. Mais un tel mépris pour le public, une telle obstination dans la volonté implacable de faire voter la loi n’apportera rien de bon. Et explique sans doute l’absence de représentant des consommateurs dans la commission Zelnik, installée la semaine dernière par Frédéric Mitterrand et chargée d’engager une réflexion sur l’offre de contenus sur internet et sur la rémunération de la création. Présidée par le producteur Patrick Zelnik, la commission se compose de Jacques Toubon et de Guillaume Cerutti ; mais aucun représentant des internautes n’a été convié. En l’absence des consommateurs, on voit mal quelle pertinence auront les conclusions de cet aréopage.