SIAL : des innovations alimentaires qui ont de quoi écœurer
Jeudi 2 novembre 2006
Le Salon International de l’Alimentation 2006, SIAL, a fermé ses portes laissant dans les mémoires, ça vaut souvent mieux que sur l’estomac, une série de produits aussi originaux que futiles… Des bananes à fermeture éclair aux tubes de tartare de viande de bœuf, en passant par les pastilles de vin fondant sous la langue, la palette de produits présentés cette année reflétait les trésors d’imagination des industriels qui n’oublient pas d’annoncer fièrement se mettre à l’heure de la lutte contre l’obésité… Ainsi était également présentée une multitude de produits « santé » tels que les olives aux anchois sans cholestérol, une boisson énergisante au gingembre, des steaks hachés de poissons aux actifs marins… Une nouvelle fois, les industriels gavent les consommateurs jusqu’à l’indigestion d’allégations nutritionnelles et de santé dont la crédibilité reste douteuse.
Les consommateurs seront-ils dupes de cette « campagne sanitaire » de l’agroalimentaire ? Faute d’encadrement efficace, la plupart des mérites allégués ne sont que des trompe-l’œil masquant des taux de sel, sucre ou matières grasses trop élevés. Cette absence de texte est d’autant plus préoccupante qu’en outre le marché des alicaments, désormais appelé PHOOD (contraction de Pharmacy et de Food), ne cesse de croître. 13 % des nouveaux produits alimentaires lancés en 2005 étaient des produits « light » contre 11 % en 2004.
Si l’appétit sanitaire de l’industrie agrolimentaire était aussi grand qu’elle le prétend, alors elle ne limiterait pas son action à quelques produits mais chercherait à restreindre les sucres et les matières grasses dans l’ensemble de ses produits. Si des progrès sont à signaler s’agissant du sel, le chemin d’une offre alimentaire plus saine est encore long… Ainsi, alors que l’obésité est aujourd’hui un véritable fléau sanitaire (5.9 millions d’obèses en France), comment expliquer qu’une grande partie des nouveaux produits proposés par l’industrie agrolimentaire lors du SIAL soient conçus pour le grignotage, un des principaux facteurs d’obésité ? Si les conséquences sanitaires n’étaient pas aussi dramatiques, la découverte des rondelles de banane au chocolat, des pizzas en bâtonnet et autre Ketchup râpé aurait pu me faire sourire. On est en réalité bien loin du rêve éveillé de Charlie visitant la chocolaterie… Là au moins le délire et l’excès sont parfaitement assumés.
Rendra-t-on encore responsable le consommateur de consommer cette malbouffe promue à grand renfort marketing ? Et fera-t-on alors encore longtemps l’impasse sur la nécessité de réguler l’innovation de l’industrie alimentaire qui n’a de cesse d’essayer de nous faire avaler n’importe quoi n’importe quand, à nous et à nos enfants ?





