Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

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Les Français souffrent d’obésité, les pouvoirs publics de cécité !

Mardi 11 mai 2010

frites

La dernière enquête ObEpi l’a montré : aujourd’hui, seul un Français sur deux peut être considéré comme ayant un poids normal. La France s’arrondit, année après année : alors que les obèses ne représentaient que 8,5 % de la population en 1997 (autant dire hier !), ils étaient 14,5 % en 2009. Les nutritionnistes le reconnaissent : les messages nutritionnels ne suffisent plus. Il faut aller plus loin. Mais alors, que font nos politiques ? Si les Français grossissent, seraient-ils de leur côté atteints de cécité ?

Car sur ce terrain, je ne compte plus les reculades observées ces derniers mois. Alors que l’UFC-Que Choisir appelle depuis longtemps à des mesures franches, rien n’est fait au niveau législatif. Fin mai, le Parlement européen devra voter un règlement dont l’objectif initial était d’assainir l’emballage et la teneur de nos aliments. Mais les députés européens ont cédé aux arguments de l’industrie agroalimentaire, et ont déjà vidé le texte de deux mesures emblématiques : l’instauration de profils nutritionnels et un étiquetage enfin clarifié. Alors que la courbe européenne de l’obésité n’en finit pas de rattraper celle des États-Unis, que les rapports alarmants s’accumulent sur le bureau de la Commission, comment admettre cette version édulcorée en lieu et place d’une vraie réforme européenne de l’alimentaire?

A Paris, ça n’est guère plus brillant. Je me rappelle avec amertume des annonces ambitieuses de Roselyne Bachelot en 2008 pour lutter contre l’obésité infantile. En fait d’action, le volontarisme du gouvernement a éclaté en surface comme une bulle de soda. Le Président de la République avait personnellement diligenté une commission sur ce fléau à la fin de l’année dernière. Que croyez-vous qu’il advint ? Ces travaux ont rejoint avec tant d’autres le cimetière des rapports, puisque aucune mesure n’a été envisagée par l’Elysée.

Boulimie d’annonces et anorexie de décisions : les désordres alimentaires concernent aussi les politiques. Vite, un régime !

Plus c’est gros, plus ça marche

Jeudi 12 novembre 2009

inpes

La dernière enquête ObEpi (Roche/TNS Sofres), publiée mardi, révèle que la prévalence de l’obésité a augmenté de près de 6 % depuis 1997. Pourtant, en matière de prévention, les déceptions succèdent aux déceptions ! Alors que l’Elysée a récemment mis en place une instance afin de procéder à une énième réflexion sur le sujet, le projet de loi de modernisation agricole fournit une nouvelle raison de s’inquiéter. Il prévoit de donner au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation la cotutelle de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), organe de communication du ministère de la Santé ! Autrement dit, la santé des Français ne sera plus l’unique priorité des campagnes de prévention contre l’obésité : la bonne santé de l’agro-industrie ne sera plus oubliée !!

Car il ne faut pas sous-estimer le sens de cette nouvelle gouvernance : le rattachement pourra amener le Conseil national de l’alimentation à valider les communications de l’INPES, donnant à l’industrie un fort droit de regard sur les campagnes de prévention officielles ! Un autre fait confirme ce qu’il faut bien qualifier de démantèlement programmé de la politique de prévention ; début novembre, le Canard Enchaîné révélait une manœuvre dirigée contre la dernière campagne de l’INPES (incitant à modérer la consommation d’aliments trop riches). Sous la pression des annonceurs de l’agro-alimentaire, les régies publicitaires des chaînes de télévision auraient dans un premier temps refusé de diffuser la campagne, avant de se raviser! Malgré tout, cette tentative de boycott constitue une ingérence sans précédent de l’industrie pour bloquer une campagne d’information officielle. Et confirme la volonté de mettre au pas l’institut.

La note est donnée : dans le rapport de forces opposant la prévention aux industriels, ces derniers dominent. Et il ne faudra pas s’étonner si, au fil des années, le nombre d’enfants obèses continue de croître. En attendant j’appelle Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, à abandonner son projet de rattachement. Après tout, la reprise en main de la question de l’obésité était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. C’était il y a seulement deux ans et demi… Depuis, les Français ont pris près d’un kilo en moyenne.