Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘obésité’

La CCEN refuse des repas équilibrés à nos enfants !

Vendredi 25 mars 2011

cantine

Décidément, il semble parfois que tout le monde s’est donné le mot pour ne surtout pas enrayer l’épidémie d’obésité qui atteint les jeunes Français (un sur six!). Le dernier rebondissement en date s’est déroulé à la Commission consultative d’évaluation des normes (CCEN, présidée par Alain Lambert et chargée d’émettre un avis sur l’impact financier des mesures réglementaires concernant les collectivités territoriales et leurs établissements). L’instance a donné en janvier un avis défavorable à une mesure essentielle de la loi de modernisation de l’agriculture. L’article premier crée en effet des règles obligeant les cantines scolaires à servir des repas équilibrés. Une mesure de bon sens, puisque nombre d’enfants prennent cinq repas par semaine à la cantine. N’en déplaise à tous les scientifiques, professionnels, fonctionnaires, parlementaires et représentants des collectivités territoriales qui ont émis des recommandations favorables sur ce sujet, la CCEN estime que non, vos enfants ne mangeront pas mieux demain à la cantine ! Une décision qui contredit toutes les études sur le sujet, et que je ne peux pas digérer !

La vérité sort… du cartable des enfants !

Mercredi 15 décembre 2010

obesiteinfantile

Consternants ! Les résultats que vient de dévoiler l’UFC-Que Choisir sur l’alimentation des plus jeunes sont édifiants. Un an et demi après l’échec de la loi de réforme de l’hôpital, au cours de laquelle nous avons demandé –en vain– l’insertion de mesures visant à lutter contre l’obésité infantile, nos associations locales ont cherché à savoir quels goûters se trouvent dans les cartables de nos enfants. Elles n’ont pas été déçues… 76 % des aliments apportés à l’école sont trop gras ou trop sucrés : il s’agit de confiseries pour un tiers d’entre eux, de viennoiseries et de gâteaux (un quart) ou de biscuits gras ou sucrés (16 %).

Alors que l’obésité infantile touche près d’un enfant sur six en France, l’enquête démontre que les produits déséquilibrés ont toujours la cote au petit-déjeuner et au goûter. Logique : dans les placards et les frigos, la proportion de produits gras et sucrés consommés au petit-déj progresse de 17 % par rapport à 2006, pour représenter désormais 55 % de l’ensemble des produits relevés ; c’est pire à l’heure du goûter, où les aliments déséquilibrés bondissent de 25 % pour atteindre 64 % de l’ensemble. Or les enfants dont l’alimentation est la plus déséquilibrée sont, comme par hasard, ceux qui regardent le plus les pubs ! Et les spots pour les aliments gras et sucrés constituent aujourd’hui 80 % des publicités alimentaires diffusées durant les programmes pour enfants… et même 93 % durant les écrans « tous publics », regardés par un nombre d’enfants bien supérieur !

Le cynisme de l’industrie agroalimentaire n’aurait-il plus de limites ? Début 2009 pourtant, afin de s’épargner une réglementation contraignante, la profession avait signé une charte par laquelle elle s’engageait à modérer son impact publicitaire sur les enfants. L’UFC-Que Choisir fait aujourd’hui la preuve que le harcèlement nutritionnel des plus jeunes s’est aggravé. Puisque la parole de l’industrie ne suffit pas, il faudra bien se résoudre à légiférer !

Lutte contre l’obésité : un engagement de poids ?

Mardi 25 mai 2010

enfantobese

Suite au rapport remis par Anne de Danne, Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi un plan triennal de lutte contre l’obésité. Dans l’ensemble, les mesures sont tout à fait louables et prennent en compte le caractère multifactoriel de l’obésité : amélioration de l’alimentation scolaire et collective, encouragement de l’activité physique à l’école, dépistage et prise en charge de l’obésité infantile, lutte contre la discrimination des personnes concernées… Mais l’Elysée a totalement occulté les aspects consuméristes ! Rien sur les profils nutritionnels (des recettes moins grasses, moins sucrées, moins salées) ; le chef de l’Etat semble s’en tenir aux engagements volontaires pris par la filière. Or, alors que les enfants consomment actuellement de l’ordre de 100g de sucres par jour en moyenne (bien plus que les apports journaliers recommandés par l’OMS), les promesses des industriels feraient baisser ce chiffre de… seulement 1g ! Ridicule. Autre point faible du plan annoncé par le Président de la République : le marketing alimentaire. Le harcèlement nutritionnel reste massif durant les heures de grande écoute des enfants où se concentrent les spots pour les sodas, confiseries et fast-foods… L’Elysée ne semble pas décidé à mettre au régime la pression publicitaire !

Et puis, les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy restent très vagues. Rien n’est dit des modalités de réalisation effective de ces propositions ! Ainsi, comment sera mesurée la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants? Comment sera financée la prise en charge des personnes souffrant d’obésité ? On n’en sait rien ! Ce flou laisse planer de sérieux doutes sur une réelle volonté d’agir. Signe que tout ceci n’est pas la priorité des pouvoirs publics : les annonces de vendredi ont été faites par le biais d’un simple communiqué de presse… On est loin de la gesticulation médiatique autour de l’accord sur les marges. D’ailleurs, le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions ? En ces temps de crise et de restriction budgétaire, les sommes allouées à la lutte contre l’obésité risquent, hélas, d’être bien maigres !

Les Français souffrent d’obésité, les pouvoirs publics de cécité !

Mardi 11 mai 2010

frites

La dernière enquête ObEpi l’a montré : aujourd’hui, seul un Français sur deux peut être considéré comme ayant un poids normal. La France s’arrondit, année après année : alors que les obèses ne représentaient que 8,5 % de la population en 1997 (autant dire hier !), ils étaient 14,5 % en 2009. Les nutritionnistes le reconnaissent : les messages nutritionnels ne suffisent plus. Il faut aller plus loin. Mais alors, que font nos politiques ? Si les Français grossissent, seraient-ils de leur côté atteints de cécité ?

Car sur ce terrain, je ne compte plus les reculades observées ces derniers mois. Alors que l’UFC-Que Choisir appelle depuis longtemps à des mesures franches, rien n’est fait au niveau législatif. Fin mai, le Parlement européen devra voter un règlement dont l’objectif initial était d’assainir l’emballage et la teneur de nos aliments. Mais les députés européens ont cédé aux arguments de l’industrie agroalimentaire, et ont déjà vidé le texte de deux mesures emblématiques : l’instauration de profils nutritionnels et un étiquetage enfin clarifié. Alors que la courbe européenne de l’obésité n’en finit pas de rattraper celle des États-Unis, que les rapports alarmants s’accumulent sur le bureau de la Commission, comment admettre cette version édulcorée en lieu et place d’une vraie réforme européenne de l’alimentaire?

A Paris, ça n’est guère plus brillant. Je me rappelle avec amertume des annonces ambitieuses de Roselyne Bachelot en 2008 pour lutter contre l’obésité infantile. En fait d’action, le volontarisme du gouvernement a éclaté en surface comme une bulle de soda. Le Président de la République avait personnellement diligenté une commission sur ce fléau à la fin de l’année dernière. Que croyez-vous qu’il advint ? Ces travaux ont rejoint avec tant d’autres le cimetière des rapports, puisque aucune mesure n’a été envisagée par l’Elysée.

Boulimie d’annonces et anorexie de décisions : les désordres alimentaires concernent aussi les politiques. Vite, un régime !

Plus c’est gros, plus ça marche

Jeudi 12 novembre 2009

inpes

La dernière enquête ObEpi (Roche/TNS Sofres), publiée mardi, révèle que la prévalence de l’obésité a augmenté de près de 6 % depuis 1997. Pourtant, en matière de prévention, les déceptions succèdent aux déceptions ! Alors que l’Elysée a récemment mis en place une instance afin de procéder à une énième réflexion sur le sujet, le projet de loi de modernisation agricole fournit une nouvelle raison de s’inquiéter. Il prévoit de donner au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation la cotutelle de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), organe de communication du ministère de la Santé ! Autrement dit, la santé des Français ne sera plus l’unique priorité des campagnes de prévention contre l’obésité : la bonne santé de l’agro-industrie ne sera plus oubliée !!

Car il ne faut pas sous-estimer le sens de cette nouvelle gouvernance : le rattachement pourra amener le Conseil national de l’alimentation à valider les communications de l’INPES, donnant à l’industrie un fort droit de regard sur les campagnes de prévention officielles ! Un autre fait confirme ce qu’il faut bien qualifier de démantèlement programmé de la politique de prévention ; début novembre, le Canard Enchaîné révélait une manœuvre dirigée contre la dernière campagne de l’INPES (incitant à modérer la consommation d’aliments trop riches). Sous la pression des annonceurs de l’agro-alimentaire, les régies publicitaires des chaînes de télévision auraient dans un premier temps refusé de diffuser la campagne, avant de se raviser! Malgré tout, cette tentative de boycott constitue une ingérence sans précédent de l’industrie pour bloquer une campagne d’information officielle. Et confirme la volonté de mettre au pas l’institut.

La note est donnée : dans le rapport de forces opposant la prévention aux industriels, ces derniers dominent. Et il ne faudra pas s’étonner si, au fil des années, le nombre d’enfants obèses continue de croître. En attendant j’appelle Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, à abandonner son projet de rattachement. Après tout, la reprise en main de la question de l’obésité était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. C’était il y a seulement deux ans et demi… Depuis, les Français ont pris près d’un kilo en moyenne.