Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘P2P’

Loi Création et Internet : le SNEP, arroseur arrosé !

Mercredi 16 juillet 2008

Le Directeur Général du SNEP lance une pique à l’UFC-Que Choisir sur sa position relative à « Loi Création et Internet » à la faveur d’un billet intitulé « UFC-Que Choisir : l’incohérence du discours ? ». Ne se laissant pas duper par des argumentes fallacieux, les internautes ont massivement pris parti pour l’UFC-Que Choisir et contre ce projet de loi monstrueux !

La tête pensante du SNEP a découvert, à ses frais, qu’Internet était peuplé de consommateurs sachant reconnaître et dénoncer la mauvaise foi ! Je ne chercherai donc même pas à répondre à cette attaque, les commentaires du billet et les multiples reprises sur d’autres blogs, sites et forums ont mis les choses au clair.

Le sévère retour de bâton qu’Hervé Rony a reçu n’a cependant pas suffi à lui faire admettre que les consommateurs ne sont pas des moutons de Panurge. Ne supportant pas la critique, il publie un second billet intitulé « Quand des internautes dérapent », où il s’insurge que le consommateur puisse réagir défavorablement (attaques, appel au boycott, etc.) aux articles publiés sur son Blog et au texte de soutien de certains artistes au projet de loi « Création et Internet ».

Monsieur Rosny, à défaut de conseil à proprement parler permettez moi de vous suggérer une chose : écoutez la voix des consommateurs, voyez Internet comme un média permettant de prendre la température. Peut-être éviterez-vous ainsi les écueils au milieu desquels votre croiseur à la dérive menace de s’échouer.

Répression graduée : l’art et la manière de poser les questions

Mercredi 4 juin 2008

Le 26 mai dernier Marc Guez, Directeur général de la SCPP, et Pascal Nègre, son Président qui est également Président d’Universal France, présentaient en grande pompe un sondage qui devait mettre tout le monde d’accord : selon eux, les Français sont pour la mise en place de la répression graduée !

Cependant, il est nécessaire de lire entre les lignes, les questions posées sont parfois ambigües et susceptibles d’induire en erreur le sondé. Quelques exemples :

***

80 % des Français pensent que les créateurs doivent être rémunérés lorsque leurs chansons sont téléchargées sur Internet…

Ceci est une évidence absolue, tous les acteurs sont d’accord avec cela. Le consentement à payer existe. Les sondages menés par l’UFC-Que Choisir donnaient le même résultat.
Cependant, cela ne signifie en rien que le consommateur adhère aux offres proposées par les maisons de disques, ni qu’il estime qu’elles permettent de rémunérer à leur juste valeur les artistes. Notre sondage avait mis en évidence, par exemple, que les consommateurs estimaient que l’offre dite « légale » ne rémunérait pas suffisamment les artistes.

90 % des Français pensent que la chute vertigineuse des ventes de disques est liée au téléchargement illégal de musique sur Internet (98 % chez les moins de 25 ans)…

Téléchargement illégal ? De quoi parle-t-on ? A l’heure actuelle on ne sait pas dire ce qui relève de la copie privée ou du piratage, par conséquent cette question a peu de sens ! On peut très bien faire admettre à un consommateur qu’un comportement qu’il estime normal est illégitime. Par exemple, j’envoie par messagerie rapide mon morceau préféré à un ami pour lui faire découvrir ? C’est du piratage ou de la copie privée ? Le consommateur estime-t-il faire un acte répréhensible ? Rien n’est moins sûr !
En outre, cette étude oublie de demander au consommateur pourquoi il échange des fichiers sur le Net ! La réponse pourrait être que l’offre « légale » est inadaptée et la conclusion que si les technologies et habitudes de consommation évoluent, l’industrie du disque, elle, stagne !

74 % des Français (et 74 % de ceux ayant déjà téléchargé illégalement) sont favorables à la principale disposition du projet de loi…

Présenté ainsi, le soutien au projet de loi parait massif… mais en réalité il faut voir comment la question a été posée ! Il a été demandé au consommateur s’il était favorable à la proposition suivante :

« Aujourd’hui un internaute qui télécharge illégalement de la musique sur internet risque une condamnation pénale pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende. A la place, un nouveau projet de loi prévoit [...] (NDLA : sous entendu : une peine lourde en valeur absolue, mais bien plus légère en comparaison de la peine précitée) [...]. Etes-vous favorable à ce projet de loi ? »

Formulé ainsi le consommateur préférera toujours recevoir une balle dans le pied que de se faire passer la corde au cou ! Cette question est donc irrecevable, d’autant plus qu’en réalité, le projet de loi ne vient pas se substituer à l’existant mais coexiste avec ! Le consommateur pourra donc être condamné deux fois : une première fois par le nouveau système et, à la demande des ayants droit, une seconde fois selon les termes du premier projet de loi !

90 % des Français (et 88 % de ceux qui téléchargent illégalement) déclarent qu’ils arrêteraient de télécharger s’ils recevaient deux messages d’avertissement.

« Le dispositif prévu par le projet de loi est donc susceptible d’être extrêmement efficace, sur la simple mise en œuvre des mesures de prévention que celui-ci prévoit. Les mesures de sanctions de coupure d’abonnement ne devraient donc concerner qu’une minorité d’irréductibles, qui auront été prévenus plusieurs fois du risque qu’ils encouraient en poursuivant leur téléchargement illégal… »

Il est possible que le consommateur arrête de télécharger sur Internet avec la mise en place de ces dispositions, cependant, va-t-il pour autant se tourner vers les offres commerciales des maisons de disque qu’il boude depuis si longtemps ? Et surtout, ne va-t-il pas trouver de nouvelles parades parmi toutes celles qui existent déjà (cryptage, téléchargement direct, newsgroups, etc.) ?

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On peut regretter que l’industrie du disque, comme à son habitude, refuse de se remettre en cause et attribue ses déboires aux internautes qu’elle assimile à des délinquants !

Je ne suis pas sûr qu’elle ressorte grandie par ce type de communication. Et vous ?