Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘prévention’

Plus c’est gros, plus ça marche

Jeudi 12 novembre 2009

inpes

La dernière enquête ObEpi (Roche/TNS Sofres), publiée mardi, révèle que la prévalence de l’obésité a augmenté de près de 6 % depuis 1997. Pourtant, en matière de prévention, les déceptions succèdent aux déceptions ! Alors que l’Elysée a récemment mis en place une instance afin de procéder à une énième réflexion sur le sujet, le projet de loi de modernisation agricole fournit une nouvelle raison de s’inquiéter. Il prévoit de donner au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation la cotutelle de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), organe de communication du ministère de la Santé ! Autrement dit, la santé des Français ne sera plus l’unique priorité des campagnes de prévention contre l’obésité : la bonne santé de l’agro-industrie ne sera plus oubliée !!

Car il ne faut pas sous-estimer le sens de cette nouvelle gouvernance : le rattachement pourra amener le Conseil national de l’alimentation à valider les communications de l’INPES, donnant à l’industrie un fort droit de regard sur les campagnes de prévention officielles ! Un autre fait confirme ce qu’il faut bien qualifier de démantèlement programmé de la politique de prévention ; début novembre, le Canard Enchaîné révélait une manœuvre dirigée contre la dernière campagne de l’INPES (incitant à modérer la consommation d’aliments trop riches). Sous la pression des annonceurs de l’agro-alimentaire, les régies publicitaires des chaînes de télévision auraient dans un premier temps refusé de diffuser la campagne, avant de se raviser! Malgré tout, cette tentative de boycott constitue une ingérence sans précédent de l’industrie pour bloquer une campagne d’information officielle. Et confirme la volonté de mettre au pas l’institut.

La note est donnée : dans le rapport de forces opposant la prévention aux industriels, ces derniers dominent. Et il ne faudra pas s’étonner si, au fil des années, le nombre d’enfants obèses continue de croître. En attendant j’appelle Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, à abandonner son projet de rattachement. Après tout, la reprise en main de la question de l’obésité était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. C’était il y a seulement deux ans et demi… Depuis, les Français ont pris près d’un kilo en moyenne.

Obésité : c’est ceux qui en parlent le plus…

Lundi 2 novembre 2009

obesite

… qui en font le moins ? C’est vous qui l’avez dit !

Début octobre, Nicolas Sarkozy a mis en place une commission sur la prévention de l’obésité, présidée par Anne de Danne et composée de 14 membres, mêlant régies publicitaires, professionnels de santé et experts divers. Mais le temps du débat est-il encore d’actualité ? Il est vraiment permis de se poser la question ! La loi hôpital, patients, santé, territoires (HPST), votée au début de l’été, avait soulevé la question de la prévention de l’obésité, avant de la faire retomber comme un soufflé. Il y a eu aussi la mission de la députée Valérie Boyer sur l’obésité ; les annonces de Roselyne Bachelot ; un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques ; j’en passe et des meilleures… La loi HPST constituait LE moment pour agir, après quelques rounds de réflexion. Pourtant, toutes les mesures proposées pour mettre en place une véritable politique de prévention de l’obésité ont été repoussées –parfois à une voix près.

Alors forcément, cette nouvelle instance me laisse songeur. Pourquoi relancer une réflexion alors que le diagnostic et le traitement nécessaire sont connus ? Ce n’est pourtant pas les idées qui manquent ! Le rapport Boyer émettait 80 propositions ; les experts de la nutrition et professionnels de santé viennent de faire 17 suggestions à la commission. Quant à l’UFC-Que Choisir, elle a élaboré plusieurs axes prioritaires : l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments transformés, l’encadrement de la publicité pendant les programmes télé pour enfants, des efforts sur l’offre alimentaire en rayon, etc.

La commission obésité aura bien peu de temps pour examiner tout cela : sa copie est attendue pour le… 15 décembre ! L’UFC-Que Choisir doit être prochainement auditionnée. Mais attention, une simple audition ne suffira pas. Les représentants des consommateurs devront faire preuve d’une grande vigilance. Espérons  que la montagne n’accouchera pas –encore– d’une souris… En attendant, je vous invite à me donner votre avis via le sondage ci-contre sur l’une des mesures défendues par l’UFC-Que Choisir.

Détecteurs de fumées : le Parlement cède enfin aux sirènes de la sécurité !

Lundi 16 mars 2009

Détecteur de fumée

Véritable arlésienne depuis 2005, l’obligation d’installer des détecteurs de fumées dans les lieux d’habitation devient enfin réalité. Après les péripéties de la proposition de loi de MM. MORANGE et DESLOT (discutée en 2005 mais toujours pas adoptée en 2009 !), les parlementaires se sont enfin mis d’accord en introduisant un amendement au projet de loi pour le logement définitivement adopté.

Je ne peux que me féliciter de cette initiative parlementaire qui vise à rattraper le retard français en matière de prévention et de lutte contre les incendies. En effet, avec près de 500 morts et 10 000 brûlés annuels, la France détient le triste record de victimes d’incendies domestiques… Elle était en outre l’un des derniers pays occidentaux à ne pas avoir d’obligation d’installation de détecteurs de fumées dans les habitations.
En adoptant un amendement les rendant obligatoires dans 3 ans, les parlementaires ont mis l’accent sur la nécessaire information préalable du public. L’amendement prévoit ainsi qu’un rapport sera donné au Parlement pour veiller à l’efficacité des actions d’information auprès du public. Il est certain que l’efficacité de la présence de détecteurs est tributaire de la bonne connaissance des Français quant aux comportements à adopter en cas d’incendie !

Mais, encore faut-il que le détecteur de fumée soit fiable ! Les parlementaires ont à juste titre refusé d’imposer une catégorie unique de détecteurs de fumée les « détecteurs avertisseurs et autonomes de fumée » (DAAF), comme le proposaient les auteurs de la proposition de loi, dès lors qu’ils ne sont pas une garantie de sécurité. Les résultats accablants de l’enquête de l’UFC-Que Choisir sur 12 détecteurs (Que Choisir n°441, octobre 2006), et ceux tout aussi peu convaincants de celle réalisée par la CSC en mars 2008 soulignaient le manque de fiabilité de cette catégorie.

De plus, les parlementaires ont partiellement clarifié le partage des responsabilités entre propriétaire et locataire afin de garantir la pertinence du dispositif législatif. La plupart du temps, l’occupant du logement devra acquérir et entretenir l’appareil mais, dans certaines situations, la responsabilité en incombera au seul «propriétaire non occupant» (pour les locations saisonnières, foyers, logements de fonction et locations meublées). Et le dispositif est incitatif : une fois le logement équipé, l’occupant devra le signaler à son assureur qui sera tenu de réduire la prime d’assurance.

Après m’être félicité de cette initiative, je me dois d’appeler le gouvernement, en charge de la mise en œuvre de la loi, à réaliser impérativement et sans délai une campagne nationale d’information en direction du public, à définir des normes plus strictes offrant des garanties quant à la fiabilité des détecteurs devant être installés, et, enfin, à intensifier les contrôles sur les détecteurs présents sur le marché…

Et au vu du retard français en matière d’incendie domestique, inutile de lui rappeler qu’il y a le feu !