Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘Santé’

Se soigner, bientôt un luxe ?

Jeudi 14 octobre 2010

complementaires

+ 52 % ! C’est l’augmentation moyenne, entre 2001 et 2008, de ce que nous a coûté notre santé (dépenses non remboursées –le « reste à charge »– et le cas échéant cotisation de complémentaire). D’après les résultats publiés par l’UFC-Que Choisir, le coût des soins a explosé pour le consommateur lambda : quand il fallait y consacrer 407 euros en 2001, c’est 618 euros qu’il faut débourser sept ans plus tard. Pourquoi ? Le désengagement chronique de l’Assurance maladie affecte les ménages, qui se retrouvent contraints de souscrire une complémentaire santé. Or, comparer différentes offres de complémentaires, c’est mission impossible ! La faute à la multiplicité de tarifs qui composent un contrat, et aux différents modes de calcul des prestations : en pourcentage du tarif de Sécu par ci, au forfait par là, au réel ailleurs… Bien malin qui peut s’y retrouver ! Pour couronner le tout, les primes des complémentaires ont connu une hausse spectaculaire sur la période 2001-2008 (+ 44 % par assuré). Pendant ce temps, les prestations de remboursement progressaient de… 27 % seulement. Cherchez l’erreur ! Résultat : les 20 % de ménages les plus modestes consacrent le dixième de leur budget à leur complémentaire.

Dans ce contexte, la perspective de voir les nouvelles mesures d’économie prévues pour 2011 renchérir les complémentaires de 10 % est tout simplement intolérable. Les sommes restant à la charge des ménages deviendront rédhibitoires pour un nombre croissant de consommateurs. Les cas de patients forcés de renoncer aux soins risquent de se multiplier. En 2008, la proportion de personnes ayant renoncé à se soigner pour des raisons budgétaires avait déjà progressé de 20 % par rapport à 2004 !

Face à ce constat effarant, l’UFC-Que Choisir demande la création d’un indice du taux de redistribution -montant redistribué aux assurés sur le total de la prime- de chaque organisme (voir aussi notre sondage ci-contre). Il permettrait au consommateur de connaître la part des primes prélevées consacrée aux remboursements. L’accessibilité des soins doit aussi être mieux prise en compte, en intégrant dans l’Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie l’ensemble des dépenses de santé qui restent à la charge des ménages. Au 21e siècle, une bonne santé ne doit pas devenir un signe extérieur de richesse !

Tous au Tamiflu® ! (y’en aura pour tout le monde…)

Mercredi 3 février 2010

tamiflu

Depuis un mois et demi, la Direction générale de la santé demande aux médecins de prescrire du Tamiflu® dans tous les cas de grippe A présumée. Une recommandation qui se fonde « sur [des] propositions des experts ». Après les 94 millions de vaccins commandés qu’il faut désormais écouler à toute force, voilà que le gouvernement, en VRP de luxe, s’attaque aux 24 millions de traitements Tamiflu® -la France concentrerait à elle seule le tiers des stocks mondiaux !

Problème : personne n’arrive à savoir qui sont les « experts » en question. Et pour cause : à ce jour, aucune étude scientifique n’étaie une telle recommandation ! Elles existent bien concernant l’efficacité du Tamiflu® dans le traitement de la grippe saisonnière, oui, mais rien sur la grippe A. Sans compter que les études sur la grippe saisonnière ont montré les limites de ce médicament chez certains groupes de patients…

Des syndicats et des associations de médecins se sont ouvertement émus de ce manque de transparence. Mais les données scientifiques fiables se font toujours attendre ! Voilà qui fait désordre, quand on sait que le Tamiflu® a coûté 247 millions d’euros à la collectivité. Je demande donc instamment au gouvernement de divulguer les preuves de l’efficacité du Tamiflu® contre la grippe A ainsi que les noms des experts et leurs éventuels liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.

Plus c’est gros, plus ça marche

Jeudi 12 novembre 2009

inpes

La dernière enquête ObEpi (Roche/TNS Sofres), publiée mardi, révèle que la prévalence de l’obésité a augmenté de près de 6 % depuis 1997. Pourtant, en matière de prévention, les déceptions succèdent aux déceptions ! Alors que l’Elysée a récemment mis en place une instance afin de procéder à une énième réflexion sur le sujet, le projet de loi de modernisation agricole fournit une nouvelle raison de s’inquiéter. Il prévoit de donner au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation la cotutelle de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), organe de communication du ministère de la Santé ! Autrement dit, la santé des Français ne sera plus l’unique priorité des campagnes de prévention contre l’obésité : la bonne santé de l’agro-industrie ne sera plus oubliée !!

Car il ne faut pas sous-estimer le sens de cette nouvelle gouvernance : le rattachement pourra amener le Conseil national de l’alimentation à valider les communications de l’INPES, donnant à l’industrie un fort droit de regard sur les campagnes de prévention officielles ! Un autre fait confirme ce qu’il faut bien qualifier de démantèlement programmé de la politique de prévention ; début novembre, le Canard Enchaîné révélait une manœuvre dirigée contre la dernière campagne de l’INPES (incitant à modérer la consommation d’aliments trop riches). Sous la pression des annonceurs de l’agro-alimentaire, les régies publicitaires des chaînes de télévision auraient dans un premier temps refusé de diffuser la campagne, avant de se raviser! Malgré tout, cette tentative de boycott constitue une ingérence sans précédent de l’industrie pour bloquer une campagne d’information officielle. Et confirme la volonté de mettre au pas l’institut.

La note est donnée : dans le rapport de forces opposant la prévention aux industriels, ces derniers dominent. Et il ne faudra pas s’étonner si, au fil des années, le nombre d’enfants obèses continue de croître. En attendant j’appelle Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, à abandonner son projet de rattachement. Après tout, la reprise en main de la question de l’obésité était une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. C’était il y a seulement deux ans et demi… Depuis, les Français ont pris près d’un kilo en moyenne.

Obésité : c’est ceux qui en parlent le plus…

Lundi 2 novembre 2009

obesite

… qui en font le moins ? C’est vous qui l’avez dit !

Début octobre, Nicolas Sarkozy a mis en place une commission sur la prévention de l’obésité, présidée par Anne de Danne et composée de 14 membres, mêlant régies publicitaires, professionnels de santé et experts divers. Mais le temps du débat est-il encore d’actualité ? Il est vraiment permis de se poser la question ! La loi hôpital, patients, santé, territoires (HPST), votée au début de l’été, avait soulevé la question de la prévention de l’obésité, avant de la faire retomber comme un soufflé. Il y a eu aussi la mission de la députée Valérie Boyer sur l’obésité ; les annonces de Roselyne Bachelot ; un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques ; j’en passe et des meilleures… La loi HPST constituait LE moment pour agir, après quelques rounds de réflexion. Pourtant, toutes les mesures proposées pour mettre en place une véritable politique de prévention de l’obésité ont été repoussées –parfois à une voix près.

Alors forcément, cette nouvelle instance me laisse songeur. Pourquoi relancer une réflexion alors que le diagnostic et le traitement nécessaire sont connus ? Ce n’est pourtant pas les idées qui manquent ! Le rapport Boyer émettait 80 propositions ; les experts de la nutrition et professionnels de santé viennent de faire 17 suggestions à la commission. Quant à l’UFC-Que Choisir, elle a élaboré plusieurs axes prioritaires : l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments transformés, l’encadrement de la publicité pendant les programmes télé pour enfants, des efforts sur l’offre alimentaire en rayon, etc.

La commission obésité aura bien peu de temps pour examiner tout cela : sa copie est attendue pour le… 15 décembre ! L’UFC-Que Choisir doit être prochainement auditionnée. Mais attention, une simple audition ne suffira pas. Les représentants des consommateurs devront faire preuve d’une grande vigilance. Espérons  que la montagne n’accouchera pas –encore– d’une souris… En attendant, je vous invite à me donner votre avis via le sondage ci-contre sur l’une des mesures défendues par l’UFC-Que Choisir.

A la veille des élections, moins de 1 % des candidats s’intéressent aux consommateurs !

Vendredi 5 juin 2009

Comment les électeurs peuvent-ils se sentir concernés par les élections européennes si les candidats ne témoignent pas de leur intérêt pour le quotidien des Français et pour leur pouvoir d’achat ? Pour sauver le taux de participation au scrutin de dimanche, qui s’annonce historiquement bas, les candidats devraient enfin se montrer proches des préoccupations des consommateurs, c’est-à-dire… nous tous !

Le 19 mai, l’UFC-Que Choisir et la CLCV ont rendu public un sondage CSA éloquent : 87 % des Français veulent que les candidats aux élections européennes signent le « Pacte consommateurs » (lancé avec le Bureau européen des unions de consommateurs) et défendent du même coup les huit priorités que sont les services financiers, les contrats de consommation, les droits numériques, la santé et la sécurité des consommateurs, l’énergie et le développement durable, l’alimentation et les actions de groupe.

Or à ce jour, seuls une cinquantaine de candidats français ont signé le Pacte, sur 6000 candidats en lice ! Pire : parmi eux, Alain Lamassoure est le seul candidat de la majorité à avoir manifesté son soutien.

Les Français auraient-ils raison de se défier de leurs élites politiques pour défendre leurs intérêts de consommateurs ? D’après le sondage, l’Europe des consommateurs n’existe pas ! Nos compatriotes pensent que les institutions snobent le consumérisme, puisque 82 % d’entre eux déclarent que les droits des consommateurs ne sont pas suffisamment pris en compte dans les politiques européennes, et 56 % que les décisions du Parlement européen sont défavorables aux consommateurs.

Face à ce désaveu, les candidats hexagonaux seraient bien inspirés de faire campagne sur les réalités qui touchent les consommateurs, comme l’action de groupe, ou le maintien des tarifs régulés de l’électricité. D’ailleurs, les deux tiers des Français avouent qu’ils seraient plus enclins à rejoindre l’isoloir si leurs candidats faisaient montre d’une vraie volonté de protéger les consommateurs. A bon entendeur…