Consommateur, si tu savais…

Le Blog d’Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir

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Hadopi veut redorer son blason

Jeudi 4 novembre 2010

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C’est parfois dur d’être le méchant de l’histoire. Pour se redonner une légitimité, Hadopi a récemment annoncé la création de « Labs », des ateliers qui seront confiés à des experts indépendants pour plancher sur divers sujets : réseaux, économie de la création, usages en ligne, propriété intellectuelle… On croit rêver ! Après que le vote de la loi Hadopi, adoptée au forcing l’année dernière, ait complètement muselé le débat, voilà que la Haute autorité veut le rouvrir ! Sauf qu’en décidant de la composition des Labs, Hadopi gardera la maîtrise des travaux, dont les conclusions risquent de ne pas trop ébouriffer l’industrie culturelle naturellement ! Et pour motiver les bonnes volontés, les Labs seront dotés d’un budget alléchant d’un million d’euros, ce qui promet déjà d’arrondir significativement les fins de mois des experts sélectionnés -encore une bonne raison de rester objectif !

L’UFC-Que Choisir n’a pas été invitée, et heureusement ! Participer à ces ateliers revient à légitimer une Hadopi qui est génétiquement programmée pour la répression, ce que je ne cautionne pas. De plus, ce débat a déjà été en partie tranché par le rapport Zelnik, dont les recommandations les plus fondamentales pour le développement de l’offre dite « légale » restent jusqu’à présent lettres mortes. Une fois de plus, une parodie de démocratie participative va faire écran de fumée, et éviter de remettre en cause la politique du numérique actuelle. Ou de faire émerger quelques-unes des nombreuses alternatives existantes, comme la licence globale !

Car comment oublier que le débat est omniprésent sur internet et sur bien d’autres supports ? Il n’a donc pas à être confisqué par une instance répressive qui se cherche déjà de nouvelles raisons d’exister. Comme si la Haute autorité s’inquiétait déjà d’une éventuelle remise en cause de son rôle de gendarme…

Hadopi : la répression en marche forcée, l’offre légale toujours au bord du chemin !

Mercredi 22 septembre 2010

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Ca y est ! Après le bourbier législatif que constitua la discussion du ou plutôt des projets de loi Hadopi, le bourbier juridique des différents recours auprès du Conseil d’Etat sur ces textes à la vision liberticide et réductrice de l’Internet, la marche forcée vers la répression massive du téléchargement a été entamée hier… En effet, l’Hadopi vient de confirmer qu’elle venait d’envoyer les premières demandes d’identification des adresses IP procédant à des téléchargements aux fournisseurs d’accès à Internet… Le gouvernement s’est bien gardé d’officialiser cette nouvelle.

Il faut dire que l’Hadopi fait la preuve de son désengagement sur un sujet attendu par tous, à savoir le développement de l’offre légale. Rappelons en effet que, fraîchement nommé ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand avait indiqué que la répression du téléchargement s’accompagnerait du développement de l’offre légale. Le rapport Zelnik commandé dans ce cadre et rendu en janvier dernier, reprenait d’ailleurs une proposition de l’UFC-Que Choisir sur la gestion collective, qui aurait permis de développer l’offre légale. Mais le lobby de l’industrie culturelle s’y est opposé et un médiateur a été nommé -Emmanuel Hoog. Mais rien n’a été fait depuis… Emmanuel Hoog a été nommé à l’AFP et le développement de l’offre légale est resté dans les cartons ! Loin de se développer, l’offre légale est même en repli comme l’illustre la disparition du site Jiwa. Bref, avec l’amorce du système Hadopi hier, le gouvernement semble bel et bien décidé à fermer le robinet de la culture via le téléchargement, sans pour autant ouvrir les vannes des alternatives légales… C’est quand même un comble qu’en matière numérique, l’accès à la culture se fasse en très bas débit !

Une nouvelle réunion de la mission Zelnik sans les consommateurs… une réunion de trop ?

Mercredi 16 décembre 2009

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Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que la mission Zelnik a tenu lundi une réunion avec « l ’ensemble » des parties concernées par l’amélioration de l’offre légale… à l’exception notable des consommateurs ! C’est donc la deuxième fois que se réunit cet aréopage (chargé de réfléchir à l’offre de contenus culturels sur Internet) sans en informer l’UFC-Que Choisir, ni même la plateforme Création, Public et Internet. La mission se targue de faire preuve d’ouverture, mais ce n’est qu’une façade : elle a auditionné l’UFC-Que Choisir et promis de réfléchir à toutes les solutions proposées. Mais le ministre de la Culture a rapidement verrouillé les travaux : pas question que la mission propose une solution de type contribution créative (payée par tous les consommateurs -environ 5€ par mois- contre un droit à télécharger).

Les dysfonctionnements du secteur semblent également absents de la feuille de route de la mission. Par exemple, le difficile accès aux catalogues des producteurs de disques ou de films par les détaillants ou les diffuseurs du web constitue un frein évident au développement de l’offre commerciale.

La mission s’arc-boute sur une seule question: où trouver de l’argent pour quelques industriels qui ne veulent pas se donner la peine de s’adapter à l’ère du numérique ? Et cela, sans jamais réclamer la moindre contrepartie ! Une fois de plus le consommateur, ignoré lorsqu’il s’agit de faire des propositions, sera sollicité lorsque se posera la question du financement de tous les petits cadeaux accordés aux industriels de la création. Que ce soit une taxe sur les abonnements, une participation directe (le « 1€ par mois » proposé par la SACEM et l’ADAMI) ou un système de défiscalisation des achats, c’est le consommateur in fine qui supportera le coût.

Cette position est d’autant plus paradoxale que le gouvernement et certains lobbies de la culture ont à plusieurs reprises critiqué la proposition de l’UFC-Que Choisir d’une contribution créative comme étant trop catégorique puisque impliquant une contribution de tous les consommateurs, même ceux qui ne téléchargent pas. Mais lorsqu’il s’agit de faire contribuer le consommateur sans la moindre contrepartie, le problème n’existe plus !

Je ne peux manquer de dénoncer à nouveau ce double discours, qui ne peut plus durer. La mission Zelnik est déjà un échec… Elle doit être suspendue pour faire place à une vraie réflexion de fond, avec des experts indépendants. Il faudrait par exemple envisager que l’Autorité de la concurrence soit saisie sur les problèmes d’accès au marché de gros des œuvres… Mais aujourd’hui, la mission Zelnik semble plus encline à faire parler les amitiés  qu’à réfléchir aux vrais problèmes…

Hadopi : le point Godwin est atteint

Vendredi 11 septembre 2009

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Mercredi, le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique –un nom délicieusement désuet à l’ère du MP3) a dévoilé les chiffres du marché du disque. Et les temps sont durs : le marché de la musique enregistrée a une nouvelle fois marqué le pas (–17,8 %) au premier semestre 2009. Dans un contexte de crise, la progression continue du marché numérique sauve quand même les meubles (+3 %, alors que le disque physique lâche 21 %), et devrait amener les majors à s’interroger sur leur modèle économique. Mais le Snep préfère estimer que la trop faible augmentation du marché numérique est due à la « malhonnêteté intellectuelle » et à la « démagogie » des opposants à Hadopi. Christophe Lameignère, le président du Snep et patron de Sony Music France, en a même perdu ses nerfs. D’après le quotidien Métro, il aurait mené mercredi une nouvelle charge contre les opposants à la loi, n’hésitant pas à asséner cette phrase dont je vous laisse mesurer toute la pertinence dans le débat qui nous occupe : « Ces gens-là, ils auraient vendu du beurre aux Allemands pendant la guerre ! »

Je tiens à féliciter Christophe Lameignère, qui a donc atteint le « point Godwin ». Il s’agit du recours, lors d’une discussion, à une comparaison impliquant les nazis ou Hitler. Ici, les collaborateurs pendant la seconde guerre mondiale. Le point Godwin signifie l’échec du débat. Non content de traiter les opposants à Hadopi de collabos, Christophe Lameignère a également estimé que les pirates manifestent « une attitude totalitaire en stigmatisant une opinion » (celle des pro-Hadopi). « Ces gens-là sont planqués derrière leurs ordinateurs, ils prennent des pseudonymes parce que ce sont des voleurs à la petite semaine qui n’ont aucun courage. On ne peut pas avoir confiance dans des gens qui dénoncent ». La dernière phrase ne manque pas de sel quand on connaît le contenu de la loi que le gouvernement s’acharne à faire voter…

Chers internautes défavorables à la loi Hadopi, je vous laisse apprécier ces insultes. Je suis consterné par la vision manichéenne que Christophe Lameignère, et avec lui une partie de l’industrie musicale, se fait du monde : d’un côté les honnêtes citoyens et les artistes talentueux, fervents partisans de la loi. De l’autre les opposants, des pirates, des « voleurs », des bons à rien « qui n’ont rien fait pour la création » (sic). Cette vision binaire arrange évidemment les tenants d’Hadopi. Mais un tel mépris pour le public, une telle obstination dans la volonté implacable de faire voter la loi n’apportera rien de bon. Et explique sans doute l’absence de représentant des consommateurs dans la commission Zelnik, installée la semaine dernière par Frédéric Mitterrand et chargée d’engager une réflexion sur l’offre de contenus sur internet et sur la rémunération de la création. Présidée par le producteur Patrick Zelnik, la commission se compose de Jacques Toubon et de Guillaume Cerutti ; mais aucun représentant des internautes n’a été convié. En l’absence des consommateurs, on voit mal quelle pertinence auront les conclusions de cet aréopage.