Taxation des profits pétroliers : halte au geyser de contre-vérités !

Au lendemain de l’annonce des 12,58 milliards de bénéfice net réalisé l’an dernier par le groupe Total et de la relance de la proposition de l’UFC-Que Choisir de taxer ces surprofits pour réduire la dépendance pétrolière des consommateurs en dopant les investissements dans les transports collectifs, l’aide à l’acquisition de moteurs économes, la recherche-développement dans les énergies alternatives, je ne peux une nouvelle fois que m’indigner de voir M. Desmarest nous accuser de « démagogie» et de « populisme »… Décidément les années se suivent et se ressemblent : même profits records pour les pétroliers, même préjudice économique pour les consommateurs, même proposition consumériste de l’UFC-Que Choisir, même contre-vérités de Total, et donc bien sûr même rappel à l’ordre !
La démagogie (du grec demos : « le peuple » et ago : « conduire ») désigne l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, dénaturant la vérité. Or, loin de céder à l’idéologie et au simplisme, la proposition de l’UFC-Que Choisir repose sur un constat économique incontesté. Les groupes pétroliers ayant indexé leurs marges amont et aval sur le niveau du cours du baril brut, la flambée du pétrole leur assure une croissance exponentielle de leurs profits alors qu’elle affecte gravement le pouvoir d’achat des consommateurs. Le prix des produits pétroliers (carburant, fuel) ont ainsi augmenté de 31 % en 3 ans et la facture pétrolière des ménages, comme l’atteste notamment le calculateur chercarburant.org, ne cessent de croître…. Elle représente ainsi 33 milliards d’euros en 2006 contre près de 26 milliards d’euros en 2003, soit une augmentation annuelle de 267 euros par ménage.
Au delà de ces constats, l’UFC-Que Choisir a vérifié les bénéfices du groupe Total et étayé ses propositions par une analyse approfondie des comptes de l’entreprise et de leur environnement. Si dénaturation de la vérité il y a, ce n’est pas à notre niveau qu’il faut regarder.
- Affirmer que 95 % des 12,58 milliards d’euros de bénéfice net du groupe ont été réalisés à l’étranger est absolument faux. Pour aboutir au chiffre de 5 %, Total n’a pris en compte que les activités qui sont physiquement localisées en France, telles que le raffinage et la distribution. Les profits de l’amont, soit l’exploration-production située à l’étranger, sont intégralement exclus du calcul alors même que le consommateur français qui achète du carburant ou du fioul provenant d’une production amont de Total paye évidemment dans sa facture le coût de revient et les profits que le groupe réalise sur cet amont. Ainsi, le groupe Total a réalisé, en 2005, près de 2,5 milliards d’euros de profits sur le marché français, soit 20 % de ses profits mondiaux. Sur ce point, la différence de calcul entre l’UFC-Que Choisir et Thierry Desmarest est simple : l’UFC-Que Choisir base son chiffrage sur la facture du consommateur alors que Total le fait sur l’exploitation de la rente pétrolière.
- En outre, si le groupe Total met avant le fait que les ¾ des surprofits réalisés étaient réinvestis, il convient de rappeler que loin d’aller aux investissements, les profits extraordinaires réalisés en 2003 et 2004 ont été majoritairement consacrés à des opérations de spéculation boursière… Le versement de dividendes aux actionnaires, qui n’est pas condamnable en soi, atteint pour Total des proportions pharaoniques. Il a ainsi augmenté de 64 % entre 2000 et 2004 et Total a engagé 3 milliards d’euros par an pour le rachat d’action. Ces deux opérations ont ainsi représenté, entre 2003 et 2006, 47 % de ses capacités de financement.
- Dans le même temps, l’engagement de Total dans le domaine des énergies renouvelables a été évanescent : les dépenses dans ce type de recherches représentent à peine 1 % des profits. En revanche, le groupe Total peut flatter ses actionnaires de ce constat : le montant annuel de l’investissement en faveur du développement durable équivaut à celui consacré en quinze jours pour des rachats d’actions.
- Enfin, taxer l’UFC-Que Choisir de rouler pour la candidate socialiste à l’élection présidentielle est absolument injustifié et injustifiable. Je tiens à rappeler au Président du groupe Total qu’une action dans l’intérêt des consommateurs a été jugée indispensable par le ministre de l’Economie des Finances, celui-ci allant même jusqu’à évoquer à l’automne 2005, l’idée d’une taxe exceptionnelle sur les profits pétroliers (vite dissipée, il est vrai…). Cette idée, reprise dans une proposition de loi UMP, et soutenue, dans son principe, par de nombreux députés de la majorité et de l’UDF, dépasse donc les clivages partisans et ne saurait être l’apanage de la gauche. Association apolitique, l’UFC-Que Choisir ne saurait d’ailleurs proposer une mesure pour faire gagner tel ou tel candidat. C’est la cause consumériste qu’il s’agit de faire triompher quelle que soit l’étiquette politique de celui ou celle qui œuvrera en ce sens !
La « démagogie » et le « populisme » n’ont donc rien à voir avec notre proposition. La démagogie c’est sortir du champ du rationnel pour s’adresser aux passions et aux frustrations des citoyens, c’est faire vibrer la fibre nationale en évoquant l’intouchable « champion national » qu’on ne saurait critiquer quitte à passer en pertes et profits les préjudices des consommateurs. Lorsque, au vu de l’actualité économique, le Président du principal groupe pétrolier français brandit la menace d’une OPA sur son groupe et avec elle la délocalisation d’emplois pour justifier des profits colossaux, il frôle la ligne jaune… Voilà, j’espère, par ces quelques rappels, avoir fermé définitivement le réservoir des contre-vérités assenées par les pétroliers.



Déjà 5 commentaires, publiez le vôtre !
Décidement, il devient tres malasain de reussir en France. Pourquoi ne s’attaquer qu’a TOTAL, quand BP met en vente ses raffineries françaises…
Si Total met son siege social aux Pays Bas, come Shell, ou si un groupe indien rachete TOTAL, quelle sera votre attitude ?
1000 fois NON, le combat de ceux qui tirent une balle dans le pied de la France ne sera JAMAIS le mien !
Monsieur BAZOT
Je suis nouvel abonne au journal que j’ai choisi car les propositions d’abonnement me paraissaient plus « morales et consumeristes » que votre confrere (Pas de cadeau d’abonnement)
Mais je suis stupefait de votre position sur TOTAL
-Les profits de TOTAL sont a TOTAL et à personne d’autres que ses employes ou ses actionnaires: si vous voulez en profiter vous pouvez acheter des actions! ou vous faire embaucher!
-Pourquoi ne parler que de TOTAL, et pas de SHELL ou de BP ou d’ESSO, etc..
Je n’attends pas d’un organisme de consommateur qu’il ne s’interesse qu’a une marque sur le marché!
-Que « que choisir » s’interesse a la qualites des carburants ou des lubrifiants de tous les petroliers, ou à la qualité du service dans les stations : c’est son role! Mais je n’attends rien d’autre de votre organisme et surtout pas des lecons d’economie!
Votre credibilité est à ce prix, et pour le moment je reste avec un gout amer sur mon nouvel abonnement!
Bien à vous
commentaire qui n’a rien a voir avec l’article mais je souhaitais vous sensibiliser sur le sujet de internet accès très haut débit. Un peu de lecture …
http://billaut.typepad.com/jm/2007/02/mais_cest_quoi_.html
Votre campagne contre les super-profits de Total appelle plusieurs remarques:
- sauf erreur le prix du carburant hors taxes en France est l’un des plus bas du monde; on en déduira que la profitabilité en % en France d’un groupe comme Total est probablement plus faible qu’ailleurs dans le monde; le fait que ce prix soit faible vient de notre politique de taxation élevée depuis de longues années.
- Total n’a pas la monopole de vente des produits pétroliers en France; pourquoi serait-il le seul à être taxé ? Parce que ses concurrents (BP, Shell, Exxon,…) ont leur siège à l’étranger ? Parce que des distributeurs comme Leclerc ou Carrefour noient leurs profits pétroliers dans l’océan de leurs autres activités. Il y aurait là une forte distortion de la concurrence.
- L’idée que l’Etat pourrait utiliser directement les fonds provenant d’une taxation avec une meilleure efficacité que des acteurs privés qui y seraient incités par d’autres moyens, est une posture idéologique et politique; un Association de consommateurs devrait s’abstenir de proposer ce type de solution qui relève d’un programme politique.
- Il serait beaucoup plus intéressant d’inciter tous les pétroliers (et pas seulement Total) à diversifier leurs investissements vers d’autres sources d’énergie, notamment par le biais des crédits de CO2; chaque tonne de carburant vendue (produisant du CO2) devant être par exemple compensée par un investissement ou une production en énergie renouvelable.
19/03/2007
depuis decembre l’augmentation du prix des carburants a ete pharaonique de l’ordre de 15 cts le litre au moins et cela ne peut pas se justifier par le prix du baril qui est redescendu au niveau des 60 dollars . breton a pretendu que cette hausse etait due aux regions qui elles refutent cet argument pretendant que leur part autorisee de prelèvement etait de 1 à 1,5 cts le litre
je ne comprends pas pourquoi personne ne s’insurge de telles augmentations(un franc de plus le litre d’essence ,en d’autres temps cela aurait valu une revolution)
les francais sont ils tous devenus des boeufs en route pour l’abattoir
pourtant la verification de la veracité de mes propos est simple a faire il suffit de comparer le prix du baril au debut decembre avec les prix pratiques a la pompe ainsi que ceux appliques actuellement
ensuite voir combien les regions prelevent effectivement
et enfin en dernier regarder à qui profite le crime(le vol)
pour finir je dois avouer que je n’ai aucune confiance en monsieur breton particulierement depuis qu’en tant que pdg de france telecom il nous affirmait que notre facture baissait alors que le l’abonnement obligatoire subissait un bond extraordinaire
j’espere que quelqu’un se decidera enfin à parler merci de me tenir au courant