Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘aliments’

Bilan de la DGCCRF : pas de quoi pavoiser !

vendredi 28 février 2014

viandechevalFaux cabillaud, faux bœuf (le fameux chevalgate)… Certes, en 2013 la DGCCRF n’a pas chômé, avec 721 000 vérifications effectuées et 123 300 manquements constatés. En présentant le bilan de son administration, Benoît Hamon s’est même risqué à dire que « La France est sans doute l’un des pays d’Europe qui a le mieux contribué à assainir la qualité de l’alimentation ». Et pourtant, l’heure ne saurait être au triomphalisme. La Cour des Comptes a épinglé les importants dysfonctionnements s’agissant des contrôles sanitaires des aliments effectués par les administrations, notamment de la direction générale de l’alimentation.

Et à y regarder de plus près, le bilan de la DGCCRF n’est pas si flatteur : en comparant ces chiffres avec ceux de 2012, je constate que les vérifications sont en baisse de 2,6 % et les manquements constatés en diminution de 13,2 %. Une conséquence logique de l’érosion constante des effectifs de la DGCCRF ces dernières années. Alors, si je salue les nouvelles armes données à cette administration par la loi consommation (pouvoirs et sanctions renforcés), comment ne pas regretter que les moyens manquent de façon si aiguë pour remplir ces missions ? Benoît Hamon a évoqué l’embauche de 15 agents : une goutte d’eau dans la mer…

Farines animales et étiquetage des aliments : que fait le gouvernement ?

mercredi 12 juin 2013

viandecheval

Les problématiques de sécurité sanitaire et de fraude à la viande ont occupé une large place dans les médias ces derniers mois. Elles ont également donné lieu à des initiatives parlementaires : deux propositions de résolution (textes non contraignants) identiques du député Jean-Louis Borloo et du sénateur François Zocchetto se proposaient ainsi d’imposer un étiquetage obligatoire de la provenance des aliments (y compris pour la viande dans les plats préparés), et d’instaurer un moratoire sur les farines animales, dont l’utilisation est autorisée dans l’alimentation des poissons depuis le 1er juin.

Les travaux en commission ont censuré ces deux textes, une issue logique puisque l’étiquetage tout comme les farines animales sont des sujets européens, sur lesquels la France ne peut pas agir seule. Les deux chambres se sont donc contenté de voter, au mois de mai, des textes a minima rappelant la position de la France, qui pousse à une indication de l’origine nationale des aliments et qui s’est opposée au retour des farines animales.

Mais ce n’est pas parce que la France est engagée par des décisions européennes qu’il n’y a plus rien à faire ! Le Président de la République avait eu des propos très fermes lors du Salon de l’Agriculture en février, plaidant pour « un étiquetage obligatoire » sur les viandes utilisées dans les plats cuisinés et déterminé à soutenir les démarches volontaires d’étiquetage. Sur les farines animales, François Hollande avait carrément assuré : « La France n’introduira pas ces protéines animales pour ce qui la concerne »… alors qu’un moratoire est contraire au droit européen ! Trois mois après, où en est l’exécutif sur ces sujets d’une brûlante actualité ? Quid de la mise en place (pour le coup parfaitement licite) de filières « poisson nourri sans farines animales » ? Il est temps d’agir pour rassurer les consommateurs… qui ne veulent pas manger de ce pain-là !

Pour des mesures poids lourds contre l’obésité

jeudi 7 février 2013

obesite

Quel est le fléau qui touche deux fois plus de personnes à l’échelle mondiale depuis 1980 (1,4 milliard d’adultes de plus de 20 ans) ? Qui fait 2,8 millions de victimes par an ? Et qui dans 20 ans pourrait bien concerner plus de la moitié de la population mondiale ? Ce fléau, c’est le surpoids. Lors du Forum économique mondial à Davos fin janvier, des experts ont appelé les pouvoirs publics à réagir enfin, estimant que le surpoids devait dorénavant être combattu au même titre que le tabagisme !

Depuis 10 ans, la politique française de lutte contre l’obésité peut se résumer à « beaucoup de bruit pour rien ». Voilà des années que je dénonce le laxisme des pouvoirs publiques qui se contentent des engagements de l’industrie. En France l’obésité concerne désormais 7 millions de nos concitoyens (en hausse de 76 % depuis 15 ans) ! Et cette hausse s’accélère nettement chez les 18-24 ans. L’heure n’est plus aux belles promesses mais à l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments. Il faut aussi désamorcer le marketing promotionnel ciblant les enfants et renforcer l’information sur l’étiquetage. Manger bouger, c’est bien… Légiférer, c’est mieux !

Origine des aliments : mauvaise recette

mardi 29 janvier 2013

cantine

Alors que la réglementation actuelle n’oblige pas à indiquer l’origine de tous les produits alimentaires, la Commission européenne réfléchit à combler ce vide juridique savamment utilisé par les industriels, qui rivalisent d’ingéniosité pour faire passer les vessies pour des lanternes… Bonne recette pour lutter contre les mentions confuses, me direz-vous ? Loin de là ! En effet, la Commission semble s’arc-boûter sur deux notions bien trop vagues : « origine Union européenne » et « origine non Union européenne » qui ne sauraient mettre fin aux pratiques fallacieuses des fabricants : foie gras estampillé « Périgord » élevé en réalité en Roumanie, ou sauce tomate aux couleurs italiennes fabriquée au pays de la saucisse de Francfort !

L’enquête du Bureau européen des unions de consommateurs tombe donc à pic pour contrer ce projet : en effet 90 % des consommateurs interrogés trouvent le projet de la Commission insuffisant. 70 % des sondés estiment ainsi que l’origine est un facteur important lors de l’achat et 60 % aimeraient connaître non seulement le pays d’origine du produit, mais aussi celui de l’ingrédient principal, s’agissant des produits transformés.

Je demande donc aux pouvoirs publics –français et européens- de tenir compte de cet appétit des consommateurs pour une vraie transparence et donc de nous proposer une recette plus digeste! A l’avenir, les consommateurs devraient pouvoir connaître le pays d’origine de tous les produits bruts ou composés d’un ingrédient unique (viandes, lait, sucre, farine, huile…), et dans le cas des produits transformés le pays de fabrication du produit et celui d’origine pour son principal ingrédient. Une transparence qui risque de rester sur l’estomac des fabricants, mais qui devient une urgence absolue pour limiter la créativité de l’industrie agroalimentaire ! Bref, aux pouvoirs publics d’empêcher les fabricants de nous faire avaler n’importe quoi…

L’huile de palme sur le grill

mercredi 21 novembre 2012

chips

Au vu des péripéties du budget de la Sécu (députés et sénateurs ont encore échoué, hier, à trouver un accord sur le texte), l’avenir du très médiatisé amendement « Nutella » semble compromis ! Dommage, car cette mesure adoptée par les sénateurs constituait enfin un pas dans le bon sens. Il s’agissait de quadrupler la taxe sur l’huile de palme, un ingrédient bourré d’acides gras saturés que l’on retrouve dans de nombreux aliments (et notamment le Nutella) : chips, margarines, barres chocolatées, céréales du petit déjeuner, gâteaux industriels… La mesure se voulait un appel aux fabricants à remplacer l’huile de palme par des ingrédients moins nocifs.

Mais les sénateurs auraient pu/dû aller plus loin en élargissant leur approche à d’autres nutriments. L’huile de palme est loin d’être la seule à poser problème. L’UFC-Que Choisir demande la création d’un signal prix clair pour les consommateurs visant à encourager la consommation d’aliments équilibrés, et à dissuader l’achat des produits trop gras, sucrés ou salés. Il n’est pas cohérent de conserver un taux réduit de TVA pour des produits qui ne sont en aucun cas de première nécessité, et qui constituent une des causes de l’épidémie d’obésité dans notre pays. Il faut rétablir une TVA à taux plein s’agissant de ces produits. Une idée qui, en cette période de vaches maigres, permettra aussi aux finances publiques de refaire du… gras !