Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘Assurance-maladie’

Contre la fracture sanitaire, le conventionnement vertueux des médecins

lundi 7 novembre 2016

feuilledesoins

Les fins de mandature sont des moments de vérité. Les échéances électorales approchant, certains se crispent sur leurs positions, quand d’autres choisissent l’audace. Et tout cela est diablement instructif.

Il en est ainsi de la tentative – avortée, je mets fin tout de suite au suspense – d’enfin réguler l’installation des médecins sur notre territoire, pour faire reculer la fracture sanitaire. L’idée de ce conventionnement vertueux des médecins est simple : dans les zones où l’offre médicale est excédentaire (et il y en a, je vous renvoie à notre carte interactive gratuite de l’offre de soins https://www.quechoisir.org/carte-interactive-fracture-sanitaire-n21245/), l’Assurance maladie ne conventionnerait de nouveaux médecins que lorsqu’un praticien installé partirait en retraite.

Les promoteurs de ce projet ? Des députés de tout bord, qui ont adopté la mesure au sein de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Mais une fois en séance plénière, la donne changea. Malgré l’heure tardive des débats, des cris d’orfraie se sont élevés de tous les bancs, reprenant les arguments brandis antérieurement, dans un réflexe pavlovien, par les syndicats de médecins. Que nombre de ces députés soient par ailleurs médecins est un probable hasard.

Plus surprenante est l’identité du leader de l’opposition au conventionnement vertueux. Car c’est Marisol Touraine, la ministre de la Santé, qui a été la plus ardente partisane du statu quo. Oubliant par-là, certes l’intérêt général, mais aussi les conclusions des travaux conduits par l’Assurance maladie, dont elle a la tutelle, qui ont pourtant conclu au fiasco des politiques incitatives. Voir ainsi la ministre de la Santé négliger les quelques 21 millions de Français qui, selon les spécialités, ont un accès restreint à la médecine de ville est navrant. D’autant que depuis son arrivée Avenue de Ségur en 2012, la situation s’est dégradée pour 38 % de la population concernant les ophtalmologistes, 40 % pour les pédiatres, et même 59 % pour les gynécologues.

Pour ma part, je ne crains pas de l’affirmer : il est urgent de mettre fin au dogme de la liberté totale d’installation des médecins, qui doit s’arrêter là où commence le droit des usagers à se soigner.

Fracture sanitaire : notre réponse à l’Assurance maladie

mercredi 6 juillet 2016

mutetu

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Assurance maladie a la promptitude à géométrie variable ! Les données chiffrées sur les dépassements d’honoraires que nous avions demandées en vain pendant près d’un mois ont été rendues publiques dans un communiqué vengeur moins de 24 heures après la présentation par l’UFC-Que Choisir de son étude sur l’aggravation de la fracture sanitaire. Au-delà des querelles de chiffres, sur lesquelles je vais revenir, le cœur du sujet est finalement ici… Cette vieille conception de l’action publique, qui voudrait que qui contrôle les données contrôle l’information et, par conséquent, le débat public.

Comme en 2012, faute d’une mise à disposition de ces informations pourtant d’intérêt public, nous nous sommes trouvés contraints, pour mener à bien notre étude, d’aspirer à grands frais les informations sur les tarifs et la localisation des médecins présentes sur l’annuaire santé de l’assurance maladie. Cela nous a amené à travailler sur une base complète (tous les médecins libéraux sont pris en compte), mais à partir du tarif le plus fréquemment demandé par les médecins (le seul disponible). Rien d’étonnant dès lors à ce que les chiffres de l’Assurance maladie divergent en partie des nôtres, puisque nous ne parlons pas de la même chose ; notre étude s’intéresse aux tarifs le plus souvent rencontrés par les usagers, quand l’Assurance maladie communique sur des moyennes, qui amalgament des situations très variées (patients en CMU-C non soumis par la loi aux dépassements d’honoraires et patients classiques, par exemple). Cerbère des données exhaustives de tarification, l’Assurance maladie a beau jeu de critiquer notre méthodologie : c’est la seule accessible aux associations !

Comment admettre que l’Assurance maladie et le ministère de la Santé fassent ainsi du monopole dans l’accès à l’information une arme, a fortiori quand ils la pointent à la face des usagers ? Comment ne pas s’offusquer de voir ainsi foulé aux pieds le principe d’open data en santé, pourtant inscrit dans la loi Touraine depuis janvier ?

Plus largement, je ne peux pas accepter sans réagir que les autorités publiques tordent à ce point la réalité pour mieux masquer leur échec en termes d’inégalités de santé. Les dépassements d’honoraires ont augmenté de 200 millions d’euros depuis 2012, pour atteindre 2,53 milliards d’euros en 2015. Le nombre de spécialistes installés en secteur 2 augmente de 1,3 % par an depuis 2012, réduisant d’autant l’offre au tarif de la sécurité sociale. L’Ordre des médecins estime que la France aura perdu un généraliste sur quatre entre 2007 et 2025. Et d’après la ministre, nous serions porteurs de « contrevérités absolues » en faisant le constat de l’aggravation de la fracture sanitaire ?

Non, vraiment, nous ne nous résignons pas à ce que le débat sur l’accès de tous les usagers au système de santé vole aussi bas. De toute évidence, l’UFC – Que Choisir a touché un nerf sensible, en témoignent les réactions excessives des autorités et des syndicats de médecins. Cela ne nous conforte que davantage dans notre combat, et je vous invite à mesurer dès maintenant l’offre médicale disponible sur votre commune à partir de notre carte interactive.

DCI : bonne année, bonne santé ?

jeudi 7 janvier 2016

feuilledesoins

Si 2015 a vu naître l’obligation pour les médecins de prescrire les médicaments en Dénomination commune internationale (DCI) – le nom de la molécule et non plus le nom de marque – 2016 sera-t-elle celle d’un réel accompagnement de cette obligation ?

On doit le souhaiter tant les résultats de l’enquête exclusive menée à partir des 800 ordonnances collectées grâce aux bénévoles de l’UFC-Que Choisir, plus de 5 mois après l’entrée en vigueur de la nouvelle obligation, sont affligeants. En effet, comment ne pas déplorer que sur les 2729 médicaments prescrits, seuls 27% comportaient la DCI…

La prescription en DCI est pourtant une nécessité de santé publique. Faut-il rappeler que sa généralisation, réclamée depuis plus de 10 ans par l’association, est un moyen efficace de lutter contre le surdosage et les interactions médicamenteuses, une aide pour la prise de traitement à l’étranger, et un outil permettant aux consommateurs d’acheter à moindre frais la bonne molécule ? Comment se fait-il que le pilule ne passe pas chez les médecins, surtout les spécialistes ? L’absence de contrôle et de sanction spécifique expliquerait-elle ce large désintérêt ?

Le ministère de la Santé et l’Assurance Maladie seraient bien inspirés dans leurs bonnes résolutions de nouvelle année, d’en faire un des critères de la rémunération sur objectifs de santé publique des médecins,  mais aussi de diligenter des contrôles pour identifier et rappeler à l’ordre les médecins récalcitrants !

En attendant que ce vœu se réalise, je vous souhaite à toutes et à tous, une très bonne et heureuse année 2016…

Audioprothésistes : entendons-nous bien…

lundi 5 octobre 2015

note de blog audioprothèseS’il est habituel que les professionnels dont les mauvaises pratiques sont mises en cause par une de nos études réagissent, la réponse de l’UNSAF, syndicat d’audioprothésistes, à notre étude sur le marché verrouillé des aides auditives m’a frappé pour deux raisons. Sa promptitude, tout d’abord, puisqu’elle était en ligne une heure avant le début de notre point presse ! Son caractère long et fouillé, ensuite. Je ne peux que me féliciter que le débat lancé par l’UFC-Que Choisir permette des échanges argumentés entre les parties prenantes. Rien n’est pire que problèmes tus.

Mais la lecture attentive de la réponse de l’UNSAF me laisse un goût amer. Car cette avalanche de chiffres, aux sources parfois bien hasardeuses d’ailleurs, s’avère en réalité un rideau de fumée à l’abri duquel l’UNSAF nie le véritable problème de ce marché : la pénurie de professionnels. En effet, pour couvrir les besoins de la population française, ce ne sont pas 3100 audioprothésistes, comme actuellement, qu’il nous faudrait, mais plus de 7000. Un objectif impossible dans le système actuel, où le gouvernement a mis en place un numerus clausus bien trop restrictif, avec l’entier soutien de la profession. Or, c’est cette pénurie qui crée du renoncement aux soins, que l’UNSAF évalue timidement entre 500 000 et 1 million de personnes. Notre étude le démontre pourtant, à partir d’une comparaison européenne : ce sont en réalité 2,1 millions de malentendants français qui ne peuvent pas s’équiper en audioprothèses en raison de leur coût prohibitif (3100 € pour les deux oreilles, dont 2200 € de reste à charge pour le patient).

Dès lors, une divergence de fond se fait jour entre notre analyse et celle de l’UNSAF : les audioprothésistes voudraient voir le remboursement de l’assurance maladie, il est vrai très limité, augmenter immédiatement. Pour l’UFC-Que Choisir, il n’est pas question, en l’état actuel du marché, de financer davantage par les cotisations de tous la rente de rareté dont bénéficient les audioprothésistes. C’est seulement une fois le numerus clausus relevé durablement, et les prix revenus à la normale, que nous pourrons discuter d’une hausse de l’intervention de l’assurance maladie.

Je ne peux terminer ce billet sans réagir à l’inacceptable mise en cause dont fait l’objet notre association. L’UNSAF nous accuse, toute honte bue, d’être à la solde des complémentaires santé, qui se trouvent être sur une position proche de la nôtre dans ce combat pour une baisse du prix des audioprothèses. Je vous laisse juges, lecteurs, du bien-fondé de cette vilénie, l’esprit tranquille en repensant à nos nombreux combats, politiques et juridiques, passés et en cours, contre les mauvaises pratiques des acteurs assurantiels…

Mutuelles étudiantes : après les études accablantes, à quand le recalage ?

lundi 25 mai 2015

mutetu
Après l’UFC-Que Choisir, la Cour des Comptes, les parlementaires, les syndicats étudiants, c’est le Défenseur des Droits qui dresse un constat au vitriol du fonctionnement des mutuelles étudiantes dans un rapport au nom révélateur : «accès des étudiants aux soins : leur protection sociale est-elle à la hauteur des enjeux ». Cette nouvelle charge, sur la base de témoignages de nombreux étudiants, loin de me surprendre m’amène néanmoins à m’interroger sur le volontarisme des pouvoirs publics à remédier aux nombreux dysfonctionnements dénoncés, aussi dommageables pour la santé des étudiants que coûteux pour les finances publiques.

L’UFC-Que Choisir a ainsi jeté le pavé dans le marre dès 2012 en dénonçant les errements de la protection sociale étudiante et en appelant au retour au droit commun… La Cour des Comptes a enfoncé le clou en 2013. Cet appel, entendu par les Sénateurs, n’a pas encore été reçu par les députés et ni par le gouvernement. Qu’attend donc le Ministère de la Santé pour prendre à bras le corps ce sujet ? Qu’attend l’Assemblée nationale pour examiner la proposition de loi adoptée au Sénat l’an dernier, tendant à ramener dans le giron de la sécurité sociale la protection sociale des étudiants ? L’urgence est d’autant plus grande que la situation financière de la LMDE, la principale mutuelle étudiante, continue à inquiéter. Elle a obligé le gouvernement à imaginer un bricolage précaire, où derrière une coûteuse façade LMDE, s’agiteront l’Assurance maladie et une mutuelle privée. C’est ne pas se donner tous les moyens d’une amélioration de la qualité de service LMDE. Et c’est oublier tout espoir de simplification du système, d’autant que perdurera la concurrence malsaine avec les mutuelles étudiantes régionales, demeurées elles sans lien avec l’Assurance maladie. L’accès aux soins des étudiants ne serait-il pas une priorité ?