Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘concurrence’

Energie moins chère ensemble : la dynamique concurrentielle enclenchée !

jeudi 16 mars 2017

Si le résultat des enchères de la campagne « Energie moins chère ensemble » a été historique avec des offres lauréates on ne peut plus compétitives, l’impact de cette campagne sur les marchés aura également été retentissant comme vient de le souligner l’Observatoire de la Commission de Régulation de l’Energie. En effet, la publication des résultats du 4ème trimestre 2016 montre que le taux moyen de changement de fournisseur sur le secteur résidentiel de l’électricité a atteint 1,8%, ce qui peut apparaître faible mais qui constitue néanmoins le record historique sur 10 ans de libéralisation du marché…

Concrètement, sur le 4ème trimestre 2016, 335 000 ménages sont passés à une offre de marché chez des fournisseurs alternatifs contre 206 000 le trimestre précédent, soit une augmentation de 62,5% ! Comme le souligne l’autorité de Régulation dans son communiqué de presse, la campagne « Energie moins chère ensemble » aura donc bien, conformément à son objectif, éveillé les consciences quant à l’intérêt et la simplicité du changement de fournisseur et ainsi participé, en accompagnant et sécurisant la mobilité des consommateurs, à la création d’une dynamique concurrentielle… Reste à savoir si cette dynamique va se poursuivre… Comptez sur l’Association pour y veiller !

Pharmacies en ligne : la pilule ne passe toujours pas

mardi 10 mai 2016

mdicaments en ligne

Imaginez un monde dans lequel vous ne pouvez pas acquérir de médicaments – vendus sans prescription – auprès d’un pharmacien en ligne au motif que seules les officines physiques seraient à même de vous prodiguer les bons. Cela vous paraît fiction ? C’est pourtant le message envoyé par les deux derniers projets d’arrêté relatifs à la vente en ligne de médicaments lesquels laissent entrevoir de nombreuses restrictions, le plus souvent injustifiées au regard des objectifs consuméristes et de santé publique.

La ligne de l’UFC-Que Choisir est toujours restée fidèle à deux principes incontournables sur ce sujet : une sécurité sanitaire maximale pour le consommateur, quel que soit le canal de distribution, tout en assurant le renforcement de la concurrence. Pourtant, à l’instar de l’avis rendu par l’Autorité de la concurrence, je regrette le manque cruel d’ambition de ces arrêtés qui sont comparables à de minuscules pansements sur de nombreuses jambes de bois, et qui décourageront probablement le développement des pharmacies en ligne.

A titre d’exemple, les officines en ligne pourraient ne pas être autorisées à recourir aux newsletters ni à l’achat de mots clés permettant un meilleur référencement. Cette restriction, en plus d’être anticoncurrentielle par rapport aux officines physiques, permettra à des cyberpharmacies étrangères d’être plus facilement visibles et accessibles aux consommateurs français. Pourtant, aucune autorité française ne peut prétendre à réguler ces cyberpharmacies étrangères : quid de la sécurité sanitaire en l’espèce ?

L’arrêté dispose également de nombreuses contraintes logistiques et pratiques comme l’obligation pour les pharmaciens en ligne de recueillir les observations du patient ou encore de l’évaluation bénéfice/risque de la poursuite d’un traitement. Pour rappel, l’enquête réalisée en 2012 par l’UFC-Que Choisir avait constaté l’absence récurrente de conseils spontanés en pharmacie (1 sur 2). Surtout, comme le rappelle l’Autorité de la concurrence, ce niveau de détails d’information est disproportionné par rapport aux produits qui seraient vendus en ligne (qui ne nécessitent pas d’ordonnance).

Ces contraintes techniques et logistiques ne permettront pas d’instaurer suffisamment de concurrence, puisqu’elles feront inéluctablement augmenter les prix des médicaments en ligne. Cela n’aurait pourtant pas été un luxe : pour rappel, notre étude de 2012 révélait également les différences de prix constatées entre les officines, symbole que la concurrence n’opère pas sur ce marché. Ces deux projets d’arrêté créent finalement un régime discriminatoire par rapport à la vente au comptoir, et ce, au motif – prétexte – de la « sécurité sanitaire ». Si l’on suit l’esprit de l’arrêté, ces mêmes obligations devraient être imposées aux pharmacies physiques qui n’y sont pas encore soumises, la sécurité sanitaire ne doit pas être préservée seulement sur internet !

Ce manque d’ambition ne peut manquer de rappeler les objections émises par le gouvernement et certains parlementaires à la libéralisation de l’automédication  tendant à dire que celle-ci cannibaliserait les commerces de proximité que représentent les officines en France. Dois-je rappeler que la part de l’automédication dans le chiffre d’affaires d’officine est marginale (7% du chiffre d’affaires) alors que les économies réalisables par les consommateurs du fait de cette libéralisation seraient – elles – considérables ? A ce rythme-là,  tant que la concurrence ne sera pas renforcée sur ce secteur, chercher  des médicaments à moindre prix pourrait continuer à vous causer de nombreux maux de tête.

Concurrence et investissements : le beurre et l’argent du beurre au bénéfice de tous les consommateurs !

mardi 12 avril 2016

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La fin du feuilleton sur le rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom me permet de revenir à froid sur une question fondamentale : est-il possible de concilier l’existence d’un marché caractérisé par un haut niveau concurrentiel et le développement des investissements dans le secteur des télécommunications ?

Les partisans d’une concentration du secteur soulignaient sa nécessité afin de permettre aux opérateurs de disposer des marges de manœuvre nécessaires afin de déployer au mieux le très haut débit mobile (4G aujourd’hui et 5G à l’horizon 2020) et le très haut débit fixe (la « vraie » fibre notamment). Autrement dit, selon les hérauts de la concentration, le maintien d’un haut degré d’intensité concurrentielle serait un obstacle rédhibitoire au déploiement de ces réseaux de nouvelle génération. Or, rien n’est moins faux.

Il est vrai que moins de concurrence, signifie davantage de revenus pour les opérateurs (sous l’effet conjugué de parts de marché moyennes plus hautes et de prix plus élevés) et en conséquence de meilleures marges (puisqu’il s’agit majoritairement d’une économie de coûts fixes). Mais cela signifie-t-il pour autant plus d’investissements ? Lorsque l’on regarde les chiffres de l’investissement des opérateurs sur une période longue, on se rend compte que les investissements actuels se situent dans la fourchette haute des montants mis en œuvre (près de 7 milliards d’euros investis en 2014 hors achats de fréquences). En conséquence, moins de concurrence ce n’est pas plus d’investissements, et plus de concurrence ce n’est pas moins d’investissements ! Ceci s’explique aisément. La concurrence est un puissant moteur de l’investissement. Dans un marché concurrentiel, chaque opérateur doit se démarquer des autres par la qualité de son réseau (couverture et qualité de service) et pour ce faire, il est indispensable d’investir !

Ainsi, aujourd’hui les opérateurs téléphoniques sont assez largement en avance par rapport aux objectifs de déploiement de la 4G. Néanmoins, certains semblent ne pas suivre les objectifs propres aux zones parmi les moins denses du territoire, comme a pu l’indiquer récemment l’ARCEP. Ceci me permet d’indiquer que je ne suis pas dupe ; je n’attribue pas à la concurrence toutes les vertus possibles et imaginables. S’il est incontestable que la concurrence dans les communications électroniques est bénéfique pour le pouvoir d’achat des consommateurs elle est loin de garantir le développement des réseaux dans les zones les moins densément peuplées, qui ne sont peu ou pas rentables pour les opérateurs. C’est un argument qu’emploient les opérateurs pour plaider un affaiblissement de l’intensité concurrentiel qui leur donnerait davantage de moyens pour investir dans ces zones. Néanmoins cet affaiblissement ne garantirait pas ces investissements dans ces zones.

D’une part de nombreuses zones sans réseaux ou avec des réseaux de piètre qualité sont aujourd’hui les vestiges d’une époque sans concurrence. D’autre part les opérateurs omettent de préciser que ce sont majoritairement des fonds publics qui permettent le déploiement de la fibre optique et que des fonds publics interviennent également pour permettre aux opérateurs de déployer des antennes dans les zones blanches.

En réalité, le problème de l’investissement dans les zones non rentables dépasse le seul aspect du niveau concurrentiel. Sauf à mettre en place des tarifs prohibitifs pour l’internet, des zones du territoire resteront toujours non rentables pour les opérateurs. C’est la raison pour laquelle, au-delà de la question des financements publics, il convient que les opérateurs mutualisent le plus possible leurs investissements dans les réseaux sur les zones non rentables. Ainsi, grâce à une mutualisation des coûts de déploiement des réseaux entre opérateurs bien plus poussée que celle actuellement constatable, les consommateurs pourront à la fois bénéficier d’une concurrence effective, et accéder rapidement au meilleur de la technologie…

Concentration dans les télécoms, ou l’élaboration d’un dangereux puzzle inflationniste

lundi 22 juin 2015

téléphonieDepuis un peu plus d’un an, on assiste, pièce après pièce, à la construction d’un paysage dans le domaine des télécommunications où se profilent à un horizon pas si lointain les nuages sombres de hausses marquées des prix aussi bien pour les services mobiles que pour l’Internet fixe. La nouvelle tombée hier d’une offre de rachat de Bouygues Telecom par SFR/Numericable ne saurait donc me laisser indifférent.

Il s’agit en effet d’une étape décisive d’une concentration du secteur et à cet égard probablement d’un tournant majeur quant au maintien à moyen et long terme d’une intensité concurrentielle propre à assurer des prix compétitifs aux consommateurs.

Comme l’UFC-Que Choisir le présentait l’année dernière, le rachat de SFR par Numericable n’était donc qu’un premier coup de semonce d’un mouvement de concentration de grande ampleur qui engendre de nombreuses préoccupations qu’il convient de lister.

Sur le mobile tout d’abord, ce retour à une structure du marché à trois opérateurs est porteur de craintes tant l’expérience passée en France est prégnante dans nos souvenirs : ententes entre opérateurs pour geler les parts de marché (et donc ne pas mettre en place une véritable concurrence par les prix), condamnation en conséquence desdits opérateurs à une amende de 534 millions d’euros en 2005 par le Conseil de la Concurrence pour ententes illicites, prix en France 25 % plus élevés que chez nos voisins européens… Autant d’éléments qui justifiaient l’attribution d’une quatrième licence mobile dont l’impact positif n’est aujourd’hui plus à démontrer.

Il me semble aussi indispensable de souligner que cette concentration fait peser des menaces au moins analogues sur l’Internet fixe. En effet, en un peu plus d’un an nous passerions de 5 à 3 opérateurs, en perdant au passage celui qui se proposait depuis peu d’être l’agitateur du marché de l’Internet fixe (Bouygues Telecom). Cette contraction rapide du nombre d’offreurs risque dans un premier temps de faire disparaître du catalogue les offres les plus avantageuses financièrement et de mettre à moyen/long terme en branle une hausse marquée des prix de l’Internet fixe, dans un contexte où les opérateurs auraient beau jeu de justifier cette hausse par l’arrivée de la fibre optique.

Une fois ces peu réjouissantes perspectives mises en évidence, il convient d’évoquer les façons de prévenir leur apparition.

Sur le mobile tout d’abord, deux éléments spécifiques apparaissent. Il est indispensable que ce retour à trois n’isole par Free Mobile en le mettant en face de deux mastodontes. Pour cela, une répartition équitable des fréquences et des antennes s’avère indispensable. Ensuite dans l’hypothèse où les prix repartiraient à la hausse, il faudrait à nouveau envisager l’introduction d’une nouvelle licence mobile. Il serait souhaitable que les autorités de régulation anticipent les conditions d’attribution de ces fréquences pour que nous ne nous retrouvions pas dépourvus l’hiver inflationniste venu.

Sur l’Internet fixe, les conditions d’extinction du réseau cuivre (par lequel passent les offres ADSL) – sujet majeur que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer – doivent à l’évidence prendre en compte avec une acuité encore plus forte les risques de hausse des prix.

Plus généralement, il faut que toutes les mesures soient prises pour préserver une réelle intensité concurrentielle en favorisant les conditions d’accès d’opérateurs virtuels indépendant des opérateurs de réseau aux infrastructures mobiles et fixes.

Il faut donc que les autorités compétentes compilent et appliquent l’ensemble des mesures qui assureront la préservation de la concurrence : les sombres nuages qui se présentent doivent s’ancrer définitivement en arrière-plan du tableau, pour que l’intensité concurrentielle au service des consommateurs continue de briller.

Attribution des nouvelles fréquences mobiles : quid de l’intensité concurrentielle ?

jeudi 11 juin 2015

fréquences

Actuellement un processus d’attribution de nouvelles fréquences mobiles est en cours. Ce processus – piloté par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) – est susceptible d’avoir un impact non négligeable sur l’intensité concurrentielle du marché de la téléphonie mobile (intensité qui ne s’est que trop tardivement manifestée…) et mérite donc que soient dressées quelques mises en garde. Mais avant d’évoquer les aboutissants éventuels, il est nécessaire d’exposer brièvement ses tenants.

Les fréquences qui aujourd’hui justifient que les opérateurs se positionnent sont les fréquences 700 MHz, dites « fréquences en or » puisqu’elles ont deux vertus physiques indéniables : se propager très loin de la source d’émission (et donc favoriser l’accès du plus grand nombre au très haut débit mobile) et particulièrement bien pénétrer dans les bâtiments. Si actuellement ces fréquences sont utilisées pour la TNT, l’Etat a fait savoir sa volonté de les transférer à la téléphonie mobile ; volonté qui trouve une triple justification.

En premier lieu la TNT a désormais des besoins en fréquences moindres que par le passé en raison de l’évolution des technologies de compression de l’information. En deuxième lieu, le secteur des télécoms a lui besoin de disposer de davantage de fréquences compte tenu de l’utilisation de plus en plus massive de l’internet mobile. En troisième lieu, et ce n’est pas le moindre des paramètres, l’Etat est en quête de ressources financières. Justement, cette quête financière, pour justifiée qu’elle soit, ne doit pas constituer l’alpha et l’oméga du présent processus d’attribution de ces fréquences : le facteur concurrence ne doit ainsi pas être occulté.

Une attribution de fréquences basée sur la seule maximisation de la valorisation du patrimoine pourrait potentiellement être l’inopportun moteur d’une restructuration du marché aboutissant à un abaissement de l’intensité concurrentielle. En effet, un schéma de surenchère pourrait favoriser au-delà du raisonnable les opérateurs disposant des moyens financiers les plus importants et sortir du jeu un opérateur qui ne pourrait pas s’aligner. Or, une allocation de fréquences trop défavorable à un opérateur (notamment les fréquences dites basses) serait susceptible de le fragiliser dans le jeu concurrentiel puisqu’il ne pourrait pas répondre aux désirs des consommateurs de disposer d’une offre au très haut débit mobile avec une qualité de service digne de ce nom.

Si dans le détail je ne considère pas que l’UFC-Que Choisir doive plaider pour que des fréquences soient réservées à tel ou tel acteur, ni pour que tel ou tel acteur bénéficie de conditions tarifaires favorables, je juge néanmoins indispensable d’affirmer, et c’est ce que j’ai fait valoir auprès de l’ARCEP et du Ministre de l’Economie, que l’attribution des nouvelles fréquences doit éviter l’écueil consistant à être le point de départ de la fragilisation d’un ou plusieurs opérateurs, au risque d’initier un retour à un marché moins concurrentiel. L’enjeu est de taille pour les consommateurs qui ont tous en mémoire le temps où l’absence d’une réelle concurrence aboutissait à ce que les services mobiles soient en France 25 % plus chers qu’ailleurs en Europe.

Pour que ce préjudiciable retour en arrière soit évité, pour éloigner la menace inflationniste, la mise en place d’un système d’enchère assurant à la fois l’accès à tous les opérateurs aux fréquences 700 MHz et une « concurrence » entre eux pour disposer des meilleures serait probablement l’idéal. Quel sera l’arbitrage gouvernemental ? Affaire à suivre…