Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘consommation d’électricité’

Grand froid/saturation du réseau : les défaillances de la politique électrique française ne sont pas là Madame la Ministre

mercredi 18 janvier 2017

Alors que la France grelote depuis plusieurs jours et que notre système électrique en pleine surchauffe est à la limite de la rupture, certaines voix, à commencer par celle de Ségolène Royal hier, estiment que l’enjeu tourne autour du nucléaire. D’un côté, les partisans du nucléaire souhaitent la relance des investissements dans la filière française de l’atome, et de l’autre les opposants contestent sa fiabilité et demandent son arrêt. Comme lors des débats pour la loi transition énergétique pour une croissance verte – j’ai presque envie de dire comme depuis 40 ans – le mix énergétique polarise les discussions sur la politique énergétique de la France…. MAIS on aurait tort de croire que le problème que rencontre actuellement la France ne se résume qu’à une simple question d’offre, car avec 130 GW de puissance, la France est plutôt bien dotée pour répondre à la demande moyenne d’électricité de 55 GW. Non, le problème vient des grille-pain, je veux parler des radiateurs électriques !

En effet, nous avons une forte volatilité de la demande électrique en France qui peut dépasser les 100 GW durant les mois d’hiver. Cette pointe de consommation électrique a augmenté d’environ 3% chaque année et a enregistré une hausse de 28 % en 10 ans.  Et le principal responsable de ces pics de consommation hivernaux se trouve dans nos logements, juste accroché aux murs : le radiateur électrique ! Facile à installer et peu coûteux à l’achat, promu depuis les années soixante-dix, il a peu à peu colonisé nos logements pour atteindre 30% du parc de résidences principales. Résultat, notre consommation d’électricité est devenue très sensible à la température car en hiver pour chaque degré en moins au niveau national, la consommation augmente jusqu’à 2 400 MW, soit l’équivalent de la consommation de Paris intramuros. C’est 4,5 fois plus élevé que celle de nos voisins allemands et espagnols, et 6 fois plus élevé que celle de l’Italie.

L’étude sur le chauffage électrique de l’UFC-Que Choisir a montré que l’impossibilité de stocker de l’électricité, et la recherche constante de l’équilibre offre-demande qui en découle, oblige la France à maintenir d’importantes capacités de production insuffisamment utilisées et onéreuses (certaines centrales fonctionnent en cumulé moins d’un mois dans l’année). En effet, faute de rentabilité suffisante et sous couvert de sécurité d’approvisionnement, le législateur français a cédé sous la pression des producteurs d’énergie pour que les moyens de production ne soient pas uniquement rémunérés sur les kWh vendus mais aussi sur leurs disponibilités même s’ils ne fonctionnent pas. Clairement, nous sommes arrivés au bout d’un dispositif, qui, si l’on ne fait rien risque de coûter de plus en plus cher à l’ensemble des consommateurs.

La crise actuelle nous oblige donc à nous interroger sur la politique énergétique de la France, et pas uniquement en termes d’offre, comme on le fait depuis 40 ans, mais aussi de demande. Il y a nécessité de réduire les pics de consommation en limitant l’usage des radiateurs électriques comme mode de chauffage principal. En effet, alors que dans les constructions neuves la règlementation thermique (RT 2012) limite drastiquement l’usage des radiateurs électriques comme chauffage principal, dans l’existant, pourtant bien plus énergivore, rien n’est fait !  A ce propos, je dois dire que l’imagination des fabricants pour remettre au goût du jour des vieilles technologies inefficaces m’épate autant qu’elle m’indigne. En effet, l’ajout de quelques gadgets technologiques à un vieux radiateur, un test bien senti pour expliquer la baisse de consommation d’énergie, un nom plus tendance (« radiateur intelligent »)… et le marché est relancé. Cerise sur le gâteau, en septembre 2015, après le vote de la loi transition énergétique, ils obtiennent même le soutien inattendu de la ministre de l’Ecologie qui se fait la VRP du radiateur intelligent. Je crois que les fabricants n’en demandaient pas tant. Malheureusement, quand il fait très froid les radiateurs fonctionnent à pleine puissance qu’ils soient intelligents ou pas… ! S’ils sont très bons en communication, les fabricants aiment beaucoup moins la comparaison. En effet, en 2015, alors que la Commission européenne souhaitait élargir l’étiquette énergétique à tous les modes de chauffages, ils ont obtenu après un intense lobby que les radiateurs soient exclus de cette nouvelle disposition. A quand une réelle prise de conscience du problème par les pouvoirs publics ?

 

Compteur Linky : communication malheureuse…

mardi 1 décembre 2015

tarifsreglementes

Ah, quel heureux hasard calendaire…. Au lendemain de l’ouverture de la Conférence de Paris sur le climat, dite « COP 21 », et alors qu’ERDF doit changer de nom, sous injonction de la CRE et plus récemment du CoRDIS ( l’UFC-Que Choisir avait saisi le Cordis, placé sous la CRE, à cette fin), voilà que le distributeur d’électricité communique très largement, sous la casquette « ERDF » sur le déploiement des compteurs communicants Linky censés permettre aux consommateurs de mieux maîtriser leur consommation d’électricité et en conséquence de baisser leur facture…. SAUF, que cette opération de communication profite avant tout aux fournisseurs….

En effet, non seulement la confusion entre le nom actuel du distributeur, ERDF, et celui du fournisseur historique d’électricité est savamment entretenue au profit des seuls intérêts d’EDF alors même que les autorités ont dit que cela devait cesser, mais surtout les consommateurs ne sont pas, loin s’en faut, les grands gagnants de cette généralisation. En effet, ces compteurs fluos ne permettront pas aux consommateurs de connaître en temps réel leur consommation d’électricité et donc de la maîtriser ? En effet, sauf pour les ménages précaires, aucun affichage n’est prévu dans le lieu de vie des consommateurs (si le compteur est dans la cave ou à l’extérieur).

Pour ceux qui ont un compteur accessible, l’information se limitera à la seule consommation en MW/h qui n’a aucun sens concret pour les consommateurs, à la différence de l’affichage en euros réclamé par l’UFC-Que Choisir, notamment dans le cadre de notre recours de 2012 devant le Conseil d’Etat contre l’arrêté de généralisation. Même en ce qui concerne la facturation sur la consommation réelle, rien n’est garanti pour le consommateur… En somme, Tout est fait pour que les fournisseurs puissent proposer des « services » payants de maîtrise de la consommation énergétique !

Pire, la promotion sur la prétendue gratuité de ce compteur masque une triste réalité : l’ensemble des consommateurs risque bien de payer la généralisation (dont le coût réel est estimé à 120 euros) via le tarif d’acheminement de l’électricité (TURPE) sur sa facture d’électricité. Mais surtout ce compteur risque de faire exploser les factures en raison du mal abonnement des Français ! En effet, une étude de l’UFC-Que Choisir avait souligné que 55 % des consommateurs sont actuellement mal abonnés (soit sous abonnés, soit surabonnés) et Linky les fera automatiquement basculer vers l’abonnement idoine avec à la clé une facture pour les consommateurs de 545 millions d’euros ! Ah, vraiment, si compteur rime avec consommateur, Linky est loin de rimer avec funky…

Etiquetage énergétique : l’information ne s’affiche pas !

mardi 15 septembre 2015

marketWatch-facebook
C’est la rentrée… A l’heure où bon nombre de consommateurs envisagent en cette période de renouveler certains de leurs équipements électroménagers, voilà une bien triste nouvelle pour une consommation plus sobre en énergie : l’information, pourtant obligatoire, de la classe énergétique de nombreux équipements est aux abonnés absents !

En effet, l’UFC-Que Choisir a mené, en deux vagues (décembre 2013, décembre 2014/avril 2015), l’enquête sur 3400 produits dans le cadre d’un projet européen de surveillance des marchés par la société civile : MarketWatch ! Cette enquête souligne que la France est l’un des plus mauvais élèves européens avec 56% d’étiquetage non conforme, la moyenne européenne étant de 48%. Ce sont surtout les sites en ligne qui tirent les résultats vers le bas avec 10% seulement d’étiquettes conformes, contre 70% pour les magasins physiques. Dans les enseignes physiques, on doit dénoncer le fait qu’1 produit sur 5 n’affichait aucune étiquette, et même plus d’un sur 3 pour les fours. Et quand l’étiquette est présente, elle n’est pas pour autant conforme car soit invisible (à l’intérieur de l’appareil) soit illisible (en noir et blanc, voire non renseignée). Au final, plus d’un produit sur 4 en moyenne en magasin n’a pas la bonne étiquette énergie.

Cette absence est d’autant plus dommageable qu’il faut savoir que le poste qui explose le plus dans la facture d’électricité est bien celui lié à la consommation des appareils électroménagers (TV, réfrigérateurs, sèche-linge, congélateurs) qui a plus que doublé en 20 ans. D’où l’importance, quand on achète un équipement électroménager, de prêter attention à l’étiquette énergétique qui mentionne sa consommation. Pour parler concrètement, les réfrigérateurs et les congélateurs ayant la meilleure classe énergétique consomment 70 % d’électricité de moins que les appareils les plus énergivores dotés des mêmes options… C’est loin d’être anodin pour la facture. Il faut donc que les professionnels (fabricants et distributeurs) arrêtent de se renvoyer la balle et jouent le jeu de la transparence, mais aussi que les autorités de contrôle comme la DGCCRF continuent de réaliser, à côté de ceux de l’UFC-Que Choisir, des contrôles.

Mais au-delà de l’absence d’étiquetage, il faut également dénoncer l’obsolescence de la présentation de l’étiquette pour certains produits. En effet, avec les progrès technologiques, plutôt que de reclassifier dans l’échelle existante de A à G, la réglementation a créé des classes supplémentaires A+, A++, A+++. Pour certains appareils, comme les réfrigérateurs, les classes les plus mauvaises (C, D) ont disparu des rayons mais apparaissent toujours bel et bien sur l’étiquette. Résultat : et notre enquête le confirme, quand il choisit un réfrigérateur de classe A+, le consommateur, pensant faire un geste écologique, ignore acheter en réalité le plus énergivore !

Pour des étiquettes plus visibles et lisibles, l’UFC-Que Choisir ouvre le débat en organisant avec les institutionnels concernés une conférence jeudi prochain. Cette conférence doit permettre de discuter de manière constructive d’une réglementation plus stricte et pleinement effective. Je ne peux d’ailleurs que me féliciter que la Commission européenne ait proposé une Directive ambitieuse en ce sens. Elle crée une base de données unique, accessible à tous, pour simplifier l’affichage. Par ailleurs, la Commission entend enfin supprimer les classes supplémentaires A+, A++ et A +++, source de confusion et uniformiser l’étiquetage de classes A à G pour tous les produits qui sont obligés d’en porter un. Pour des étiquettes plus claires, il faut maintenant accélérer le calendrier européen, et l’UFC-Que Choisir mettra toute son énergie à cette fin.