Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘Culture’

Taxe sur les appareils connectés : Filippetti appuie sur pause

lundi 30 septembre 2013

tablette

Petit répit pour les consommateurs : la taxe de 1 % sur les appareils connectés (smartphones et tablettes) n’est pas pour tout de suite. La chasse aux nouveaux financements pour la création va devoir marquer le pas puisque Aurélie Filippetti renonce à la création de cet impôt dans le cadre du budget 2014… pour mieux l’imposer en 2015 ! Victime collatérale de la «pause» -o pardon «stabilisation» fiscale, la ministre de la Culture doit renoncer pour l’instant à l’une des mesures-phares du rapport Lescure. Mais que les ayant-droits se rassurent : dès 2015 cette nouvelle ponction devrait voir le jour afin de compenser la baisse programmée de la copie privée (qui ne se porte pas si mal, merci, puisqu’elle a généré 180 millions d’euros depuis le début de l’année !). Une taxe jugée «indolore» par la ministre… Quand on sait que la France est déjà championne d’Europe de la taxation des consommateurs pour copie privée, ce mot me paraît au mieux maladroit, au pire indécent !

Cinéma : le 7ème art au prix du caviar ?

lundi 22 avril 2013

cinema

Les résultats du sondage que j’ai lancé sur ce blog sont sans ambiguïté : seuls 3% des répondants sont prêts à payer plus pour avoir une meilleure place au cinéma ! Voilà qui ne fait pas les affaires du groupe Gaumont-Pathé, qui propose désormais de payer plus cher pour des places plus confortables (rappelons que la place standard atteint déjà les 11 euros, voire plus, dans la plupart des salles de la capitale !). Il en coûte donc 2 euros supplémentaires pour s’asseoir avec sa moitié à des places « duo », où l’on peut allonger les jambes et relever les accoudoirs, et même 3 euros pour des sièges inclinables, à l’assise de 65 cm de large (contre 59 pour les sièges classiques). Evidemment, ces fauteuils sont situés aux meilleures places, en milieu de salle. Où bénéficier de ce progrès sidérant ? Pour l’instant cette innovation n’est hélas disponible qu’au Pathé Wepler à Paris, à Chambéry-les-Halles, et bientôt au centre commercial Beaugrenelle (Paris) et dans deux multiplexes de Caen. Aller voir un film en 3D nécessitant l’achat de lunettes à 2 euros vous coûtera donc 16,20 euros par tête de pipe !

Je suis consterné par cette nouvelle dérive, qui ne va pas dans le sens d’un accès de tous à la culture. Faut-il rappeler que les salles de cinéma sont, pour partie, subventionnées par le Centre national du cinéma, subventions permises entre autres par… la taxe spéciale additionnelle, qui alimente le compte de soutien au cinéma du CNC et représente la bagatelle de 10,72 % de chaque entrée (dont un peu plus de 40 % revient déjà directement à l’exploitant de la salle) ?

L’urgence était-elle, dès lors, à un nouvel enchérissement avec la création de places « VIP » (qui du coup sont autant de sièges en moins pour les autres) ? Je m’inquiète de cette possible généralisation d’une culture à deux vitesses. Devra-t-on demain choisir dans toutes les salles de France entre une place chère en seconde classe et une place encore plus chère en première, ou ne s’agit-il là que d’un mauvais scénario de science-fiction ?

Le cinéma français ou le remake de «Touchez pas au grisbi» ?

samedi 12 janvier 2013

cinema

Dans une tribune parue dans Le Monde le 28 décembre, le producteur Vincent Maraval assassine en bonne et due forme les acteurs français –ambiance western- qu’il accuse d’être trop payés. Alors que, dans certaines salles parisiennes, le prix de la place plein tarif dépasse les 11 euros, que le cru 2012 de la production cinématographique française est bien pâle –même les plus gros succès n’ont pas été rentables-, il devient urgent de lancer le débat. L’exil fiscal d’Obélix aura au moins eu le mérite de mettre sous le feu des projecteurs une industrie culturelle hautement subventionnée; l’argent public est-il vraiment utilisé au mieux ? Voilà qui donne des idées à certains : pourquoi ne pas limiter le cachet des acteurs à quelques centaines de milliers d’euros ?

Pourquoi, interroge le producteur, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d’euros de recettes mondiales) pour un cachet de 226000 euros, et dans Mesrine (22,6 millions de recettes mondiales) pour 1,5 millions d’euros ? Notre industrie cinématographique est-elle viciée au point d’alimenter des cohortes d’artistes dont les productions n’intéressent pas assez le spectateur français ? A force de subventions, le cinéma français aurait-il perdu de vue l’intérêt du public ? En 2011, le Centre national du cinéma a perçu des recettes records : 786 millions, un chiffre en hausse de 4 % par rapport au précédent record établi en 2010. Pour quel résultat ?

Des films trop chers, des acteurs trop payés… Et pourtant le gouvernement fourmille d’idées pour créer de nouvelles taxes pour financer la culture, la commission copie privée vient d’acter de nouveaux barèmes pour taxer les supports de copie. Tout cela frise l’indécence. Voilà des mois que je réclame un audit du financement de la culture. L’affaire Depardieu et le mauvais bilan du cinéma en 2012 jettent une lumière crue sur une industrie qui vit sous perfusion d’argent public. Il est grand temps de rendre des comptes au contribuable !

La curieuse conception de la démocratie d’Aurélie Filippetti

mercredi 28 novembre 2012

cese

Courroucée par la politique de la chaise vide qui touche depuis peu la commission copie privée, Aurélie Filippetti a décidé que les absents avaient toujours tort. Et que la commission pouvait poursuivre son travail sans les industriels (5 des 6 membres du collège « industriels » ont tiré leur révérence). La ministre de la Culture l’a asséné : « La commission peut tout à fait continuer son travail même sans les industriels. Tant pis pour eux. Je n’accepterai pas le coup de force. »

Madame la ministre, je vous le demande : qui fait le « coup de force » ? Les industriels qui, ne parvenant plus depuis des années à faire entendre leur voix, décident dans un élan d’exaspération de démissionner, ou bien le gouvernement qui fait fi de leur absence et décide que les travaux continueront coûte que coûte? Un gouvernement qui ne peut ignorer les multiples dysfonctionnements d’une instance que nous avons jadis quittée pour les mêmes raisons; une commission que nous avons refusé de réintégrer parce que nous savions que toutes les décisions seraient prises malgré nos contestations. Et les faits me donnent raison: les nouveaux barèmes proposés par les ayants droit atteignent des sommets d’indécence !

En France, la rémunération pour copie privée représente environ 70 % du prix d’un CD ou d’un DVD vierge -un record dans l’Union européenne. Elle est censée compenser l’éventuelle perte que constitue pour les ayants droit la possibilité laissée aux consommateurs de reproduire une œuvre sur les supports de stockage (DVD, clés USB, smartphones, etc.). Un système d’une hypocrisie sans nom ! En 2011, la copie privée a rapporté 193 millions d’euros, une manne sans rapport avec le prétendu préjudice de la copie ! Car y a-t-il bien préjudice ? Tous les consommateurs qui copient un contenu culturel l’auraient-ils acheté ? Evidemment pas ! Sans parler de l’audiovisuel pour lequel il n’existe aucun support copiable, les DVD, Blue-Ray et la VoD étant protégés.

La copie privée est une taxe pour le financement de la culture qui ne dit pas son nom. La preuve : 25 % du montant total finance des manifestations culturelles ! Une fonction qui revient, normalement, au… ministère de la Culture ! Mercredi 21 novembre, lors d’une table ronde organisée par la Commission des affaires culturelles à l’Assemblée nationale, nombre de députés ont reconnu l’inadaptation et le manque de transparence de la commission copie privée, et le niveau aberrant des tarifs supportés par les consommateurs. Mais malgré le discours unanime des consommateurs, des industriels et de certains élus, Aurélie Filippetti continue de ne prêter l’oreille qu’à la petite musique des ayants droit… Gare au couac !

Une créativité débordante s’agissant de nouvelles taxes pour la culture

mardi 16 octobre 2012

creditan

Traditionnellement, la tonte des moutons se déroule au printemps. Mais s’agissant du financement de la création, c’est toute l’année ! Cet automne ne fera pas exception, entre la taxe à 70 centimes proposée par Fleur Pellerin sur les abonnements aux services de télévision et la mission Lescure, chargée de trouver un financement pérenne de la création et qui fourmillera, j’en suis sûr, d’autres idées brillantes.

Bref, les propositions affluent pour ponctionner une fois de plus le consommateur. Pourtant les caisses débordent déjà ! En 2011, le Centre national du cinéma (CNC) a perçu des recettes record. Le récent rapport de la Cour des comptes s’interroge sur les revenus créés pour le CNC et qui, de toute évidence, ne répondent pas à un vrai besoin. Quant aux sociétés de gestion collective, leurs revenus ne sont pas vraiment orientés à la baisse. Alors qu’on me le dise : où l’argent manque-t-il ?? Avant de se précipiter sur la création de nouvelles taxes, je réclame un audit des revenus existants et de leurs bénéficiaires. Les consommateurs français, déjà largement mis à contribution en matière de financement de la culture, ne doivent pas rester plus longtemps des spectateurs impuissants de ces pathétiques ponctions tragicomiques !