Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘electricite’

Compteur Linky : communication malheureuse…

mardi 1 décembre 2015

tarifsreglementes

Ah, quel heureux hasard calendaire…. Au lendemain de l’ouverture de la Conférence de Paris sur le climat, dite « COP 21 », et alors qu’ERDF doit changer de nom, sous injonction de la CRE et plus récemment du CoRDIS ( l’UFC-Que Choisir avait saisi le Cordis, placé sous la CRE, à cette fin), voilà que le distributeur d’électricité communique très largement, sous la casquette « ERDF » sur le déploiement des compteurs communicants Linky censés permettre aux consommateurs de mieux maîtriser leur consommation d’électricité et en conséquence de baisser leur facture…. SAUF, que cette opération de communication profite avant tout aux fournisseurs….

En effet, non seulement la confusion entre le nom actuel du distributeur, ERDF, et celui du fournisseur historique d’électricité est savamment entretenue au profit des seuls intérêts d’EDF alors même que les autorités ont dit que cela devait cesser, mais surtout les consommateurs ne sont pas, loin s’en faut, les grands gagnants de cette généralisation. En effet, ces compteurs fluos ne permettront pas aux consommateurs de connaître en temps réel leur consommation d’électricité et donc de la maîtriser ? En effet, sauf pour les ménages précaires, aucun affichage n’est prévu dans le lieu de vie des consommateurs (si le compteur est dans la cave ou à l’extérieur).

Pour ceux qui ont un compteur accessible, l’information se limitera à la seule consommation en MW/h qui n’a aucun sens concret pour les consommateurs, à la différence de l’affichage en euros réclamé par l’UFC-Que Choisir, notamment dans le cadre de notre recours de 2012 devant le Conseil d’Etat contre l’arrêté de généralisation. Même en ce qui concerne la facturation sur la consommation réelle, rien n’est garanti pour le consommateur… En somme, Tout est fait pour que les fournisseurs puissent proposer des « services » payants de maîtrise de la consommation énergétique !

Pire, la promotion sur la prétendue gratuité de ce compteur masque une triste réalité : l’ensemble des consommateurs risque bien de payer la généralisation (dont le coût réel est estimé à 120 euros) via le tarif d’acheminement de l’électricité (TURPE) sur sa facture d’électricité. Mais surtout ce compteur risque de faire exploser les factures en raison du mal abonnement des Français ! En effet, une étude de l’UFC-Que Choisir avait souligné que 55 % des consommateurs sont actuellement mal abonnés (soit sous abonnés, soit surabonnés) et Linky les fera automatiquement basculer vers l’abonnement idoine avec à la clé une facture pour les consommateurs de 545 millions d’euros ! Ah, vraiment, si compteur rime avec consommateur, Linky est loin de rimer avec funky…

La CRE réagit bien tardivement et bien faiblement… aux manquements d’ERDF à ses devoirs

jeudi 8 janvier 2015

electricite

Je ne peux que m’étonner du communiqué de presse de la CRE sur la trop grande similitude des marques EDF et ERDF. Alors que l’UFC-Que Choisir a d’ores et déjà saisi en juin dernier le CoRDiS pour qu’il fasse, entre autre, cesser cette atteinte directe à une saine concurrence et au code de l’énergie, la CRE a décidé de menacer ERDF… de le saisir à son tour si le distributeur ne modifiait pas ses éléments d’identification auprès du grand public.

Ces flagrantes similitudes avec l’enseigne EDF, sa maison mère, créent une véritable confusion dans l’esprit du consommateur qui ne fait pas la différence entre les deux entités. A tel point qu’à l’heure actuelle les études montrent que 75% des consommateurs pensent que la société EDF est en charge de la distribution d’électricité sur la majeure partie du territoire. En somme, les millions dépensés par ERDF pour ses campagnes de publicité – alors même qu’il est en monopole sur son activité – et payés par les consommateurs via le TURPE ont servi la société EDF qui elle, en revanche, opère sur des multiples domaines ouverts à la concurrence.

On voit vite l’avantage concurrentiel que cela confère au fournisseur historique, campagne de pub gratuite – renforçant l’image selon laquelle EDF serait le seul fournisseur d’électricité à assurer la sécurisation de son acheminement – et alourdissant injustement la facture du consommateur déjà conséquente. Pourtant la CRE ne semble pas là encore bien téméraire, alors même qu’elle a laissé faire depuis maintenant près de 8 ans : elle enjoint simplement à ERDF de modifier soit son logo, soit son sigle, soit sa prononciation…. Aucune autre injonction malgré d’autres entorses d’ERDF dénoncées par l’UFC-Que Choisir à son devoir d’indépendance vis-à-vis de sa maison mère, notamment financière.

Mais ERDF indique dans sa réponse au communiqué de la CRE qu’elle ne modifiera pas son nom, au regard de la masse d’argent déjà investi pour la faire connaître au grand public. On voit bien là le sophisme dans lequel le distributeur s’enferre, et tout ça sur le budget des consommateurs. Je rappelle que l’action de l’UFC-Que Choisir devant le CoRDiS en juin dernier est toujours en cours, pour notamment obtenir la modification de la marque ERDF incluant son nom bien évidemment parmi d’autres griefs. Souhaitons que la réponse à cette action soit plus ambitieuse…

Gaz/électricité : qui veut la peau de la trêve hivernale ?

mercredi 20 novembre 2013

fioul

S’il y a de bonnes idées dans le projet de loi consommation, qui revient cette semaine à l’Assemblée nationale, il y en a aussi de mauvaises. Comme cet article 9 quater adopté par les sénateurs, qui demande un rapport gouvernemental sur «la mise en œuvre d’un système de prépaiement de l’électricité et du gaz naturel». A priori, pas de quoi fouetter un chat : il s’agit d’explorer les modalités d’un système de « compteurs à prépaiement » pour aider les ménages qui font face à des difficultés de trésorerie. Le but ? Maîtriser son budget et « éviter les mauvaises surprises ».

Là, un petit soupçon vous vient : ce rapport proposerait donc la réhabilitation d’une version moderne des compteurs à pièces, qui se sont développés au Royaume-Uni à la fin du 19e siècle et qui sont aujourd’hui largement répandus dans les pays en développement ? Le Progrès en marche, quoi ! Restons sérieux : si les avantages pour les fournisseurs d’énergie sautent aux yeux, l’intérêt pour les clients, lui, est aux abonnés absents ! Le prépaiement risque de tuer le principe de la trêve hivernal : une fois les crédits épuisés, pas besoin de préavis pour couper la fourniture d’énergie ! J’appelle les députés à supprimer cet article félon. Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Linky, des réponses qui sonnent CRE

lundi 14 octobre 2013
Hausse EDF

Après la parution de notre étude sur le surcoût engendré par la généralisation des compteurs Linky pour les abonnés, la Commission de régulation de l’électricité (CRE) a tenu à répondre. Je tiens à faire le point sur ses affirmations :

Linky, c’est gratuit
C’est ce qu’essaie de nous dire la CRE. En réalité, il est plus exact d’affirmer que la généralisation de Linky va s’effectuer sans surcoût direct, c’est-à-dire que le compteur évolué est gratuit à l’installation. Sauf que nous allons tous le payer via le tarif d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE), le coût de l’opération devant bien être compensé d’une façon ou d’une autre ! Si Linky était vraiment gratuit, les économies liées à la baisse du coût de gestion du réseau (disparition des relevés physiques, etc.) devraient revenir au consommateur et se traduire par une baisse du TURPE. Or ces gains de productivité vont au contraire servir à financer l’opération Linky. La réponse de la CRE (« Il n’y aura globalement pas d’impact sur la facture du consommateur ») prend ici tout son sens… Sans compter que l’absence de surcoût est conditionnée au respect des dépenses prévues par ERDF et la CRE, ce qui n’est pas garanti dans un tel projet !

Linky ne pose pas de problème d’adaptation des abonnements aux besoins réels
Selon l’UFC-Que Choisir, plus de la moitié des consommateurs ont un abonnement inadapté à la puissance réellement appelée. Linky risque de les contraindre à changer d’abonnement. Au-delà de la question du nombre de foyers touchés, Linky pose la question de l’adéquation entre les besoins réels et la puissance d’abonnement. Et je m’étonne de voir que la CRE ne répond que sur les «sous-abonnés», les «sur-abonnés» ne semblant pas constituer un problème. Je réclame donc une adaptation des abonnements, qui doivent être ajustés au plus près des besoins réels des ménages. La CRE annonce qu’il sera techniquement possible d’ajuster plus finement la puissance souscrite à la consommation… Reste qu’entre la faisabilité technique et la réalité, il y a un monde ! Il faut des engagements rapides sur ce point, car l’adaptation des grilles tarifaires va imposer une mutation des systèmes d’information des distributeurs et des fournisseurs qui doit être achevée à l’installation des compteurs !

Linky permet de maîtriser ses dépenses d’énergie
A voir ! L’information sur sa consommation est effectivement un premier pas vers les économies d’énergie… si on y a accès ! Dans 50 % des cas, le compteur se trouve en dehors du lieu de vie, ce qui en complique sérieusement la surveillance. Certes, avance la CRE, « les données seront consultables gratuitement sur un site internet ». Encore faut-il avoir internet ! Selon une étude de l’INSEE, en 2011 plus d’un tiers des ménages n’avaient pas d’accès à internet chez eux, pour des raisons budgétaires, d’âge ou de compétence. Résultat : une discrimination entre usagers du service public, ceux qui ont accès à leurs données de consommation et les autres. Ma proposition : que les foyers qui le souhaitent puissent être équipés sans surcoût d’un afficheur déporté leur permettant d’accéder facilement à l’information.

Bref, il reste beaucoup à faire pour confirmer l’utilité de Linky, dont la généralisation coûtera la bagatelle de 4 milliards d’euros…

Hausse des prix de l’électricité : on paie d’abord, on voit après !

vendredi 12 juillet 2013

centralenucleaire

Cet été, il n’y a pas que le mercure qui s’emballe : les prix de l’énergie aussi ! Le tout nouveau ministre de l’Ecologie a l’art d’annoncer les nouvelles qui fâchent… Non seulement il a attendu lundi, 23h -soit plusieurs heures après la fin d’une réunion avec les associations de consommateurs- pour annoncer les détails d’une hausse de 5 % (méthode quelque peu maladroite), mais au-delà de la forme c’est le fond de l’annonce qui est le plus choquant : les tarifs de l’électricité vont augmenter de 5 % en 2013, mais aussi en 2014 (au lieu des 14 % suggérés début juin par la Commission de régulation de l’énergie). Et le ministre du Budget n’exclut pas une troisième hausse en 2015 !

Je dénonce cette fuite en avant tarifaire fondée sur… Les seules données d’EDF, qui se retrouve ainsi juge et partie. Au lieu de valider une nouvelle inflation, le gouvernement ferait mieux d’exiger –il n’est que temps !- un audit des coûts d’EDF par la Cour des comptes. Et quid du contrat de service public entre l’Etat et l’électricien, qui doit permettre de veiller à la maîtrise des coûts d’EDF et dont la réactualisation se fait attendre depuis 3 ans ? Philippe Martin a bien « évoqué » avec les associations l’un et l’autre lors de la réunion de lundi, mais en se gardant bien d’acter quoi que ce soit quelques heures plus tard !

Le gouvernement semble donc très pressé d’avaliser un nouveau réchauffement des prix, au lieu d’interroger le thermomètre. Pourtant, les arguments abondent en faveur d’un audit ! L’opérateur a aujourd’hui la totale maîtrise des données qu’il transmet à la Commission de régulation de l’énergie, qui n’a pas les moyens de vérifier. Or la réalité de l’évolution de certains coûts s’avère franchement suspecte d’après les rapports de la Cour des comptes : ainsi les salaires d’EDF ont augmenté en moyenne plus vite que dans le reste de l’économie. Et l’explosion de 30 % des coûts commerciaux depuis 2006 pose question, surtout de la part de l’opérateur historique !

L’exécutif vient donc d’infliger aux consommateurs pas moins de trois hausses successives qu’il est incapable de justifier objectivement. Pire : ces coups de fusil successifs n’exonèrent en rien les consommateurs d’un nouveau recours devant le Conseil d’Etat par les concurrents d’EDF (la précédente hausse de 2 % a déjà été attaquée et la décision se fait attendre). En cas d’invalidation, le rattrapage sera plus violent encore ! Bref : malgré le soleil de juillet, l’avenir est sombre sur le front des factures d’électricité…