Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘electricite’

Gaz/électricité : qui veut la peau de la trêve hivernale ?

mercredi 20 novembre 2013

fioul

S’il y a de bonnes idées dans le projet de loi consommation, qui revient cette semaine à l’Assemblée nationale, il y en a aussi de mauvaises. Comme cet article 9 quater adopté par les sénateurs, qui demande un rapport gouvernemental sur «la mise en œuvre d’un système de prépaiement de l’électricité et du gaz naturel». A priori, pas de quoi fouetter un chat : il s’agit d’explorer les modalités d’un système de « compteurs à prépaiement » pour aider les ménages qui font face à des difficultés de trésorerie. Le but ? Maîtriser son budget et « éviter les mauvaises surprises ».

Là, un petit soupçon vous vient : ce rapport proposerait donc la réhabilitation d’une version moderne des compteurs à pièces, qui se sont développés au Royaume-Uni à la fin du 19e siècle et qui sont aujourd’hui largement répandus dans les pays en développement ? Le Progrès en marche, quoi ! Restons sérieux : si les avantages pour les fournisseurs d’énergie sautent aux yeux, l’intérêt pour les clients, lui, est aux abonnés absents ! Le prépaiement risque de tuer le principe de la trêve hivernal : une fois les crédits épuisés, pas besoin de préavis pour couper la fourniture d’énergie ! J’appelle les députés à supprimer cet article félon. Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Linky, des réponses qui sonnent CRE

lundi 14 octobre 2013
Hausse EDF

Après la parution de notre étude sur le surcoût engendré par la généralisation des compteurs Linky pour les abonnés, la Commission de régulation de l’électricité (CRE) a tenu à répondre. Je tiens à faire le point sur ses affirmations :

Linky, c’est gratuit
C’est ce qu’essaie de nous dire la CRE. En réalité, il est plus exact d’affirmer que la généralisation de Linky va s’effectuer sans surcoût direct, c’est-à-dire que le compteur évolué est gratuit à l’installation. Sauf que nous allons tous le payer via le tarif d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE), le coût de l’opération devant bien être compensé d’une façon ou d’une autre ! Si Linky était vraiment gratuit, les économies liées à la baisse du coût de gestion du réseau (disparition des relevés physiques, etc.) devraient revenir au consommateur et se traduire par une baisse du TURPE. Or ces gains de productivité vont au contraire servir à financer l’opération Linky. La réponse de la CRE (« Il n’y aura globalement pas d’impact sur la facture du consommateur ») prend ici tout son sens… Sans compter que l’absence de surcoût est conditionnée au respect des dépenses prévues par ERDF et la CRE, ce qui n’est pas garanti dans un tel projet !

Linky ne pose pas de problème d’adaptation des abonnements aux besoins réels
Selon l’UFC-Que Choisir, plus de la moitié des consommateurs ont un abonnement inadapté à la puissance réellement appelée. Linky risque de les contraindre à changer d’abonnement. Au-delà de la question du nombre de foyers touchés, Linky pose la question de l’adéquation entre les besoins réels et la puissance d’abonnement. Et je m’étonne de voir que la CRE ne répond que sur les «sous-abonnés», les «sur-abonnés» ne semblant pas constituer un problème. Je réclame donc une adaptation des abonnements, qui doivent être ajustés au plus près des besoins réels des ménages. La CRE annonce qu’il sera techniquement possible d’ajuster plus finement la puissance souscrite à la consommation… Reste qu’entre la faisabilité technique et la réalité, il y a un monde ! Il faut des engagements rapides sur ce point, car l’adaptation des grilles tarifaires va imposer une mutation des systèmes d’information des distributeurs et des fournisseurs qui doit être achevée à l’installation des compteurs !

Linky permet de maîtriser ses dépenses d’énergie
A voir ! L’information sur sa consommation est effectivement un premier pas vers les économies d’énergie… si on y a accès ! Dans 50 % des cas, le compteur se trouve en dehors du lieu de vie, ce qui en complique sérieusement la surveillance. Certes, avance la CRE, « les données seront consultables gratuitement sur un site internet ». Encore faut-il avoir internet ! Selon une étude de l’INSEE, en 2011 plus d’un tiers des ménages n’avaient pas d’accès à internet chez eux, pour des raisons budgétaires, d’âge ou de compétence. Résultat : une discrimination entre usagers du service public, ceux qui ont accès à leurs données de consommation et les autres. Ma proposition : que les foyers qui le souhaitent puissent être équipés sans surcoût d’un afficheur déporté leur permettant d’accéder facilement à l’information.

Bref, il reste beaucoup à faire pour confirmer l’utilité de Linky, dont la généralisation coûtera la bagatelle de 4 milliards d’euros…

Hausse des prix de l’électricité : on paie d’abord, on voit après !

vendredi 12 juillet 2013

centralenucleaire

Cet été, il n’y a pas que le mercure qui s’emballe : les prix de l’énergie aussi ! Le tout nouveau ministre de l’Ecologie a l’art d’annoncer les nouvelles qui fâchent… Non seulement il a attendu lundi, 23h -soit plusieurs heures après la fin d’une réunion avec les associations de consommateurs- pour annoncer les détails d’une hausse de 5 % (méthode quelque peu maladroite), mais au-delà de la forme c’est le fond de l’annonce qui est le plus choquant : les tarifs de l’électricité vont augmenter de 5 % en 2013, mais aussi en 2014 (au lieu des 14 % suggérés début juin par la Commission de régulation de l’énergie). Et le ministre du Budget n’exclut pas une troisième hausse en 2015 !

Je dénonce cette fuite en avant tarifaire fondée sur… Les seules données d’EDF, qui se retrouve ainsi juge et partie. Au lieu de valider une nouvelle inflation, le gouvernement ferait mieux d’exiger –il n’est que temps !- un audit des coûts d’EDF par la Cour des comptes. Et quid du contrat de service public entre l’Etat et l’électricien, qui doit permettre de veiller à la maîtrise des coûts d’EDF et dont la réactualisation se fait attendre depuis 3 ans ? Philippe Martin a bien « évoqué » avec les associations l’un et l’autre lors de la réunion de lundi, mais en se gardant bien d’acter quoi que ce soit quelques heures plus tard !

Le gouvernement semble donc très pressé d’avaliser un nouveau réchauffement des prix, au lieu d’interroger le thermomètre. Pourtant, les arguments abondent en faveur d’un audit ! L’opérateur a aujourd’hui la totale maîtrise des données qu’il transmet à la Commission de régulation de l’énergie, qui n’a pas les moyens de vérifier. Or la réalité de l’évolution de certains coûts s’avère franchement suspecte d’après les rapports de la Cour des comptes : ainsi les salaires d’EDF ont augmenté en moyenne plus vite que dans le reste de l’économie. Et l’explosion de 30 % des coûts commerciaux depuis 2006 pose question, surtout de la part de l’opérateur historique !

L’exécutif vient donc d’infliger aux consommateurs pas moins de trois hausses successives qu’il est incapable de justifier objectivement. Pire : ces coups de fusil successifs n’exonèrent en rien les consommateurs d’un nouveau recours devant le Conseil d’Etat par les concurrents d’EDF (la précédente hausse de 2 % a déjà été attaquée et la décision se fait attendre). En cas d’invalidation, le rattrapage sera plus violent encore ! Bref : malgré le soleil de juillet, l’avenir est sombre sur le front des factures d’électricité…

Electricité : le mauvais coût d’EDF !

jeudi 6 juin 2013
Hausse EDF

Le printemps froid ne nous avait pas préparés à ce brusque coût de chaud : la Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime que les prix de l’électricité pour les particuliers doivent augmenter de 6,8 % à 9,6 % cet été ! Près de 10 %, c’est un peu raide ! Et ce n’est pas fini : il faudra encore rajouter un rattrapage de 7,6 % (qui pourrait être étalé dans le temps) afin de compenser la hausse insuffisante de l’an dernier !

Pourquoi un tel coup de massue? EDF estime que ses coûts (notamment ceux liés au parc nucléaire) ne sont pas couverts par les tarifs réglementés. Mais l’analyse de la CRE se base sur les coûts transmis par EDF, ce qui pose un problème de transparence. La construction des coûts est aujourd’hui des plus opaques : sous prétexte de complexité, la CRE comme EDF ne fournissent aucune explication sur la réalité de leurs coûts et sur la tarification des consommateurs qui en découle. Le gouvernement, effrayé par ce nouveau coup de cutter dans le pouvoir d’achat, estime qu’il n’est « pas question d’accepter » cette explosion des prix. Mais comme la loi prévoit que les tarifs réglementés doivent couvrir les coûts de l’opérateur, l’attitude du gouvernement expose les consommateurs à des hausses futures, provoquées par des décisions de justice… La triste expérience de l’invalidation du gel tarifaire montre que la politique de l’autruche n’est pas la bonne solution… C’est reculer pour mieux sauter !

J’ai donc réclamé de toute urgence au gouvernement une réunion de crise entre l’exécutif, la CRE, EDF et les associations de consommateurs afin de discuter des motifs et des conditions de cette hausse. Il est indispensable de remettre en place un contrat de service public entre l’Etat et EDF -comme l’oblige normalement la loi !- afin d’encadrer les évolutions tarifaires et, ainsi, de rendre plus progressif l’impact pour les consommateurs… Affaire à suivre !

Bonus-malus « énergie » : le Sénat jette un froid (légitime)…

mercredi 31 octobre 2012

compteur-linky

Décidément, la discussion du bonus-malus énergie se déroule dans un climat électrique. Les sénateurs viennent en effet de court-circuiter la proposition de loi du député François Brottes en la déclarant irrecevable.

Outre des mesures d’équité, attendues de longues dates, comme l’élargissement des tarifs sociaux, la trêve hivernale pour les coupures d’électricité et de gaz, le texte porte avant tout sur l’instauration d’un bonus-malus pour moduler le prix des énergies de réseaux (gaz, électricité et réseaux de chaleur) -plus on consomme et plus on paie cher son énergie- afin d’inciter les foyers à adopter des comportements vertueux… Or, si cet objectif est louable, il n’en reste pas moins que le dispositif proposé ressemble à une véritable usine à gaz, et que nombre de questions se sont fait jour à l’Assemblée nationale qui n’ont pas toutes reçues des réponses claires… Ce dispositif législatif nouveau ne repose sur aucune étude d’impact sérieuse qui aurait permis de mieux apprécier les différentes situations et régler certains problèmes. Par exemple les locataires, captifs des choix d’isolation des propriétaires, pourraient déduire une partie du malus de leur loyer (comment ? sur quelle base ? Les réponses à ces questions ne sont pas tranchées)…

Bref, imposer un tel dispositif sans l’avoir expérimenté au préalable comme le propose l’UFC-Que Choisir est pour le moins casse-cou. Ecœuré par le vote de ses collègues en commission, le rapporteur du texte au Sénat, Roland Courteau, a rendu son tablier… Après ce coup de froid en séance plénière, les pouvoirs publics seraient bien inspirés d’accorder une trêve hivernale à l’adoption de ce dispositif de bonus-malus pour totalement le remettre à plat afin d’avancer vers un système  plus réfléchi et donc plus acceptable.