Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘énergie’

Energie moins chère ensemble : la dynamique concurrentielle enclenchée !

jeudi 16 mars 2017

Si le résultat des enchères de la campagne « Energie moins chère ensemble » a été historique avec des offres lauréates on ne peut plus compétitives, l’impact de cette campagne sur les marchés aura également été retentissant comme vient de le souligner l’Observatoire de la Commission de Régulation de l’Energie. En effet, la publication des résultats du 4ème trimestre 2016 montre que le taux moyen de changement de fournisseur sur le secteur résidentiel de l’électricité a atteint 1,8%, ce qui peut apparaître faible mais qui constitue néanmoins le record historique sur 10 ans de libéralisation du marché…

Concrètement, sur le 4ème trimestre 2016, 335 000 ménages sont passés à une offre de marché chez des fournisseurs alternatifs contre 206 000 le trimestre précédent, soit une augmentation de 62,5% ! Comme le souligne l’autorité de Régulation dans son communiqué de presse, la campagne « Energie moins chère ensemble » aura donc bien, conformément à son objectif, éveillé les consciences quant à l’intérêt et la simplicité du changement de fournisseur et ainsi participé, en accompagnant et sécurisant la mobilité des consommateurs, à la création d’une dynamique concurrentielle… Reste à savoir si cette dynamique va se poursuivre… Comptez sur l’Association pour y veiller !

Grand froid/saturation du réseau : les défaillances de la politique électrique française ne sont pas là Madame la Ministre

mercredi 18 janvier 2017

Alors que la France grelote depuis plusieurs jours et que notre système électrique en pleine surchauffe est à la limite de la rupture, certaines voix, à commencer par celle de Ségolène Royal hier, estiment que l’enjeu tourne autour du nucléaire. D’un côté, les partisans du nucléaire souhaitent la relance des investissements dans la filière française de l’atome, et de l’autre les opposants contestent sa fiabilité et demandent son arrêt. Comme lors des débats pour la loi transition énergétique pour une croissance verte – j’ai presque envie de dire comme depuis 40 ans – le mix énergétique polarise les discussions sur la politique énergétique de la France…. MAIS on aurait tort de croire que le problème que rencontre actuellement la France ne se résume qu’à une simple question d’offre, car avec 130 GW de puissance, la France est plutôt bien dotée pour répondre à la demande moyenne d’électricité de 55 GW. Non, le problème vient des grille-pain, je veux parler des radiateurs électriques !

En effet, nous avons une forte volatilité de la demande électrique en France qui peut dépasser les 100 GW durant les mois d’hiver. Cette pointe de consommation électrique a augmenté d’environ 3% chaque année et a enregistré une hausse de 28 % en 10 ans.  Et le principal responsable de ces pics de consommation hivernaux se trouve dans nos logements, juste accroché aux murs : le radiateur électrique ! Facile à installer et peu coûteux à l’achat, promu depuis les années soixante-dix, il a peu à peu colonisé nos logements pour atteindre 30% du parc de résidences principales. Résultat, notre consommation d’électricité est devenue très sensible à la température car en hiver pour chaque degré en moins au niveau national, la consommation augmente jusqu’à 2 400 MW, soit l’équivalent de la consommation de Paris intramuros. C’est 4,5 fois plus élevé que celle de nos voisins allemands et espagnols, et 6 fois plus élevé que celle de l’Italie.

L’étude sur le chauffage électrique de l’UFC-Que Choisir a montré que l’impossibilité de stocker de l’électricité, et la recherche constante de l’équilibre offre-demande qui en découle, oblige la France à maintenir d’importantes capacités de production insuffisamment utilisées et onéreuses (certaines centrales fonctionnent en cumulé moins d’un mois dans l’année). En effet, faute de rentabilité suffisante et sous couvert de sécurité d’approvisionnement, le législateur français a cédé sous la pression des producteurs d’énergie pour que les moyens de production ne soient pas uniquement rémunérés sur les kWh vendus mais aussi sur leurs disponibilités même s’ils ne fonctionnent pas. Clairement, nous sommes arrivés au bout d’un dispositif, qui, si l’on ne fait rien risque de coûter de plus en plus cher à l’ensemble des consommateurs.

La crise actuelle nous oblige donc à nous interroger sur la politique énergétique de la France, et pas uniquement en termes d’offre, comme on le fait depuis 40 ans, mais aussi de demande. Il y a nécessité de réduire les pics de consommation en limitant l’usage des radiateurs électriques comme mode de chauffage principal. En effet, alors que dans les constructions neuves la règlementation thermique (RT 2012) limite drastiquement l’usage des radiateurs électriques comme chauffage principal, dans l’existant, pourtant bien plus énergivore, rien n’est fait !  A ce propos, je dois dire que l’imagination des fabricants pour remettre au goût du jour des vieilles technologies inefficaces m’épate autant qu’elle m’indigne. En effet, l’ajout de quelques gadgets technologiques à un vieux radiateur, un test bien senti pour expliquer la baisse de consommation d’énergie, un nom plus tendance (« radiateur intelligent »)… et le marché est relancé. Cerise sur le gâteau, en septembre 2015, après le vote de la loi transition énergétique, ils obtiennent même le soutien inattendu de la ministre de l’Ecologie qui se fait la VRP du radiateur intelligent. Je crois que les fabricants n’en demandaient pas tant. Malheureusement, quand il fait très froid les radiateurs fonctionnent à pleine puissance qu’ils soient intelligents ou pas… ! S’ils sont très bons en communication, les fabricants aiment beaucoup moins la comparaison. En effet, en 2015, alors que la Commission européenne souhaitait élargir l’étiquette énergétique à tous les modes de chauffages, ils ont obtenu après un intense lobby que les radiateurs soient exclus de cette nouvelle disposition. A quand une réelle prise de conscience du problème par les pouvoirs publics ?

 

Effacement : des critiques rappelées avec Autorité

vendredi 25 novembre 2016

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Sorti par la porte, le gouvernement revient par la fenêtre en proposant un nouvel arrêté sur l’ »effacement » électrique aussi préjudiciable aux consommateurs que le premier qui avait été, à l’initiative de l’UFC-Que Choisir, censuré par le Conseil d’Etat. L’Autorité de la Concurrence vient d’ailleurs de rendre un avis au vitriol sur ce nouveau projet de texte, une alerte que le gouvernement serait bien inspiré d’entendre.

Concrètement, ce dispositif « d’effacement » consiste à ce que des opérateurs sollicitent les consommateurs d’électricité pour qu’ils désactivent via l’installation d’un boîtier, sur une période donnée leur chauffage et/ou chauffe-eau et ainsi éviter une saturation du réseau en période de pic. Cet opérateur est rémunéré en fonction du nombre de MWh ainsi effacé…  Si l’objectif poursuivi (la baisse de la consommation électrique, maintien du réseau) est louable, les modalités elles sont scandaleuses. En effet,  elles alourdissent injustement la facture de l’ensemble des consommateurs  qui sont appelés à supporter la charge financière du dispositif et elles s’avèrent en outre inefficaces, voire contre-productives. Selon l’ADEME, la baisse de consommation est ainsi nulle pour un chauffe-eau effacé et, au mieux, de 30 à 40% pour le chauffage…. L’ADEME va même plus loin en indiquant, qu’il existe un risque que les clients qui effacent leur chauffage électrique pendant la période indiquée par l’opérateur, utilisent des modes alternatifs de chauffage consommateurs d’énergie, voire émetteurs de CO2. Au final, loin de finaliser l’intérêt général, le mécanisme sert avant tout les intérêts financiers des seuls opérateurs d’effacement diffus au détriment des consommateurs…. mais aussi des fournisseurs et autres opérateurs d’effacement. En effet, le mécanisme tend à favoriser artificiellement les seuls opérateurs d’effacement diffus (ceux qui effacent les sites avec une faible consommation d’énergie) au détriment des fournisseurs d’électricité qui peuvent proposer des offres tarifaires différenciées en fonction des heures de la journée et des autres opérateurs d’effacement tertiaires (ceux qui effacent les sites avec des grosses consommation d’électricité).

Dans son avis, l’Autorité relève ainsi fort justement le risque de distorsion de concurrence, l’absence d’étude d’impact environnemental démontrant l’efficacité du dispositif, et en appelle à une refonte pour une meilleure prise en compte de la réalité des économies d’énergie opérées. Le gouvernement est prévenu… S’il entend s’obstiner sur ce projet, qu’il s’attende à nouveau à un recours devant le Conseil d’Etat pour que soit effacé ce dispositif d’effacement parfaitement inacceptable.

 

Energie moins chère ensemble : le plein d’économies, ça s’explique !

mardi 18 octobre 2016

 

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Ah, belle surprise que la réception de mon offre personnalisée « Energie moins chère ensemble » pour l’électricité avec ses 150 euros d’économies, participation aux frais incluse ! Il faut dire que le résultat des enchères que nous avons organisées dans le cadre de cette campagne, avec pas moins de 4 fournisseurs participants et combatifs, ont été bluffants : respectivement 23% et 17% sur le tarif réglementé du kWh d’électricité et de gaz de septembre 2016, soit les meilleures offres du marché et de loin ! C’est la fierté de l’UFC-Que Choisir d’avoir créé un pouvoir de marché des consommateurs.

Mais ces économies impressionnantes n’ont pas manqué de susciter des interrogations : comment est-ce possible de pratiquer de tels tarifs? La réponse est simple : le fournisseur lauréat n’a aucun coût d’acquisition, direct ou indirect, pour ces potentiels clients (pas de budget publicitaire, ni de rémunération d’un intermédiaire, etc.) et toutes les économies sont ainsi restituées aux clients.  Mais après ces interrogations au lendemain des enchères, voilà que ma voisine m’interroge maintenant sur la réalité de l’économie de son offre personnalisée car elle ne retrouve pas ses petits en regardant sa facture EDF…. Et elle n’est pas la seule à légitimement s’interroger. Il faut dire que les factures « énergie » ne sont pas des plus limpides ! En effet, dans le domaine de l’énergie, il y a toute une série de taxes et contributions au-delà de la TVA, et celles-ci sont souvent isolées dans les factures, rendant le travail de comparaison très délicat. Par exemple, pour l’électricité, les tarifs TTC comprennent la TVA (5,5% sur l’abonnement mensuel et 20% sur le prix du kWh), la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité de 0,0225€ par kWh), les taxes sur la Consommation Finale d’Electricité (TCFE) et la CTA (Contribution Tarifaire d’Acheminement). Ces taxes valent pour tous les contrats énergie. Par exemple si vous êtes au tarif réglementé, regardez votre facture et tentez de trouver le tarif TTC (incluant toutes les taxes) et comparez avec la grille tarifaire de celui ci. Alors ? Vous étiez parvenus au même résultat ? Bref, j’ai réussi à éclaircir les choses auprès de ma voisine qui a compris qu’il n’y avait pas de loup dans son offre personnalisée. Ce serait quand même un comble de la part d’une association de consommateurs.  Mais il faut décidément faire preuve d’énormément de pédagogie pour expliquer le changement de fournisseur d’énergie… Et l’UFC-Que Choisir ne manquera pas de continuer de battre campagne ! En attendant, plus 1, j’ai souscrit. Et vous ?

Vous avez dit Enedis ?

mercredi 1 juin 2016

tarifsreglementes

Un an à peine après l’onéreux changement de logo d’ERDF, accompagné par une grande opération de communication, voici donc que le distributeur national d’électricité change purement et simplement de nom pour devenir ENEDIS  ! Si ce changement était attendu, et réclamé par l’UFC-Que Choisir qui avait saisi à cette fin le comité de règlement des différends de la CRE, je ne peux néanmoins manquer de noter que cette refonte profite surtout à court terme aux agences de communication…. En effet, sitôt achevée la campagne de communication autour du nouveau logo de 30 millions d’euros, voici donc que va s’ouvrir une nouvelle campagne autour d’ENEDIS dont le coût va être de nouveau de plusieurs dizaines de millions d’euros !

Une multiplication inutile des dépenses de communication pour une mesure qui aurait dû être prise de longue date pour mettre fin à l’inadmissible confusion entre le distributeur d’électricité, au service de tous les acteurs,  et le fournisseur historique ! Faut-il d’ailleurs préciser qu’EDF, maison mère d’ERDF, détient la marque ENEDIS depuis… 2008 ?  Décidément, ERDF, qui rappelons-le est chargée du déploiement du compteur Linky, aime les communicants !