Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

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Le cinéma français ou le remake de «Touchez pas au grisbi» ?

Samedi 12 janvier 2013

cinema

Dans une tribune parue dans Le Monde le 28 décembre, le producteur Vincent Maraval assassine en bonne et due forme les acteurs français –ambiance western- qu’il accuse d’être trop payés. Alors que, dans certaines salles parisiennes, le prix de la place plein tarif dépasse les 11 euros, que le cru 2012 de la production cinématographique française est bien pâle –même les plus gros succès n’ont pas été rentables-, il devient urgent de lancer le débat. L’exil fiscal d’Obélix aura au moins eu le mérite de mettre sous le feu des projecteurs une industrie culturelle hautement subventionnée; l’argent public est-il vraiment utilisé au mieux ? Voilà qui donne des idées à certains : pourquoi ne pas limiter le cachet des acteurs à quelques centaines de milliers d’euros ?

Pourquoi, interroge le producteur, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d’euros de recettes mondiales) pour un cachet de 226000 euros, et dans Mesrine (22,6 millions de recettes mondiales) pour 1,5 millions d’euros ? Notre industrie cinématographique est-elle viciée au point d’alimenter des cohortes d’artistes dont les productions n’intéressent pas assez le spectateur français ? A force de subventions, le cinéma français aurait-il perdu de vue l’intérêt du public ? En 2011, le Centre national du cinéma a perçu des recettes records : 786 millions, un chiffre en hausse de 4 % par rapport au précédent record établi en 2010. Pour quel résultat ?

Des films trop chers, des acteurs trop payés… Et pourtant le gouvernement fourmille d’idées pour créer de nouvelles taxes pour financer la culture, la commission copie privée vient d’acter de nouveaux barèmes pour taxer les supports de copie. Tout cela frise l’indécence. Voilà des mois que je réclame un audit du financement de la culture. L’affaire Depardieu et le mauvais bilan du cinéma en 2012 jettent une lumière crue sur une industrie qui vit sous perfusion d’argent public. Il est grand temps de rendre des comptes au contribuable !

Une nouvelle réunion de la mission Zelnik sans les consommateurs… une réunion de trop ?

Mercredi 16 décembre 2009

zelnik

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que la mission Zelnik a tenu lundi une réunion avec « l ’ensemble » des parties concernées par l’amélioration de l’offre légale… à l’exception notable des consommateurs ! C’est donc la deuxième fois que se réunit cet aréopage (chargé de réfléchir à l’offre de contenus culturels sur Internet) sans en informer l’UFC-Que Choisir, ni même la plateforme Création, Public et Internet. La mission se targue de faire preuve d’ouverture, mais ce n’est qu’une façade : elle a auditionné l’UFC-Que Choisir et promis de réfléchir à toutes les solutions proposées. Mais le ministre de la Culture a rapidement verrouillé les travaux : pas question que la mission propose une solution de type contribution créative (payée par tous les consommateurs -environ 5€ par mois- contre un droit à télécharger).

Les dysfonctionnements du secteur semblent également absents de la feuille de route de la mission. Par exemple, le difficile accès aux catalogues des producteurs de disques ou de films par les détaillants ou les diffuseurs du web constitue un frein évident au développement de l’offre commerciale.

La mission s’arc-boute sur une seule question: où trouver de l’argent pour quelques industriels qui ne veulent pas se donner la peine de s’adapter à l’ère du numérique ? Et cela, sans jamais réclamer la moindre contrepartie ! Une fois de plus le consommateur, ignoré lorsqu’il s’agit de faire des propositions, sera sollicité lorsque se posera la question du financement de tous les petits cadeaux accordés aux industriels de la création. Que ce soit une taxe sur les abonnements, une participation directe (le « 1€ par mois » proposé par la SACEM et l’ADAMI) ou un système de défiscalisation des achats, c’est le consommateur in fine qui supportera le coût.

Cette position est d’autant plus paradoxale que le gouvernement et certains lobbies de la culture ont à plusieurs reprises critiqué la proposition de l’UFC-Que Choisir d’une contribution créative comme étant trop catégorique puisque impliquant une contribution de tous les consommateurs, même ceux qui ne téléchargent pas. Mais lorsqu’il s’agit de faire contribuer le consommateur sans la moindre contrepartie, le problème n’existe plus !

Je ne peux manquer de dénoncer à nouveau ce double discours, qui ne peut plus durer. La mission Zelnik est déjà un échec… Elle doit être suspendue pour faire place à une vraie réflexion de fond, avec des experts indépendants. Il faudrait par exemple envisager que l’Autorité de la concurrence soit saisie sur les problèmes d’accès au marché de gros des œuvres… Mais aujourd’hui, la mission Zelnik semble plus encline à faire parler les amitiés  qu’à réfléchir aux vrais problèmes…