Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘industriels’

Origine de la viande dans les produits transformés : à quand la rentrée de la transparence ?

vendredi 12 septembre 2014

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Voilà la rentrée effectuée. A cette occasion, à peine l’UFC-Que Choisir vient-elle de lancer avec les organisations de consommateurs européennes, la campagne pour un étiquetage de l’origine des viandes dans les produits transformés, que déjà se succèdent tweets et re-tweets. Et c’est de tous les horizons que proviennent les soutiens : éleveurs bovins, industriels de la viande, instituts de formation en agro-alimentaire, mais aussi membres de l’Assemblée Nationale tels que Danielle AUROI, Présidente de la Commission des Affaires Européennes, ou encore des Parlementaires Européens tels que Robert ROCHEFORT, Vice-président du Mouvement Démocrate…!

Comme moi, nombreux sont les consommateurs qui s’énervent de l’opacité entretenue par la majorité des industriels à la faveur d’une réglementation européenne laxiste…  Et ce, dans le seul but de diminuer le budget consacré aux ingrédients. Ils  complexifient sans fin leurs recettes à grand renfort d’additifs et lorsque cela ne suffit plus, ils s’ingénient à dénicher les ingrédients les moins chers sur le marché sans nous donner la moindre information sur leur origine ! On comprend ainsi la surprise et la colère de Régis qui, retournant l’emballage d’un banal sandwich ‘jambon-fromage’, trouve dans la liste des ingrédients pas moins de 34 composants et additifs … mais en revanche rien sur l’origine du porc dont est issu le jambon !

Et pourtant, un tel étiquetage de l’origine est possible, les photos que vous avez postées chers internautes le confirment et répondent par avance aux esprits chagrins qui voudraient attribuer cette soif d’information à un chauvinisme frileux. Nos consommateurs n’ont en effet rien contre cette moussaka mitonnée avec du bœuf français ou encore ce jambon d’Aoste transformé en Belgique, pourvu qu’on le leur dise. Encore faut-il que la Commission Européenne entende les 90 % de consommateurs qui réclament la transparence sur l’origine. Pour cela rejoignez notre mobilisation sur #meatorigin  afin qu’un jour je puisse enfin vous souhaiter ‘Bon appétit !’ sans la moindre réserve. En attendant, bonne rentrée à tous.

Origine des aliments : mauvaise recette

mardi 29 janvier 2013

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Alors que la réglementation actuelle n’oblige pas à indiquer l’origine de tous les produits alimentaires, la Commission européenne réfléchit à combler ce vide juridique savamment utilisé par les industriels, qui rivalisent d’ingéniosité pour faire passer les vessies pour des lanternes… Bonne recette pour lutter contre les mentions confuses, me direz-vous ? Loin de là ! En effet, la Commission semble s’arc-boûter sur deux notions bien trop vagues : « origine Union européenne » et « origine non Union européenne » qui ne sauraient mettre fin aux pratiques fallacieuses des fabricants : foie gras estampillé « Périgord » élevé en réalité en Roumanie, ou sauce tomate aux couleurs italiennes fabriquée au pays de la saucisse de Francfort !

L’enquête du Bureau européen des unions de consommateurs tombe donc à pic pour contrer ce projet : en effet 90 % des consommateurs interrogés trouvent le projet de la Commission insuffisant. 70 % des sondés estiment ainsi que l’origine est un facteur important lors de l’achat et 60 % aimeraient connaître non seulement le pays d’origine du produit, mais aussi celui de l’ingrédient principal, s’agissant des produits transformés.

Je demande donc aux pouvoirs publics –français et européens- de tenir compte de cet appétit des consommateurs pour une vraie transparence et donc de nous proposer une recette plus digeste! A l’avenir, les consommateurs devraient pouvoir connaître le pays d’origine de tous les produits bruts ou composés d’un ingrédient unique (viandes, lait, sucre, farine, huile…), et dans le cas des produits transformés le pays de fabrication du produit et celui d’origine pour son principal ingrédient. Une transparence qui risque de rester sur l’estomac des fabricants, mais qui devient une urgence absolue pour limiter la créativité de l’industrie agroalimentaire ! Bref, aux pouvoirs publics d’empêcher les fabricants de nous faire avaler n’importe quoi…

La curieuse conception de la démocratie d’Aurélie Filippetti

mercredi 28 novembre 2012

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Courroucée par la politique de la chaise vide qui touche depuis peu la commission copie privée, Aurélie Filippetti a décidé que les absents avaient toujours tort. Et que la commission pouvait poursuivre son travail sans les industriels (5 des 6 membres du collège « industriels » ont tiré leur révérence). La ministre de la Culture l’a asséné : « La commission peut tout à fait continuer son travail même sans les industriels. Tant pis pour eux. Je n’accepterai pas le coup de force. »

Madame la ministre, je vous le demande : qui fait le « coup de force » ? Les industriels qui, ne parvenant plus depuis des années à faire entendre leur voix, décident dans un élan d’exaspération de démissionner, ou bien le gouvernement qui fait fi de leur absence et décide que les travaux continueront coûte que coûte? Un gouvernement qui ne peut ignorer les multiples dysfonctionnements d’une instance que nous avons jadis quittée pour les mêmes raisons; une commission que nous avons refusé de réintégrer parce que nous savions que toutes les décisions seraient prises malgré nos contestations. Et les faits me donnent raison: les nouveaux barèmes proposés par les ayants droit atteignent des sommets d’indécence !

En France, la rémunération pour copie privée représente environ 70 % du prix d’un CD ou d’un DVD vierge -un record dans l’Union européenne. Elle est censée compenser l’éventuelle perte que constitue pour les ayants droit la possibilité laissée aux consommateurs de reproduire une œuvre sur les supports de stockage (DVD, clés USB, smartphones, etc.). Un système d’une hypocrisie sans nom ! En 2011, la copie privée a rapporté 193 millions d’euros, une manne sans rapport avec le prétendu préjudice de la copie ! Car y a-t-il bien préjudice ? Tous les consommateurs qui copient un contenu culturel l’auraient-ils acheté ? Evidemment pas ! Sans parler de l’audiovisuel pour lequel il n’existe aucun support copiable, les DVD, Blue-Ray et la VoD étant protégés.

La copie privée est une taxe pour le financement de la culture qui ne dit pas son nom. La preuve : 25 % du montant total finance des manifestations culturelles ! Une fonction qui revient, normalement, au… ministère de la Culture ! Mercredi 21 novembre, lors d’une table ronde organisée par la Commission des affaires culturelles à l’Assemblée nationale, nombre de députés ont reconnu l’inadaptation et le manque de transparence de la commission copie privée, et le niveau aberrant des tarifs supportés par les consommateurs. Mais malgré le discours unanime des consommateurs, des industriels et de certains élus, Aurélie Filippetti continue de ne prêter l’oreille qu’à la petite musique des ayants droit… Gare au couac !

La bouderie des industriels de l’agroalimentaire

mardi 30 octobre 2012

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Trop, c’est trop ! Cette fois la puissante Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) a décidé que le gouvernement n’allait pas s’en tirer comme ça. Après les déclarations particulièrement inspirées de Guillaume Garot, le ministre délégué à l’agroalimentaire qui entend faire modifier les recettes des produits trop gras, trop sucrés ou trop salés et rendre l’étiquetage nutritionnel plus lisible, le syndicat de Jean-René Buisson, jugeant la nouvelle trop indigeste, a décidé de quitter la table. En boycottant l’inauguration, dimanche 21 octobre, du Salon international de l’alimentation qui s’ouvrait à Villepinte. Quel affront ministériel…: non seulement les industriels ne seraient plus libres de mettre du gras et du sucre dans les aliments pour bambins, mais en plus il faudrait que cela puisse se voir clairement sur l’étiquette ? Et puis quoi encore ? « Guillaume Garot a fait cette semaine des déclarations extrêmement critiques pour notre industrie, en passant sous silence les actions très positives engagées en matière de nutrition depuis plusieurs années », justifie Jean-René Buisson. Hum hum…

Cette mise en scène des professionnels –qui n’a d’autre objectif que de dissuader une fois de plus le gouvernement de légiférer- ne pèse pas grand-chose face aux réalités statistiques. Selon la dernière enquête Obépi, entre 2009 et 2012, l’augmentation relative de l’obésité est très nette dans la tranche des 18-25 ans qui sont désormais 18 % à être obèses ou en surpoids. Les mesure de prévention de l’obésité proposées, avec sagacité, par le ministre sont non seulement utiles, mais surtout indispensables. L’UFC-Que Choisir alerte les pouvoirs publics depuis des années sur les ravages de certains comportements alimentaires. Jusqu’ici, les gouvernements successifs ont préféré les engagements des professionnels à une vraie régulation réglementaire et législative… Pour un résultat très très light.

Viande bovine : ne prenons pas les Français pour des veaux !

mardi 25 janvier 2011

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Dans le quotidien d’un président de l’UFC-Que Choisir, il y a parfois des parodies de concertation qu’il faut dénoncer avec force. Mais il arrive aussi qu’il n’y ait pas de concertation du tout, et là les bras m’en tombent ! C’est pourtant ce qu’a fait Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire des prix et des marges, qui vient de réaliser l’exploit de rendre un rapport lénifiant sur le prix de la viande bovine… sans avoir entendu les principaux intéressés !

L’UFC-Que Choisir dénonce depuis longtemps l’existence de marges injustifiées, notamment sur les viandes. La création en 2007 de l’Observatoire des prix et des marges promettant de faire toute la lumière sur la formation des prix, et la nomination de l’UFC-Que Choisir comme membre de celui-ci, avait redonné un peu d’espoir… Mais les tarifs de la viande bovine en rayon continuent à progresser inexorablement, tandis que le prix payé aux éleveurs stagne à des niveaux désespérément bas. Qu’à cela ne tienne, Bruno Le Maire a mandaté l’Observatoire pour enquêter. Et eurêka, en moins de trois mois Philippe Chalmin livrait un rapport préliminaire stupéfiant. Surtout pour la filière agricole et les consommateurs qui, bien que membres de l’Observatoire, n’ont pas été entendus et n’ont pas eu connaissance du rapport avant sa publication… contrairement aux industriels et à la grande distribution, conviés dans le groupe de travail !

Malgré des annonces tonitruantes, le rapport est sans surprise : la marge brute des intermédiaires progresse de manière continue (un scoop… que nous avions démontré il y a deux ans !). Quant à pouvoir distinguer la marge de l’industrie de celle de la distribution, on n’y voit que pouic. Voilà qui n’a pas empêché M. Chalmin de foncer sur des conclusions aussi surprenantes que sa méthode : si la marge brute a augmenté, c’est la faute aux exigences des consommateurs ! Et Chalmin de dresser une liste de frais sans chiffrage : la traçabilité (mise en place il y a 10 ans !), les nouvelles normes environnementales, la date limite de consommation (qui n’est pas non plus une nouveauté), les emballages… sont seuls coupables ! «Il n’y a pas de vilain ni de méchant», déclare même le brillant économiste. Quelle démonstration percutante ! Bref comme Alice, on est au pays des merveilles, dormez tranquilles bonnes gens, puisque les industriels et la grande distribution veillent à vos intérêts !