Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

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Free : les politiques n’ont rien compris !

Mardi 13 novembre 2012

portables

Le rapport rendu par la députée Corinne Erhel sur les communications électroniques dans le cadre du budget 2013 réserve une surprise de taille. On y lit que le marché des communications électroniques est en repli, et que cette situation est pour partie due à l’entrée du quatrième opérateur sur le marché mobile. Conséquence : baisse des revenus pour le marché, crise du secteur, destruction d’emplois. En clair, l’arrivée de Free en janvier dernier serait un drame pour l’industrie et l’emploi… Mais quand on examine la liste des personnalités auditionnées pour le rapport, ces conclusions étonnent beaucoup moins : on ne trouve quasiment que les syndicats et les opérateurs ! De consommateurs, point.

A l’arrivée, on cherche une nouvelle fois à nous faire croire que la concurrence est le pire des maux, et cela sans jamais se poser les bonnes questions :
-Où va l’argent économisé par les consommateurs ? Chez des fabricants de terminaux importés ?
-Où va l’argent des opérateurs, qui ont massivement investi dans leur réseaux en réaction à l’arrivée de Free (introduction de la DC-HSPA -3G+- et de la 4G)? Chez des fabricants d’équipement étrangers ? Tiens donc !

Et on voudrait nous faire croire que tout cela est la faute de Free, que c’est à cause de ce dernier si nos opérateurs historiques lancent des abonnements mobiles incluant un nouveau portable (importé) tous les ans ? Si les opérateurs préfèrent les équipements « réseaux » du chinois Huawei à ceux du franco-américain Alcatel Lucent ?

Mais qui peut croire à cette fable ? Je suis indigné par cette version des faits à laquelle je n’adhère en aucun cas ! S’il est vrai que des assurances doivent être prises sur la stratégie industrielle de Free, notamment sur la question des investissements effectués sur le réseau, n’oublions pas que son irruption a secoué un marché auparavant dominé par trois opérateurs dont la très bonne entente a économiquement pénalisé des millions de Français !

Le discours de Corinne Erhel n’est d’ailleurs pas sans rappeler les déclarations d’Arnaud Montebourg qui, après avoir largement salué l’arrivée de Free sur le marché, n’a de cesse aujourd’hui de se lamenter : « Comment donc avons-nous trouvé le génie de mener la concurrence du marché à un tel point qu’il s’autodétruit ? »… Voilà qui montre que si les politiques changent, le discours reste : Nicolas Sarkozy s’était en son temps déclaré défavorable à la quatrième licence, estimant que « le prix le plus bas n’est pas forcément le meilleur ». J’invite la nouvelle majorité à méditer cette paradoxale continuité !

Prix de l’électricité en France : pour le maintien des tarifs réglementés !

Vendredi 24 juillet 2009

centralenucleaire

Quoi de neuf dans le feuilleton de la hausse de prix réclamée par EDF ? Pour mémoire, le 7 juillet son PDG Pierre GADONNEIX avait lancé un pavé dans la mare en annonçant une hausse des prix de 20 % sur trois ans ou plus. La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de rencontrer des dirigeants d’EDF afin d’évoquer la question. Pour le groupe, les tarifs doivent augmenter afin de financer des investissements nécessaires, tant au niveau des infrastructures de production que du réseau.

Côté consommateurs, je crois qu’il ne faut pas s’arc-bouter aveuglément sur un gel des prix. En plus d’être irréaliste, cette attitude donnerait du grain à moudre à la Commission européenne, qui réclame la mort des tarifs réglementés. Or sans tarifs réglementés, nul doute que les prix d’une des électricités les moins chères d’Europe s’envoleraient encore plus rapidement et sans contrôle ! D’ailleurs, le rapport rendu par la commission CHAMPSAUR en avril dernier propose le maintien des tarifs réglementés en ce qui concerne les clients non industriels.

Au-delà du tarif réglementé –condition nécessaire mais pas suffisante pour éviter une explosion atomique des prix–, ce qui est en jeu ici c’est la question du calendrier et de l’ampleur de la hausse. C’est sur ces sujets que les consommateurs doivent se positionner. S’il est difficile de contester les investissements à faire sur les moyens de production en France, ceux à effectuer sur le réseau peuvent sans doute être retardés afin de lisser la hausse. Certains coûts d’exploitation sont en baisse. La maîtrise des investissements permettrait une hausse raisonnable des prix, uniquement destinée à couvrir une augmentation modérée des coûts de production.

Mais les investissements doivent aller de paire avec une diminution des dividendes versés. Le consommateur ne doit pas être le seul payeur d’une modernisation des moyens de production du premier électricien de France : les actionnaires, y compris l’Etat doivent également mettre la main à la poche… sous peine de voir les usagers « péter les plombs » !

EDF : des tarifs sous haute attention

Dimanche 12 juillet 2009

 

Mardi 7 juillet, le PDG d’EDF, Pierre GADONNEIX, a annoncé ce qui ressemble fort à une provocation : pour compenser les investissements du groupe, le prix de l’électricité devrait augmenter « de 20 % sur trois ans ou plus ». Plus c’est gros, plus ça marche ?

En ce début d’été, la sortie du patron des électriciens a de quoi laisser baba. Acquisition de British Energy, projet de rachat d’une partie des actifs nucléaires de l’Américain Constellation : le consommateur devrait donc financer la folie des grandeurs d’EDF ? Le groupe prévoit d’investir 7,5 milliards d’euros en France en 2009, soit 2,5 milliards de plus qu’en 2008 et 4 milliards de plus qu’en 2007. L’endettement d’EDF, qui doit être réduit grâce à un programme de cessions, s’élevait à 24,5 milliards d’euros à fin 2008 contre 16,3 milliards à fin 2007.

Cette explosion annoncée des prix est d’autant plus difficile à avaler que l’émission obligataire lancée par EDF, clôturée la veille de l’annonce de Pierre GADONNEIX, a permis à l’électricien de collecter 3,2 milliards d’euros, soit trois fois plus que le milliard initialement envisagé. 251 000 souscripteurs ont acquis des obligations pour un montant moyen de 12 700€. A quoi ont donc servi les efforts des épargnants, si les consommateurs doivent quand même encaisser une hausse des tarifs ?

Sur le fond, une hausse me paraît acceptable, ne serait-ce que pour tenir compte de l’inflation. Si l’argument repose sur la nécessité d’investir il mérite d’être regardé de près, les cartes et chiffres sur la table. Ainsi le montant annoncé est-il totalement déconnecté de l’inflation réelle ce qui cueille à froid les consommateurs en ce début d’été. Pour mémoire, l’Etat et EDF ont signé en octobre 2005 un contrat de service public. Il garantit jusqu’en 2010 une augmentation des tarifs de l’électricité qui ne peut dépasser le niveau de l’inflation pour les particuliers. Or, d’après les chiffres publiés par l’Insee le mois dernier, les prix ont diminué de 0,3% depuis mai 2008.

Dans ce contexte, plutôt qu’à EDF, c’est au régulateur du marché de se prononcer sur la nécessité d’une augmentation du tarif régulé. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) doit se positionner avant que les pouvoirs publics ne rendent eux-mêmes leur arbitrage… Procéder différemment, feindre d’ignorer cette procédure, c’est faire fi du principe de régulation du tarif qui est pourtant une sécurité indispensable pour les ménages face à une entreprise se trouvant en situation de quasi monopole. En matière d’électricité, seule la CRE peut en réalité faire la lumière sur la pertinence des prétentions d’EDF, et éviter de la laisser disjoncter au préjudice de millions de consommateurs !