Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘locataire’

Agences immobilières : les candidats locataires toujours aussi mal lotis !

lundi 21 mars 2016

locations

Les pratiques des agences manquent d’ALUR ! C’est le moins que l’on puisse dire tant les résultats de l’enquête 2015 des bénévoles de l’UFC-Que Choisir auprès de 1246 agences, après celle de 2011, sont effarants ! Informations, honoraires, services : on ne peut que dénoncer la persistance d’excès à tous les étages…! En termes d’informations d’abord, seuls 26% des agences affichent les honoraires en vitrine alors que l’obligation légale date de 25 ans….  Et sur les 74% qui l’affichent, il n’y a que 18% qui le font de manière précise et détaillée (notamment sur l’état des lieux qui, rappelons-le, peut être fait via un tiers, comme un huissier, mandaté par les 2 parties). Pour le DPE, c’est pire, 35% ne l’affichent pas systématiquement alors que la consommation d’énergie des logements est une information particulièrement importante pour le locataire qui ne peut pas intervenir sur l’isolation du logement. Sur la constitution du dossier, le constat fait aussi mal : 8 agences enquêtées sur 10 étaient en infraction en demandant pour la constitution du dossier au moins 1 document interdit comme un relevé d’identité bancaire, la carte grise, ou un justificatif de domicile. Face aux manquements manifestes des agences, nous avons d’ailleurs engagé une action juridique d’ampleur en mettant en demeure 392 agences, soit 30% des agences visitées… A défaut de réaction, l’UFC-Que Choisir envisagera des actions judiciaires.

L’enquête souligne néanmoins que 94% des agences respectent les plafonds réglementaires. Peut-on s’en satisfaire ? Certainement pas ! Car c’est un respect en trompe l’œil tant ces plafonds ont été cousus main pour les agences. En effet, au moment de la Loi ALUR, le gouvernement par la voix de sa Ministre du Logement, Cécile DUFLOT, avait, à de nombreuses reprises,  promis une baisse de moitié des frais. Or, en comparant avec notre enquête de 2011, la baisse est au mieux de 20% dans les zones très tendues, 10% dans les zones tendues, et dans les zones non tendues, les frais grimpent de 5%. Pour que l’ambition du Législateur soit respectée, il faut donc que le gouvernement revoit significativement à la baisse les montants réglementaires ! Aussi et surtout, il faut une intensification des contrôles, car régulièrement épinglée, la profession ne semble pas décidée à assainir ces pratiques. En attendant, j’invite tous les candidats locataires à consulter notre questions-réponses pour avoir les clés… permettant de franchir les portes des agences en connaissant leurs droits !

Loi ALUR, l’état des lieux !

mercredi 26 février 2014

logementAlors que la loi ALUR a été définitivement adoptée et que l’UMP a annoncé avoir saisi le Conseil Constitutionnel sur ce texte, l’heure est à l’état des lieux, même s’il est encore trop tôt (attendons ce que les sages diront !) pour faire un réel état des lieux de sortie. Il faut reconnaître que, malgré des déceptions, ce texte a quand même de « l’ALUR » ! La loi fait effectivement progresser les droits des locataires, encadre mieux les professions immobilières –les marchands de listes sont enfin mis au pas !- et propose de vraies avancées dans le domaine de la copropriété.

Côté location, il y a du mieux (état des lieux standardisé, liste limitative des pièces demandées aux candidats, délai de préavis réduit à un mois en zone tendue…), mais c’est sur la limitation des frais que la loi déçoit. Certes, le texte prévoit un encadrement des frais au mètre carré, selon la localisation du logement… Mais alors que l’UFC-Que Choisir réclamait, conformément à la jurisprudence, que les locataires ne se voient pas facturer les prestations qui ne sont pas réalisées dans leur intérêt, la visite des lieux, la constitution du dossier, la rédaction du bail mais aussi l’état des lieux pourront bien être rémunérés pour moitié par le locataire.

Je regrette aussi que l’encadrement des loyers prévu par la loi soit aussi timide. Le texte met en place des observatoires des loyers chargés de réunir des données sur le marché local, et de fixer un « loyer de référence ». Les préfets pourront alors fixer un loyer de référence majoré (de 20 % au plus) à ne pas dépasser, sauf si le bien offre des prestations exceptionnelles. Mais ce plafond, s’il est appliqué de manière extensive par les préfets, est bien trop élevé pour modérer réellement les loyers dans les zones tendues. Sans compter le flou autour des observatoires des loyers qui fait naître une véritable incertitude sur la fiabilité des données qui serviront à définir le loyer de référence.

Côté accès au logement, il ne faudra pas non plus compter sur la GUL ! Cette garantie universelle des loyers ne pourra en aucun cas remplacer le système actuel du cautionnement, puisqu’elle ne s’appliquera que si le bailleur veut bien renoncer à la caution (aujourd’hui largement majoritaire) ! Car la GUL s’avère peu sécurisante, avec une franchise, des déchéances de garantie (par exemple en cas de déclaration tardive), un plafond d’indemnisation limitée… Bref, elle ne met pas vraiment tous les atouts de son côté pour encourager les propriétaires à mettre leur bien en location !

Enfin, côté syndics je me réjouis de la clarification tarifaire qui va s’opérer grâce au forfait de base étendu (les prestations particulières payantes seront limitées et les frais « privatifs » -mise en demeure, état daté…- seront plafonnés). De nombreuses pratiques abusives devraient disparaître grâce à la loi, cependant il en est une qui pourrait perdurer : le compte séparé. Les syndics rechignent en effet à ouvrir un compte bancaire dédié à la copropriété ; ils usent et abusent de la possibilité de « dispense de compte séparé » que leur laissait la loi jusqu’à présent. Si la loi ALUR entérine le principe du compte séparé, elle ne va pas au bout de la logique, notamment en gardant la possibilité de dispense pour les petites copropriétés de 15 lots et moins, qui représentent de l’aveu même du ministère 45 % du parc !! Un arbitrage regrettable, surtout que la ministre a refusé jusqu’au bout de satisfaire la demande de l’UFC-Que Choisir de laisser les copropriétaires choisir la banque où doit être ouvert le compte.

Il ne faut pas sous-estimer le chemin parcouru grâce à cette loi. Mais je regrette tout de même qu’au nom d’une logique de compromis (les professions immobilières ayant mené un lobbying effréné) la cohérence ait souvent été remisée au placard… Reste à connaître maintenant le verdict des locataires de la rue de Montpensier : souhaitons qu’ils ne délogent pas les avancées louées…

Un projet de loi ALUR qui manque de tenue!

mardi 7 janvier 2014

tarifssyndics

Alors que le projet de loi Duflot sur l’accès au logement arrive en deuxième lecture, on pourrait s’attendre à ce que les parlementaires consolident les acquis bien réels du texte. Il n’en est rien, et je veux exprimer ici ma déception après l’examen en commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale. Le gouvernement a en effet profité de l’occasion pour faire des concessions aux professionnels de l’immobilier, et faire voter des amendements qui constituent de vrais reculs.

Côté honoraires facturés au locataire : les frais de constitution du dossier et de visite du logement sont désormais partagés entre le bailleur et le preneur, y compris –hélas- l’état des lieux… Ce qui revient à légitimer les mauvaises pratiques du passé et à faire perdurer un bénéfice reconnu comme frauduleux par la justice ! Le projet de loi prévoit toutefois un plafond des frais au mètre carré, défini par arrêté. Gare à ne pas pénaliser les zones non tendues, où les logements sont généralement plus spacieux…

En ce qui concerne la garantie universelle des loyers (GUL), la désillusion est totale! Alors qu’elle était obligatoire et venait en lieu et place de la caution, la GUL est désormais facultative, ce qui signe pour ainsi dire son arrêt de mort avant même son lancement. Les faiblesses que je relevais dans le mode de fonctionnement 100 % public envisagé deviennent dès lors des plaies béantes auxquelles le dispositif ne survivra pas. Car les bailleurs auront le choix entre un candidat à la location bénéficiant d’une caution, et un candidat couvert par une GUL qui ressemble fort à une passoire (franchise, limite de loyer couvert basse, réserves diverses par exemple en cas de déclaration tardive…). Près de 80 % des bailleurs personnes physiques privilégient aujourd’hui le cautionnement. Il y a fort à parier que l’immense majorité d’entre eux garderont leurs habitudes !

Déception enfin sur les copropriétés. L’amendement adopté fait un gros accroc au principe du compte séparé, en laissant la possibilité au syndic de demander une dispense de compte séparé pour les petites copropriétés de 15 lots et moins (soit de 45 à 60% du parc !). Ces copropriétés n’auraient donc pas le même droit que les autres à une gestion financière transparente et sécurisée ? Le gouvernement interdit tout de même aux syndics de facturer des frais en cas de choix du compte séparé. L’assemblée générale décidera de ce fait en toute indépendance, ce qui évitera les écueils dénoncés dans notre étude de mai dernier avec l’Association des responsables de copropriétés. Un maigre « lot » de consolation face à ce qui reste une belle entorse au principe du compte séparé…

Projet de loi logement : les députés rafistolent mais évitent les gros travaux

mardi 24 septembre 2013

tarifssyndics

Déception après le passage du projet de loi logement à l’Assemblée : l’état des lieux de sortie des députés est presque conforme à l’état des lieux d’entrée ! Malgré les 270 amendements adoptés, il n’y a aucune amélioration structurante pour les locataires ou les copropriétaires. Certes, les pensionnaires du Palais Bourbon n’ont rien enlevé aux réelles avancées du texte (encore heureux !). Mais ils n’ont pas fait beaucoup avancer le schmilblick non plus. Tout juste peut-on relever qu’un exemplaire de l’état des lieux d’entrée devra être remis à chaque partie ; que le locataire dont l’état des lieux de sortie est identique à l’état des lieux d’entrée récupérera son dépôt de garantie sous un mois au lieu de deux –insuffisant selon moi : tous les locataires devraient pouvoir récupérer leur dépôt de garantie sous un mois, sauf en cas de contestation sur les retenues. S’agissant des copropriétés, les syndics ne pourront plus prévoir de barème de leurs honoraires pour travaux exceptionnels dans leurs contrats. Une bonne nouvelle, car notre enquête de mai dernier avait montré que cette pratique tue dans l’œuf la négociation en assemblée générale sur les tarifs pratiqués par les syndics.

Bilan : aucune avancée nouvelle sur les frais d’agence, sur la restitution du dépôt de garantie, le libre choix de la banque par la copropriété ou le plafonnement des « frais privatifs » (états datés, mises en demeure, relances) sur lesquels les syndics se font leur beurre. Qui plus est, je m’inquiète du scénario «100 % public» qui a été choisi par le gouvernement pour la garantie universelle des loyers, et ce sans concertation, ce qui tranche avec les méthodes du cabinet Duflot pour l’élaboration du texte. Un arbitrage qui promet le dispositif à l’échec en le rendant peu visible et peu sécurisant pour les bailleurs, et qui s’avérera très coûteux pour la collectivité (financement via un impôt sur les revenus locatifs… qui ne manquera pas d’être répercuté sur les locataires !). Le texte arrive maintenant dans les mains des sénateurs, qui seront je l’espère des bâtisseurs plus ambitieux !

Un projet de loi logement plutôt bien bâti mais… attention aux vices cachés!

mardi 23 juillet 2013

logement

Paradoxalement, l’arrivée de l’été n’invite pas aux vacances ! Car si je reste très attentif aux travaux autour du projet de loi consommation (qui poursuit sa route au Sénat après avoir été adopté à l’Assemblée nationale début juillet), mon attention est également appelée par le projet de loi logement sur lequel les députés commencent à plancher aujourd’hui en commission, et qui comprend des volets sur tous les sujets intéressant directement l’UFC-Que Choisir, et plus particulièrement les locataires et les copropriétaires. Si le texte n’atteint pas la perfection, il pose les fondations d’améliorations très significatives… Mais le diable se nichant souvent dans les détails, il faut faire attention à ce que certains attraits ne portent pas en eux des vices cachés !

Commençons par l’encadrement des frais d’agence, qui ne devront pas dépasser la moitié des frais de réalisation de l’état des lieux et de rédaction du bail. Voilà une réforme très bienvenue puisqu’il est aujourd’hui d’usage de réclamer pas moins d’un mois de loyer –un montant décorrélé du travail effectivement fourni par l’agence qui est essentiellement au service du bailleur (recherche d’un locataire solvable, constitution d’un dossier présentant un maximum de garanties…). Mais attention, le texte de loi prévoit le plafonnement des frais d’agence mais ne l’encadre pas. La portée de la mesure est donc conditionnée à un décret, attention à ce que les lobbies ne engouffrent pas dans la brèche pour glisser un montant indexé sur le loyer qui reviendrait en fait à ne rien changer à l’existant. De même, cette mesure aboutit à rendre payant l’état des lieux, qui était jusqu’alors gratuit, logique puisque l’agence immobilière qui réalise l’état des lieux le fait au titre de mandataire du bailleur et non du locataire.

Bref, l’encadrement et le plafonnement sont opportuns, mais attention à ce que la mesure ne soit pas un sabre de bois ! J’entends que les annonces de Cécile Duflot ou de son entourage parlant de 200 à 300 euros de frais maximum pour le locataire se concrétisent et soient officialisées dans l’hémicycle. De même, le texte encadre les loyers dans les zones tendues, en prévoyant un loyer médian fixé par le préfet et ne pouvant être majoré par le bailleur au-delà de 20 %, à moins que des prestations exceptionnelles ne le justifient. Voilà une mesure louable mais dont l’efficacité est conditionnée aux décisions du préfet sur les loyers médians, et à la pertinence des données recensées par les observatoires. Un plafond unique de 20 % risque d’aboutir à des effets d’aubaine dans certaines zones où les loyers sont particulièrement élevés.

Sur le front des syndics aussi, la loi va dans le bon sens : pour en finir avec les fantaisies tarifaires encore tout récemment dénoncées par l’UFC-Que Choisir, c’est la logique du forfait de base étendu qui prévaudra désormais. Les prestations faisant l’objet d’une tarification spécifique devront être limitées par un arrêté les listant précisément. La pratique du compte bancaire séparé ne pourra plus faire l’objet d’une dispense; mais pour que la mesure soit effective il reste encore à donner aux copropriétaires le droit de choisir eux-mêmes leur banque afin d’empêcher les syndics de regrouper tous leurs comptes sous la même enseigne… Ce qui risque d’aboutir à de vrais-faux comptes séparés.

Toutes ces mesures soulèvent bien évidemment une opposition véhémente chez les professionnels de l’immobilier. Aux parlementaires de ne pas les déloger du texte, mais au contraire de consolider les acquis de ce projet de loi afin d’expulser définitivement les abus !