Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘marges’

Concurrence et investissements : le beurre et l’argent du beurre au bénéfice de tous les consommateurs !

mardi 12 avril 2016

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La fin du feuilleton sur le rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom me permet de revenir à froid sur une question fondamentale : est-il possible de concilier l’existence d’un marché caractérisé par un haut niveau concurrentiel et le développement des investissements dans le secteur des télécommunications ?

Les partisans d’une concentration du secteur soulignaient sa nécessité afin de permettre aux opérateurs de disposer des marges de manœuvre nécessaires afin de déployer au mieux le très haut débit mobile (4G aujourd’hui et 5G à l’horizon 2020) et le très haut débit fixe (la « vraie » fibre notamment). Autrement dit, selon les hérauts de la concentration, le maintien d’un haut degré d’intensité concurrentielle serait un obstacle rédhibitoire au déploiement de ces réseaux de nouvelle génération. Or, rien n’est moins faux.

Il est vrai que moins de concurrence, signifie davantage de revenus pour les opérateurs (sous l’effet conjugué de parts de marché moyennes plus hautes et de prix plus élevés) et en conséquence de meilleures marges (puisqu’il s’agit majoritairement d’une économie de coûts fixes). Mais cela signifie-t-il pour autant plus d’investissements ? Lorsque l’on regarde les chiffres de l’investissement des opérateurs sur une période longue, on se rend compte que les investissements actuels se situent dans la fourchette haute des montants mis en œuvre (près de 7 milliards d’euros investis en 2014 hors achats de fréquences). En conséquence, moins de concurrence ce n’est pas plus d’investissements, et plus de concurrence ce n’est pas moins d’investissements ! Ceci s’explique aisément. La concurrence est un puissant moteur de l’investissement. Dans un marché concurrentiel, chaque opérateur doit se démarquer des autres par la qualité de son réseau (couverture et qualité de service) et pour ce faire, il est indispensable d’investir !

Ainsi, aujourd’hui les opérateurs téléphoniques sont assez largement en avance par rapport aux objectifs de déploiement de la 4G. Néanmoins, certains semblent ne pas suivre les objectifs propres aux zones parmi les moins denses du territoire, comme a pu l’indiquer récemment l’ARCEP. Ceci me permet d’indiquer que je ne suis pas dupe ; je n’attribue pas à la concurrence toutes les vertus possibles et imaginables. S’il est incontestable que la concurrence dans les communications électroniques est bénéfique pour le pouvoir d’achat des consommateurs elle est loin de garantir le développement des réseaux dans les zones les moins densément peuplées, qui ne sont peu ou pas rentables pour les opérateurs. C’est un argument qu’emploient les opérateurs pour plaider un affaiblissement de l’intensité concurrentiel qui leur donnerait davantage de moyens pour investir dans ces zones. Néanmoins cet affaiblissement ne garantirait pas ces investissements dans ces zones.

D’une part de nombreuses zones sans réseaux ou avec des réseaux de piètre qualité sont aujourd’hui les vestiges d’une époque sans concurrence. D’autre part les opérateurs omettent de préciser que ce sont majoritairement des fonds publics qui permettent le déploiement de la fibre optique et que des fonds publics interviennent également pour permettre aux opérateurs de déployer des antennes dans les zones blanches.

En réalité, le problème de l’investissement dans les zones non rentables dépasse le seul aspect du niveau concurrentiel. Sauf à mettre en place des tarifs prohibitifs pour l’internet, des zones du territoire resteront toujours non rentables pour les opérateurs. C’est la raison pour laquelle, au-delà de la question des financements publics, il convient que les opérateurs mutualisent le plus possible leurs investissements dans les réseaux sur les zones non rentables. Ainsi, grâce à une mutualisation des coûts de déploiement des réseaux entre opérateurs bien plus poussée que celle actuellement constatable, les consommateurs pourront à la fois bénéficier d’une concurrence effective, et accéder rapidement au meilleur de la technologie…

Projet de loi conso : vraies avancées en perspective ?

mardi 11 octobre 2011

La foire aux paniers

vendredi 22 avril 2011

panier

Après le panier des essentiels, brandi par Frédéric Lefebvre début avril, et qui faisait suite lui-même à des initiatives du même acabit de MM. Breton et Chatel voilà quelques années, c’est au tour de Ségolène Royal de promouvoir ce qu’on pourrait appeler le « panier bloqué ». Sa proposition consiste à bloquer les prix de 50 produits du quotidien… Quelle ambition pour les consommateurs ! Le sujet du pouvoir d’achat mérite pourtant mieux que cela. Au cœur de la dernière campagne des élections présidentielles, ce dossier économique et social n’a jamais fait l’objet d’aucun traitement de fond. Nous voilà en période préélectorale. Il est inquiétant de voir que la classe politique va de nouveau s’offusquer du problème pour ne pas s’attaquer en profondeur aux causes du mal !

Avec son « cabas », Frédéric Lefebvre laisse toute liberté aux enseignes de décider des 10 produits minimum devant le composer. Rien ne permet donc de s’assurer que les paniers répondront vraiment aux besoins des ménages, ni aux exigences d’équilibre nutritionnel, ni à toutes les indications que le ministre a mises dans le même panier le jour de son lancement. Ségolène Royal quant à elle propose de bloquer les prix de 50 produits alimentaires, définis avec les associations de consommateurs… 10, 50… La démarche s’annonce plus volontariste, le choix n’est pas laissé aux seules enseignes, et les prix sont maitrisés… Mais sur un échantillon tout aussi maigre ! La classe politique entendrait-elle réduire la consommation des ménages ou, à tout le moins, l’action consumériste dans le domaine alimentaire à quelques dizaines de produits, alors qu’en réalité les achats alimentaires des Français se répartissent sur pas moins de 5000 références différentes ? Le consommateur n’a-t-il au final un droit au juste prix que pour 1 % d’entre elles ? Il y a donc au final un consensus pour entrer dans la logique du panier imposé. Certes pas cher, mais à  condition de renoncer au droit de choisir. Et il faudrait qu’étant associées au concept, ce soient les associations qui choisissent pour les consommateurs. Quel funeste rôle ! Et que pensez-vous qu’il se passe dans les rayons quand les projecteurs sont braqués sur le prix de quelques produits ? Les responsables politiques n’ont jamais entendu parler des prix d’appel ? La grande distribution se voit servir sur un plateau une occasion en or de communiquer tout en continuant, dans un cadre concurrentiel que nous ne cessons de dénoncer pour son manque de réalité, de pratiquer une politique tarifaire traumatisante pour le pouvoir d’achat.

Alors de grâce, mettons fin à cette foire aux paniers présentés comme l’alpha et l’oméga des problèmes de pouvoir d’achat, alors qu’ils ne font qu’amuser la galerie sans s’attaquer à l’essentiel, c’est-à-dire à la formation sans régulation de quelque nature que ce soit, des prix et des marges dans les secteurs clés de la consommation.

Viande bovine : ne prenons pas les Français pour des veaux !

mardi 25 janvier 2011

veaux

Dans le quotidien d’un président de l’UFC-Que Choisir, il y a parfois des parodies de concertation qu’il faut dénoncer avec force. Mais il arrive aussi qu’il n’y ait pas de concertation du tout, et là les bras m’en tombent ! C’est pourtant ce qu’a fait Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire des prix et des marges, qui vient de réaliser l’exploit de rendre un rapport lénifiant sur le prix de la viande bovine… sans avoir entendu les principaux intéressés !

L’UFC-Que Choisir dénonce depuis longtemps l’existence de marges injustifiées, notamment sur les viandes. La création en 2007 de l’Observatoire des prix et des marges promettant de faire toute la lumière sur la formation des prix, et la nomination de l’UFC-Que Choisir comme membre de celui-ci, avait redonné un peu d’espoir… Mais les tarifs de la viande bovine en rayon continuent à progresser inexorablement, tandis que le prix payé aux éleveurs stagne à des niveaux désespérément bas. Qu’à cela ne tienne, Bruno Le Maire a mandaté l’Observatoire pour enquêter. Et eurêka, en moins de trois mois Philippe Chalmin livrait un rapport préliminaire stupéfiant. Surtout pour la filière agricole et les consommateurs qui, bien que membres de l’Observatoire, n’ont pas été entendus et n’ont pas eu connaissance du rapport avant sa publication… contrairement aux industriels et à la grande distribution, conviés dans le groupe de travail !

Malgré des annonces tonitruantes, le rapport est sans surprise : la marge brute des intermédiaires progresse de manière continue (un scoop… que nous avions démontré il y a deux ans !). Quant à pouvoir distinguer la marge de l’industrie de celle de la distribution, on n’y voit que pouic. Voilà qui n’a pas empêché M. Chalmin de foncer sur des conclusions aussi surprenantes que sa méthode : si la marge brute a augmenté, c’est la faute aux exigences des consommateurs ! Et Chalmin de dresser une liste de frais sans chiffrage : la traçabilité (mise en place il y a 10 ans !), les nouvelles normes environnementales, la date limite de consommation (qui n’est pas non plus une nouveauté), les emballages… sont seuls coupables ! «Il n’y a pas de vilain ni de méchant», déclare même le brillant économiste. Quelle démonstration percutante ! Bref comme Alice, on est au pays des merveilles, dormez tranquilles bonnes gens, puisque les industriels et la grande distribution veillent à vos intérêts !

TVA, le compte n’y est pas !

jeudi 30 décembre 2010

calculette

Eric Besson, le ministre chargé de l’économie numérique, a réagi hier soir aux inquiétudes de l’UFC-Que Choisir en appelant les opérateurs à la transparence dans la répercussion de la nouvelle TVA sur les offres triple play. Les hausses annoncées sur certaines offres internet qui n’auraient pas du être concernées (car n’incluant pas de services télé) trahissent en effet les bidouillages des opérateurs. Certains ont appliqué depuis 2007 la TVA à taux réduit à des offres sans télévision –donc de façon injustifiée- sans pour autant que les consommateurs bénéficient de ce taux réduit dans les prix qu’ils ont payés. La TVA à 5,5 %, qui était la contrepartie à l’instauration de la « taxe Cosip »  (en faveur des auteurs), devait être limitée aux seules offres avec service télé inclus. Comme le rapport relatif au projet de loi de finances pour 2011 démontre que la TVA réduite fait plus que compenser la taxe Cosip, il semble clair que cette fiscalité à tiroir en matière de communications électroniques aurait permis aux opérateurs d’augmenter de manière injustifiée leurs marges. L’UFC-Que Choisir n’a pas manqué de demander des comptes au gouvernement et aux opérateurs. Le premier a entendu l’appel, attendons la réponse des seconds. Affaire à suivre…