Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘marges’

Accord sur les marges: des mots, rien que des mots, toujours les mêmes maux !

jeudi 20 mai 2010

supermarche

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre lundi la tenue d’une réunion à l’Elysée sur les marges alimentaires, dossier consumériste cher à l’UFC-Que Choisir, sans que les consommateurs ne soient bien évidemment invités ! Pire,  j’ai constaté  amèrement que Michel-Edouard Leclerc avait été « promu » porte-parole du gouvernement puisque c’est lui qui a évoqué les principes aux contours flous contenus de cet accord entre distributeurs et producteurs signé sous l’égide présidentielle. Comme par hasard, l’accord a été annoncé en fanfare à la veille de la discussion du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche au Sénat. On voudrait éviter une disposition contraignante pour lutter contre des prix alimentaires abusivement gonflés par des marges  injustifiées qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

En effet, cette gesticulation médiatique n’a qu’un but : parler à la marge du problème des marges alimentaires. En décembre dernier, l’UFC-Que Choisir démontrait qu’industriels et distributeurs profitent des évolutions intervenues ces dernières années sur les prix des denrées agricoles pour gonfler leurs marges. Cette enquête vient d’être actualisée, et les résultats confirment  l’accablant constat ! Concrètement, entre avril 2000 et avril 2010 :
– le prix du lait demi-écrémé a augmenté de 16 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
– le prix de la volaille a augmenté de 38 % alors que le prix de la matière première a baissé de 19 % ;
– le prix du rôti de porc a augmenté de 23 % alors que le prix de la matière première a baissé de 5 % ;
– le prix du bœuf a augmenté de 34 % alors que le prix de la matière première a baissé de 4 %.

Loin de freiner leurs pratiques de prix inadmissibles, les industriels et la distribution ont continué à se servir des évolutions des prix agricoles pour améliorer leur profitabilité, sur le dos du consommateur ! Alors vraiment, comment admettre qu’un accord sans valeur contraignante et de portée limitée, aux seuls fruits et légumes, puisse régler le problème? Au-delà de ces farces médiatiques, il importe que les parlementaires enrichissent la loi de modernisation agricole en instaurant un coefficient multiplicateur sur les produits agricoles bruts ou peu transformés. Plus de 250 d’entre eux étaient intervenus auprès du gouvernement en ce sens après la campagne de dénonciation menée par nos associations locales à l’automne dernier. Faute d’action gouvernementale, à eux, aujourd’hui, de reprendre la main, pour que le règlement de la crise des prix alimentaires n’oublie pas que les producteurs ne sont pas les seules victimes des abus: il y aussi les consommateurs !

Après le temps des semailles, celui des moissons ?

jeudi 29 avril 2010

tracteur

Mardi, les tracteurs circulaient sous les fenêtres de l’UFC-Que Choisir ! Une vision quasi surréaliste en plein Paris… Et une stratégie maligne des agriculteurs : à trois semaines du début de la discussion au Sénat du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, ils n’ont pas manqué de rappeler aux Français et à leurs élus leurs revendications.

Le texte, dont les sénateurs s’empareront le 18 mai, donne notamment à l’État la mission de veiller à la confiance dans les relations commerciales concernant la répartition des marges. Ca tombe bien ! L’UFC-Que Choisir a une très bonne idée pour remettre un peu d’ordre en la matière ! Souvenez-vous : en décembre dernier, l’association alertait sur les abus constatés au niveau des marges des produits agricoles peu transformés. L’enquête a montré que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles pour accroître leurs marges. Face à ces dysfonctionnements, une solution : instaurer un coefficient multiplicateur pour tous les produits bruts et peu transformés. Espérons que l’UFC-Que Choisir n’aura pas besoin de sortir les tracteurs pour faire valoir cette proposition auprès des parlementaires !

Total diminue ses capacités de raffinage… pour augmenter ses marges ?

mercredi 10 mars 2010

raffinerie

En février 2009, l’UFC-Que Choisir dénonçait une envolée des marges de raffinage, notamment sur le gazole. Une situation due notamment à un manque de capacité de raffinage. Un an plus tard, Total vient pourtant de prendre la décision de fermer la Raffinerie des Flandres à Dunkerque ! La décision annoncée lundi lors d’un comité central d’entreprise menace des centaines d’emploi… Mais pas seulement.

Il suffit de remonter à 2008 pour voir les capacités de raffinage en France utilisées à 90 %, soit un taux très élevé (le taux de 85 % est considéré comme normal). En 2009, il est vrai, elles ne l’ont été qu’à 79 %. De fait, la crise a fait baisser la consommation de produits pétroliers, et certaines raffineries ont même été en arrêt provisoire. Mais bien que la crise ait mis entre parenthèse le déficit de capacité de raffinage, le problème structurel demeure. Les raffineries de l’Hexagone produisent plus de fioul lourd et d’essence que nos besoins n’en requièrent ; en revanche, on manque de gazole ! Pour remédier à ce déséquilibre, il aurait fallu investir dans des capacités de conversion profonde.

Plutôt que de fermer la raffinerie dunkerquoise, il aurait donc été plus judicieux d’investir dans des équipements permettant, lors du raffinage, d’augmenter la proportion de gazole ! C’est ce qui a été fait à la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime). Alors, pourquoi ? Total ne serait-il pas tout simplement en train de mettre à profit la conjoncture économique pour fermer des raffineries en France, et préparer ainsi le terrain à une explosion des marges de raffinage lors de la reprise économique ? Voilà qui serait d’un cynisme à toute épreuve…

Prix de l’alimentaire : marges à l’ombre !

mercredi 23 décembre 2009

porc

Les résultats de la récente enquête menée par 102 associations locales UFC-Que Choisir n’ont pas laissé indifférentes les enseignes de la grande distribution, leur fédération allant jusqu’à qualifier celle-ci de « procès en sorcellerie »…  Si les résultats peuvent effectivement apparaître abracadabrantesques, aucune magie noire ne s’est glissée dans le protocole.

L’enquête de l’UFC-Que Choisir sur 1250 magasins a porté sur trois produits peu transformés, dont la matière première agricole constitue une part prépondérante : la volaille, le porc et le lait. Pour ces trois produits, les prix agricoles se situent respectivement à 2,11€/kg, 1,34€/kg et 0,29€/l. A l’arrivée, les prix moyens en rayon, selon notre enquête, ont explosé : 11,87€, 6,54€ et 0,75€. Le cœur du problème ? Certains industriels et distributeurs ne répercutent pas –ou mal– la baisse des prix agricoles sur les étiquettes. S’agissant du lait, entre septembre 2007 et septembre 2009, le prix payé à l’éleveur a baissé de 7 %, mais pour le consommateur le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 % ! La brique de marque distributeur a, elle, carrément pris 11 % !

Cette campagne permet donc de constater que les intermédiaires (industriels et distributeurs) profitent des évolutions des prix agricoles, et notamment des baisses, pour accroître leurs marges, et ce de manière totalement opaque ! En effet, invitées à s’expliquer sur les différentiels constatés, seules 20 % des enseignes ont adressé… une réponse, et encore : une réponse-type rédigée par la tête de réseau, totalement évasive, voire fallacieuse! Refusant de s’expliquer sur la formation de ses prix, la grande distribution confirme qu’en matière d’alimentaire, l’opacité est la règle ! De qui se moque-t-on ? En ces temps de pouvoir d’achat en berne, cette situation est inadmissible…

Face à  ces abus, l’UFC-Que Choisir propose l’instauration d’un coefficient multiplicateur (que la Loi prévoit déjà pour les fruits et légumes) pour tous les produits bruts et peu transformés. Il s’agit de calculer le prix de vente maximal en multipliant le prix agricole par un coefficient défini conjointement avec les professionnels, sur la base de l’historique hors période de crise. Le coefficient multiplicateur préserverait enfin les intérêts des consommateurs, puisqu’il oblige à baisser les prix en rayon lors des baisses des cours agricoles.

Sur son blog, Michel-Edouard Leclerc a dit « chiche » avant de botter en touche en rappelant que seuls les pouvoirs publics peuvent l’imposer… Qu’à cela ne tienne, d’ores et déjà, des dizaines de parlementaires interrogent le gouvernement à ce sujet… Et il serait temps d’agir, ce n’est pas parce qu’on approche de Noël qu’il faut continuer de prendre les consommateurs pour… des dindes !

Longe, côte, rôti de porc : l’Observatoire met sur le grill les abus de la grande distribution !

lundi 6 juillet 2009

 

Enfin ! Voilà des mois que l’UFC-Que Choisir dénonce le caractère injustifié des marges alimentaires notamment sur les viandes -ce qui lui a d’ailleurs valu quelques cinglantes remarques de la part des distributeurs-, et une source officielle confirme enfin l’existence d’abus.

Mandaté par les Ministres des Finances et de l’Agriculture pour tirer au clair les prix de la filière porcine, l’Observatoire des prix et des marges vient de rendre publics ses travaux. Les résultats sont accablants : la marge brute de la distribution sur la viande de porc est à la hausse depuis dix ans, renchérissant d’au moins 0,50€ au kilo le prix de la longe, de la côte et du rôti de porc.

Bien qu’appelée à plusieurs reprises par l’UFC-Que Choisir à s’expliquer sur ces marges, la Fédération du commerce et de la distribution n’a donné aucune explication valable. En raison de ce mutisme, comment ne pas considérer que ces marges sont parfaitement injustifiées et exiger une baisse immédiate des prix de la part de la grande distribution ?

En dégraissant ces marges indues, la grande distribution pourrait tout à la fois offrir aux producteurs des prix plus décents et réduire significativement les prix en rayon. 0,50€ de moins au kilo permettrait une baisse du prix de vente sur le rôti de 7 %, sur la longe de 8 % et sur la côte de porc de 9 %…

Reste donc à savoir si cette officialisation des abus sur les marges en matière porcine sera suivie d’effet, ou si la grande distribution continuera de faire sa « tête de cochon » !